jeudi 26 mai 2016

On connaît le tabac!

Un nouveau règlement ayant trait à la lutte contre le tabac est entré en vigueur aujourd'hui même au Québec. Il sera désormais interdit de fumer à peu près partout, dont sur les terrasses ainsi que dans les véhicules en présence d'enfants de moins de 16 ans. À compter du 26 novembre, on ne pourra plus fumer à moins de 9 mètres de toute porte ou fenêtre qui s'ouvre. La prochaine étape sera l'incarcération pure et simple des trafiquants de tabac si l'on poussait encore plus loin cette logique...

Le plus ironique dans tout ça, c'est que les riches pourront encore contourner la loi. Les gentlemen pourront fumer le cigare dans des clubs prévus à cet effet. Il n'y aura évidemment pas de clubs pour les fumeurs de mégots, de rouleuses et autres "pollocks" de contrebande. Comment ferait-on des affaires sans un bon cigare et un bon porto?

Les voitures pourront bien sûr continuer de laisser s'évaporer le gaz de leurs tuyaux d'échappement à moins d'un centimètre des fenêtres.

Les idiots pourront continuer de rincer le moteur de leur motocyclette et produire plus de 200 décibels de vacarme à toute heure du jour ou de la nuit.

Les usines ne seront pas sanctionnées outre mesure pour le smog et les autres particules fines relâchées dans l'atmosphère. Lesquelles contribuent à l'augmentation des cancers, des maladies pulmonaires et cardiovasculaires.

***

Je n'aime pas le tabac. Je ne fume plus depuis 12 ans et l'odeur me répugne au plus haut point. J'en vomis presque de sentir l'haleine et les vêtements empestés des fumeurs.

Je comprends tous les problèmes de santé que cela peut occasionner.

Et je ne vois pas pourquoi l'on pourrait empoisonner ses voisins tant avec le tabac, qu'avec sa voiture, sa moto ou son usine.

Pourtant, on sombre une fois de plus dans la morale à géométrie variable avec les lois sur le tabac, comme c'est le cas pour les lois contre les drogues. On peut vendre de l'alcool à 94% en toute légalité mais le malheureux qui fume de l'herbe risque d'avoir un dossier criminel. Les pharmacies peuvent vous vendre toutes sortes de cochonneries à vous rendre Ti-Clin mais n'allez pas cueillir des champignons qui font rire. C'est comme ça mur à mur. C'est s'inventer des crimes pour remplir des prisons déjà trop pleines.

***

Le pétun, alias le tabac, faisait partie des drogues consommées régulièrement par les aborigènes de notre continent.

On ne disait pas que les Indiens fumaient à l'époque. On disait qu'ils "pétunaient". Il y avait même une tribu, les Khionontateronons qu'on surnommait les Pétuns pour leur vilaine habitude de bourrer leur calumet pour se remplir de fumée.

Les aborigènes s'arrêtaient souvent dans les portages et les longues marches pour pétuner, au grand dam des premiers conquérants européens qui ne comprenaient pas grand chose à cette coutume.

Ils croyaient que cela devait les tenir au chaud.

Jusqu'à ce qu'ils s'y mettent eux aussi, puis toute l'Europe et le monde entier avec eux.

Les compagnies de tabac ont "amélioré" le produit en le rendant toujours plus addictif et plus nocif pour la santé.

Il y eut toujours plus de nicotine, plus de goudron, plus de plomb, plus de tout ce que vous n'auriez pas voulu.

L'État aurait pu les obliger à travailler sur l'innocuité du produit. Il fût plutôt décidé de travailler à son éradication en plongeant dans la misère et la criminalité les fumeurs des classes populaires. Tout ça pendant que les ministres et les hommes d'affaires pouvaient fumer tranquillement leur cigare sans se faire inquiéter par l'État...

***

Bien que je ne fume pas, il me semble qu'on ne peut pas considérer le tabac comme étant un produit plus nocif que le pétrole ou le bruit.

Que fait-on pour abandonner le pétrole, source majeure de pollution atmosphérique?

Que fait-on pour diminuer le bruit, source majeure de stress et d'anxiété?

S'en prendre aussi drastiquement aux fumeurs de clopes c'est fesser sur les plus faibles.

Je déteste viscéralement le tabac. Cependant, j'abhorre encore plus toutes les autres sources de pollution pour lesquelles l'on fait si peu.

