dimanche 16 avril 2017

L'eau de Pâques cancérigène de Germain Miron

La vie ne serait qu'une longue suite de questions sans réponses et d'incertitudes pleines d'anxiété si nous ne pouvions pas nous reposer dans des rituels qui marquent le temps et liquéfient l'époque.

Les athées eux-mêmes ont des rituels. J'en connais qui se grattent toujours le menton. D'autres mangent à heures fixes. Il y en a même qui ne feraient pas la moindre variation à leur horaire quel que soit le jour de la semaine. Eux aussi mériteraient de se faire ridiculiser. Et d'aplomb.

Mais non! Il faut que l'on tape sur la tête du premier croyant venu qui ne fait que ce qu'il peut pour exorciser le mauvais sort qui lui tombera sur la tête quoi qu'il fasse.

Parmi les habitudes propres à la chrétienté, il y a celle d'aller chercher de l'eau de source aux premières lueurs du jour de Pâques.

Cette eau est sensée posséder des vertus miraculeuses.

Germain Miron y croyait dur comme fer et n'avait jamais raté ces matins de Pâques pour remplir des bouteilles d'eau miraculeuse à la source qui coule sur l'île Saint-Christophe située entre les deux ponts.

Il y a vingt ans, cette île était à peu près vierge.

Elle ne l'est plus depuis dix ans.

Un terrain de golf a poussé au-dessus de la source d'eau vive, La nappe phréatique est maintenant contaminée aux herbicides et autres pesticides cancérigènes.

L'eau miraculeuse de Germain Miron, cette soi-disant eau de Pâques, est impropre à la consommation humaine et ne guérit rien, peu importe la foi qu'on puisse y mettre.

C'est une eau viciée par les golfeurs, ces amants de la nature artificielle qui bousille tout sur leur passage parce qu'ils sont trop lâches pour aller se promener tout simplement en forêt sans ne toucher à rien. Les golfeurs transforment en désastre écologique tout ce qu'ils font. Et ils ne veulent pas le savoir, évidemment. Ils veulent une belle pelouse verte, dusse-t-on tout contaminer aux alentours. Ce sont donc de parfaits imbéciles, comme tout le monde.

Germain Miron ramène depuis dix ans de cette eau miraculeuse qui coule sous le terrain de golf.

Il a attrapé un cancer entre temps.

Un cancer qu'il soigne avec des médicaments, des prières et de l'eau de Pâques.

Il ne lui reste pas trois mois à vivre.

Il peine à se tenir debout sur ses deux pattes.

Pourtant, il était encore là ce matin avec ses bouteilles à remplir...

Alléluia au plus haut des cieux!

On ne change pas une vieille recette même si l'on n'a pas les bons ingrédients.