samedi 13 novembre 2010

De l'acide au visage

Le photographe David Boily de La Presse nous présente ce matin une page frontispice sensationnaliste. C'est le but de la une. Et ce but, pour une fois, n'est pas mesquin. On y voit le visage défiguré de Chrislène, une Haïtienne qui a été victime de violence conjugale. Watson, son ex-conjoint, lui a balancé de l'acide à batterie de char au visage. Elle est maintenant aveugle et «élève» son jeune enfant dans un village crasseux composé de tentes. Comme s'il n'y avait pas assez du tremblement de terre. Ou du choléra.

Les gens ont besoin d'être remués de temps à autres. Et ce genre de sensationnalisme me semble tout à fait nécessaire pour rappeler que l'aide sociale et juridique doivent suivre l'aide alimentaire.

Cet article de Michèle Ouimet rappelle que le combat féministe est bien loin d'être terminé. Ici comme ailleurs.

Il ne faudrait pas croire que nous n'avons pas de ces salopards dans notre coin qui seraient prêts à balancer de l'acide dans le visage de «leur» femme.

Derrière les portes closes des foyers, il s'en passe encore des vertes et des pas mûres.

Des crétins en tous genres testent leur sale autorité et menacent leur douce de passer au cash.

Ils ne se font pas tous arrêter. Et ce n'est pas une campagne de sensibilisation à la télé qui va suffire. Ça prend des lois. Ça prend des flics pour appliquer les lois. Et il faut surtout prendre les victimes au sérieux.

Ici comme en Haïti. Et aussi en Iran.

Le bras armé du pouvoir doit être tenu par des personnes qui croient en la dignité humaine.

L'anneau du pouvoir doit être porté par des personnes qui ne méprisent pas la moitié de l'humanité et peut-être plus.

C'est ce que je me dis en regardant ce visage de femme défiguré par de l'acide à batterie de char.

Ce Watson, crissez-moé lé en d'dans pour un calice de boutte, que je me dis dans mon créole nord-américain. Envoyez-le reconstruire Port-au-Prince avec un boulet aux pieds. Faites-lui subir le châtiment qu'il mérite. Qu'il atteigne sa rédemption en suant tout ce mal qui exhude de lui sous cette forme dégradante qui le ravale au niveau d'excrément de l'humanité.

Mais surtout, que l'on s'occupe de Chrislène bon sang! Vous! Moi! N'importe quoi.

Il doit y avoir une Justice en ce monde. Sans quoi le monde perd tout son sens.

Crétins du monde entier qui battez vos femmes, je vous trouve lâches et méprisables.

Le combat continue pour un monde où les femmes n'ont pas à vivre prostrées dans la peur.

Ce monde est possible. Nous en faisons l'expérience ici, malgré les imperfections de nos méthodes qui sont tout de même mille fois supérieures à celles de Haïti.