lundi 16 mai 2016

Les faux culs

Le faux cul désignait à l'origine ce rembourrage aux formes arrondies que portaient les femmes sous leurs jupes pour se sentir coquettes. Cette définition a été oubliée au fil du temps. Elle désigne désormais les faux jetons, c'est-à-dire les hypocrites.

J'aime bien l'expression faux cul. Il me semble que ça cogne plus fort que faux jeton. Je l'emploie souvent, peut-être trop. J'use et j'abuse de cette épithète malsonnante. Il est vrai que je vois souvent des faux culs, surtout au centre-ville de Trois-Rivières, d'autant plus que je ne vais jamais au centre-ville de Paris.

Le faux cul doit d'abord être connu de la personne qui le désigne pour se mériter ce titre. Traiter un inconnu de faux cul, ça ne se fait pas. Ce n'est pas tant une question morale qu'une logique toute élémentaire. Un inconnu doit être apprivoisé avant que de le qualifier de faux cul, de marin d'eau douce ou bien de banquier. J'ai connu plusieurs inconnus dans ma vie et, franchement, je continue à ne rien savoir d'eux.

Par contre, je connais très bien les faux culs et je dois prendre des précautions pour ne pas les soumettre à la vindicte. Mon blog, aussi humble soit-il, est lu par toutes sortes de gens qui ne sont pas toujours bien intentionnés. 

Je sais bien que vous ne faites pas partie de ces gens-là. Néanmoins, je me dois d'être prudent. Il y en a même qui finissent par penser que je ne fais que m'adresser à eux chaque fois que je publie une de ces fatuités de mon cru. Ils finissent par m'en vouloir à mort et iraient même jusqu'à prétendre que je suis un faux cul si je n'étais pas aussi imperméable aux mauvaises critiques. Comment salir un chic type comme moi, hein? D'aucuns s'y sont essayés et ont dû ravaler leurs paroles. J'ai plein de défauts, d'accord. Mais je ne suis pas faux-cul.

-Gaétan, un faux cul? vous répondront mes amis et mes ennemis les plus loyaux. Voyons don'! C't'un bon gars! I' dessine des gros nez. I' joue d'l'harmonica. I' parle avec tout l'monde. I' s'pense pas pour un autre. C't'un gros nounours... Un vrai Teddy Bear... Lui, un faux cul? Même pas vrai!

On ne devrait pas tous penser comme ça que je suis si bon. Mais peut-on empêcher un coeur d'aimer? Je connais bien tous mes défauts, soyez sans crainte, néanmoins je suis convaincu de ne pas être un faux cul.

Un faux cul, c'est quelqu'un qui vous salue, vous pique une jasette comme ça. Il vous laisse ensuite croire qu'il pense comme vous lorsque personne ne l'entend. C'est surtout celui qui change de trottoir et fait semblant de vous ignorer s'il marche auprès d'un notable ou d'une gente dame à la morale gluante. Il changera d'autant plus de trottoir s'il vous voit en train de discuter avec la lie de la société. Il n'est pas question que le faux cul vous adresse la parole si vous parlez avec des prostituées, des restants de prison, des mendiants édentés et autres fous notoires. Le faux cul tient à son image de carton, c'est-à-dire à son faux cul rembourré aux formes arrondies.

Il faut dire que je parle à tout le monde et suis aussi curieux de l'avis d'un juge, s'il n'est pas faux cul, que je ne le suis de celui qu'on pourrait considérer à tort comme un trou du cul.

Quand nous serons tous dans la misère, ce qui pourrait bien se produire un jour ou l'autre, c'est le soi-disant trou du cul qui se portera à notre secours. Ses vingt années d'expérience dans le domaine de la misère seront une mine de renseignements pour le malheureux novice en la matière. Le trou du cul vous montrera les us et les astuces d'une vie dans la dèche. Vous auriez tort de vous priver de ses connaissances, accessibles en tout temps sur les trottoirs de nos grandes villes.

C'est donc dire que je prends des notes auprès de tous les paumés croisés au hasard de mes balades au centre-ville. Oui, je tiens les trous du cul en haute estime. Et, oui, je méprise les faux culs.

N'allez pas croire que je suis un homme bon ou un saint homme. Je ne suis qu'un plaisantin. Et je m'adresse à tout le monde parce que, justement, je ne suis pas un faux cul.

On trouve des faux culs dans toutes les couches de la société. Par contre, il y en a un peu plus au sommet de la pyramide pour une raison qui m'échappe. Peut-être que plus on approche du sommet, plus l'air se raréfie. L'oxygène finit par manquer et le cerveau devient confus. On se transforme alors en parfait candidat pour l'épithète malsonnante de faux cul.