lundi 8 juin 2009

QUELQUES LECTURES POUR BIEN COMMENCER LA SEMAINE


C'est rare que j'en parle. C'est un peu comme pour l'amour. Quand on le vit intensément, on ne ressent pas le besoin d'en parler. On le vit. Et c'est très bien ainsi. Remarquez que les plus belles chansons d'amour ont sans doute été écrites par des gus qui venaient de perdre leur amour. C'est con comme ça, la vie.

Donc, je vais vous parler un brin de mes dernières lectures. Juste pour le fun. Sans trop me casser le cul.

D'abord, il y a Le désespéré, un roman de Léon Bloy, un extrémiste catho qui emploie tous les mots du dictionnaire dans ses romans et abonde en néologismes. Il invente de fameuses formules pour rouler tout ce qu'il déteste dans les auges à cochons et les excréments. Ses idées me répugnent un peu et ses anathèmes colportent un fond d'antisémitisme dont il se libérera un peu plus tard avec son livre Le salut par les Juifs.

Dans Le désespéré, Bloy présente sa propre vie de polémiste et pamphlétaire, sans un rond, qui se confronte à la bêtise des milieux littéraires tout en proférant des bêtises et parfois des vérités lourdes de sens. Caïn Marchenoir en arrache. Et il les empale tous, ces putes de la littérature, tout en crevant d'amour pour La Ventouse, sa compagne, une pute qui vit un trip mystique chrétien avec lui... L'histoire n'est pas banale et j'entame la suite, La femme pauvre, avec constance et enthousiasme, malgré ses défauts, ou peut-être à cause de ceux-là.

Beaucoup de ses textes sont disponibles en ligne. Dont L'Invendable, son journal, presque son blogue... Alors ne venez pas me dire que ça coûte cher de lire un brin. Sans sortir de chez-vous vous avez accès à une multitude de renseignements et de niaiseries sur YouTube. C'est-y pas funny, ça?

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J'ai lu un certain Lu Xun, Tempête dans une tasse de thé, aux éditions Mille et une nuits, dans leur petite collection à 1 euro. Lu Xun, c'est un peu le Tchékov chinois. Dans Tempête dans une tasse de thé, il relate l'histoire d'un type qui s'est coupé la natte en pensant que l'empereur avait été défait. La rumeur court que l'empereur est toujours là et que les tenants de la république battent en retraite. Donc, le pauvre type s'est coupé la natte pour rien et s'est foutu dans le pétrin en croyant bien faire. Son opportunisme lui a nui. Sa femme est en colère après cet imbécile de mari. Quand on verra qu'il n'a plus de natte, on dira qu'il désobéit à l'empereur et on lui tranchera le cou...

Tout le comique et le stress de savoir qui sera le vainqueur...

Pour en savoir plus, il y a ce petit texte de l'encyclopédie L'Agora, tiens.

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Finalement, je suis tombé sur Le bonheur des tristes de Luc Dietrich, le récit sobre d'un enfant abandonné à lui-même.

Je n'ai lu qu'une cinquantaine de pages. Mais c'est captivant, authentique, prenant.

Dietrich a trippé avec René Daumal, de qui l'on doit la revue Le Grand Jeu et ce récit hallucinant intitulé La grande beuverie, disponible chez Gallimard dans la collection Imaginaires.

Ils se frostaient pas mal l'un et l'autre. À l'instar de Rimbaud, peut-être, à la recherche de la mer en allée avec le soleil. Par-delà les portes de la perception, comme dirait l'autre.

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Pour le reste, j'ai Einstein et l'univers de Lincoln Barrett que je vais commencer aujourd'hui. Un peu de physique quantique, ça dérouille le cerveau.

Et il y a La cantatrice chauve de Ionesco que je veux relire, juste pour voir si je ne faisais semblant que d'aimer ce livre la première fois que je l'ai lu, il y a vingt ans.

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Les livres survivront-ils tous à nos relectures? Pas sûr. Certains qui nous étonnèrent nous sembleront ternes.

C'est la vie.