jeudi 23 juin 2016

L'anarchisme selon Jean-René

Jean-René est un anarchiste. Il le crie sur tous les toits et, d'ailleurs, il porte un badge au revers de son blouson de cuir, noir comme il se doit, sur lequel on voit un A encerclé. Ses pantalons sont déchirés. Ses bottes proviennent du Surplus d'armée. Il a un anneau dans le nez et s'enroule le col avec un foulard palestinien. Il a le look de l'emploi. Il a la panoplie de l'anarchiste.

Jean-René fait figure d'autorité parmi sa secte d'anarchistes. D'abord parce que son papa lui permet de tenir des réunions à son chalet dans les Laurentides. Et puis aussi parce que c'est lui qui paie toujours pour l'impression des tracts et autres publications militantes. Son père a fermé les yeux sur la vieille presse qu'il a volé à l'une de ses imprimeries.

Jean-René ne travaille pas et dispose d'une pension que lui verse hebdomadairement son père, dans l'espoir que cela finisse par lui passer.

Jean-René n'est ni homme ni femme, ni Québécois ni Canadien, ni Caucasien, ni humain. Il est le nihilisme incarné. Il est anarchiste, qu'on se le tienne pour dit!

Il déteste tout ce qui est bourgeois et prétend se servir de l'argent des bourgeois pour mener sa lutte contre eux.

C'est Jean-René qui décide de tout au sein de son groupuscule. Il fait toujours semblant que son point de vue est l'opinion de tout un chacun au sein des membres. Il se charge d'exclure tous ceux qui témoignent des velléités d'indépendance d'esprit en les traitant de sales petits-bourgeois à la solde du pouvoir.

Récemment, il a expulsé Christian Lafortune-Gagnon, alias CLG. CLG a eu le malheur de déclarer qu'il aimait bien la série Game of Thrones. Pour Jean-René, c'était la preuve par A plus B que CLG était un indicateur de police. Comment peut-on aimer ces histoires de rois et de reines tout en prétendant prendre le parti des peuples opprimés? C'était évident que CLG avait quelque chose à cacher. Jean-René lui intima l'ordre de ne plus se présenter aux réunions du Bloc Rouge et Noir qu'il animait.

Jean-René n'en était pas à sa première expulsion. Il avait aussi poussé vers la sortie un militant qui avait été surpris en train de se masturber aux toilettes avec le dernier numéro du magazine Hustler. Cela mettait en évidence, selon lui, que le camarade n'avait pas compris les leçons du féminisme.

Il mit aussi dehors un gars qui s'habillait trop proprement. Le gars portait toujours une chemise d'un blanc impeccable avec des pantalons jamais fripés. C'était plus que ce que Jean-René ne pouvait supporter. Ce n'est pas en étant conformiste qu'on change le monde.

Les gens du peuple, aliénés comme ils le sont, ne comprennent jamais ce que tente de leur dire Jean-René avec ses tracts et autres niaiseries.

Ils le perçoivent comme quelqu'un de stupide et se torche de ses idées incompréhensibles.

Pourtant, je vous jure que Jean-René est promu à un bel avenir.

Un jour, il se tannera de jouer au Savonarole.

Il prendra la relève dans l'entreprise de papa.

Et il sera le premier à chier sur les syndicats.

C'est mon interprétation, bien entendu.

Une interprétation de petit-bourgeois.

Un point de vue de valet du capitalisme international...

mercredi 22 juin 2016

Comment devenir un idiot

J'ai commis un billet récemment où il était question de paix et d'amour, au risque de passer pour le prince Mychkine, alias l'Idiot de Dostoïevski. 

Dostoïevski a écrit que la beauté sauvera le monde. Il aurait pu tout aussi bien écrire que la bonté nous sauvera tous. J'imagine que la bonté était incluse dans la beauté. 

Cela dit, je récidive avec un billet dans la même veine. Peut-être parce que je n'ai pas encore épuisé ce filon.

Nous baignons dans une atmosphère perpétuelle de haine, de violence et de ressentiment.

