jeudi 19 novembre 2015

Mourir pour des idées (Georges Brassens)

Le mois de novembre est le plus déprimant d'entre tous. Les arbres sont dépouillés de leurs feuilles et la noirceur s'installe de bonne heure. Tant que la neige ne sera pas tombée, tout semblera gris et terne.

Pour ajouter à la monotonie de ce mois, il y a bien sûr la guerre, invisible ou pas, avec laquelle on nous serine d'un jour à l'autre avec si peu de soucis pour la vérité. "La première victime de la guerre, c'est la vérité." J'hésite à vous dire qui a dit ça. Les références abondent dans tous les sens sur Google. Je vous assure cependant que cette citation n'est pas de moi. Je vous assure aussi qu'elle a du sens.

Les allusions au roman 1984 de George Orwell sont très faciles en ce moment. Big Brother nous surveille jusque dans le fond de nos shorts.  Nous sommes devant le télécran à les entendre nous dire que l'ennemi est Untel pour nous faire accroire le lendemain que nous n'avons jamais été ennemi avec Untel, mais bien avec Telautre... Et nous gobons ça comme des poules pas de tête, sûrs que Big Brother veut notre bien. Ils ont le pouvoir, ces loustics, ils n'auraient pas le pouvoir s'ils ne connaissaient rien... Ils savent ce qu'ils font, au pouvoir...

L'ignorance c'est la force. L'esclavage c'est la liberté. L'amour c'est la haine. Ces trois slogans de l'Angsoc, le Parti Unique du roman 1984, sont toujours d'actualité.

Comme le héros de 1984, Winston Smith, nous ne savons plus ce qui est vrai et faux. Dans les carnets qu'il écrit clandestinement, Winston Smith s'accroche à l'idée que deux plus deux font quatre. Cette certitude lui permet, en quelque sorte, de combattre tous les mensonges de l'État. Jusqu'à ce qu'il soit emprisonné pour crime de double-pensée. On lui en fait voir de toutes les couleurs pour qu'il finisse par croire que deux plus deux font trois, quatre ou cinq selon le bon vouloir de Big Brother. Comme l'affirme Humpty Dumpty dans Alice au pays des merveilles, la question n'est pas de savoir si deux et deux font quatre, mais tout simplement de savoir qui est le maître...

On s'affole en ce moment pour le plus grand plaisir des quelques centaines de grandes familles qui contrôlent le monde sous leur talon de fer. Nous sommes tous des pions piétinés par ce talon de fer qui croient aveuglément en la souveraineté de leur nation, en la justesse des décisions prises par leur État. Pour oublier qu'on vend à rabais nos ressources naturelles, qu'on détruit notre système de santé et nos institutions d'enseignement, on nous fait miroiter la nécessité d'une guerre contre de pauvres ploucs afin que nous allions y détruire leurs ressources naturelles, leur système de santé et leurs institutions d'enseignement...

Évidemment, on finance autant la maladie que le remède. Les pions de l'État islamique, défoncés au captagon, rient de nous voir mourir pour rien pour nous rappeler qu'ils vivent pour rien.

Ce ne sont pas des vieux à la barbe blanche qui se font exploser dans des attentats suicide, mais des enfants, des jeunes de moins de vingt ans, des femmes qui n'ont pas encore porté d'enfants. Qui leur commandent de faire ça, sinon de vieilles pourritures?

Ce ne sont pas des vieux à la barbe blanche qui iront se faire buter en Irak, en Syrie, en Ukraine et où que ce soit dans le monde. Ce sont des jeunes chômeurs et assistés sociaux de Trois-Rivières, Winnipeg ou Halifax...  Ils mourront pour la patrie, une patrie qui est foulée aux pieds de nos gouvernements dans une grande vente de liquidation finale au profit des grandes familles et autres corporations internationales représentées par des crapules apatrides, immorales et inhumaines comme le disait si bien Michel Chartrand.

