lundi 20 septembre 2010

Trois-Rivières

Trois-Rivières est l'une des plus belle villes du Québec quand on fait abstraction de la politique et de l'odeur nauséabonde qui provient de l'industrie papetière à l'agonie. Deux usines qui survivent dans une ville qui se vanta longtemps d'être la capitale internationale des pâtes et papiers.

De nos jours, la ville s'est donnée d'autres épithètes toutes aussi drôles. D'abord, elle s'est méritée à plusieurs reprises le titre de capitale du chômage et de la pauvreté au Canada. Quelques visionnaires préférèrent la nommer la capitale internationale de la poésie. Et d'autres capitales de ceci ou cela.

Quand on a été une capitale internationale au moins une fois dans la vie d'une ville, eh bien tout le monde doit se guérir d'accès de mégalomanie niaiseuse et dévorante. Rien de pire qu'un has-been me direz-vous et vous aurez raison de me l'avoir dit.

Il y a quelques millénaires, Trois-Rivières était sous l'eau provenant de la fonte des glaciers. Puis l'eau s'est graduellement retirée, charroyant du sable de plage de la rivière Tapiskwan Sipi * (anciennement la rivière St-Maurice) jusqu'au fleuve Magtogoek** (anciennement le fleuve St-Laurent).

Plusieurs nations et tribus aborigènes habitèrent les lieux depuis 8000 ans, dont des Français.

On a systématiquement rayé toute trace de présence autochtone dans l'ancien village de Métabéroutin, ce lieu qui nommait et la rivière et les plages de sable dont il ne reste plus grand chose de nos jours, sinon à l'Île St-Quentin et à Pointe-du-Lac.

Que sont devenues ces plages que les aborigènes contemplaient sous des forêts de pins frais, hum?

Trois-Rivières doit son nom à Jacques Cartier qui est venu planter sa putain de croix sur l'île de mes ancêtres peaux-rouges qui s'y baignaient bien tranquilles à cette époque, en une ère de paix et de commerce relativement stable entre les Iroquois, les Hurons, les Algonquins, les Attikameks, les Innus, les Cris, les pêcheurs basques et autres Islandais de passage.

Trois-Rivières a toujours été une sortie d'autoroute, d'aujourd'hui à hier, du temps des pointes de flèches. Tout le monde finissait par se ramasser là pour y vendre ses quossins, du tabac, des fourrures, whatever.

Cartier arriva dans le coin avec ses gros sabots français, planta sa croix catholique à l'embouchure de la rivière Tapiskwan Sipi, là où elle se divise en bancs de sables, dans un delta qui fût jadis paradisiaque et dont on entrevoit parfois toute la beauté en se fermant les yeux et en se bouchant le nez un moment.

Là où l'Indien voyait un lieu de commerce et de festivités interminables, Cartier voyait trois rivières, des esclaves, de l'or, de la soie et des épices. Il était ici pour faire du cash sous prétexte de christianiser les Sauvages. Ils sont toujours comme ça les crosseurs. L'épée plutôt que la croix: c'est ça les arguments tranchants de la sainte doctrine. Anyway, revenons à nos trois rivières.

Jacques Cartier la nomma rivière de Fouez, cette rivière trinitaire, une rivière de la Foi dans son langage un peu rustre du temps de Rabelais. Et il enleva quelques Indiens ça et là pour les montrer à son roi comme s'il s'agissait de bêtes savantes. Et si ce n'eût été des Indiens qui sauvèrent Cartier du scorbut en lui faisant boire du jus d'écorce plein de vitamine C, Trois-Rivières s'appellerait encore Métabéroutin.

En résumé, Trois-Rivières est une belle ville et ça n'a rien à voir avec Yves Lévesque, son maire qui menace de démissionner depuis que l'on demande sa destitution. C'est vrai qu'il se comporte en dictateur d'opérette et que ça finit par susciter des réactions saines de démocrates qui n'y comprennent rien.

Une assemblée publique aura lieu ce soir à l'Hôtel de Ville de Trois-Rivières. L'assemblée débute à 19h30. Les portes seront ouvertes à 18h30, à moins d'opérations occultes.

J'y serai parce que la démocratie ce n'est pas un chèque en blanc pour quatre ans.

Parce que je veux que l'on préserve une certaine zone de confort et de beauté à Trois-Rivières.

Parce que je crois en un autre Trois-Rivières, une re-naissance du village de Métabéroutin, une re-conquête aborigène des lieux, une re-connaissance, whatever, j'ai le droit de délirer sacrament. Le droit de rêver hostie!

Kwey tout le monde et migwetch pour votre attention. Je parle trop. Je sais. Hugh.


*Rivière de l'enfilée d'aiguille dans la langue des Attikameks.
**Fleuve aux grandes eaux dans la langue des Anishnabés.