mardi 2 novembre 2010

Une vraie histoire d'amour

Il est difficile de parler de l'amour. Quand on le vit intensément, on préfère ne pas en parler de crainte que l'amour ne s'envole.

Ceux et celles qui parlent le plus d'amour sont généralement ceux qui vivent une relation malheureuse.

Ne me dites pas que vous n'avez jamais remarqué ça. Les poèmes et les chansons d'amour sont tous écrits par des personnes en peine qui ne savent plus quoi peindre sur les parois de leur caverne pour se donner l'illusion qu'ils possèdent quelque chose.

Jocelyn ne parlait jamais d'amour. Et sa blonde, Josée, n'en parlait pas plus. Pourtant, ils s'aimaient comme rarement l'on s'aime.

Les deux étaient dans la trentaine avancée. Jocelyn était boulanger. Et Josée, infirmière auxiliaire. Tous les deux s'habillaient en blanc pour le travail et en noir pour la maison. Ils avaient deux ou trois enfants, à moins que le troisième était seulement un ami des deux autres.

Difficile de dire quel était leur passe-temps préféré. On n'entendait jamais la télé, ni la radio, ni d'engueulades. Ils vivaient dans un bloc en béton et leur appartement était bien insonorisé.

Ils marchaient toujours main dans la main et s'embrassaient tout le temps comme s'ils en étaient à leurs premiers amours. C'était beau de les voir. Tout le monde semblait envier leur bonheur, surtout le couple d'en face qui passait leur temps à se lancer de la vaisselle par la tête.

C'est ce qui faisait dire à leur entourage qu'ils s'aimaient comme rarement l'on s'aime.

Mais personne n'en savait vraiment plus.

Et c'était très bien ainsi.