jeudi 12 novembre 2015

Brouhaha, Mainmise, Robert Crumb et El Topo

Ma tête est un maelstrom d'impressions qui se sont accumulées au fil des ans. À force d'écrire sur mon blogue, je me suis souvent dit que la source finirait par se tarir. Cela ne s'est pas encore produit. D'un billet à l'autre, c'est comme si je n'avais fait sortir que la plus petite partie de moi-même. C'est tant mieux ainsi. Il me reste en réserve des siècles d'écriture. C'est probablement pour votre plus grand malheur. À moins que vous n'ayez déjà cette sagesse d'aller lire ailleurs. Pour les autres, je vous remercie à l'avance d'assister à ma lente agonie pour cet insigne honneur que j'ai de servir humblement les arts, les lettres ainsi que mes stupidités.

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L'Internet m'aura permis de découvrir ce que j'ai longtemps cherché dans toutes les bibliothèques situées entre Montréal et Québec au cours des années '80.

Cela me prenait parfois des mois avant que de mettre la main sur un livre, un disque ou bien un film. Je travaillais fort pour nourrir ma tête, très fort même, alors qu'aujourd'hui je trouve à peu près tout ce que je cherche et ne penserais jamais à chercher d'un simple clic de souris.

J'ai découvert de vieux exemplaires de la revue Mainmise dans les années '80 en farfouillant dans les bazars du livre. J'ai pu lire le numéro 2, le numéro 6 et peut-être le numéro 15. Je suis demeuré sous l'impression bien vive que Mainmise fût, de loin, la meilleure revue du Québec. Mainmise accordait une place prépondérante à la contre-culture, à la drogue, au rock, au sexe et à la bande dessinée. C'était la moins coincée de toutes les revues québécoises. Les revues Liberté, Possibles, Action Nationale, Parti Pris et j'en passe ont l'air de vieux torchons ternes et passéistes lorsque je les compare à Mainmise. Mainmise souhaitait vraiment changer le monde et accordait beaucoup moins de place aux discours et idéologies politiques que toutes les autres revues de la même période. Jean Basile Bezroudnoff, l'initiateur de cette revue, mérite d'être redécouvert et republié.

Pour ce qui est de Mainmise, on peut lire ici tous les numéros de cette revue. Vous y trouverez des textes qu'aujourd'hui encore personne n'oserait publier. Mainmise avait trois cents ans d'avance...

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En lisant Mainmise, j'ai fait de nombreuses découvertes.

J'ai connu le dessinateur Robert Crumb suite à ma première lecture de Mainmise qui le publiait dans une version traduite en québécois. Pas besoin de vous dire que je me suis ensuite claqué toute son oeuvre, y compris ses chansons.

Hier, en lisant Mainmise, j'ai ajouté une nouvelle découverte. Il s'agit du cinéaste chilien Alejandro Jodorowski. Mainmise disait de l'un de ses films, El Topo (La Taupe), que c'était un film aussi génial que 2001, L'Odyssée de l'espace.

L'était-il vraiment?

Quelques minutes plus tard, je visionnais El Topo. C'est définitivement un film complexe qui ne ressemble à rien de ce que j'ai vu, sinon Eraser Head de David Lynch. C'est un film western psychédélique avec une dimension métaphysique très particulière. El Topo tombait d'autant plus à point que j'ai visionné récemment Le bon, la brute et le truand de Sergio Leone, un autre film culte d'un cinéaste longtemps boudé par la critique qui n'a pas compris l'importance de son oeuvre cinématographique. Sergio Leone est le Kurosawa italien.

El Topo rappelle aussi certains films de Pasolini et de Fellini. Il a ce quelque chose de grotesque qui en fait un film culte pour certains et un film incompréhensible pour d'autres.

Je vous recommande El Topo si vous souhaitez devenir encore plus fou.