jeudi 30 septembre 2010

Bien plus chouette que Facebook

Hahaha! Riez tant que vous voudrez, mais Giacomo Fini s'était inscrit sur Facebook avec l'idée bien arrêtée de changer la face du monde. Fini était un italien d'origine montréalaise qui devait avoir autour de trente piges et qui ne se rasait plus tout à fait les cheveux pour profiter du bonheur de les sentir pousser. Sous son cuir capillaire, traité une fois par semaine au shampoing Head and Shoulder pour enrayer les pellicules, Fini pensait à toutes sortes de trucs qui -et c'est bien ça le pire!- n'avaient rien à voir avec le marivaudage.

Giacomo Fini ne s'était pas inscrit sur Facebook pour y présenter sa binette ou bien sa bite, ce qu'il aurait très bien pu faire comme n'importe quel autre utilisateur. Non, Fini préférait vivre sa vie dans le concret, là où sa bite et binette comptaient le plus.

Pourtant, il lui était venu en tête que tout se passait sur Facebook de nos jours et qu'il fallait nécessairement passer par là pour dire aux gens, par exemple, d'arrêter de balancer des produits toxiques dans le fleuve. Et ce n'était, hélas, que la pointe de l'iceberg. Puisque les causes ne manquent pas, l'homme étant si nul.

Ce qui fait que bientôt Fini passa toutes ses journées sur Facebook à mettre en lien des tas de trucs sensés remettre le monde à l'endroit. Et il y en avait! Oh qu'il y en avait des interliens et autres youtuberies militantes. Un vrai déluge.

Évidemment, tout le monde pouvait devenir l'ami de Giacomo Fini puisque ses causes étaient si nobles. Et de un, deux, trois, dix, mille amis... Oua! Succès instantané. En deux jours et demi d'utilisation de Facebook, Fini s'était trouvé des amis dans les quatre chiffres. Et cela ne faisait que commencer. Il apprenait vite le petit tabarnouche. (Il était petit, le gus.)

Donc, voilà que Fini se croit à la tête d'une armée de supermilitants qui veulent changer la face du monde. Et il exulte, comme s'il allait gagner le combat contre l'ogre capitaliste et tous ses avatars.

Il est vrai qu'il connut illico des tas de camarades, dont certains d'une très grande valeur intellectuelle. Évidemment, ils pensaient comme lui.

Cependant, il ne suffit que d'un grain de poussière pour enrayer une machine.

Et la machine de Fini s'enraya. C'est-à-dire son ordinateur personnel, une vieille tour de trois ou quatre ans avec un ventilateur qui faisait un bruit terrible même quand il était bien nettoyé. Kaputt l'ordi. Plus de son et plus de lumière. Plus de Facebook. Plus de YouTube. Plus de Google.

Juste la réalité concrète. Avec du monde qui respire. Et du monde qui ne respire plus.

Ses drames intérieurs dégonflèrent et son rire lui revint.

Ce n'est pas qu'il reniait ses saintes et nobles causes. Giacomo Fini était un homme de passions qui n'allait pas si facilement les abandonner.

Mais il réalisa que Facebook c'était aussi du pipi, caca, poil, kikou, lol et vous obtenez trente points pour un jeu stupide ou bien un quizz poche.

Le monde y raconte leur vie comme s'ils détaillaient le brun de leurs sous-vêtements. Et le pire c'est que ça se croit intéressant alors que c'est si plat, si pathétique, si ennuyant.

Franchement, Giaccomo Fini était bien content que sa tour ait sauté. Il se sentait moins échec et mat. C'était comme s'il retrouvait ses yeux et rhabitait ses gosses.

Le vent d'automne était frais.

Le bleu du ciel se détachait au-dessus d'un tapis de feuilles jaunes et orangées.

Les oies volaient vers le sud en formation véïforme.

Oua. C'était chouette l'automne.

Bien plus chouette que Facebook et toute cette hostie d'marde.