dimanche 23 avril 2017

Du temps où Duplessis pitchait des dix cents dans la foule

Les Trifluviens s'étaient déplacés en grand nombre dans la cour du Séminaire Saint-Joseph pour assister au discours qu'allait présenter Maurice Lenoblet-Duplessis. Les élections générales auraient lieu le 16 juillet 1952, en période de vacances, un temps idéal pour faire voter des morts et voler des urnes électorales.

Il faisait chaud ce jour-là. C'était un dimanche après la messe. Duplessis monta sur l'estrade pour haranguer la foule.

-C'est la faute d'Ottawa et des communistes! tonna-t-il, comme d'habitude. Nous allons prendre le pouvoir à nouveau pour les Canadiens-Français et notre très Sainte Mère l'Église catholique romaine! Oubliez jamais que l'enfer est Rouge et que le ciel est Bleu!

Duplessis balança des conneries du même ordre. Présenta des chiffres que personne ne comprenait. Puis il termina son discours en lançant des pièces de dix cents dans la foule émerveillée.

Tout un chacun tentait d'en rattraper un maximum.

Baptiste en avait ramasser pour un dollar vingt. De quoi aller voir les petites vues au Cinéma de Paris, se payer un snack au restaurant et boire quelques bières par-dessus le marché.

-C'est bin çartain que j'va's voter pour les Bleus moé-là! C'est pas les libéraux qui m'aurâient donné une piastre et vingt! Maudits Rouges de communisses!

Le 17 juillet 1952, on apprenait sans surprise que Maurice L.-Duplessis était une fois de plus Premier Ministre de la belle province de Québec.

Le fleurdelisé flottait sur l'Assemblée Nationale.

Un beau fleurdelisé bleu, avec une belle croix blanche et des fleurs de lys sur fond bleu monarchie.

C'est lui qui l'avait mis là, le 21 janvier 1948, en remplacement de l'Union Jack.

Ce jour-là, celui qui allait devenir mon père maugréait.

C'était un Rouge. Un Rouge qui n'en pouvait plus de voir les élections se faire voler par les bandits de l'Union Nationale qui maintenait le peuple dans l'ignorance et la soumission.

-Pendant qu'les Anglais apprennent à lire pis à compter, nous autres on s'fait bourrer avec l'histoire pis le p'tit catéchisme!

Mon père n'avait pas ramasser de dix cents dans la cour du séminaire.

Pas plus qu'il n'avait pu assister à l'assemblée du candidat libéral de Trois-Rivières. Les Bleus avaient embauché des fiers à bras qui empêchaient le monde d'y entrer...


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