Notre ennemi n'a jamais été A mais B. Et puis non, notre ennemi est B et nous avons toujours été ami avec A. D'ailleurs les attentats ont été commis par A à cause de B. Nous avons financé A contre B parce que nous savions que nous allions un jour soutenir B contre A. Donc, pour reprendre, B n'est pas si mauvais que A ne nous le semble dorénavant. En fait. nous sommes en guerre contre A parce que B a toujours été notre allié...
Heureusement que la majorité des gens échouent leurs tests de compréhension de lecture...
L'ennemi de tout homme politique est celui qui refuse de plier devant le mensonge institutionnalisé.
Le mensonge qui permet aux États-Unis d'Amérique et à leurs alliés de l'OTAN de financer le terrorisme islamique un jour puis de faire semblant de le maudire le lendemain.
Le mensonge soutenu par nos institutions et nos médias officiels. Le mensonge que les naïfs ne peuvent pas comprendre. La realpolitik qui prêche la vertu ici et qui découpe des syndicalistes en rondelles là-bas.
On passera, bien sûr, pour des partisans des théories du complot de ne pas comprendre les subtilités de nos alliances et de nos guerres entre A ou B.
On passera pour des conspirationnistes de mettre en lumière que nos gouvernements autorisent la vente d'armes aux gens qui tirent sur nos soldats que l'on envoie se battre pour rien, même pas pour l'honneur de la patrie, même pas pour la démocratie: seulement pour rien. Pour que certains fassent plus de fric sous des apparats de prédicateur évangélique camouflant à peine les plus bas instincts des banquiers et des promoteurs avides de pouvoir.
Notre ennemi n'a jamais été l'Estasia mais l'Eurasia... On a déjà lu ça quelque part dans le roman 1984 de George Orwell.
mercredi 12 octobre 2016
mardi 11 octobre 2016
Mon petit moi et les soins de santé
Chers lecteurs et lectrices, je m'en veux à l'avance de vous raconter les pâles aventures de mon petit moi. Je crains de sombrer dans la fatuité chaque fois que j'expose une anecdote qui me met en scène. Écrire à la première personne du singulier n'est pas sans risques. Je les prends, ces risques, en me couvrant la tête de cendres pour me faire pardonner la pitoyable expression de mon je.
Pourtant, je ne trouve rien de mieux à vous raconter pour le moment...
Je pourrais avoir recours à un subterfuge, comme je le fais souvent. Je pourrais raconter cette histoire en la mettant sur le compte d'un personnage qui serait laid, maigrelet, peu affable, bref tout le contraire de moi-même pour que personne ne me soupçonne d'être derrière celui-là.
Assez d'excuses et venons-en au fait.
Hier, lecteurs et lectrices, je suis allé à l'hôpital pour une infection subite de la joue interne. Je ressemblais à un écureuil avec ma grosse bajoue qui déformait mon visage. Je me suis donc présenté à l'urgence de l'Hôpital Sainte-Marie, à Trois-Rivières, pour bénéficier d'un traitement approprié.
Une quinzaine de personnes y poireautaient et, selon toute vraisemblance, je devais m'attendre à patienter au moins autant que ceux qui s'y trouvaient déjà. Certains attendaient depuis plus de douze heures et n'étaient pas encore près de passer. Des ambulances avaient déposé toute la nuit durant des cas de mort imminente qui monopolisaient toute l'attention du personnel médical. Les cas de grippes et d'infections mineures passèrent au second plan.
Une infirmière responsable de l'évaluation des patients de l'urgence me fit savoir que les délais d'attente faisaient en sorte que je pouvais attendre encore un bon moment.
-Vous pouvez aller à l'Hôpital Cloutier... Si cela vous intéresse... Ils prennent encore des patients... qu'elle m'a dit sur un ton désespéré.
-Heu... non... je vais attendre, ai-je répondu innocemment.
J'avais des livres et de la musique pour tenir un long siège sur un siège de plastique inconfortable. Pas question que j'aille au Cap-de-la-Madeleine. J'y suis j'y reste, nah!
Évidemment, son discours ne fut pas sans effet.
Des tas de patients décidèrent de quitter l'urgence de l'Hôpital Saint-Marie pour aller voir ailleurs.
Tant et si bien que je suis passé deux heures seulement après qu'elle m'eut dit d'aller à l'urgence de l'Hôpital Cloutier...
J'ai rencontré une urgentologue qui m'a prescrit de la pénicilline après m'avoir ausculté.
Je suis donc passé en moins de six heures. Ce qui me semble un délai très raisonnable.
***
Cela dit, je me permettrai quelques remarques.
Je suis en faveur des soins de santé publics et universels. Jamais je n'aurai recours aux soins de santé privés, tant par principe que par manque de moyens financiers.
J'ai déjà payé pour des soins de santé publics. Mon relevé de paie et mon rapport d'impôts en font largement mention.
Les médecins qui travaillent dans les cabinets privés ne m'inspirent pas confiance. Le docteur qui veut plus d'argent et moins de travail ne me semble pas un bon médecin, mais une charogne libérale. Qu'il aille se faire foutre en Arabie Saoudite! Je ne lui confierai ni ma santé ni mes sous. Ni rien. Pas même un brin d'estime. Je veux être soigné par un camarade médecin. Pas par un businessman.
Les docteurs du système de santé public sont au front et font du bien malgré tout ce que l'on pourrait médire à ce sujet. Leur serment d'Hippocrate n'est pas un serment d'hypocrite. Idem pour les infirmières, les infirmiers et les préposés. Même si les urgences débordent, même si le système semble sur le point d'éclater, ces gens-là sont des héros, des purs patriotes, des humains!
Les autres, dans le privé, sont des salopards. Qu'ils aillent se crosser avec une poignée de braquettes.
Fuck le privé! Fuck les États-Unis!
Vive la justice sociale!
Vive la social-démocratie québécoise!