À la limite, je serais en faveur de l'instauration de clubs privés où il serait possible de fumer comme des cheminées et d'y mourir d'emphysème. Cela pourrait s'appeler une taverne ou bien un bar tabac...



mercredi 25 mai 2016

Le merveilleux maire Veilleux (comédie en un acte)

(L'action se passe dans un condo au décor très zen d'une ville très corrompue. Miranda, la cousine du maire Veilleux, est en sueur. Les fenêtres sont illuminées par les gyrophares d'une brigade policière qui s'apprête à investir les lieux. Un policier corrompu, au sein de l'administration de cette ville corrompue, vient de les aviser qu'ils s'en viennent... On entend seulement la voix du maire Veilleux au téléphone qui lui dit quoi faire.)

Maire Veilleux: Vite Miranda! Ils arrivent! T'as pas le temps de tataouiner! Prends les poches de hockey cachées dans l'garde-robe et floche tous les billets de banque dans les toilettes! Ces billets sont marqués sacrament! On a été piégé par des tabarnaks de réactionnaires qui n'aiment pas le progrès dans notre belle ville!

Miranda: Oui, oui... J'vais tout flocher Gilles... C't'idée aussi de cacher le fric dans mon condo... T'auras pas pu l'crisser ailleurs?

Maire Veilleux: Il n'y a qu'à toi que j'peux faire confiance Miranda... Notre belle ville est remplie de jaloux qui ne savent pas c'est quoi la politique... Ils pensent que tout se fait tout seul...

Miranda: Gilles! Comment tu veux que j'floche un million de dollars comme ça dans les toilettes!!! C'est d'l'argent en tabarnak! Les toilettes vont boucher!

Maire Veilleux: Elles ne boucheront pas si tu commences tout de suite...

Miranda: C'est en plein c'que j'fais! Tu m'entends pas flocher les toilettes?

(Elle floche les toilettes. évidemment.)

Maire Veilleux: Tout ça n'serait jamais arrivé sans ces hosties d'étudiants communistes, des tabarnaks d'anarchistes qui défilent dans les rues le jour pis 'a nuitte pour jouer aux inquisiteurs espagnols avec nous autres! On a développé la ville! On n'a pas compté les heures pour qu'il y ait un amphithéâtre, un colisée, un stade, une autoroute, un escalier, une statue... Ils pensent qu'on va faire des affaires qui nécessitent des milliards d'investissements avec un p'tit salaire de fonctionnaire crève-la-faim! Quand tu veux jouer dans les ligues majeures, tabarnak, tu t'arranges pour qu'ça s'fasse!

Miranda: La police cogne 'a porte! J's'rai jamais capable de tout flocher l'argent saint-ciboire de calice!

Maire Veilleux: Lance-lé par la fenêtre au pire! Fais d'quoi saint-chrême!

Miranda: J'essaie! J'essaie!

Maire Veilleux: Essaye pas! Fais-lé tabarnak!!!

Un policier: Ouvrez la porte madame! Nous savons qu'vous êtes là! Si vous n'ouvrez pas la porte, nous allons la défoncer!

Miranda: (Aux policiers) Ça s'ra pas long faut que j'm'habille! J'suis tout nue!

(Miranda tente d'ouvrir la fenêtre mais elle semble bloquée.)

Miranda: Ouvre! Ouvre christ de fenêtre!!!

(La fenêtre n'ouvre toujours pas. Miranda tombe sur son postérieur et la poche de hockey laisse s'échapper des milliers de dollars. La toilette est bouchée par le fric et l'eau reflue sur le plancher. Miranda pleure. Les policiers défoncent la porte.)

Un policier: Police! Miranda Veilleux vous êtes en état d'arrestation pour complicité avec une bande criminelle... Tout ce que vous pourriez dire pourrait être retenue contre vous...

Miranda: Gilles! Gilles! I' m'arrêtent!

Maire Veilleux:  ... (Il a raccroché. On entend le long timbre sonore du téléphone puis le message d'usage.)

Message d'usage: S'il-vous-plaît veuillez raccrocher. Ceci est un message enregistré.

Un policier: Tabarnak! As-tu vu les poches d'hockey? I' doit bien y avoir quelques cent milles piastres là-dedans... peut-être même quelques millions... J'ai jamais vu autant d'argent d'ma vie!