Je ne vaux pas mieux que les autres à ce sujet et il m'arrive, malheureusement, de m'abandonner à l'amertume.

Pourtant, je crois m'être fermement attaché à des valeurs que je considère fondamentales.

La première d'entre toutes m'a été inculquée par mon père qui disait souvent qu'à la guerre on ne tire pas sur les ambulances. Cela signifie qu'il ne faut pas frapper sur quelqu'un qui est à terre, au plancher. Cela manque de noblesse. 

Vous me verrez donc rarement insulter les pauvres, les prisonniers, les réfugiés, les immigrés et les éclopés en tous genres. Cela ne fait pas partie des valeurs que l'on m'a inculquées. Des valeurs que j'ai faites miennes au fil des ans.

Pour ce qui est de la bonté, je ne vois pas pourquoi certains considèrent qu'ils peuvent facilement s'en priver. C'est elle qui confère à l'âme ce quelque chose de plus qui permet de pardonner l'impardonnable et de surmonter l'insurmontable.

La naïveté, que l'on tient pour un défaut, me semble au contraire une très belle qualité. Les gens qui se disent réalistes, pragmatiques et froids comme de la pierre m'inspirent de la pitié. Il leur manque de la beauté. Se soumettre aux diktats de la laideur d'âme ne me semble pas une option viable pour l'évolution spirituelle de quiconque.

Aussi critique que je puisse être envers la religion, je ressens intensément la nécessité de cheminer spirituellement dans ma vie. Si je rejette les dogmes établis, c'est parce qu'ils obstruent mes visions. J'y ressens trop ce côté réaliste, pragmatique et froid comme de la pierre sur laquelle on bâtit des pyramides à la gloire des fanfarons. 

La spiritualité, c'est comme la musique. Elle ne se passe pas dans les demandes de subventions. Elle vit pendant que les musiciens jouent. 

Une spiritualité qui ne se traduit pas en actes de bonté ne vaut rien.

Une autre valeur qui m'est consubstantielle est la gratitude. La gratitude envers la vie, quoi qu'elle puisse nous proposer. La gratitude envers nos frères et soeurs humains, même quand on brûlerait de les étriper. 

Je songe souvent à ce conte de Tchekhov dont le titre m'échappe. Il s'agit d'un homme accoutumé à dormir dehors à la belle étoile, été comme hiver, même lorsqu'il pleut. Avant que de s'endormir, cet homme que Tchekhov considérait comme le plus malheureux du monde prenait le temps de remercier Dieu: "Quelle belle vie je mène! disait-il en substance. Que je suis bien! Je ne changerais pas de vie pour rien au monde!" 

Cela m'a marqué, même si le titre de la nouvelle m'échappe. 

Bien des gens riches et célèbres doivent probablement s'endormir avec du ressentiment, de l'anxiété, de l'amertume. Mais pas ce trou du cul qui dormait sur un sol humide et boueux.

Je n'appellerais pas ça de la résignation.

Cela se situait à un niveau supérieur de l'expérience humaine.

Un niveau que très peu atteindront au cours de ces vies que nous menons.

Tchekhov s'en est fait le témoin. 

Comme moi je vous le témoigne.

Je ne prétends pas en être arrivé à ce stade supérieur de ma vie.

Il me reste encore de la boue à manger.

mardi 21 juin 2016

Jour du Soleil / Jour des Autochtones!



Le 21 juin a été consacré non seulement le jour du solstice d'été, mais représente aussi le Jour des Autochtones. La Fête du Soleil jouait un rôle central dans la manière de vivre de mes ancêtres.

Il est dommage que le 21 juin ne soit pas un congé férié.

Il est plus que dommage qu'il n'y ait aucun congé férié au Canada pour nous rappeler la contribution des Autochtones à l'essor des communautés qui occupent aujourd'hui ce territoire que les Anciens appelaient l'Île de la Tortue.

Je souhaite une belle journée à tous mes frères et soeurs Autochtones.

Idle no more...

