La pire tragédie de notre temps est l'extinction de la sensibilité.
Vous pourrez dire que j'exagère, que je deviens un vieux con. Pourtant je constate que tout est réduit à l'état de spectacle que l'on approuve ou pas, sans plus.
Le monde n'est plus une volonté de représentation, comme nous le soufflerait à l'oreille Schopenhauer. Le monde est plutôt devenu une représentation. La mort d'un homme y est tout autant une distraction que le déracinement de quarante forêts. On quittera à peine son portable pour regarder la réalité en pleine face. On la zoomera, la filtrera et y mettra du bruit par-dessus en disant qu'on y était.
On vous trouvera étrangement sensible de vous en faire pour une pauvre vieille qui traverse la rue en se faisant klaxonner par des imbéciles.
-Qu'elle prenne la piste cyclable!
-Oui mais elle est à pieds et infirme...
-Chu-tu infirme moé? Non! Qu'a' mange d'la m... Qu'a' s'achète un char...
Vous pensez encore que j'exagère? C'est que vous ne connaissez pas l'âme de vos contemporains qui baigne dans un tas d'immondices. Tant et si bien que parler d'une âme relève vraiment de la spéculation métaphysique. Spéculation qui, comme la sensibilité, a été remplacé par des réflexes conditionnés que l'on tient pour des attitudes normales, à défaut de pouvoir dire qu'elles sont naturelles.
***
Je commente rarement mes commentateurs. Cependant j'ai accroché sur un commentaire suite à ma dernière publication dans le HuffPost où je parlais de la résilience des pissenlits. Un monsieur jugea bon de me ramener sur Terre.
-C'est ça! Retournons tous vivre dans des cavernes pour s'occuper des pissenlits! écrivait-il substantiellement.
Sur sa photo de profil, on pouvait voir une automobile perdue dans un nuage de gaz. Un type qui se définit par une telle image ne peut qu'en vouloir aux pissenlits d'exister. Cela me rassurait. Même si ça me désolait aussi. Cela me rappelait que l'écologie n'est pas un combat encore gagné.
Pour ajouter à l'insulte, l'hurluberlu laissa même entendre que ça allait mal dans le monde à cause de ceux qui veulent protéger les pissenlits au lieu d'être réalistes. Les guerres, les viols, les génocides et tout ce que vous voudrez sont occultés. On ne saurait tout de même pas accuser les contemplateurs de pissenlits de tous les crimes. Mais on leur reconnaîtra celui de vouloir freiner le progrès, le charbon, le pétrole, l'asphalte et le nucléaire...
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J'aurais beau m'évertuer à décrire la beauté indicible des fleurs, il est certain qu'il s'en trouvera des masses pour persifler. Ce sont ces masses qui élisent invariablement des leaders forts à la mâchoire carrée qui n'entendent pas s'enfarger dans les fleurs du tapis. Les âmes sensibles sont priées non seulement de s'abstenir de critiquer, mais aussi de céder tout le terrain aux bétonneuses.
S'émouvoir pour des fleurs, pour le sort d'un itinérant ou la mauvaise fortune d'un réfugié, tout cela relève d'un tempérament qui n'est certainement pas d'acier trempé.
Pour tout dire, ça fait mauviette.
Du genre qui ne mangerait pas de grosses tranches de steak épaisses comme ça accompagnées de frites surgelées.
On n'en a rien à foutre des mangeurs de tofu. C'est à cause d'eux que tout va mal dans le monde...
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Cette semaine, en faisant ma promenade quotidienne, j'ai vu au moins vingt petits ormes d'une dizaine d'années pousser sous un vieil orme centenaire. C'était à deux pas de la voie ferrée, dans le quartier Saint-Philippe, à Trois-Rivières.
Les ormes n'ont jamais été plantés là. Ils ont poussé tout seul à force d'être oubliés ou épargnés des employés attitrés à la tonte des pelouses environnantes.
Ils sont devenus trop gros pour être déracinés, que je me plais à croire sans me faire trop d'illusions.
En tout cas, ils résisteront aux attaques d'un ivrogne qui en voudrait à l'univers en les croisant. Jamais il ne réussira à les détruire. C'est trop tard. Il fallait y penser avant.