Miranda: Je suis la cousine du maire Veilleux! Vous allez regretter de m'avoir arrêtée! Le maire Veilleux va vous dégommer! Vous allez tous perdre votre job!

Un policier: En ce moment même, madame Veilleux, on doit être en train de passer les menottes à votre cousin...

Miranda: Honte à vous! Un homme qui a tout donné pour sa ville!

(Les lumières s'éteignent. Les rideaux se ferment. On entend la célèbre chanson de Lucien Boyer, C'est en r'venant de voir mon ragoût.)

mardi 24 mai 2016

Bravo les autodidactes!

Je vais encore prêcher pour ma paroisse. Enfin, pas tout à fait puisque j'ai obtenu quelques diplômes à force de perdre mon temps. Je me sens pourtant autodidacte de corps et d'esprit.

Vous aurez compris que j'aborderai le thème de l'autodidactie au cours des prochaines lignes.

Tout ce que j'admire dans la vie se tient dans la marge. J'ai peut-être trop dessiné dans les marges de mes cahiers d'écolier à force de m'ennuyer dans des cours magistraux soporifiques.

Louis Armstrong était un autodidacte de la trompette. Il n'a jamais su lire la musique. Il pouvait reproduire tout ce qu'il entendait avec son instrument. Il a inventé de nouvelles sonorités qu'aurait sans doute reniées un chef d'orchestre englué dans une vieille pratique s'apparentant à un tic nerveux.

Jack London fût le plus grand écrivain de son temps et, le plus drôle dans tout ça, c'est qu'il n'a jamais étudié en littérature. Il a fréquenté assidûment les bibliothèques, a travaillé à la dure dans toutes sortes de métiers, puis a couché sur le papier ses récits devenus légendaires. Des tas d'écrivaillons diplômés ne lui arrivent pas à la cheville et ne réussissent qu'à fabriquer des discours inutiles, pour paraphraser l'écrivain René Daumal. Ils ne peuvent que se lire et se complimenter entre eux.

Un certain Christian Mistral, plus près de nous, n'est jamais allé à l'université et démontre une meilleure maîtrise de sa plume que bien des tâcherons bardés tout autant de diplômes qu'enveloppés d'ennui.

Les frères Wright étaient des réparateurs de bicyclettes. Plusieurs physiciens de leur temps avaient conclu qu'il était impossible à un engin plus lourd que l'air de s'envoler de sa propre force. Ils croyaient que le ballon chargé d'un gaz plus léger que l'air était la seule manière de s'élever vers les nuages. Les frères Wright, purs autodidactes, leur firent ravaler leur râtelier. À peine quelques décennies plus tard l'homme marchait sur la Lune.

Albert Einstein était un obscur employé de l'Office des brevets de Berne. Il s'est forgé une carrière de physicien en parfait autodidacte. Il lui était impossible de se conformer aux singeries académiques. L'école lui pesait sur l'esprit comme une prison. On lui doit des avancées phénoménales dans la physique moderne. Notre compréhension de l'univers connu et inconnu s'est accrue sous l'influence d'un drop-out...

Steve Hill, un virtuose de la guitare que j'ai le bonheur de connaître un tant soit peu, se faisait reprocher par ses professeurs de musique du Cégep de ne pas faire ses accords barrés comme il se doit. Il les fait encore de la même manière et gagne sa vie mieux que tous ceux qui se sont laissés décourager par ces pédants pontifiant sur l'art de tenir une guitare.

Des exemples semblables, j'en ai des milliers, dans presque tous les domaines.

Des écrivains, des peintres, des inventeurs, des traducteurs, des musiciens, des cuisiniers, alouette!

Et maintenant, voici la question qui tue: est-ce que l'école est un frein au développement du génie?

Sans aucun doute. Et comme le génie est rare, on n'aura certes pas fini de s'intéresser aux apparences plutôt qu'aux fondements de la sapience. À vrai dire, le savoir importe peu. C'est même un obstacle pour faire partie d'une institution. On veut un outil, pas une nouvelle façon de faire. On veut du silex pour faire du feu, pas un briquet...

Quand on me dit le mot école, je pense invariablement au Magicien d'Oz.

Il y a souvent de la sagesse dans les contes d'enfants et le Magicien d'Oz nous démontre qu'il ne suffit que de remettre un diplôme à un épouvantail pour qu'il se sente tout de suite investi de savoir.

On reprochera aux autodidactes de manquer de méthode et de n'accorder aucune importance aux écrans de fumée.