Peace and Love

Les doux et les pacifistes passent à tort pour des imbéciles.

Il est de bon ton chez ceux qui se cachent derrière les violents, loin du théâtre des opérations, de lancer des appels au meurtre. On ne frappe jamais assez fort. On n'extermine jamais assez ces humains qu'il est toujours tentant de comparer à de la vermine.

Je ne suis pas un doux et pas tout à fait un pacifiste. Je m'impatiente souvent et peut devenir explosif face à une injustice. Je voue pourtant un très grand respect à ce pacifisme que je souhaiterais faire mien en toutes circonstances. Cela représente, pour moi, le chemin le plus difficile que je puisse prendre. Je suis grand et gros. Je ressemble physiquement à une armoire à glace. J'ai la carrure pour donner des baffes et en recevoir sans crainte de me faire mal.

Pourtant, mes idoles sont des hommes et des femmes de paix. Sinon, des personnages de la littérature. J'oscille entre Tolstoï, Thoreau et John Lennon. Je me situe quelque part entre Emily Dickinson et le docteur Jivago. J'épouse totalement la cause de Roméo et Juliette.

Parlant de Roméo et Juliette, j'ai toujours été fasciné par cette histoire d'amour ratée qui représente bien toute la saleté de notre époque.

Les Capulet et les Montaigu trouvent toutes les raisons du monde pour s'étrangler. Ils tiennent les comptes de chaque offense pour justifier leur vendetta. Roméo et Juliette ne souhaitent que s'aimer, loin des chiffres et des statistiques de ces vieux cons qui s'opposent à leur relation amoureuse. Évidemment, les deux finissent par se suicider. Comme si c'était la seule manière de se sortir de cette Histoire avec un grand H.

History is not my story, disait le jazzman Sun Ra. Son histoire, his story, ce n'est pas la mienne. Cela résume bien l'affaire. Je ne veux pas tenir un rôle dans cette Histoire. Je veux m'en éloigner pour vivre ma vie en paix.

La douceur, l'amour et la paix sont l'expression de la naïveté totale pour ceux qui raffolent de se barbouiller le visage de sang humain.

Qui veut la paix prépare la guerre. Qu'on se le tienne pour dit. Rien de mieux qu'un massacre pour préserver l'amour.

Il y a toujours péril en la demeure. Après le péril rouge, c'est le péril jaune, puis le péril islamique. Demain, ce sera le péril sud-américain. Pour se prémunir contre ces ennemis commodes, il faut envisager la guerre, aussi totale soit-elle, quitte à effacer toute trace de vie humaine sur Terre. Il faut fermer les frontières, se bâtir des bunkers et y entreposer des boîtes de conserve pour un long hiver nucléaire.

Des tas de civils dans le monde qui n'ont pas la logique des militaires fuient sur les routes.

Ils espèrent trouver un havre de paix. Un endroit pour déposer leurs bagages et regarder grandir leurs enfants.

Cet endroit ne doit pas exister. La Terre n'appartient pas à tous. Ces misérables réfugiés sont coupables d'intelligence avec l'ennemi. Ils traînent avec eux la maladie et contaminent nos sols réfractaires à la charité et à la compassion. Ils ne s'habillent pas comme nous et ne mangent pas de cretons: c'est tout dire!

Il faut être dur pour ne pas être naïf et bon.

Il faut rendre la vie difficile, sinon intolérable, et pousser au suicide les malheureux.

Il faut matraquer la liberté, écraser les peuples, piller les ressources, déchirer tous les filets sociaux.

La bonté, c'est pour les poètes.

La compassion, c'est pour les rêveurs.

La charité commence et finit pour soi-même.

Voilà les enseignements de nos plus illustres penseurs, économistes et politiciens.

Voilà le drame de notre temps.

D'un temps où l'homme n'est plus qu'une statistique.

D'un temps où des gens de paix passent pour des cons.

lundi 20 juin 2016

Je ne lis jamais les blogues: JAMAIS!