***
J'ai fait face à des airs de cul à l'urgence. Bien entendu. La préposée à l'inscription avait l'air bête. L'infirmière à l'évaluation n'était pas des plus affable. Cependant, les agents de sécurité étaient impeccables de même que le personnel soignant une fois franchie la barrière de l'évaluation. Les infirmières sont plus humaines sous la supervision des médecins... C'est mon hypothèse.
J'ai trouvé une prescription par terre, hier à l'urgence.
Lorsque je suis venu pour la remettre à la préposée à l'inscription, elle ne m'a pas adressé la parole. Elle m'a fait un signe de la main plutôt grossier signifiant que je devais attendre. J'ai attendu au moins trois bonnes minutes tandis qu'elle se préoccupait de son écran. Puis l'interphone a fait entendre mon nom.
-Gaétan Bouchard est demandé à la salle D-4. Gaétan Bouchard salle D-4.
J'ai passé, sans rien dire, la prescription perdue d'Untel dans le petit trou de la vitre en fibre de verre qui me séparait de la commis à l'inscription.
Débrouille-toi avec ça bougre d'abrutie... me suis-je dit en moi-même tandis qu'elle me regardait d'un air médusé. Va te limer les ongles!
Puis j'ai volé vers mon rendez-vous, heureux comme un gars qui allait enfin recevoir sa prescription d'antibiotique.
***
Donc, voici mes notes finales.
Agent de sécurité: 11 sur 10. L'une d'entre eux a même donné sa collation à une pauvre folle qui se plaignait d'avoir faim et d'attendre depuis douze heures. Ce ne sont pas les mieux payés de l'établissement. Est-ce que leur proximité financière avec la misère en fait des êtres humains meilleurs?
Infirmière à l'évaluation: 5 sur 10. Mauvaise gestion du stress et manque flagrant de communication avec les citoyens qui paient son salaire.
Commis à l'inscription: -10 sur 10. Conne qui ne mérite pas d'être payée autant pour faire chier tout le monde. Devrait être remplacée par un ordinateur intelligent qui nous répondrait avec une voix métallique mais agréable.
Urgentologue: 10 sur 10. Humaine malgré la vitesse de son intervention. Prescription médicale sans fautes d'orthographe. On aimerait que la commis à l'inscription ait elle aussi fait de hautes études pour acquérir de bonnes manières.
Pharmacienne: 10 sur 10. Comme toujours. Depuis que je ne vais plus me faire chier à la Pharmacie Jean-Foutu de la rue X pour faire face à des airs de cul qui te regardent comme quelqu'un qui les dérange. Ils sont gentils et attentionnés pour des vendeurs de drogues, les employés du Familiprix du 776 du boulevard du Saint-Maurice, à Trois-Rivières, juste à côté du Super C. Je ne regrette pas d'y avoir fait transféré mes prescriptions. Je n'ai pas envie d'enrichir des gens qui ne le méritent pas.
Pénicilline: Excellente. Elle fond sous la langue. Mioum!
Pourtant, je ne trouve rien de mieux à vous raconter pour le moment...
Je pourrais avoir recours à un subterfuge, comme je le fais souvent. Je pourrais raconter cette histoire en la mettant sur le compte d'un personnage qui serait laid, maigrelet, peu affable, bref tout le contraire de moi-même pour que personne ne me soupçonne d'être derrière celui-là.
Assez d'excuses et venons-en au fait.
Hier, lecteurs et lectrices, je suis allé à l'hôpital pour une infection subite de la joue interne. Je ressemblais à un écureuil avec ma grosse bajoue qui déformait mon visage. Je me suis donc présenté à l'urgence de l'Hôpital Sainte-Marie, à Trois-Rivières, pour bénéficier d'un traitement approprié.
Une quinzaine de personnes y poireautaient et, selon toute vraisemblance, je devais m'attendre à patienter au moins autant que ceux qui s'y trouvaient déjà. Certains attendaient depuis plus de douze heures et n'étaient pas encore près de passer. Des ambulances avaient déposé toute la nuit durant des cas de mort imminente qui monopolisaient toute l'attention du personnel médical. Les cas de grippes et d'infections mineures passèrent au second plan.
Une infirmière responsable de l'évaluation des patients de l'urgence me fit savoir que les délais d'attente faisaient en sorte que je pouvais attendre encore un bon moment.
-Vous pouvez aller à l'Hôpital Cloutier... Si cela vous intéresse... Ils prennent encore des patients... qu'elle m'a dit sur un ton désespéré.
-Heu... non... je vais attendre, ai-je répondu innocemment.
J'avais des livres et de la musique pour tenir un long siège sur un siège de plastique inconfortable. Pas question que j'aille au Cap-de-la-Madeleine. J'y suis j'y reste, nah!
Évidemment, son discours ne fut pas sans effet.
Des tas de patients décidèrent de quitter l'urgence de l'Hôpital Saint-Marie pour aller voir ailleurs.
Tant et si bien que je suis passé deux heures seulement après qu'elle m'eut dit d'aller à l'urgence de l'Hôpital Cloutier...
J'ai rencontré une urgentologue qui m'a prescrit de la pénicilline après m'avoir ausculté.
Je suis donc passé en moins de six heures. Ce qui me semble un délai très raisonnable.
***
Cela dit, je me permettrai quelques remarques.
Je suis en faveur des soins de santé publics et universels. Jamais je n'aurai recours aux soins de santé privés, tant par principe que par manque de moyens financiers.
J'ai déjà payé pour des soins de santé publics. Mon relevé de paie et mon rapport d'impôts en font largement mention.
Les médecins qui travaillent dans les cabinets privés ne m'inspirent pas confiance. Le docteur qui veut plus d'argent et moins de travail ne me semble pas un bon médecin, mais une charogne libérale. Qu'il aille se faire foutre en Arabie Saoudite! Je ne lui confierai ni ma santé ni mes sous. Ni rien. Pas même un brin d'estime. Je veux être soigné par un camarade médecin. Pas par un businessman.
