lundi 9 novembre 2015

Novembre, le mois des Maures

On dit du mois de novembre qu'il est celui des morts. C'est d'autant plus facile à dire que les arbres perdent toutes leurs feuilles et que la noirceur s'installe un peu plus à chaque jour. On ne pourrait pas dire que le mois de mai est celui des morts parce que ça ne collerait pas avec les paysages de ce moment de l'année. Aussi j'en viens à penser qu'il y a un certain talent d'observation derrière les attributions que nous prêtons aux saisons comme aux idées, bien que je ne sache pas vraiment où je veuille en venir avec ça.

Prenons le mois de septembre. Le mois de septembre est celui de la rentrée scolaire. Tout le monde s'entend pour le dire, hormis les collégiens et les universitaires qui débutent leurs cours à la mi-août. Et même que les commerçants seraient d'accord avec eux puisqu'ils commencent à garnir leurs tablettes de fournitures scolaires dès la première semaine d'août. Donc, on repassera pour la sagesse du temps, des époques et des saisons.

D'aucuns ont déjà installé leurs décorations de Noël. L'Halloween est passée et un nouveau décor s'impose. Celui des morts ne convient déjà plus. D'ailleurs, plus personne ne fête la Toussaint. Sinon les Haïtiens pour qui Toussaint Louverture demeure un héros de leur indépendance nationale, un statut que les Québécois qui, bien qu'il parle un tant soit peu une forme de créole francophone, n'ont pas encore obtenu.

Haïti est un pays. Pas le Québec. Le Québec est une province, dont l'étymologie latine renvoie à pro vincia, pro vinctis, un territoire pour les vaincus. C'est pas très gentil tout ça mais c'est notre situation. Une situation qui ne dérange personne ou à peine la moitié de la population québécoise atteinte par ces idées républicaines qui ont raccourci les rois d'une tête.

Voilà pourquoi George Washington refusa de devenir roi. Il s'est dit que deux mandats à représenter tout un chacun se serait bien suffisant. Il avait un jardin, Washington, où il cultivait des variétés de chanvre qu'il s'adonnait à fumer pour se détendre un peu de la république. "N'oubliez pas de séparer les plants mâles des plants femelles" qu'il disait dans sa sagesse d'ancien président des États-Unis d'Amérique. Bref, Washington était un poteux et, si ça n'avait été que de lui, l'usage de la marijuana à des fins récréatives ou thérapeutiques n'aurait jamais été criminalisée.

Bon, si vous m'avez bien suivi jusqu'ici, vous comprendrez que novembre est qualifié à tort de mois des morts. Il fait plutôt soleil aujourd'hui. Le fond de l'air est frais mais parions que ça va réchauffer au cours de la journée. Nous serions encore dans la période dite de l'Été des Indiens. C'est d'autant plus ironique qu'il n'y a pas d'Indiens ici. Les Indiens vivent aux Indes. Ici, c'est l'Île de la Tortue. On pourrait, à la rigueur, désigner les gens qui habitent ici sous le vocable de Tortulois. Mais ce ne serait pas facile à faire rentrer dans l'usage. Les gens continueraient à se dire Américains ou bien Québécois, voire Haïtiens.

Non, novembre n'est pas le mois des Maures. J'en ai parlé aussi à des Maghrébins qui ne comprennent pas ce que l'on veut dire par là. Pour eux, chaque mois est une fête quand ils sont entre amis. Et j'ai même entendu dire qu'il y a des Québécois, des Étasuniens et des Haïtiens qui pensent comme ça.

Que novembre soit le mois du mors aux dents, le mois de la fée des dents ou le mois de la tire Sainte-Catherine qui colle aux dents, on s'en fiche.

Novembre est le pire mois de l'année quand on y songe un peu trop longtemps.

Autrement, novembre est un mois qui passe bien vite.

Moins on y pense et plus la féerie du temps des Fêtes s'installe avec les cloches en tous genres qui carillonnent sous les chasse-galeries héroïques des bûcherons qui réclament l'aide de Satan, Baal Zeboub ou Nabuchodonosor.

Je vous plains déjà d'avoir lu ce texte jusqu'au bout.

Je vous quitte sur cette mélodie pour me faire pardonner.