Mon frère aîné avait cru bon un jour de faire connaître mon blogue à un célèbre chroniqueur de La Presse.

Cet enculé qui faisait la profession de foi d'être un homme dit de gauche lui avait répondu: "Je ne lis jamais les blogues: JAMAIS!"

Il m'est pourtant arrivé de lire ses chroniques de sale con dans La Presse.

L'énergumène avait aussi coutume de parler souvent de vélos.

J'espère ne jamais devenir comme ce faux-cul. D'autant plus qu'il se peut que je me mette moi aussi à parler de vélo...

Je souhaite pratiquer toute ma vie la politique de la main tendue, sans attendre quelque avantage que ce soit.

Si je puis aider un loustic à se trouver une situation à la mesure de ses capacités, parce que je suis en contact avec d'autres loustics qui pourraient lui permettre de cheminer dans la vie, eh bien je le ferai.

Je ne lui répondrai pas que je n'aide jamais personne: JAMAIS!

Évidemment, je ne vous dis pas ça pour que l'on me prenne en pitié. Je n'en mérite pas, de la pitié. D'abord, j'ai une grande gueule et, bien que je sois poli, j'ai coutume de dire ce que je pense sans m'empêtrer dans ce type de relations humaines stratégiques qui distinguent le faux-cul du débonnaire.

Si vous voulez faire connaître mon blogue à quelques chroniqueurs bien rémunérés dans l'espoir de me créer une situation, je vous laisserai faire sans cligner des yeux. Je serais surpris qu'ils accordent de l'importance à un éventuel compétiteur. Ils vous répondront peut-être qu'ils ne lisent jamais ceux qui ne sont pas payés pour le faire: JAMAIS! Ce qui me permettra de croire, à tort ou à raison, que ce sont des enculés.

N'allez pas croire que je sois amer. Je nourris à peine un zeste de ressentiment. J'aime tout le monde, même les enculés.

Enfin! je n'ai pas trop d'amertume envers ma situation. Vaclav Havel poussait des barils dans des entrepôts tandis que d'autres récoltaient les médailles et les honneurs pour des oeuvres somme toute médiocres. Le génie ne serait pas le génie si on lui faisait la vie trop facile.

Évidemment, je trouve injuste de voir sécher sur le carreau tant de talents méconnus.

Je ne parle pas du mien, vous vous en doutez bien. Mais de celui de tous ces intellectuels qui souhaiteraient que je puisse les aider d'une manière ou d'une autre à obtenir une position à la hauteur de leurs aspirations les plus légitimes.

Je dois constamment leur rappeler que je ne suis qu'un trou du cul...

Pourtant, ils affluent dans ma vie comme si j'avais la faculté d'y changer quoi que ce soit. Si je ne peux pas le faire pour moi, chers camarades, vous vous doutez bien que je ne puis rien faire pour vous, n'est-ce pas?

Je vais tout de même pratiquer la politique de la main tendue, par humanisme, par compassion ou par stupidité. Et je ne dirai jamais que je ne lis pas les poèmes, les nouvelles fantastiques ou bien les chroniques pornographiques, JAMAIS!

Pour ce qui est du vélo, oui j'en ai fait beaucoup en fin de semaine. Avec ma blonde qui plus est. Plus de 35 kilomètres samedi. Pas loin de 80 kilomètres dimanche. C'est beaucoup pour un vieux monsieur comme moi dont le poids oscille autour de 130 kilogrammes répartis sur 1,88 mètres de hauteur...

Ce matin, j'ai mal aux aines. Mes auriculaires sont engourdies. Le haut de mes cuisses me fait légèrement souffrir. Mais je me sens bien d'avoir pu le faire.

J'en souris de souffrance.

Si je ne me retenais pas, je me mettrais à relire les chroniques de Faux-cul archivées dans La Presse...

samedi 18 juin 2016

Xbox 360

Tout le monde sait que je suis un collectionneur de bonnes histoires. Quiconque sait raconter plus que son lot personnel d'anecdotes tombe tout de suite dans mes faveurs. Je n'en ai jamais assez. J'en veux tout le temps plus. Et je n'en éprouve aucune gêne. Je suis comme ça. C'est à comprendre ou à délaisser.