Les docteurs du système de santé public sont au front et font du bien malgré tout ce que l'on pourrait médire à ce sujet. Leur serment d'Hippocrate n'est pas un serment d'hypocrite. Idem pour les infirmières, les infirmiers et les préposés. Même si les urgences débordent, même si le système semble sur le point d'éclater, ces gens-là sont des héros, des purs patriotes, des humains!
Les autres, dans le privé, sont des salopards. Qu'ils aillent se crosser avec une poignée de braquettes.
Fuck le privé! Fuck les États-Unis!
Vive la justice sociale!
Vive la social-démocratie québécoise!
***
J'ai fait face à des airs de cul à l'urgence. Bien entendu. La préposée à l'inscription avait l'air bête. L'infirmière à l'évaluation n'était pas des plus affable. Cependant, les agents de sécurité étaient impeccables de même que le personnel soignant une fois franchie la barrière de l'évaluation. Les infirmières sont plus humaines sous la supervision des médecins... C'est mon hypothèse.
J'ai trouvé une prescription par terre, hier à l'urgence.
Lorsque je suis venu pour la remettre à la préposée à l'inscription, elle ne m'a pas adressé la parole. Elle m'a fait un signe de la main plutôt grossier signifiant que je devais attendre. J'ai attendu au moins trois bonnes minutes tandis qu'elle se préoccupait de son écran. Puis l'interphone a fait entendre mon nom.
-Gaétan Bouchard est demandé à la salle D-4. Gaétan Bouchard salle D-4.
J'ai passé, sans rien dire, la prescription perdue d'Untel dans le petit trou de la vitre en fibre de verre qui me séparait de la commis à l'inscription.
Débrouille-toi avec ça bougre d'abrutie... me suis-je dit en moi-même tandis qu'elle me regardait d'un air médusé. Va te limer les ongles!
Puis j'ai volé vers mon rendez-vous, heureux comme un gars qui allait enfin recevoir sa prescription d'antibiotique.
***
Donc, voici mes notes finales.
Agent de sécurité: 11 sur 10. L'une d'entre eux a même donné sa collation à une pauvre folle qui se plaignait d'avoir faim et d'attendre depuis douze heures. Ce ne sont pas les mieux payés de l'établissement. Est-ce que leur proximité financière avec la misère en fait des êtres humains meilleurs?
Infirmière à l'évaluation: 5 sur 10. Mauvaise gestion du stress et manque flagrant de communication avec les citoyens qui paient son salaire.
Commis à l'inscription: -10 sur 10. Conne qui ne mérite pas d'être payée autant pour faire chier tout le monde. Devrait être remplacée par un ordinateur intelligent qui nous répondrait avec une voix métallique mais agréable.
Urgentologue: 10 sur 10. Humaine malgré la vitesse de son intervention. Prescription médicale sans fautes d'orthographe. On aimerait que la commis à l'inscription ait elle aussi fait de hautes études pour acquérir de bonnes manières.
Pharmacienne: 10 sur 10. Comme toujours. Depuis que je ne vais plus me faire chier à la Pharmacie Jean-Foutu de la rue X pour faire face à des airs de cul qui te regardent comme quelqu'un qui les dérange. Ils sont gentils et attentionnés pour des vendeurs de drogues, les employés du Familiprix du 776 du boulevard du Saint-Maurice, à Trois-Rivières, juste à côté du Super C. Je ne regrette pas d'y avoir fait transféré mes prescriptions. Je n'ai pas envie d'enrichir des gens qui ne le méritent pas.
Pénicilline: Excellente. Elle fond sous la langue. Mioum!
lundi 10 octobre 2016
Jeu de patience à l'urgence
J'ai travaillé quatre ans dans les soins de santé dont deux à titre de préposé aux bénéficiaires du Centre hospitalier de l'Université Laval. J'ai travaillé sur tous les départements dont l'urgence.
Ce matin une infection de la gencive m'oblige à passer à l'urgence dans le rôle du patient. J'en profite pour mettre ma patience en pratique.
Quinze personnes sont dans la salle d'attente. Je me suis armé de livres et de musique pour passer le temps. J'espère sortir de l'urgence avant 16h00.... J'y suis depuis 6h00.
On rencontre toutes sortes d'hurluberlus à l'urgence, dont moi-même. Je ne crois pas être le plus extravagant. Je me tiens plutôt coi dans mon coin et j'attends.
Une folle dans la quarantaine demande à ce qu'on la transfère en ambulance vers l'urgence de Louiseville. Elle prétend que l'infirmière la soupçonne d'être une jihadiste... Elle a plutôt l'air d'une Québécoise de souche sur-médicamenteuse... L'agent de sécurité lui dit calmement d'aller se rasseoir dans la salle d'attente.
Un autre maigrichon barbu tout croche qui ressemble à Charles Manson me demande si j'ai de bons yeux. Il est saoul ou gelé tight. Il veut que je regarde dans son œil. Il prétend qu'une araignée s'y est logée. Je ne suis pas médecin. Je vois mal. Je le lui dis. Il s'offusque et demande à tout un chacun de regarder dans son œil.
-C'est pire qu'à Montréal icitte tabarnak! Pas un hostie d'chien qui veut regarder dans mon œil sacrament!
Je vais m'asseoir ailleurs. Je ne veux pas que ce mauvais œil veille sur moi. De plus, il pue le vieux tabac. Ça me donne la nausée.
Nous écoutons LCN dans la salle d'attente à la demande générale. Personne n'a demandé RDI ou PBS . Il fallait bien s'y attendre. Je m'en fous. J'ai mon IPhone. Puis j'ai des livres: Comment devenir un monstre de Jean Barbe et L'adieu aux armes de Ernest Hemingway. J'ai aussi de la musique. Une sélection musicale qui va de Miles Davis à Borodine.
Je devrais survivre.
J'ai même ma boîte à lunch.
