mardi 21 septembre 2010

La prière a été abolie à l'Hôtel de Ville de Trois-Rivières

Les séances dites «ordinaires» du Conseil de ville de Trois-Rivières sont pour le moins soporifiques.
   Je le savais déjà et c'est avec beaucoup d'appréhension que je m'y suis rendu hier afin de voir comment on se fait entuber à Trois-Rivières par du menu fretin.
   Je suis arrivé à 18h45. Les portes étaient ouvertes. Je me suis pris un ordre du jour que j'ai lu avec désintérêt, comme tout le monde. Puis j'ai sorti mon calepin et mes stylos. J'ai gribouillé tout plein de croquis qui pourraient me servir le jour où nous serons mille dans la rue à demander plus de démocratie et moins de p'tites vites. Les saisons sont tellement changeantes de nos jours que tout peut arriver, n'est-ce pas...
   La salle s'est rapidement remplie de citoyens et citoyennes majoritairement retraités. Nos aînés ont du temps à consacrer à la démocratie, contrairement à nous, les plus jeunes, qui devons passer du temps à payer pour les caprices des politiciens. Je les en félicite et, d'ailleurs, je me sentais vieillir hier et je m'imaginais à soixante-quinze ans en train de me pogner encore avec le futur maire de Trois-Rivières. Un vrai cauchemar...
   À 19h30, c'est l'ouverture de l'assemblée. Le maire arrive en trombe, à 19h30 pile, et il asseoit son cul sur son siège pour tout de suite nous dire que le spectacle peut commencer. Il fixe tout le temps ses feuilles et ses souliers et il m'est difficile de le caricaturer autrement que penché sur ses notes. Peut-être qu'il dessine dans les marges de l'ordre du jour. Je sais pas trop.
   Cela semble avoir échappé à tous les journalistes offciels. Depuis le temps qu'on en parlait... Eh bien la prière a été abolie à l'Hôtel de Ville, comme le souhaitait Mme Louise Hubert qui a porté une plainte en ce sens à la Commission des droits de la personne et qui s'est fait tordre le bras par une vieille peau en pleine assemblée publique pour avoir réclamée la dissociation de l'Église et de l'État. Elle a gagné son point, Mme Hubert, et personne à ma connaissance ne l'a souligné dans les médias. Personne. La prière est disparue comme un pet, en laissant à peine une légère odeur d'encens cheap acheté à vil dans quelque bazar que l'on trouve partout sur le territoire trifluvien. La magie s'est envolée...
   Au lieu de la prière, le greffier a lu son ordre de jour, adopté à la vitesse grand v par le pseudo-maire qui n'a pas encore été destitué.
   -Quelqu'un demande le vote? Adopté! répétait inlassablement le maire.
   Et il a scandé ça pendant presque quarante points pour que la messe soit le plus courte possible. Maintenant que la prière a été supprimée, on ne va pas se gêner pour raccourcir les oraisons et les cantiques.
   Tout le monde bayait aux corneilles, même les conseillers qui appuient le maire, dont l'ineffable Guy Daigle, un ancien du PQ qui a troqué la social-démocratie pour la "cratie" tout court. Le pouvoir, ça change souvent son homme pour le pire: c'est comme dans le film Lord of the Rings avec le foutu anneau, le «prrrré-cieux». Ça les rend un peu lascifs, le pouvoir.
   Les journalistes s'emmerdaient ferme. Ça se voyait dans leur manière de regarder leur montre et de fixer le plafond. Sauf que je m'emmerdais beaucoup plus qu'eux puisque je n'étais pas payé pour être là. Même que ça m'a fait sortir de l'argent de mes poches: une bouteille d'eau, un calepin, deux crayons noirs.
   Je suis moi aussi tombé dans un état de rêverie en contemplant cette sculpture dans la salle d'audience que j'attribue à Stellio Solé, à moins que je ne sois complètement hors-champ, comme la sculpture d'ailleurs, qui est cachée derrière une colonne de béton, dans le fin fond de la salle, près de l'endroit où je siégeais sur mon séant.
   Puis le greffier est tombé sur un point qui n'était pas écrit dans l'ordre du jour qu'on nous a remis, le seul qui m'intéressait. Il s'agissait de mettre sur pied une commission d'enquête sur les fêtes du 375e anniversaire de Trois-Rivières, fêtes qui ont été marquées par des «apparences de conflits d'intérêts» pour reprendre une formule un peu chicken de journaliste qui ne risque rien.
   Évidemment, l'opposition a voté pour. Les autres ont voté contre, comme on s'y attendait.
   Puis j'ai crissé mon camp avec mon calepin et mes croquis. J'en avais assez vu. Même si j'ai manqué la période de questions du public, le seul moment fort de ce type d'assemblée. Je n'étais pas là pour parler, mais pour faire des petits dessins en me demandant ce que je foutais là.
   Dès que je suis sorti de la salle, j'ai ressenti un grand soulagement. C'était comme si je devenais plus sensible aux couleurs et au temps frais de l'automne.
   J'ai souri en longeant la bibliothèque Gatien-Lapointe. Puis j'ai descendu sur la rue des Forges, le coeur léger, l'âme vide.
   J'ai ouvert mon cellulaire rendu dans la cour de la pharmacie Jean-Coutu, sur le boulevard Royal, puis j'ai appelé ma blonde.
   -Bé, j'su's dans 'a cour du Jean-Coutu. J'm'en viens. C'était plate en tabarnak!
   Même si le show était plate, the show must goes on.
   Je vais lire aujourd'hui le compte-rendu de nos journalistes locaux, pour voir s'ils ont bien dormi eux aussi.
   Sûr qu'ils n'auront pas ces libertés de ton que je prends. Ce dont je les plains. Ils n'ont même pas le droit de s'amuser. Ils sont payés pour bayer aux pigeons, d'une assemblée à l'autre, les pauvres...
   Bref, le vrai pouvoir est dans la rue.