Cette petite forêt de vingt ormes est jailli de nulle part et je suis peut-être le premier ou le deuxième à l'avoir remarquée.
Bien que les promoteurs s'activent à dépouiller toute trace d'environnement naturel dans ma ville, pour rappeler aux citoyens que nous ne vivons plus dans des cavernes, il semble que les plantes et les arbres continuent de croître, malgré tout et malgré nous.
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Nous ne vivons plus dans des cavernes. Ça non! L'été, en pleine canicule, on recommande aux vieillards et autres malheureux atteints de problèmes respiratoires de ne pas sortir. L'air est tellement vicié qu'il est alors préférable de respirer de l'air conditionné, comme si nous vivions sur la planète Mars. Nous respirons donc de l'air artificiel dans nos maisons, nos véhicules, nos lieux de distraction. Et nous regardons la nature par le hublot, voire par le téléphone dit intelligent.
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-C'est quoi ces fleurs jaunes, là?
-Ces fleurs-là?
-Oui... les jaunes...
-Ce sont des pissenlits...
-Ah bon... Je préfère les roses. Il y a de grosses serres sur le bord de l'autoroute 20. On peut en acheter à la douzaine et pour pas cher...
-Hum...
-T'as vu la dernière vidéo du gars qui se rentre du poivre de cayenne dans le derrière? C'est sur YouTube.
-Hum...
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Insensibles. Je vous le dis. Nous sommes devenus insensibles. C'est-à-dire bons à rien.
Voilà ce qui explique cette manie que j'ai de fréquenter des fous.
Je m'excuse auprès de ceux et celles que je fréquente de les faire passer pour des fous.
C'est pourtant un compliment que je leur fais.
Je m'accroche à leur folie comme d'autres s'accrochent à leur char et leur maison.
Chacun ses priorités.
Les miennes partent et reviennent toutes vers le coeur.
Je suis sans doute un poète.
Ou pire encore. L'un de ceux à cause de qui tout va mal dans le monde.
Que voulez-vous que j'y fasse?
mardi 16 mai 2017
lundi 15 mai 2017
L'Auberge des Deux Asperges
Par où faudrait-il commencer? Par quel angle peut-on aborder l'insolite? Je veux dire ce qui n'advient jamais. Autrement, ce ne serait pas insolite... Paradoxalement, si vous êtes témoin d'un événement insolite, eh bien personne ne vous croirait puisque ce genre d'événement n'arrive jamais à personne. Vous passez facilement pour un mythomane d'avoir vu ce que d'autres seulement ont cru voir. Aussi bien vous le conseiller tout de suite, et croyez-moi que c'est un avis judicieux, eh bien, enfin bref, ne dites jamais RIEN à personne! Dès que vous dites quelque chose il s'en trouvera pour vous raconter que vous ne colportez que des bobards, que l'ascenseur ne se rend pas au plafond et toutes ces calomnies qui font honte aux authentiques chercheurs de vérité, ceux qui ne craignant pas de prendre des risques intellectuels, vous comprenez... Ceux qui vont là où personne ne va dans la conscience admise de tous. Vous comprenez? Eh bien, eh bien, oui, moi, moi vrai comme je vous le dis, j'ai été témoin d'un événement insolite. Oh pas insolite comme de voir une grosse créature gluante qui ressemble à un crapaud à face de rat musqué... Non, insolite comme tellement banal que c'est encore plus troublant de faire repousser encore les frontières de l'insolite... Eh bien, eh bien, eh bien ça s'est passé pas plus tard qu'hier. J'étais à l'Auberge des Deux Asperges, là où les chambres des voyageurs ne sont ni belles ni confortables. Les salles de bain ne sont pas crasseuses mais il y manque des tuiles de céramique ça et là, ce qui contribue aussi à l'aspect repoussant que j'attribue à l'Auberge des Deux Asperges. Pour le reste, ils y font de bonnes omelettes aux asperges, surtout quand c'est la saison. Le reste du temps on y vend des hot-dogs, des frites et des boissons gazeuses. Toujours est-il que j'avais loué la chambre 36 de l'Auberge des Deux Asperges. La propriétaire gérait elle-même sa petite affaire. C'était une grosse rousse pas très joviale et plutôt