Je suis prêt pour un long siège, assis inconfortablement sur un siège de plastique de la salle d'attente de l'Hôpital Sainte-Marie.
Quel beau congé de l'Action de Grâces!
Ce matin une infection de la gencive m'oblige à passer à l'urgence dans le rôle du patient. J'en profite pour mettre ma patience en pratique.
Quinze personnes sont dans la salle d'attente. Je me suis armé de livres et de musique pour passer le temps. J'espère sortir de l'urgence avant 16h00.... J'y suis depuis 6h00.
On rencontre toutes sortes d'hurluberlus à l'urgence, dont moi-même. Je ne crois pas être le plus extravagant. Je me tiens plutôt coi dans mon coin et j'attends.
Une folle dans la quarantaine demande à ce qu'on la transfère en ambulance vers l'urgence de Louiseville. Elle prétend que l'infirmière la soupçonne d'être une jihadiste... Elle a plutôt l'air d'une Québécoise de souche sur-médicamenteuse... L'agent de sécurité lui dit calmement d'aller se rasseoir dans la salle d'attente.
Un autre maigrichon barbu tout croche qui ressemble à Charles Manson me demande si j'ai de bons yeux. Il est saoul ou gelé tight. Il veut que je regarde dans son œil. Il prétend qu'une araignée s'y est logée. Je ne suis pas médecin. Je vois mal. Je le lui dis. Il s'offusque et demande à tout un chacun de regarder dans son œil.
-C'est pire qu'à Montréal icitte tabarnak! Pas un hostie d'chien qui veut regarder dans mon œil sacrament!
Je vais m'asseoir ailleurs. Je ne veux pas que ce mauvais œil veille sur moi. De plus, il pue le vieux tabac. Ça me donne la nausée.
Nous écoutons LCN dans la salle d'attente à la demande générale. Personne n'a demandé RDI ou PBS . Il fallait bien s'y attendre. Je m'en fous. J'ai mon IPhone. Puis j'ai des livres: Comment devenir un monstre de Jean Barbe et L'adieu aux armes de Ernest Hemingway. J'ai aussi de la musique. Une sélection musicale qui va de Miles Davis à Borodine.
Je devrais survivre.
J'ai même ma boîte à lunch.
Je suis prêt pour un long siège, assis inconfortablement sur un siège de plastique de la salle d'attente de l'Hôpital Sainte-Marie.
Quel beau congé de l'Action de Grâces!
dimanche 9 octobre 2016
Texte incomplet mais sincère
Bien que je ne sois pas au diapason avec la religion, il m'en reste des bribes de sagesse, voire de conditionnement. Si la religion avait toujours tout faux elle n'aurait aucun pouvoir de séduction sur les masses. Elle s'approprie donc des moments de sagesse qui appartiennent bien plus au patrimoine commun de l'humanité qu'à une doctrine en particulier.
De tout temps il y eut des singes pour dire qu'il fallait s'aimer les uns les autres, s'entraider, ne pas juger autrui, ne pas répondre à l'insulte par l'insulte. Cela me semble tellement évident que je me demande même pourquoi je vous en parle. Peut-être pour me disculper de mon conditionnement d'ex-petit servant de messe catholique...
Les églises se vident. Je n'aurais pas cru voir ça de mon vivant. J'aurai mené un combat anticlérical à une époque où je ne savais pas que l'anticléricalisme avait triomphé. Il ne reste plus qu'un pelé et trois tondus pour adhérer aux dogmes et fausses croyances de l'Église. Les superstitions ne se sont pas éteintes pour autant. On a même remplacé les curés par d'autres facteurs de psychose. On a chassé le surnaturel pour mieux le faire revenir au galop sous d'autres formes. On va chez le psy comme on allait à la confesse. On fait confiance aux spécialistes comme on ne doutait pas de l'infaillibilité du pape. On adore des figurines de super-héros au lieu d'adorer des idoles en plâtre qui ont perdu leurs tours de magie.
Mais là n'est pas mon propos. Je m'égare une fois de plus dans des digressions interminables. Dès que mes doigts courent sur le clavier mon subconscient remonte à la surface. Plus j'entraîne ma mémoire et plus tout me revient. Ce grand puzzle qu'est ma vie retrouve ses pièces une à une. Encore quelques années et j'en aurai fini avec ce casse-tête. Je pourrai ranger la boîte et me la fermer.
J'écris ça et me demande où je voulais en venir...
J'avais pourtant une belle idée en tête dès ma première phrase. Où est-elle passée? Qu'est-ce qui me tracassait? Que devais-je vous dire?
C'est une des conséquences de sauter du coq à l'âne. L'âne ne sait plus où il en est. Il remue les braises de ses pensées éteintes. L'étincelle de génie est disparue...
Il reste donc ce texte incomplet, comme la vie l'est elle-même.
J'aurais mieux fait d'écrire un poème.
Ou bien de dessiner des gros nez.
De tout temps il y eut des singes pour dire qu'il fallait s'aimer les uns les autres, s'entraider, ne pas juger autrui, ne pas répondre à l'insulte par l'insulte. Cela me semble tellement évident que je me demande même pourquoi je vous en parle. Peut-être pour me disculper de mon conditionnement d'ex-petit servant de messe catholique...
Les églises se vident. Je n'aurais pas cru voir ça de mon vivant. J'aurai mené un combat anticlérical à une époque où je ne savais pas que l'anticléricalisme avait triomphé. Il ne reste plus qu'un pelé et trois tondus pour adhérer aux dogmes et fausses croyances de l'Église. Les superstitions ne se sont pas éteintes pour autant. On a même remplacé les curés par d'autres facteurs de psychose. On a chassé le surnaturel pour mieux le faire revenir au galop sous d'autres formes. On va chez le psy comme on allait à la confesse. On fait confiance aux spécialistes comme on ne doutait pas de l'infaillibilité du pape. On adore des figurines de super-héros au lieu d'adorer des idoles en plâtre qui ont perdu leurs tours de magie.
