mercredi 3 juin 2009

Mon presque jumeau de fwèwe


Quand j'étais jeune, j'avais un presque jumeau, heureusement plus mince que moi et plus jeune d'un an aussi. Vous l'aurez deviné, c'était mon benjamin de frère qui, cette semaine, aura quarante ans.

Nous étions presque jumeaux dans le sens que nous étions toujours ensemble et partagions sensiblement les mêmes amis. Jusqu'à l'adolescence à tout le moins.

Quand nous jouions à la cachette dans la ruelle, il lui arrivait de mettre mes lunettes pour se faire passer pour moi. Ça pouvait tromper les autres tant qu'il n'allait pas plus loin que de se montrer la tête. J'avais pas mal plus de coffre pour ce qui était situé en bas du menton. D'où mon surnom de Gros Butch, pour me distinguer de lui qui était surnommé Petit Butch.

-J't'ai vu! C'est Guétan! disait le recherchiste.

-Non! Maillet! C'est Mario! répondait-il en enlevant mes lunettes.

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Nous étions presque jumeaux pour d'autres raisons aussi. Quand l'un de nous deux pleurait, l'autre pleurait aussi et disait à l'autre «arrête de brailler tabarnak!»

On se battait et s'insultait souvent, comme un très vieux couple, puisque nous partagions aussi la même chambre. On était ensemble presque vingt-quatre heures sur vingt-quatre. De quoi sauter les plombs de temps en temps. Ça nous arrivait. Et on finissait par se réconcilier, un tant soi peu. Ce qu'il fallait pour passer au travers.

Mon presque jumeau n'était pas très bon à l'école compte tenu de sa dyslexie. Norman McLuhan, l'auteur de La galaxie Gutenberg, aurait pu dire que son ascendance aborigène le rattachait plus facilement à une tradition orale de transmission du savoir. L'écriture, ça ne lui revenait pas du tout. De fait, il est devenu plutôt bon conteur, le gars qui se dévoue pour faire rire son entourage. Un trait que je partage avec lui pour une raison qui m'échappe. On doit retenir de notre père qui aimait bien raconter toutes sortes de trucs qui lui passaient par la tête, dont Frontenac et la bouche de ses canons, Louis Riel et la fameuse émeute qui survint suite à la suspension de Maurice Richard lors d'une finale de la Coupe Stanley.

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Quoi qu'il en soit, c'était et c'est encore un sportif de haut niveau.

Il filait sur la glace comme le démon blanc.

C'était aussi un bon joueur de baseball.

Pour la natation, je le clenchais cent miles à l'heure.

Pour le football, je ne pourrais pas dire, parce que le club de la polyvalente Sainte-Ursule était tellement pauvre qu'il ne restait plus que trois paires d'épaulettes et deux casques. Ce qui fait qu'il n'y eut plus de football pendant les dix années qui suivirent. Le football, c'était pour les fils de bourgeois. Pour les pauvres, il y avait surtout le hockey-bottine dans la ruelle et la barre à clous pour tout le reste.

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Maintenant père de trois enfants, mon presque jumeau de frère est devenu un homme. Un homme d'âge mûr: quarante ans, imaginez!

Il fait encore du sport, et pas seulement pour s'amuser. On vieillit, moi comme lui, et il faut que la machine s'active pour brûler les effets pernicieux d'une digestion plus lente et d'un plus large approvisionnement en gâteries de toutes sortes.

Quarante ans et déjà un vieux hostie de ragoût... Comme moé!

Bonne fête mon fwèwe!