méfiante. Mais elle n'était pas méchante pour autant. Seulement déçue par la vie qu'elle menait. cette pauvre vieille qui aurait souhaité naître sous les palmiers, et qui s'était retrouvé là, au milieu de nulle part, dans un champ à moitié inondé, à deux cent mètres d'une porcherie industrielle... Enfin! Rien d'insolite... Non Rien. C'est que l'insolite banal allait survenir. Oui, Dès que j'eusse rangé mes affaires dans la chambre 6, j'ai vu un vieillard doté d'un seul oeil qui mangeait un bol de céréales en scrountchant fort. Et, à travers ses scrountchements, eh bien il disait: "Calvâsse! El Diable est aux vaches!" Comme je vins pour lui parler, pffuit! Il disparut. Comme ça. Disparu! Je ne l'avais pourtant pas rêvé. Je n'avais pas la berlue. Je savais exactement ce que j'avais vu: un vieux borgne qui mangeait un bol de céréales, bien calé dans sa chaise berçante, et portant une calotte où l'on pouvait lire Agence Quelquechose je ne m'en souviens plus. Pffuit! Il est là! Pffuit! Il n'est plus là. Et retentit seulement le lugubre écho de ses scrountchements et de ses mots sulfureux: "Calvâsse! El Diable est aux vaches!" Je n'ai pas pu dormir pendant des jours, puis des nuits et enfin des soirs. J'étais obsédé par cet événement et, bien entendu, je n'osai le raconter à personne. Pffuit! Popeye est là! Pffuit! Popeye n'est plus là!!! Non. Vous passez pour un fou d'avoir vu ça. On vous dit Popeye n'a jamais existé. Tu as tout inventé ça mon cher... Aha! Facile à dire... Et pourquoi j'aurais inventé ça? Parce que je voudrais que les gens s'intéressent à moi? C'est mal me connaître. La compagnie des arbres m'est salutaire. Je mange santé. J'ai une bonne hygiène de vie. Je ne suis jamais stressé. Je suis actuaire de formation. Les chiffres, c'est mon domaine, Je suis une calculatrice sur deux pattes. Donc je suis logique. Logique, comme dans deux plus deux font quatre. Ne venez pas me dire cinq. Ou six. Ou que c'est un principe de mort que d'avoir cette logique que deux plus deux font quatre... Dostoïevski,,, N'importe quoi. A-t-il jamais vu un édenté scrountcher ses céréales en parlant du Diable qui est aux vaches? Que nenni. On s'en tient encore un peu trop la réalité courante, celle que personne ne conteste, parce que ces événements insolites arrivent rarement à un homme logique. Or, je puis me targuer d'être logique. Je vis de la logique. On me paie pour ma logique. Quel intérêt aurais-je à narguer les racines très carrées de mon existence de mon enfance jusqu'à ce jour? Donc, si je vous dis que j'ai bel et bien vu un vieux croquer des céréales en appelant le Diable et les vaches, eh bien cela mérite quelque attention. Je ne dis pas n'importe quoi. Les événements ne seraient pas insolites s'ils n'impliquaient qu'ils sortent justement de l'ordinaire. Si je vous avais dit qu'il y avait un dragon, vous m'auriez encore moins critiqué que vous ne le faites pour mon vieillard aux céréales. Parce que le dragon ajoute au merveilleux d'un récit. Il caresse notre côté reptilien. C'est ce que j'en dis. Mais le vieux qui scrountche des céréales! Aha! Ça non! Personne ne me fera croire que cela s'invente... C'est donc indubitablement un événement insolite. Avec lequel je vis. Je devrais même dire avec lequel je suis en état perpétuel de survie. Personne ne veut entendre mon histoire insolite non personne... Que voulez-vous? Vous me faites mal. Cela suffit! Vous êtes des voyous!***
Deux préposés tout vêtus de blanc vinrent chercher Monsieur Laiglefin, de Laigletin, Thorvis et associés, C'était un petit monsieur pas très gros qui n'arrêtait jamais de parler et de gesticuler. Tous les jours, il racontait une histoire sur sa logique. Il revenait souvent avec Popeye. Mais il pouvait se montrer tout aussi loquace et, convaincu de logique, pour Roméo l'inventeur du lavabo, Algébrix le druide et autres compas qui étaient apparus subitement pendant un repas ou une sieste. Ça n'avait ni queue ni tête et pourtant Monsieur Laiglefin était sûr que c'était la vérité vraie.