Mais là n'est pas mon propos. Je m'égare une fois de plus dans des digressions interminables. Dès que mes doigts courent sur le clavier mon subconscient remonte à la surface. Plus j'entraîne ma mémoire et plus tout me revient. Ce grand puzzle qu'est ma vie retrouve ses pièces une à une. Encore quelques années et j'en aurai fini avec ce casse-tête. Je pourrai ranger la boîte et me la fermer.
J'écris ça et me demande où je voulais en venir...
J'avais pourtant une belle idée en tête dès ma première phrase. Où est-elle passée? Qu'est-ce qui me tracassait? Que devais-je vous dire?
C'est une des conséquences de sauter du coq à l'âne. L'âne ne sait plus où il en est. Il remue les braises de ses pensées éteintes. L'étincelle de génie est disparue...
Il reste donc ce texte incomplet, comme la vie l'est elle-même.
J'aurais mieux fait d'écrire un poème.
Ou bien de dessiner des gros nez.
samedi 8 octobre 2016
vendredi 7 octobre 2016
Un matin bizarre
J'ai croisé quelques trous du cul ce matin au cours de ma promenade.
Il n'y a rien d'étonnant à cela.
J'habite au centre-ville. La proximité des bars et le faible coût des logements environnants en font un environnement privilégié pour la pauvreté.
J'ai connu la pauvreté digne. La pauvreté qui ne volerait pas un sou à qui que ce soit. La pauvreté qui travaille fort et n'arrive pas à se sortir de la misère pour autant. La pauvreté qui ne ferait pas de mal à une mouche.
J'ai aussi connu l'autre pauvreté. Celle qui sombre dans l'indignité, le vol et la violence. Celle dont je ne me sens aucunement solidaire.
Pauvreté n'est pas vice. Mais quand le vice s'en mêle, ce n'est pas chic.
En moins d'une demie heure, j'ai affronté trois imbéciles sur la rue.
Un qui roulait en sens inverse sur le trottoir et qui m'a dit de s'enlever de son chemin après qu'il soit passé. S'il me l'avait dit avant de me dépasser, j'aurais probablement brandi mes poings.
-C'est pas parce que tu viens juste de sortir de prison qu'tu dois faire chier tout l'monde hostie d'trou d'cul! que je lui ai dit. R'tourne au zoo hostie d'singe! ai-je ajouté.
Puis j'ai croisé un autre hurluberlu tout aussi menaçant qui fonçait vers moi. Il portait des lunettes fumées et avait rabattu un capuchon sur sa tête. Il était visiblement sous l'effet d'une drogue.
-Waa-aaa-rr-gue-aaa-aaa! qu'il gueulait sans savoir s'il s'adressait à moi ou à Dieu.
Dans le doute, je me suis préparé à le snapper lui aussi sur le bord d'une oreille. On n'est jamais trop prudent avec les zombies.
Il a heureusement poursuivi son chemin en gueulant après m'avoir un tant soit peu évité.
Un peu plus loin, j'ai vu deux feuilles d'érable en suspension. Elle semblait vraiment flotter dans l'air, figées dans le vide. Un phénomène étrange qui s'expliquait par le fait qu'elles étaient rattachés à une fine toile d'araignée pratiquement invisible.
-Faut que j'prenne ça en photo! me suis-je dit.
J'ai sorti mon Iphone de son étui et j'ai composé mon mot de passe pour le déverrouiller. L'écran a gelé pour une raison qui m'échappe. Pas moyen d'avoir accès aux accessoires de mon Iphone! Les deux feuilles en suspension et l'écran gelé, c'était vraiment comme si le temps s'était arrêté. C'était à n'y plus rien comprendre. J'ai gossé avec mon Iphone pour finalement l'éteindre et le redémarrer. Puis j'ai abandonné l'idée de prendre ces deux feuilles en photo.
Comme je réfléchissais à ces feuilles, voilà qu'un sale con passe tout près de me botter les jambes au volant de sa voiture sport. Il ne devait pas être nécessairement pauvre mais c'était certainement un trou du cul. Il faisait du 180 kilomètres à l'heure sur une route où la limite est de 70. Il s'en foutait de risquer de me tuer et encore plus de perturber le calme du matin avec les expectorations de son bolide qui ne semblait pas muni d'un silencieux.
L'imbécile a terminé sa course à la papetière Kruger. C'est probablement là qu'il travaille, le triple abruti. Je souhaite franchement qu'il fasse une sortie de route et qu'il se tue. Tout ce qui vit et respire sera débarrassé d'un sale con.
Suite à tout cela, il a bien fallu que je décompresse.
Ce n'était pas facile.
J'ai écouté une vieille cassette intitulée the most relaxing Classical album in the world...ever! On y trouve un adagio d'Albinoni, un menuet de Boccherini, le concerto pour piano numéro 5 de Bach, Barcarolle de Hoffmann, une sérénade de Dvorak, une nocturne de Borodine...
C'était comme si le temps suspendait sa course.
Comme si les feuilles mortes demeuraient en suspension dans l'air.
Cela m'a fait oublier les pressions du jour, les trous du cul et les imbéciles.
Il n'y a rien d'étonnant à cela.
J'habite au centre-ville. La proximité des bars et le faible coût des logements environnants en font un environnement privilégié pour la pauvreté.
J'ai connu la pauvreté digne. La pauvreté qui ne volerait pas un sou à qui que ce soit. La pauvreté qui travaille fort et n'arrive pas à se sortir de la misère pour autant. La pauvreté qui ne ferait pas de mal à une mouche.
J'ai aussi connu l'autre pauvreté. Celle qui sombre dans l'indignité, le vol et la violence. Celle dont je ne me sens aucunement solidaire.
Pauvreté n'est pas vice. Mais quand le vice s'en mêle, ce n'est pas chic.
En moins d'une demie heure, j'ai affronté trois imbéciles sur la rue.
