lundi 1 août 2016

L'Age d'Or des téléséries

Les aventures des trois mousquetaires ou bien celles du misérable Jean Valjean ont d'abord été publiées sous la forme de romans-feuilletons. Idem pour Tolstoï et Dostoïevski. Ce fût une époque exceptionnelle pour ce type de littérature. On n'a probablement rien fait de mieux depuis, sinon des tentatives plus ou moins avortées de se rapprocher de ces modèles. Le roman-feuilleton avait tout simplement disparu de la presse. La littérature aussi. La radio puis la télévision ont indirectement pris le relais.

Je me suis étonné du format quasi cinématographique d'un roman-feuilleton comme L'homme qui rit de Victor Hugo. C'est vrai que le grand Hugo passait pour un visionnaire. Il me donne parfois l'impression de pouvoir être lu comme l'on regarde une télésérie. Tout y est découpé par chapitres qui s'apparentent aux séquences d'un film.

Notre époque favorise à nouveau les romans-feuilletons via des productions de plus en plus audacieuses et raffinées comme Game of Thrones, Breaking Bad, Vikings, Stranger Things et plein d'autres que j'oublie volontairement. On se sent happé par ces histoires qui ne finissent jamais et qui nous font espérer le prochain épisode avec ferveur. 

J'imagine qu'on a dû se sentir ainsi à l'époque de Balzac, Flaubert, Dumas, Dickens et consorts. On lisait un chapitre de roman-feuilleton et il nous hantait jusqu'à ce qu'on puisse lire le prochain chapitre dans l'édition hebdomadaire suivante. Que va-t-il arrivé à Madame Bovary? Le Juif errant va-t-il s'en sortir? Et que dire du comte de Monte Cristo...

Cet engouement pour la littérature n'est certainement plus le même. Il existe encore des romans de cette sorte, bien entendu, mais je doute que cela soit comparable aux frémissements populaires pour ces romans-feuilletons du XIXe siècle que des curés devaient considérer comme étant puérils et médiocres.

Ces mêmes curés vous diront la même chose pour les téléséries susmentionnées. Ils n'y verront qu'un divertissement mineur alors que, parfois, aussi con que cela puisse paraître, elles véhiculent des idées tout aussi bien maquillées qu'ont pu les imaginer Hugo, Dostoïevski ou Mark Twain pour leurs feuilletons.

Le cinéma de notre temps fait parfois pale figure lorsqu'on le compare aux grandes téléséries qui vivent leur âge d'or. Les scénarios des films hollywoodiens semblent de plus en plus minces, redondants et prévisibles. Tandis que les téléséries ont quelque chose de plus envoûtant, comme si l'on revenait à une mythologie archétypale sans tabous ni censure.

***

Cela ne veut pas dire que j'aime toutes les téléséries.

J'ai regardé hier les deux premiers épisodes de la première saison de Walking Dead. Vous connaissez sans doute un peu la trame narrative. Des gens vivent dans un monde post-apocalyptique et font face à d'autres gens transformés en zombies. Ces morts-vivants ont l'air complètement légumes. Ils n'expriment aucune idée, aucune parole. Ils marchent plus ou moins lentement et grognent un peu à l'occasion. Les gens encore sains, qui ne sont pas infectés par cette curieuse maladie qui a métamorphosé les autres, doivent se protéger de ces derniers et de leurs morsures qui pourraient les infectés. Ils se faufilent à travers ces cadavres ambulants en les tuant à coups de pelle ou de bâton de baseball, voire d'une balle bien placée entre les deux yeux.

Après avoir vu les deux premiers épisodes, j'ai décroché. Il y a déjà six saisons de Walking Dead. Je ne m'imaginais pas en train de me claquer autant d'épisodes de coups de massue sur la tête de zombies. D'autant plus que les zombies ne disent rien, n'ont aucun sentiment, aucune émotion: le nihilisme le plus authentique qui soit... Peut-être que j'y reviendrai. Sait-on jamais.

On dit de l'art qu'il est le miroir de son temps.

Il y a sûrement un quelconque reflet de notre époque dans Walking Dead. Il ne manque pas d'éclopés, d'intoxiqués et de gens moyennement déshumanisés autour de nous. Un type sur le crystal meth n'est pas loin de ressembler à un zombie qu'on aurait peut-être envie d'assommer d'un coup de pelle si l'on devait en croiser un dans la rue...

Ce n'est pas que j'approuve cette pratique, vous l'aurez sans doute compris.

J'essaie seulement de voir le reflet que me renvoie ce miroir.

J'essaie de comprendre l'engouement qu'éprouvent tant de mes frères et soeurs humains pour cette télésérie.

Comme d'autres essaient de comprendre pourquoi je trippe tant sur Game of Thrones.

Tous les goûts sont dans la nature.

Les histoires de zombies, de vampires et de super-héros ne viennent pas me chercher autant que les fables sur le pouvoir, les drames historiques et, bien sûr, la science-fiction.

Bref, je suis plutôt du genre à attendre avec impatience la sortie de la prochaine saison de Stranger Things...

2 commentaires:

Eremita a dit...

On n'y pense pas, mais les auteurs du passé avaient aussi leur genre de blogues... un succès immédiat, en publiant une histoire au fur et à mesure dans les journaux ou ailleurs...

Gaétan Bouchard a dit...

@Eremita: Le journal d'un écrivain de Dostoievski est l'œuvre d'un visionnaire. On a l'impression de lire un blogue.