dimanche 21 juin 2009

CONTROVERSE AUTOUR DU NOM DU CONQUISTADOR QUI A FONDÉ TROIS-RIVIÈRES


Il y aurait une controverse autour du conquistador qui aurait fondé Trois-Rivières... Il va même y avoir un documentaire là-dessus. On en est encore à se demander si c'est Théodore Bochart Duplessis ou bien un obscur monsieur Laviolette qui a fondé la ville...

J'ai des petites nouvelles pour vous autres, les historiens...


Au lieu de jouer aux histrions avec l'argent public, retournez donc à vos livres d'histoire. Les sources sont là, facilement disponibles et souvent mal lues par des demies-portions intellectuelles qui se donnent des grands airs. N'importe quel autodidacte un tant soit peu passionné vous dépasse en trois lectures.

Le fait est que Trois-Rivières doit exister comme zone de peuplement humain depuis au moins, oh, je dirais huit milles ans...

Les visages pâles ne commencent à compter que lorsqu'ils plantent une croix: ce qui donne à Trois-Rivières trois cent soixante-quinze ans d'existence. Pour les autres, Trois-Rivières c'est un vieux promontoire aux pieds de sable fin, un lieu paisible sous la forêt de pins. On s'y rencontre entre tribus pour y faire du commerce. On y mange. On y dort. On s'y reproduit. Depuis des milliers d'années.

Quoi? Il n'y avait personne ici avant le 4 juillet 1634?

Il y avait des aborigènes dans la Vallée du Saint-Laurent depuis très longtemps. Même qu'il y avait des maisons, des élections, du travail pour tous. Et des médicaments. Et de l'eau courante. Et des enfants. Toutes sortes de trucs.

Fouillez dans les Relations des Jésuites et autres rapports des robes noires de l'époque. Et vous verrez que le fondateur de Trois-Rivières s'appelait peut-être Capitanal. C'était un grand chef algonquin. Il a demandé à Champlain d'envoyer certains de ses hommes au confluent de la rivière Métabéroutin et du fleuve Magtogoek, à l'emplacement actuel de Trois-Rivières, pour y bâtir un fort qui protégerait son peuple des attaques des Iroquois. «Vos fils marieront nos filles et nous formerons une nouvelle nation», qu'il a dit à Champlain, Capitanal. Pierre Boucher, premier gouverneur de Trois-Rivières, a d'ailleurs marié une des filles de Capitanal. C'est dans les Relations des Jésuites aussi. Ça se trouve facilement: pas d'excuses!

Cessons-donc cette mascarade de conquistadores du Régime français qui se promènent en bas-culottes et en talons hauts dans les rues de Trois-Rivières, pour célébrer je ne sais pas trop qui ou bien quoi. L'histoire de Trois-Rivières a bien plus à voir avec celle des Indiens de Mexico ou Lima qu'avec celle des bas bleus de Paris.

Ce n'est pas le Sieur de Laviolette ni Théodore Bochart Duplessis, le fondateur de Trois-Rivières, et je n'aurai pas besoin de tourner un documentaire là-dessus.

Trois-Rivières a été fondée par des Sauvages, il y a fort longtemps. Dont des Sauvages qui comptent parmi mes ancêtres puisque je suis moi-même un métis d'ascendance algonquine/anishnabé, un produit du rêve de Capitanal de former une nouvelle nation.

Il n'y a qu'à gratter un peu sous l'asphalte pour y retrouver la plage et les pointes de flèche des Premiers Trifluviens reniés par les manuels d'histoire officiels qui ne leur consacrent généralement qu'un ou deux paragraphes.

***

C'est aujourd'hui la Fête des Aborigènes (Aboriginal Day).

Kwey à tous les aborigènes, métis et membres honoraires de la grande communauté de l'Île de la Tortue.

La danse du soleil continuera jusqu'à très tard dans la nuit.

Dans nos pieds comme dans nos coeurs.