Un qui roulait en sens inverse sur le trottoir et qui m'a dit de s'enlever de son chemin après qu'il soit passé. S'il me l'avait dit avant de me dépasser, j'aurais probablement brandi mes poings.
-C'est pas parce que tu viens juste de sortir de prison qu'tu dois faire chier tout l'monde hostie d'trou d'cul! que je lui ai dit. R'tourne au zoo hostie d'singe! ai-je ajouté.
Puis j'ai croisé un autre hurluberlu tout aussi menaçant qui fonçait vers moi. Il portait des lunettes fumées et avait rabattu un capuchon sur sa tête. Il était visiblement sous l'effet d'une drogue.
-Waa-aaa-rr-gue-aaa-aaa! qu'il gueulait sans savoir s'il s'adressait à moi ou à Dieu.
Dans le doute, je me suis préparé à le snapper lui aussi sur le bord d'une oreille. On n'est jamais trop prudent avec les zombies.
Il a heureusement poursuivi son chemin en gueulant après m'avoir un tant soit peu évité.
Un peu plus loin, j'ai vu deux feuilles d'érable en suspension. Elle semblait vraiment flotter dans l'air, figées dans le vide. Un phénomène étrange qui s'expliquait par le fait qu'elles étaient rattachés à une fine toile d'araignée pratiquement invisible.
-Faut que j'prenne ça en photo! me suis-je dit.
J'ai sorti mon Iphone de son étui et j'ai composé mon mot de passe pour le déverrouiller. L'écran a gelé pour une raison qui m'échappe. Pas moyen d'avoir accès aux accessoires de mon Iphone! Les deux feuilles en suspension et l'écran gelé, c'était vraiment comme si le temps s'était arrêté. C'était à n'y plus rien comprendre. J'ai gossé avec mon Iphone pour finalement l'éteindre et le redémarrer. Puis j'ai abandonné l'idée de prendre ces deux feuilles en photo.
Comme je réfléchissais à ces feuilles, voilà qu'un sale con passe tout près de me botter les jambes au volant de sa voiture sport. Il ne devait pas être nécessairement pauvre mais c'était certainement un trou du cul. Il faisait du 180 kilomètres à l'heure sur une route où la limite est de 70. Il s'en foutait de risquer de me tuer et encore plus de perturber le calme du matin avec les expectorations de son bolide qui ne semblait pas muni d'un silencieux.
L'imbécile a terminé sa course à la papetière Kruger. C'est probablement là qu'il travaille, le triple abruti. Je souhaite franchement qu'il fasse une sortie de route et qu'il se tue. Tout ce qui vit et respire sera débarrassé d'un sale con.
Suite à tout cela, il a bien fallu que je décompresse.
Ce n'était pas facile.
J'ai écouté une vieille cassette intitulée the most relaxing Classical album in the world...ever! On y trouve un adagio d'Albinoni, un menuet de Boccherini, le concerto pour piano numéro 5 de Bach, Barcarolle de Hoffmann, une sérénade de Dvorak, une nocturne de Borodine...
C'était comme si le temps suspendait sa course.
Comme si les feuilles mortes demeuraient en suspension dans l'air.
Cela m'a fait oublier les pressions du jour, les trous du cul et les imbéciles.
jeudi 6 octobre 2016
Poésie, quand tu nous tiens...
"Maître de philosophie : On les peut mettre premièrement comme vous avez dit. Belle Marquise, vos beaux yeux me font mourir d’amour. Ou bien : D’amour mourir me font, belle Marquise, vos beaux yeux. Ou bien : Vos yeux beaux d’amour me font, belle Marquise, mourir. Ou bien : Mourir vos beaux yeux, belle Marquise, d’amour me font. Ou bien : Me font vos yeux beaux mourir, belle Marquise, d’amour.
Monsieur Jourdain : Mais de toutes ces façons-là, laquelle est la meilleure ?
Maître de philosophie: Celle que vous avez dite : Belle Marquise, vos beaux yeux me font mourir d’amour."
Molière, Le bourgeois gentilhomme, Acte 2, Scène 4
Monsieur Jourdain : Mais de toutes ces façons-là, laquelle est la meilleure ?
Maître de philosophie: Celle que vous avez dite : Belle Marquise, vos beaux yeux me font mourir d’amour."
Molière, Le bourgeois gentilhomme, Acte 2, Scène 4
***
C'est en ce moment le Festival de la poésie à Trois-Rivières.
J'en consomme beaucoup sous la forme de chansons, moins sous la forme littéraire.
Les poèmes sans rimes me touchent que s'ils respectent une certaine syntaxe. Autrement je décroche.
Luc va à l'école.
Je sourcille lorsque je lis À l'école, Luc va.
Cela me semble l'oeuvre d'une demi-portion.
Les poèmes en prose les plus fameux sont ceux de Baudelaire, Rimbaud, Lautréamont, Cendrars et Prévert parce qu'on n'y ressent pas tout à fait cette impression de maladresse et de fatuité si courante chez certains poètes institutionnalisés que l'on présente au Festival de la poésie.
La beauté de la langue française est pour ma part indissociable de l'ordre logique du discours.
Les inversions me déplaisent.
Elles me font la même impression que le bruit strident que peut émettre une craie au tableau noir.
Chaque fois que je tombe sur des "Fraternelle elle est, poésie!" ou bien des "Cueillie est la rose fleur" je sens monter en moi une irrépressible envie de fuir.
Ce n'est pas parce que je n'aime pas la poésie.
J'en écoute tous les jours.
J'en lis même de temps à autres.
Mais on ne me fait pas le coup du bourgeois gentilhomme.
Je ne suis pas Monsieur Jourdain.
Je ne me pâme pas devant des mots écrits tout croches et tout de travers.
Je ne suis pas insensible à la beauté, bien au contraire.
Je suis insensible à la laideur et au manque de talent.
.
La vie parallèle de Jack Strap
"-Garou! Garou!"