Le soir, il était toujours fatigué, le vieil homme.
Il se tenait le front entre le pouce et l'index et vous disait, sur un ton monocorde:
-Je suis fatigué... tellement fatigué...
Sa famille ne venait jamais le voir.
-Ça me fait trop mal d'el voir légume, disait son fils Bryan, un égocentrique toxique qui avait obtenu la tutelle de son père et dilapidait la fortune familiale dans des orgies à l'Auberge des Deux Asperges.
dimanche 14 mai 2017
Bonne fête des mères!
Mon atelier-galerie d'art est ouvert au public aujourd'hui jusqu'à 17 heures. Il est situé au 448 de la rue Niverville au centre-ville de Trois-Rivières. Bonne fête des mères!
Rêve
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| Winsor McCay, Little Nemo in Slumberland, 1908 |
J'étais encore loin de chez-moi. Peut-être à cinq ou six kilomètres. J'ai donc marché aux côtés de mon vélo au pneu crevé. Tous les deux, la bête et la machine, nous en allions cahin-caha vers la maison.
C'est là que je vis une maison pauvre dans un quartier pourtant chic. Ils avaient transformé leur modeste taudis en piscine avec de grandes bâches de plastique bleues savamment agrippées aux murs pour retenir les eaux.
-Viens t'baigner el' gros! me criaient une cohorte de gens pauvres, bouteilles de bière à la main.
Je vins les voir et, à mon grand étonnement, m'empara d'une bière qu'ils me tendaient et pataugeai avec eux quelques minutes. Puis je repris la route sous les pleurs de ces pauvres gens qui s'attristaient de mon départ, comme si j'eusse été un quelconque chevalier errant avec sa Rossinante Peugeot qui semblait destinée elle aussi pour l'équarrisseur.
Je marchai tout le long d'un dépotoir à ciel ouvert pour une raison qui m'échappe puis m'étonnai d'être arrivé au parc portuaire de Trois-Rivières. Un énorme bateau de croisière occupait tous les quais. Il n'y avait pourtant pas âme qui vive. Mais je comprenais en mon for intérieur que Tonio avait besoin d'une pizza...
Qui est Tonio? Eh bien c'est un gars qui avait le malheur de sortir avec une fille qui racontait tous les travers de sa sexualité peu conventionnelle dont personne n'oserait se vanter. Il avait coutume, en outre, de se rentrer des légumes dans le fondement après les avoir tiédis dans un bac d'eau presque chaude. Pas besoin de vous dire que personne ne voulait des salades et des mijotés de légumes de Tonio.
Je ne sais pas pourquoi je lui apportai de la pizza. sur le bateau de croisière. Pourquoi je pris en pitié cet abruti. Et pourquoi je réussis à passer mon corps énorme par un tuyau d'à peine six pouces de diamètre pour lui remettre une pizza. Il me sembla ému. Il prit ma pizza et s'enferma dans le garde-robe de sa petite cabine pour la dévorer. Je sortis par un hublot d'à peine six pouces de diamètre lui aussi.
Mon vélo n'était plus là. Il y avait un dépotoir à perte de vue. Et l'un de mes amis grattaient sa guitare électrique sur un tas de détritus.
-Ça te tente-tu de jammer Boutch? qu'il me demanda.
Je sortis mon harmonica de ma poche et jammai avec lui, comme si de rien n'était.
Puis je me réveillai dans mon lit...
samedi 13 mai 2017
vendredi 12 mai 2017
Toulidoudlidi goudloudloudloulalilontte
-C'est toulidoudlidi goudloudloudloulalilontte!
Voilà ce qu'il laissait entendre, d'un bout à l'autre de la ruelle, en revenant à vélo avec les guidons surchargés de sacs d'épicerie.