Nous recevions hier Félix, le garçon de ma blonde. Il m'en a raconté une belle qui deviendra un jour ou l'autre le sujet d'une nouvelle, je le sens bien.

Nous parlions de l'école sous ses plus mauvais aspects. De l'école primaire et secondaire qui produit beaucoup trop de victimes d'intimidation. La direction et le personnel enseignant devraient normalement se substituer à l'autorité parentale lorsqu'on leur confie des enfants. Ils devraient avoir la responsabilité d'assurer l'ordre dans leur poulailler. Malheureusement, c'est trop souvent le chaos qui triomphe. C'est toujours ahurissant de constater qu'un étudiant ou une étudiante peut être victime des pires vexations pendant des années sans qu'aucun professeur n'intervienne. On croit, à tort, que cela fait partie de l'éducation que de poursuivre ses agresseurs avec un pic à glace ou bien une machette...

Cela dit, Félix me racontait l'histoire d'un jeune homme un peu autiste et toujours solitaire que de jeunes malfrats avaient coutume de narguer en lui lançant des pièces de monnaie. Le jeune homme les ramassait et on lui en refoutait en pleine gueule toujours plus tout en l'abreuvant de quolibets.

À la fin de l'année, le jeune malheureux avait tellement ramassé de pièces de monnaie qu'il s'est acheté une Xbox 360 avec  cette menue monnaie qui avait servi d'instrument pour sa séance d'humiliation quotidienne. C'était sa manière de s'en crisser. Tiens mes hosties, j'ai ma Xbox 360. Mangez d'la marde!






vendredi 17 juin 2016

Être un peu moins lourd...

Il est primordial que je sois moins lourd pour ce billet du vendredi.

La fin de semaine s'annonce belle, chaude et ensoleillée. De plus, ce seront les journées parmi les plus longues de l'année. Il serait ridicule de s'en priver. Et, pire encore, de bouder ce plaisir pour des considérations platement politiques.

J'ai quelque chose de la bête politique, je ne le sais que trop bien. Je tempère cependant mes révoltes avec beaucoup de philosophie et un zeste de poésie.

La politique est trop souvent le théâtre d'opération des personnes les plus répugnantes qui soient. Ce n'est pas pour rien que la politique attire des légions de menteurs, d'hypocrites et de magouilleurs. Ce n'est pas pour rien que la politique est contrôlée par la pègre. Je ne dirais pas que c'est dans l'ordre des choses. C'est plutôt la confirmation du désordre des choses. C'est la preuve que la politique est un terrain couvert d'immondices et d'idéologues fanatiques qui voleraient un bol de riz à un enfant famélique pour prouver qu'ils ont raison de tout détruire.

L'humanité est rare chez ceux qui ont des opinions bien arrêtées. Ils vous en trouveront des justifications pour ce bol de riz volé. Ils vous en casseront des oeufs sans que vous ne voyiez jamais l'omelette. Ils vous diront, surtout, d'être réalistes. Le monde est laid, ignoble et immoral, tout comme ils le sont. Pourquoi devriez-vous vous acharner à le voir différemment? Pourquoi croire qu'il pourrait être beau, noble et tout aussi moral qu'une main tendue vers quelqu'un qui a besoin d'aide?

Je le dis souvent, mes héros en littérature comme dans la vie sont ceux qui soignent des blessés plutôt que de faire des victimes, aussi collatérales soient-elles.

Je voue un culte au docteur Jivago, un personnage fictif qui existe pourtant parmi mes semblables.

Au lieu de faire la guerre, Youri Jivago ramasse tout le monde qui est tombé au combat, les Rouges, les Noirs ou les Blancs. Il ne fait pas de distinction entre la vie humaine d'Untel et celle de l'Autre.

Dans ses temps libres, plutôt que de se perdre en ratiocinations sur la situation politique, il écrit des poèmes. Des poèmes qui parlent d'une femme ou bien du givre qui se forme dans les fenêtres.