On leur reprochera de ne pas connaître le solfège ou bien la quadrature du cercle.

Par contre, on continuera de juger l'arbre à ses fruits.

Les fruits seront bien plus mûrs et bien plus juteux dans l'arbre de ceux qui plongent leurs racines dans des terres profondes et jamais fréquentées.

Ils seront petits et secs dans les arbres rachitiques des grands salons de ces courtisans qui ne font qu'ânonner leur petit catéchisme de diplômés sans génie.

samedi 21 mai 2016

La mer / Vernissage de Marie-Ève Larose à l'Atelier Silex

L'Atelier Silex nous conviait hier au vernissage de Marie-Ève Larose sous la formule d'un 5 à 7. La température était plus que clémente et consommer de l'art représentait une bonne manière de terminer la semaine. 

Marie-Ève Larose est étudiante finissante en arts visuels au Cégep de Trois-Rivières et devrait faire son entrée à l'Université Concordia pour la session d'automne. Son exposition s'intitulait La mer et nous offrait une installation tout aussi enveloppante que l'eau puisse l'être.

Au centre de cette mer intérieure, si je puis dire, il y avait les méduses, des animaux fragiles mais redoutables qui chassent leurs proies avec des tentacules venimeuses. Certaines espèces de méduses sont mêmes capables de se régénérer et sont considérés, pour cette raison, comme immortelles.

Il n'en faut pas plus pour susciter des liens avec la mer, la mémoire et l'éternité.

L'installation de l'artiste Marie-Ève Larose contribuait à exalter cette fragilité avec force.

Elle est encore toute jeune, mais on sent déjà qu'elle n'a pas fini de nous surprendre.

Évidemment, son oeuvre, en elle-même, se passe d'explications et méritait d'être savourée lentement comme une plongée dans l'inconscient.

Son univers surréaliste, tout aussi figuratif que conceptuel, est à découvrir.





vendredi 20 mai 2016

Le 20 mai 1980



J'avais 12 ans le 20 mai 1980. Je me souviens vaguement d'avoir entendu les adultes se disputer à propos d'un référendum portant sur un projet de souveraineté-association entre le Québec et le Canada. Pour mon père, cela ressemblait tout de même à l'indépendance, même si c'était un projet édulcoré afin de rejoindre ce 60% d'électeurs québécois qui n'avaient pas choisi le Parti Québécois en novembre 1976. La marche était haute. Et sans doute que René Lévesque avait compris que six Québécois sur dix s'opposaient à son option. D'où les contorsions de la réalité, les stratégies alambiquées et la question confondante.


Quoi qu'il en soit, je n'avais que 12 ans et, pour moi comme pour mes amis de la P'tite Pologne, un quartier pauvre de Trois-Rivières, la réponse ne pouvait être que l'indépendance du Québec.

Tandis que les adultes se disputaient, nous passions nos soirées à faire des graffitis sur les hangers et portes de garage du quartier. Nous tracions des OUI! partout où nous le pouvions. Et parfois on y allait même d'un QUÉBEC LIBRE! accompagné d'une fleur de lys plus ou moins bien tracée. Il faut dire que la fleur de lys, tout comme la feuille d'érable, sont des logos extrêmement complexes à reproduire fidèlement, même pour un graphiste professionnel. Toutes ces lignes et ces courbes parfaites requièrent le compas et le rapporteur d'angles.

Il n'y avait pas beaucoup de NON MERCI! dans la Basse-Ville de Trois-Rivières. Il devait bien s'en trouver quelques-uns, mais pas tant que ça de mémoire. Trois-Rivières est la ville ayant le plus grand pourcentage de francophones en Amérique du Nord. Ça devait tourner autour de 98% en 1980.

Mon père, un Rouge de longue date, anticlérical et antiduplessiste notoire, avait tout de même suivi René Lévesque. Peut-être parce que Lévesque était lui-même un ancien député et ministre des Rouges. Lévesque était un artisan de la Révolution tranquille qui avait mis fin au règne de l'Union Nationale. De plus, il provenait de New-Carlisle, de cette Gaspésie si chère aux yeux de mon père, ce natif de Sayabec. Et puis Lévesque partageait avec nous un ancêtre commun dans son arbre généalogique, un certain Michel Bouchard. Il y avait donc un peu de nous dans celui que l'on surnommait affectueusement Ti-Poil, compte tenu de sa coupe de cheveux tout aussi surréaliste que celle de Donald Trump de nos jours.