Il avait une façon toute particulière de débarquer de son vélo. C'était comme s'il rapetissait devant lui. Comme s'il le quittait sans se blesser entre les deux jambes si vous voyez ce que je veux faire voir. Pfff! Le vélo suivait son chemin avec ses guidons surchargés et atterrissait simplement contre la clôture, comme s'il y eut toujours été.
Sa démarche n'en était que plus libre et plus déhanchée.
-Ho! Ho! Oui mesieu, mesieu, mesieu... tibizoune-su-a-flaye...
En plus de faire des onomatopées, Vital n'était rien d'autre. C'est ce qu'il ne prétendait même pas.
-J'suis rien. Comment voulez-vous prétendre à rien? J'prétends à rien. J'prétends pas. Chu pas prétentieux. Chu rien.
Ce petit bonhomme de soixante ans, maigre comme un cure-dent et osseux comme un chien mort, n'avait plus aucune ambition. C'était mieux comme ça. Il vient un temps où l'on cesse de virer fou. Ce qui permettait à Vital de ne plus s'en faire. Physiquement, il ressemblait à Marty Fledman. Il souffrait comme lui de strabisme divergent. Et ses yeux exorbités avaient clairement un effet hypnotisant.
S'il faisait des toulidoudlidi c'était pour attirer tous les chats de la ruelle qui répondaient à cette appel humain en se frôlant contre les poteaux comme des chattes en chaleur.
C'est que Vital leur apportait toujours des Ouizquisses. Et les chats raffolent des Ouizquisses.
Vital arrivait en faisant ses toulidoulidi sur son vélo qui se garait tout seul, il brassait son sac de Ouizquisses et zoup! Tous les chats étaient là. Le gros roux qui pleure tout le temps avec une voix quasi humaine. Le blanc et noir qui a l'air soupçonneux. La grosse Grisoune, la colleuse, et Tigrou celui qui rapporte des oiseaux morts en cadeau.
-Mangez les p'tits minous! Toulidoulidi!!!
Ils mangeaient.
Sa voisine d'en face, Rolande, l'observait d'un oeil torve. Elle avait en avait assez de voir les chats venir pisser sur ces sacs de vidanges près du carreporte.h
Cétait une petite madame desséchée qui passait son temps à parler contre ses voisins.
-En plus, lui i' faut qu'i' les attire! On n'en a déjà pas assez de chats comme ça Jéritol!
Or, Grisoune était justement en train de pisser sur ses sacs. Rolande était en beau joual vert. Elle prit la bouilloire qui venait tout juste de chauffer. Puis elle ébouillanta Grisoune qui en vint le dos rond et toute méchante, tant et si bien que Rolande laissa tomber la bouilloire et courut s'enfermer chez-elle tandis que Grisoune, brûlée au troisième degré, rugissait comme une lionne blessée en promettant de se venger du genre humain.
-RRrrrooouyn!
Vital était en beau fusil.
-Madame Rolande! Franchement! Vous pouvez pas faire mal à Grisoune! Qu'est-cé qu'a' vous a faitte Grisoune, hein?
-Vas-t'en chez-vous maudit innocent! C'est pas d'tes affaires! lui cria Rolande au travers de la porte-moustiquaire. J'te dis-tu quoi faire moé? Achale-moé pas pis en r'tourne-toé don' chez-vous maudit tata!
-M'a vous en faire maudit tata madame Rolande! J'vous trouve pas fine fine d'ébouillanter Grisoune de même... Ça va vous suivre dans votre karma!
-Karma-moé un oeil maudit quecombre! Tes chats j'veux pas les voir! Si t'aimes ça d'vivre dans 'a pisse de chats fais pas vivre les autres dans ta pisse!
-Vous devez beaucoup souffrir dans la vie pour m'parler d'même madame Rolande... Vous me faites pitié...
-Pitié-moé un oeil! Décrisse pis mange d'la marde! Maudit malade!
Vital passa une très mauvaise soirée.
Il se demanda si Grisoune allait survivre.
Il ne l'avait plus revue. Peut-être en était-elle morte?
-Les êtres humains sont méchants. N'est-ce pas mes p'tits chats? Toulidoudlidi goudloudloudloulalilontte !
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