Marcel Aymé, Le Passe-muraille
***Jacques s'appelait Jack pour les intimes, évidemment. Les plus intimes l'appelaient même Jack Strap. Les autres, eh bien ils l'appelaient Jacques. Jacques Lambert qui, paradoxalement, habitait à Saint-Lambert.
Jack, si je puis me permettre de le nommer ainsi, était un gars plutôt lunatique qui passait le plus clair de son temps à s'imaginer une vie parallèle qui lui permettait de supporter le profond ennui de sa vie réelle. C'était un homme pas trop bien bâti qui attrapait souvent la grippe pour fainéanter chez-lui. Sa banque de maladies était généralement épuisée dès le mois de février. Le reste du temps, il chômait à ses frais. Il préférait la réduction de salaire au travail tout court.
Il vivait seul après avoir tenté plusieurs fois de vivre avec des femmes. Elles avaient toutes finies par le quitter parce qu'il avait des goûts bizarres, dont celui de ne rien dire pendant des heures. Au début, ses blondes avaient apprécié qu'il avait une bonne job, une belle voiture et même une belle maison. Par la suite, elles furent déçues par son caractère flasque. Sans compter qu'il avait toujours cette fantaisie sexuelle de porter un jockstrap au cours des ébats. Ce qui finit par le faire connaître justement sous le surnom de Jack Strap chez les filles qui ne trouvent rien de mieux à faire que de se moquer de leurs anciens amants. Pourquoi portait-il un jockstrap? Allez donc savoir! C'est ce qui lui faisait sortir les yeux de ses orbites lui qui, pourtant, ne jouait pas au hockey. Il y trouvait une jouissance qu'il ne vaut pas la peine de décrire par pure compassion envers sa maladie d'amour.
Parlant de son travail, Jack était fonctionnaire. Il était commis au sein d'un quelconque comité gouvernemental qui surveillait d'autres quelconques comités. Lui-même n'aurait pas pu vous dire clairement en quoi consistait son travail. Lorsqu'on lui posait la question, il bifurquait tout de suite vers d'autres sujets pour laisser entendre que sa vie était tout de même passionnante et un tant soit peu héroïque malgré les apparences criantes d'ennui.
-Vous savez, heu.... L'excellence... heu... viser l'excellence... oui... et... heu... bafouillait-il sans que personne n'y comprenne rien.
On aurait pu croire que Jacques Lambert n'était qu'un gratte-papier oublié quelque part dans cet appareil gouvernemental si labyrinthique que personne ne savait qui faisait quoi et quoi faisait qui.
Pourtant, il n'écrivait jamais rien. Il apposait un sceau sur des documents, prouvant par ce geste qu'ils avaient été traités conformément à une procédure administrative sans intérêt. Il travaillait en moyenne une heure par jour. Les six autres heures de son quart de travail étaient consacrées à observer les murs avec un regard aussi neuf que possible.
Rien ne lui était plus reposant que de contempler les murs de son bureau, d'autant plus qu'il n'y avait que des murs sans fenêtres.
Sa passion cachée, c'était de trouver les mots les plus justes qui soient pour les décrire.
Aussi passait-il le plus clair de son temps à s'imaginer en prix Nobel de littérature pour ce livre qui le ferait connaître et célébrer partout dans le monde des lettres.
-Vous savez... disait Jack Strap à ses collègues, je prépare la sortie d'un livre...
-Ah oui? De quoi ça parle?
-Eh bien j'essaie de transcender Robbe-Grillet en décrivant des murs... En fait, mon roman s'intitulera Le murmure des murs. Je vais y décrire des murs. Uniquement des murs. Rien que des murs. Tout sera concentré sur les murs. On y verra que des murs. Oui, des murs. Ce qui ne s'est jamais produit dans l'histoire de la littérature... Aussi, je ne serai pas surpris du grand impact que ce livre produira... On sera d'abord scandalisé. Puis on me vouera aux gémonies... Mais après être passé à la télé, en France et en Belgique, eh bien on verra que mon roman représente vraiment un grand moment de l'histoire des lettres... Vous verrez... Vous verrez...
-Et on peut le lire ton roman?
-Pas encore... Je le peaufine en ce moment... Compte tenu de l'impact qu'il aura, vous comprendrez que je dois éviter les fuites... Je n'en parle qu'à vous et vous demande de tenir tout ça dans le plus grand secret... Il en va de l'avenir des lettres!
Le plus comique dans tout ça. s'il est possible de rire des tragédies, c'est que Jack Strap n'avait pas écrit plus de trois ou quatre pages de ce murmure des murs au cours des vingt dernières années. Ces collègues n'osaient pas trop le narguer avec ça pour la simple raison qu'ils étaient tout autant affectés par la profonde inutilité de leur vie professionnelle.
Ils comprenaient qu'un homme en vienne à s'imaginer toutes sortes de trucs déphasés avec la réalité. En fait, tout un chacun consommait plus que sa part de médicaments pour résister à cette vie sans aventure. Les plus habiles forniquaient bien ici et là, buvaient comme des trous, se droguaient comme des pharmaciens, mais ils finissaient tous par revenir au travail, entre ces murs blancs décorés d'affiches gouvernementales. Alors, qu'untel se rêve une vie de prix Nobel, c'était presque de la résistance, presque du sabotage...
mercredi 5 octobre 2016
Hommage aux pelleteurs de nuages
On doit les plus grands accomplissements de l'humanité à des types qui étaient marginaux, hérétiques et, il faut bien le dire, pelleteurs de nuages.
Je ne m'attends pas à ce que tout un chacun me donne raison à ce sujet. Si c'était le cas, il n'y aurait plus de marginaux, d'hérétiques et de pelleteurs de nuages. Nous en avons tellement besoin qu'il serait malheureux de s'en priver en changeant l'ordre naturel de ces êtres qui se réduisent volontairement à l'état de choses.
