vendredi 27 mai 2016

Vivre de son art au Québec

Le Québec forme une petite communauté de 8,21 millions d'habitants selon les données de 2014 de l'Intitut de la statistique du Québec.

La France compte 66 millions de Français.

Il y a 322 millions d'Étatsuniens.

Le Québec peut faire vivre un ou deux hommes de théâtre. deux ou trois écrivains et une poignée d'artistes toutes catégories confondues. Les autres vont tous crever de faim ou recevoir des subventions pour bonifier leur aide sociale.

Un pourcent de marginaux au Québec, cela représente 82 100 personnes. La population d'une ville.

Un pourcent de marginaux en France, c'est 660 000 personnes.

Un pourcent de marginaux aux États-Unis: 3 220 000 personnes...

Cela signifie qu'il est plus facile d'être un artiste marginal aux États-Unis qu'au Québec. Plus facile d'être un bédéiste aux États-Unis qu'au Québec. Plus facile de sortir son épingle de jeu dans tous les cas.

Cette évidence me frappe chaque fois que je tombe sur des artistes québécois bourrés de talent qui peinent à joindre les deux bouts.

Ne croyez pas que je me plains de mon cas. Je trouve au contraire que je m'en sors pas si mal dans la mesure où je m'en contrefous.

Par contre, c'est clair que nos chanteurs vivent mieux en France qu'au Québec. Que nos cinéastes ont tout à gagner à produire des films aux États-Unis.

J'ai débuté dans l'univers de la bédé underground en souhaitant devenir Gotlib, Reiser ou Robert Crumb. Il n'y avait rien au Québec pour diffuser mes bédés. J'ai produit des tas de fanzines photocopiées à moins de cent exemplaires et, évidemment, je n'ai pas pu vivre de mon art. C'était de la faute de personne. C'était la réalité de vivre au sein d'une petite communauté.

Je me suis résigné en ajoutant d'autres cordes à mon arc. J'ai ajouté la musique, l'écriture, la peinture et tout le tralala sans me soucier de ma notoriété et de mes moyens de subsistance.

Pourtant, j'ai compris avec une certaine amertume que le Québec ne pouvait pas m'offrir de vivre de mon art comme je l'aurais souhaité. J'en vis tout de même, dans la mesure où je ne saurais vivre sans les arts et les lettres. Mais il est clair que je ne dois rien attendre du Québec et ne rien lui reprocher. C'est mathématique: nous ne pouvons pas faire vivre plus qu'une petite poignée d'artistes et parie même que nous surpassons largement notre quota toutes proportions gardés lorsque l'on se compare à la France et aux États-Unis.

Le Québec, je le dis sans chauvinisme, est bourré de talents dans tous les domaines.

On voudrait que tout un chacun soit reconnu. On ne saurait demander plus.

Contrairement à ce que j'aurais pu croire dans ma jeunesse, le Québec est très généreux envers ses artistes. Les Québécois leur accordent plus d'audience et d'intérêt que n'importe où dans le monde, même si cela semble difficile à croire à prime abord.

Peut-être faut-il accepter les contingences de la vie au sein d'une petite communauté et ne pas rechigner pour rien.

Personne n'est tenu de lécher les pieds d'un artiste en prétendant qu'il est un pur génie.

Personne n'est obligé à cet artiste.

Personne ne peut donner plus qu'il ne pèse.

C'était ma réflexion du jour.

Elle vaut ce qu'elle vaut.

Rappelez-la moi les jours où je serai amer envers le Québec.