Il est bien plus facile de mettre sa switch à off et de croire à toutes les billevesées des politiciens et journalistes professionnels. Après tout, ne sommes nous pas que des crottes de nez sur le grand échiquier du monde? Ne méritons nous pas d'être traités comme du bétail industriel et de la chair à canon nouvelle tendance?

La peur des réfugiés de cette sale guerre fait gonfler le torse des pions d'ici. Plutôt que de comprendre qu'ils fuient les bombes, les pions de souche leur en promettent d'autres, comme le souhaitent les maîtres d'un jeu mondial où nous sommes tous et toutes des pions.

Est-ce à dire qu'il ne faut pas combattre le terrorisme, le fanatisme religieux et le captagon? Non. Cela signifie que le combat doit aussi se faire en amont. La lutte doit être menée contre le capitalisme qui se réjouit que la guerre se répande partout dans le monde pour pouvoir l'acheter pour un quignon de pain rassis et un verre d'eau croupie.

Au même titre que les Syriens, les Kurdes, les Ukrainiens ou les Irakiens, nous sommes nous-mêmes victimes des manigances des capitalistes qui ne reconnaissent ni frontières, ni morale. Ils veulent détruire le monde et ils y arrivent fort bien.

Ils veulent que nous mourrions pour des idées pour lesquelles eux-mêmes ne veulent pas mourir...

Ce qui me donne l'envie, plus que jamais, d'entonner cet hymne de George Brassens: mourir pour des idées.

7 commentaires:

monde indien a dit...

Merci pour le lien vers " mourir pour des idées " ça faisait longtemps que je l ' avais pas écouté -
Tu sais que je suis d ' accord avec ce que tu dis dans ton texte -
Çà sera + facile d ' amener les " croyants " à la raison ( http://mondeindien.centerblog.net/128--- )
quand nous aurons neutralisé les fou-furieux du dieu-fric ,
mais ça ne sera pas facile -
Contrairement aux religieux , je suis convaincu que ces riches , et classes moyennes , ne sont victimes d ' aucune aliénation mais que c ' est chez eux + qu ' une conviction : une façon d ' être -
Je n ' en suis pas pessimiste pour autant - Il y faudra le temps que ça prendra mais nous les neutraliserons -
" Oli Bamkanni " pour toi ( c ' est Misko qui m ' a appris ce mot - Oli Bamkanni pour lui aussi ) .

Misko a dit...

Je sais pas pour les autres mais je pense qu'étant donné qu'il y a des kamikazes de dissimulé(e)s parmi les réfugié(e)s actuels qui s'apprêtent à rentrer en masse, ça va rendre les choses encore plus "rock n roll" ici au quotidien à se demander quand le prochain festival de blues, ou le prochain bus ou resto rempli de monde va virer en un autre massacre...

Gaétan Bouchard a dit...

@Monde indien: Tant qu'il y aura Brassens et les Sétois et Sétoises, tout ira bien.

Gaétan Bouchard a dit...

@Misko: On peut se questionner, en effet. Cela dit, il est possible que ce soit une perte de temps pour un terroriste de se faire passer pour un réfugié alors qu'il est bien plus facile de recruter sur place ou bien de se faire passer pour un touriste...

monde indien a dit...

Il y a mieux que de mourir pour des idées :
https://www.youtube.com/watch?v=LP_4_ttuJ2g
ou bien :
http://mondeindien.centerblog.net/130-peace-and-freedom

Gaétan Bouchard a dit...

@monde indien: ah! Ce sacré Gaétan Veloso! Que le miel coule dans sa barbe!

monde indien a dit...

Tu l ' as dit ! un gars sympa - comme toi ,moi , lui , elle , nous sommes finalement assez nombreux à nous reconnaître -
L ' ile de la tortue est pleine de gens adorables -
Nous sommes avec vous !
Comment on dit " Oli Bamkanni " en Anishnabé ?
En français je te dis , bien qu ' athée , " que dieu te bénisse " !