vendredi 6 mai 2016

Simon le nazi

Simon était blanc comme une pinte de lait. Il n'allait jamais au soleil. Il vivait dans un modeste demi-sous-sol aux murs suintant d'humidité et de moisissures.

Il ne travaillait pas ou si peu que cela ne vaut pas la peine de l'écrire. Personne ne voulait l'engager parce qu'il était blanc comme une pinte de lait. De plus, il avait les mains aussi moites que molles. Ses poignées de main avaient toujours quelque chose de désagréable. Il arborait aussi une croix gammée sur son vieux tee-shirt. Bref, Simon n'était pas dans le coup. C'était un enculé de nazi.

Simon passait le plus clair de son temps à se gaver de lectures dans lesquelles il trouvait une consolation pour sa vie somme toute pitoyable. Il connaissait de fond en comble l'histoire du national-socialisme. Et il ne s'enflammait que pour ça sur les médias sociaux qui lui conféraient un peu d'existence en cette triste vallée de larmes.

Il se portait souvent à la défense de Hitler, du nazisme, du fascisme et autres concepts haineux.

-On n'a pas compris Hitler! C'était un patriote! Il se battait pour son pays! Il a relevé les Allemands que le Traité de Versailles souhaitait mettre à genoux! Et les Juifs... Les Juifs contrôlent encore tout! Ils ont menti sur les camps de concentration! L'holocauste n'a jamais eu lieu! Les nazis n'étaient même pas racistes... Il y avait des Noirs chez les SS! J'ai visionné des tas de documentaires sur YouTube qui le prouvent hors de tout doute! Ce sont les Américains et les Soviétiques, contrôlés par la juiverie internationale, qui a imposé cette version mensongère de l'Histoire!

Dans sa chambre moisie, on pouvait voir un drapeau nazi, des vieux mouchoirs et des boîtes de thon vides.

Quelques livres jonchaient le sol ça et là. Cependant, Mein Kampf trônait sur une sorte de colonnade de plâtre peinturée en or.

Simon était seul, célibataire et masturbateur plus souvent qu'au tour des autres.

Il se masturbait essentiellement sur de vieilles photos de Eva Braun en costume de bain. Plusieurs fois par jour. Jusqu'à ce qu'il n'y ait plus qu'une vapeur chaude jaillissant de son urètre.

Il se voyait souvent devenir le chef du Parti National-Socialiste du Québec. Du Québec puisque Simon ne parlait pas un traître mot d'anglais. Remarquez qu'il y a autant de bozos qui se verraient chef du National-Socialist Party of Canada. La bêtise, ça ne connaît pas de frontières.

Simon était un raté dans tous les sens du terme.

Il n'était ni beau, ni talentueux, ni aimé par qui que ce soit.

Il était seulement un paumé.

Et il souhaitait avoir sa revanche sur tous ceux qui réussissaient, s'aimaient ou jouaient de la guitare devant des filles en extase.

-Ils mangeront tous dans ma main un jour! Grr! Ils verront qui c'est qui est l'boss! Sieg heil! Heil Hitler! Ein reich, ein volk, ein führer! Grrr!!!

Pour l'heure, Simon n'était rien.

Et les murs de son appartement étaient toujours plus moisis.

Et le pain qu'il mangeait toujours plus rassis.

Il n'était que mépris envers ceux qui lui faisaient la charité. C'était le plus ingrat des mendiants.

-Ils me donnent pour se donner de l'importance! Si jamais je prends le pouvoir, je les ferai tous fusiller! Takatakatak!!! À la mitraillette!!! Merci bonsoir!!!

Bref, Simon n'avait pas d'amis.

Une chance qu'il avait Facebook et la toile pour se défouler.

Ça lui conférait une raison de vivre.

Il était ce chevalier teutonique au coeur pur que le monde attendait...