Les esprits politiques le traitent d'idiot, de rêveur, de crétin. Et ensuite, ils dévorent leurs propres enfants sans trop les mâcher.

Jivago les surpasse tous à mes yeux. Tous ces crottés cannibales qui rêvent d'étriper leurs frères et soeurs humains ne lui arrivent pas à la cheville.

***

Il fera beau aujourd'hui, demain et après-demain.

Jo Cox s'est faite tuer par un déséquilibré mental d'extrême-droite. C'était une députée travailliste britannique qui prônait le multiculturalisme tant honni par certains. Elle défendait le maintien de la Grande-Bretagne au sein de l'Union européenne. Comme la plupart des indépendantistes écossais par ailleurs...

J'ai beau trouver que la politique est sale, que je me garde un droit de réserve en de pareilles circonstances.

Le multiculturalisme n'est pas à la mode chez les souverainistes québécois, je ne le sais que trop bien. Je me fais souvent reprocher de soutenir cette position. Je ne veux pas signifier par là que tous les opposants au multiculturalisme soient des assassins. Mais il y a un germe de violence dans le repli identitaire. Un germe de hooliganisme. Un germe de fanatisme. Ceux qui se sentent atteints par la grande farandole du vivre ensemble me semble des gens bien tristes. La Terre est devenue petite et les moyens pour la détruire menacent l'existence même de la vie sur notre planète. Cela prête à réfléchir sur l'art de vivre ensemble sans se taper sur la gueule.

Je soutiens à ma manière l'indépendance du Québec. Et, je dois bien le dire, je n'ai aucun problème moral à considérer l'indépendance du Québec sous l'angle d'une société ouverte et multiculturelle. Je dirais même que j'ai un problème à l'envisager autrement.

Quand on crache sur Justin Trudeau et son maudit multiculturalisme, je ne m'étonne pas de voir les zélotes de cette idée stagner à 20% dans les sondages. Le racisme, même larvé, arrive rarement à ratisser plus large que cette proportion.

Je lie l'indépendance du Québec à la justice sociale.

Si l'indépendance n'arrive pas, je n'en mourrai pas.

Je suis déjà un Métis qui vit à cheval sur plusieurs frontières. Je suis déjà accoutumé à ce que l'on pourrait appeler l'inacceptable.

L'inacceptable ne doit pas me faire oublier le soleil, les fraises et les marguerites.

Je ne dois pas oublier que la vie est courte.

Et que c'est sans doute la seule que j'aie.

D'où l'importance d'en prendre soin, tant pour moi que pour autrui.





jeudi 16 juin 2016

Hommage à mon frère Christian, professeur de littérature à la retraite

Mon frère Christian a pris sa retraite de l'enseignement. Il était professeur de littérature au niveau collégial. Il aura passé 51 ans à l'école. Cela donne le vertige...

Son collège a souligné sa retraite dans le cadre d'une soirée où l'on rendait hommage à ceux et celles qui pouvaient enfin prendre la clé des champs. On le voit ici sur la photo en exergue.

Christian est l'aîné des quatre garçons de ma famille. Je suis le troisième du lot. Neuf ans me séparent de lui. C'est donc dire que je fus, en quelque sorte, son premier étudiant. Il s'est pratiqué sur moi avant de prodiguer son enseignement aux autres. Si j'écris aussi bien, c'est un peu de sa faute. Et un peu de la faute de mon père qui m'emmenait souvent à la bibliothèque en me recommandant vivement de ne pas lire seulement des bandes dessinées.

Nous sommes des fils de prolétaires qui ont fait la Révolution tranquille.

La génération de mes parents a été condamnée au travail à la chaîne à l'usine. La nôtre pouvait escompter un meilleur sort.

Moi et Christian avons eu le privilège de poursuivre nos études jusqu'à l'université.