Il y a sans doute quelque chose d'aristocratique dans mon affirmation. Quelque chose qui dérange. Pourquoi vanter celui ou celle qui ne fait pas comme tout le monde, hein?
Nous baignons tous dans la même soupe. Il n'y a aucune raison pour qu'untel se permette de critiquer la vieille recette. Aucune raison de faire semblant de planer au-dessus de cette soupe. Rien qui ne justifie la remise en cause de ce que l'on tient pour vrai et définitif.
Bref, malheur à celui par qui le scandale arrive!
On a déjà entendu ça quelque part, aujourd'hui comme hier. Rabattre le caquet des pelleteurs de nuages fait partie de l'administration commune. Si tout le monde se prenait à rêver et à tout remettre en question, eh bien on ne trouverait plus ses outils dans l'atelier.
Du coup, on sombrerait dans l'anxiété. Ce n'est pas tout le monde qui peut supporter le poids de l'infini des possibilités. Ce qui fait en sorte que l'humanité avance lentement, recule souvent, et cloue au pilori ceux qui n'ont pas pris la peine de taire leur hérésie comme il se doit.
Les soumis appellent ça de la ruse. Personne n'aime cette idée de tenir le mauvais rôle. C'est pourquoi les soumis ont reçu de tout temps plus d'honneurs et de médailles que les insoumis. Paraître pour un héros tout en étant un zéro assure la pérennité de nos institutions humaines.
Heureusement qu'il y a les mathématiques pour permettre à des pelleteurs de nuages de se faire parfois entendre. Einstein, ce dilettante qui pratiquait la science comme un loisir au bureau des brevets de Berne, a bousculé la physique et la conception du monde de notre temps avec quelques chiffres lancés sur du papier. Des chiffres qui expliquaient des anomalies que n'expliquait pas la physique classique. On aurait bien voulu le pendre pour ça dans certaines universités où de vieux barbus étaient convaincus que tout avait été trouvé et prouvé.
***
Je suis bien plus pelleteur de nuages que mathématicien et m'en veux à l'avance de proposer une démonstration mathématique pour résoudre un problème humain.
Pourquoi se rebeller contre tous si l'on est traité comme un hérétique, un paria et un malpropre?
Pourquoi venir brouiller les eaux limpides du bon vieux savoir réconfortant en y jetant un pavé?
Voici ma démonstration mathématique.
Un plus zéro, plus zéro, plus zéro est égal à un.
Une personne debout, plus zéro personne debout, plus un autre zéro personne debout est égal à une personne debout.
Affirmer l'unicité de sa pensée, envers et contre tous, n'est certes pas facile.
Néanmoins, on ne retiendra que cette unicité au bout du compte.
Les zéros seront effacés.
Et c'est très bien ainsi.
Même si les pelleteurs de nuages n'auront jamais la cote...
Je ne m'attends pas à ce que tout un chacun me donne raison à ce sujet. Si c'était le cas, il n'y aurait plus de marginaux, d'hérétiques et de pelleteurs de nuages. Nous en avons tellement besoin qu'il serait malheureux de s'en priver en changeant l'ordre naturel de ces êtres qui se réduisent volontairement à l'état de choses.
Il y a sans doute quelque chose d'aristocratique dans mon affirmation. Quelque chose qui dérange. Pourquoi vanter celui ou celle qui ne fait pas comme tout le monde, hein?
Nous baignons tous dans la même soupe. Il n'y a aucune raison pour qu'untel se permette de critiquer la vieille recette. Aucune raison de faire semblant de planer au-dessus de cette soupe. Rien qui ne justifie la remise en cause de ce que l'on tient pour vrai et définitif.
Bref, malheur à celui par qui le scandale arrive!
On a déjà entendu ça quelque part, aujourd'hui comme hier. Rabattre le caquet des pelleteurs de nuages fait partie de l'administration commune. Si tout le monde se prenait à rêver et à tout remettre en question, eh bien on ne trouverait plus ses outils dans l'atelier.
Du coup, on sombrerait dans l'anxiété. Ce n'est pas tout le monde qui peut supporter le poids de l'infini des possibilités. Ce qui fait en sorte que l'humanité avance lentement, recule souvent, et cloue au pilori ceux qui n'ont pas pris la peine de taire leur hérésie comme il se doit.
Les soumis appellent ça de la ruse. Personne n'aime cette idée de tenir le mauvais rôle. C'est pourquoi les soumis ont reçu de tout temps plus d'honneurs et de médailles que les insoumis. Paraître pour un héros tout en étant un zéro assure la pérennité de nos institutions humaines.
Heureusement qu'il y a les mathématiques pour permettre à des pelleteurs de nuages de se faire parfois entendre. Einstein, ce dilettante qui pratiquait la science comme un loisir au bureau des brevets de Berne, a bousculé la physique et la conception du monde de notre temps avec quelques chiffres lancés sur du papier. Des chiffres qui expliquaient des anomalies que n'expliquait pas la physique classique. On aurait bien voulu le pendre pour ça dans certaines universités où de vieux barbus étaient convaincus que tout avait été trouvé et prouvé.
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Je suis bien plus pelleteur de nuages que mathématicien et m'en veux à l'avance de proposer une démonstration mathématique pour résoudre un problème humain.
Pourquoi se rebeller contre tous si l'on est traité comme un hérétique, un paria et un malpropre?
Pourquoi venir brouiller les eaux limpides du bon vieux savoir réconfortant en y jetant un pavé?
Voici ma démonstration mathématique.
Un plus zéro, plus zéro, plus zéro est égal à un.
Une personne debout, plus zéro personne debout, plus un autre zéro personne debout est égal à une personne debout.
Affirmer l'unicité de sa pensée, envers et contre tous, n'est certes pas facile.
Néanmoins, on ne retiendra que cette unicité au bout du compte.
Les zéros seront effacés.
Et c'est très bien ainsi.
Même si les pelleteurs de nuages n'auront jamais la cote...
mardi 4 octobre 2016
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