dimanche 1 novembre 2015

L'automne et les états de grâce

Les états de grâce sont de plus en plus fréquents dans ma vie. Jeune, je passais mon temps à courir derrière eux pour les rattraper. Mes états de grâce étaient  épisodiques et finissaient toujours par me quitter pour me laisser dans l'état de celui qui a chuté du ciel après avoir presque touché au soleil.

J'ai vécu des états de grâce à travers l'amour, la sexualité, les jours d'ivresse, la musique et les voyages. Mais ils n'avaient pas cette intensité et cette encore plus grande authenticité qu'ils peuvent avoir aujourd'hui à l'approche de mon demi-siècle d'existence.

Il m'arrive encore, bien sûr, d'être touché par des moments de doute, de lassitude et de désespoir. Mais ce n'est rien si je les compare à ceux que j'ai traversés au cours de ma vie de jeune adulte. 

Quelque chose comme la sérénité d'esprit a fini par me rattraper. Il y a mille et une raisons de déprimer, je sais bien, et pourtant quelque chose d'encore plus grand que le bonheur m'habite. Quelque chose comme des états de grâce...

Je ne tiens pas à passer pour un illuminé. Dites-vous bien que ce ne sont là que des propos de vieux cabochon sentimental. 

Si je vous dis ça, c'est pour justifier mes rallyes de photographies du samedi matin.

Hier matin, je suis encore monté sur mon vélo pour aller visiter ma rivière, c'est-à-dire la Tapiskwan Sipi autrefois appelée Saint-Maurice. Le thermomètre affichait moins trois Celsius sous le soleil. Il n'y avait pas de vents et les eaux étaient particulièrement calmes, si calmes que tout s'y reflétait comme dans un miroir.

J'aurais pu me passer de ses photos pour vivre mon état de grâce. J'ai visité la Colombie-Britannique, le Yukon, l'Alaska et le Labrador sans remporter une seule photo. Comme quoi les photographies ne sont pas vraiment ma tasse de thé.

Pourtant, je sais les apprécier et reconnais que certains ont plus de talent que d'autres pour saisir un moment particulier de nos histoires terriennes. Je ne crois pas faire partie du nombre des bons photographes. Je ne me casse pas suffisamment la tête pour les éclairages, les équipements, les angles de vue et tout le tralala. Je n'ai qu'un Iphone en main et je prends des clichés à la va comme je te pousse. La meilleure photo est encore celle qui est demeurée dans ma tête et que parfois je réussis à transférer sur une toile via mes pinceaux et mes pigments.

Je vais tout de même me permettre cette fantaisie de vous montrer les photos que j'ai prises hier pour cristalliser l'automne une fois de plus. Pardonnez-moi cette insignifiance. Au moins, je ne me suis pas trop mis en évidence. Mes photos ne sont pas gâchées par ma présence ou bien par celle d'un être humain qui finit toujours par nous emmerder avec son narcissisme irrépressible.

Ces photos sont de vulgaires reproductions des états de grâce que j'ai traversés hier. 

Ce billet, comme bien d'autres billets que j'ai écrits, est tout à fait inutile et ne se donne pas d'autres buts que de célébrer un tant soit peu l'automne.
Le fleuve Magtogoek à l'embouchure de la rivière Tapiskwan Sipi.

Des eaux calmes où miroitent les arbres et buildingues.

La cathédrale de Trois-Rivières est à droite.

Vue sur le pont Duplessis prise à partir de la plage de l'Île Saint-Quentin.

Un sentier où je me trouvais tout fin seul avec le soleil.

Au pied du Pont Duplessis, l'ancienne usine de filtration. Elle était désaffectée quand j'étais jeune et nous allions y boire une bière et jouer du tamtam autour d'un feu. Elle a été rachetée par un richard quelconque qui en a fait une marina privée.

Miroitement des eaux de la rivière Tapiskwan Sipi encore une fois.

Le pont Duplessis, nommé ainsi pour rendre hommage à une vieille fripouille conservatrice qui avait une belle photo de Benito Mussolini dans son cabinet de travail.

La seule partie où l'eau était agitée hier était à la pointe de l'Île Saint-Quentin où l'eau devait contourner une petite roche.



Moins de feuilles et plus de troncs visibles de partout.

Dernière vue sur la passerelle avec un soleil coquin. (J'avais froid aux mains et n'étais plus capable de prendre des photos après celle-là. J'ai dit "fuck les photos!" puis j'ai remis mes gants, enfourché mon vélo, et pédalé jusque chez-moi.)

Supplément musical pour mieux savourer mon état d'âme.