Christian m'a ouvert la voie. Il m'a fait prendre conscience que c'était possible de ne pas finir ses jours à la Wabasso Textile ou bien à la Reynolds Aluminium Company. Et ça tombait bien, puisque ces usines sont fermées depuis longtemps déjà. Sans les études, peut-être que je serais chômeur à plein temps. Bien que je sois très critique envers mes études, je ne suis pas assez fou pour reconnaître que cette pure formalité m'aura ouvert quelques portes. Dont celles de la culture.

J'ai développé assez tôt des velléités d'écrivain. J'ai écrit des poèmes, des nouvelles et des romans sur lesquels mon frère et mon ineffable professeur de philosophie Alexis Klimov ont jeté un regard critique, sinon assassin. Je leur en suis d'autant plus reconnaissant que j'ai brûlé la majeure partie de ces écrits minables où j'apprenais à dire ce que je ne disais pas encore. Ma plus grande joie c'est de n'avoir jamais publié ces conneries. Cela aurait très bien pu se produire. J'ai connu des types qui ont publié leurs écrits de jeunesse et qui vivent encore de l'illusion de cette jeunesse qui leur aura fait produire des oeuvres plus que médiocres. Ils se seront accrochés à des poncifs et en seront devenus les esclaves. Grâce à mon frère et à Klimov, j'ai eu la chance de ne pas me faire d'illusions sur mes billevesées. J'ai pu me délivrer des clichés pour trouver ma propre voix.

Christian m'a initié aux bons auteurs, surtout ceux du Siècle des Lumières. De Diderot à Voltaire, en passant par Rivarol et tous les moralistes français, j'ai franchement tout appris. Initialement, mes phrases étaient longues et ponctuées de points-virgules, de tirets et autres signes que j'ai dû abandonner en cours de route. En fait, c'est au cours de cette route que j'aurai appris ce que les lettres ne pouvaient pas m'apprendre. J'ai connu la vie. J'ai aimé l'amour. J'ai vécu de vraies aventures au lieu de les subir par procuration via ces lectures qui devinrent encombrantes.

Klimov m'a incité à ne plus écrire de poésie en tournant mes vers au ridicule. Mes vers étaient aussi mauvais que ceux que publient la majeure partie des maisons d'édition. Ils étaient même meilleurs en quelque sorte... Cependant. ils participaient d'une époque dont s'est gaussé Marcel Aymé dans cet ouvrage inclassable intitulé Le confort intellectuel. Mes Davy Crockett, croquettes de veau, vaudeville et vilebrequin ne l'ont pas impressionné. Mon dadaïsme est mort assassiné sous ses yeux d'érudit.

Klimov a été le professeur de Christian. Et lorsque j'ai bénéficié de l'enseignement de Klimov, c'était comme un retour aux sources si je puis dire.

Christian, en parfait klimovien, aura tué mes phrases longues à n'en plus finir. J'ai retenu à jamais cette leçon que j'ai retrouvé chez Rivarol: "Ce qui n'est pas clair n'est pas français." Dès lors, j'ai compris que je devais me conformer à l'ordre logique du discours pour mieux frapper avec mes mots. On apprend en bas âge que Luc va à l'école. Ce n'est pas À l'école, va Luc. Ni Luc, à l'école, va. Ce qui n'est pas clair n'est pas français... Toute phrase se tient mieux lorsque le sujet est suivi d'un verbe puis d'un complément. Cette vérité toute simple fait en sorte que l'on croie que j'ai une belle plume... Je dois cette belle plume à mon frère Christian. Et je le dis sans fausse humilité ni narcissisme.

Je ne doute pas de la valeur des leçons que Christian m'a inculquées.

J'ai beaucoup trop parlé de moi encore une fois.

Je souhaite que l'on comprenne que c'était pour mieux témoigner de mon admiration envers le meilleur prof que j'aie connu dans ma vie: mon frère Christian.

Libre comme il l'est devenu, j'imagine qu'il aura du temps pour partager avec votre humble serviteur cet amour des lettres qui fait partie de notre fraternité.

Il aura du temps pour feuilleter ses chers livres qu'il tarde tant à soumettre à l'élagage.

Il aura du temps pour me recommander des lectures et poursuivre ses leçons avec celui qui fût son premier cobaye.

Bonne retraite mon frère!




Mon nouveau billet dans le Hufftington Post

Mon nouveau billet dans le Hufftington Post.

mercredi 15 juin 2016

Mort, destruction et célébrité



"Je savais qu'ils étaient mes ennemis, mais eux ne le savaient pas. Ils s'aimaient entre eux, ils se serraient les coudes; et moi, ils m'auraient bien donné un coup de main par-ci, par-là, parce qu'ils me croyaient leur semblable. Mais s'ils avaient pu deviner la plus infime partie de la vérité, ils m'auraient battu."
Jean-Paul Sartre, Érostrate (Le Mur)

On ne se souvient pas du nom de l'architecte du temple d'Artémis à Éphèse. Ses dimensions colossales et  la richesse de ses décorations faisaient en sorte qu'il était mentionné parmi les Sept merveilles du monde. On se souvient par contre du nom de celui qui l'a incendié en l'an 356 de notre ère. L'hurluberlu s'appelait Érostrate et souhaitait devenir célèbre de cette manière.

Dans Crime et châtiment de Dostoïevski, l'ancien étudiant en droit Rodion Romanovitch Raskolnikov est un fervent admirateur de Napoléon Bonaparte. Il est sans le sou et rumine l'idée d'assassiner une vieille prêteuse sur gages pour lui voler quelques kopecks. Il trouve la justification de son crime dans le fait que Napoléon n'hésitait pas à tuer des milliers de gens sur le champ de bataille pour atteindre son objectif. Pourquoi devrait-il hésiter à tuer une vieille s'il voulait lui-même devenir un grand homme?

Chez Érostrate comme chez Raskolnikov, la recherche de la célébrité sert de caution morale.

Cet exemple peut maintenant s'appliquer à tous les auteurs d'attentats. Ils souhaitaient, eux aussi, devenir célèbres.

Le dictionnaire des noms propres est rempli de noms sales. Les biographies consacrées aux brutes et aux assassins couvrent plusieurs rayons de nos bibliothèques.

Des poètes ont chanté les exploits de ces tueurs.

On a rarement lu un poème à propos d'un architecte.

***

Incendier un temple ou tuer des centaines d'êtres humains pour en retirer de la célébrité relève de la plus authentique bêtise qui soit. Malheureusement, nous baignons dans une culture qui se charge d'en faire la promotion. Le culte de la mort et de la destruction est omniprésent dans notre monde.

On dit des Incas qu'ils étaient civilisés parce qu'ils vivaient dans des villes. On aurait pu tout aussi bien dire parce qu'ils pratiquaient des sacrifices humains.

Les tribus nomades et pas du tout civilisées n'étaient pas exemptes de tares. Mais on n'y gaspillait pas la chair humaine comme le faisaient les civilisés.

Je sais que je vais encore passer pour quelqu'un qui entretient le mythe du bon sauvage.

Pourtant, je me questionne sur l'accroissement des attentats et des destructions irraisonnées. Ils surviennent en cette époque que le poète Ovide appelait à juste titre l'âge de fer, le pire âge de l'humanité, un âge où tout le monde s'étripe pour un rien.

Quelles réponses peut-on offrir à tous les problèmes soulevés par ces meurtres gratuits que l'on camoufle sous un vernis de civilisation, de religion ou de politique?

***

Dans un autre ordre d'idées, je me souviens d'une histoire survenue dans le quartier de mon enfance. Un père de famille s'était levé en pleine nuit pour aller étrangler son fils dans son lit. Il entendait des voix...

Était-ce cette même voix qu'Abraham entendait pour lui dire d'éviscérer son fils Isaac?

Je ne le sais pas.

Ce père de famille n'a pas eu la bonne fortune d'Abraham.

Il a été retiré de la circulation.

Comme quoi ce qui est un crime pour l'un devient un acte de gloire pour l'autre...