Sans Lévesque, mon père n'aurait probablement pas suivi tous ces "hosties de péquistes" qui ne manquèrent jamais de le faire un peu chier. Il détestait viscéralement les Bleus, c'est-à-dire les conservateurs tant fédéraux que provinciaux. Et curieusement, il n'était pas sans bons mots pour Pierre Elliott Trudeau, dont il respectait sans doute l'audace et son opposition à feu Duplessis. Ce Trudeau sans lequel le camp du Non aurait sombré avec le peu charismatique Claude Ryan, alias "La main de Dieu"...

J'ai passé la soirée du 20 mai 1980 avec mon père, devant le téléviseur en noir et blanc qui n'était pas encore connecté au réseau de câblodistribution.

Mon père qui m'avait tant et tant parlé de Frontenac, du marquis de Lévis, de Louis-Joseph Papineau et Louis Riel, dut sans doute ravaler sa rage d'indépendance et de liberté lorsque sortirent les résultats du référendum. Comme prévu, 60% des électeurs qui n'avaient pas voté pour le PQ optèrent pour le Non. Une leçon à retenir pour l'avenir du mouvement républicain québécois.

Lévesque, vaincu, se présenta au Centre Paul-Sauvé devant les militants indépendantistes en larmes.

-Peut-être que vous êtes en train de me dire à la prochaine fois... bredouilla-t-il en toussotant.

Il ne se sentait pas en voix pour entamer le Gens du pays, d'autant plus qu'il fumait comme une cheminée. Il demanda à la foule de l'entonner à sa place.

-Gens du pays, c'est votre tour, de vous laisser parler d'amour...

Le lendemain, on retira progressivement les affiches.

On fit disparaître nos graffitis et nos espérances sous plusieurs couches de peinture.

Puis, ce fût la crise économique...

Cela fait maintenant trente-six ans que nous, républicains, tentons de digérer cette défaite.

Il serait ridicule d'accuser le peuple de ne pas nous avoir suivis dans cette option.

Ne prêcher qu'à des convertis nous mènera à la même situation qu'en 1980.

Peut-être que le référendum de 1995 a été volé. Peut-être...

Et pourtant, Lucien Bouchard et Mario Dumont, dont je ne suis pas un fan, firent tout de même la différence entre obtenir 40% et 50% plus un...

Sans l'appui des électeurs de la Coalition Avenir Québec, de Québec Solidaire et même d'Option Nationale, l'article un du programme du Parti Québécois ne demeurera qu'un rêve.

Pour le moment, comme je ne suis pas en voix, je vous laisse chanter cet hymne.








mercredi 18 mai 2016

La polyvalente du temps de Mâchoire

Résultats de recherche d'images pour « machette rambo »Il n'y aura pas eu de temps plus cruel dans ma vie que celui où je fréquentais un cube de béton sans fenêtres que les architectes de la Révolution tranquille avaient surnommé une polyvalente.

Une période d'anxiété s'ouvrit après la fin de mes études à l'école primaire. L'un de mes frères aînés ne cessait de me rappeler que j'aurais à me battre tous les jours. Il me conseillait sur les coups et les parades que je devais adopter pour survivre à la polyvalente.

-Tu fais semblant que t'es niaiseux pis tu t'rapproches du gars qui veut t'en crisser une en faisant semblant de brailler... Pis quand l'gars s'y attend pas, tu l'pousses de toutes tes forces dans l'escalier pour qu'il soit plus capable de bouger... Après ça tu vas l'rejoindre en bas d'l'escalier pour l'achever jusqu'à temps qu'tu sois sûr qu'i' se r'lèvera p'us...

Ces sages conseils me donnaient la migraine. 

Au cas où il n'y aurait pas un escalier dans les environs le jour où l'on aurait affaire à un bully, nous crûmes bon de nous équiper dans un magasin de surplus d'armée. 

Mes amis optèrent pour des machettes, des Jack knives et autres objets contondants. Je me suis acheté un simple couteau de pêche à lame d'acier pour ouvrir de bas en haut le requin qui voudrait s'en prendre à moi.

Nous étions prêts pour la rentrée scolaire. Quiconque tenterait de nous intimider aurait affaire à la bande des Cobras, comme nous nous appelions naïvement.

Il faut dire que nous avions tous le profil pour nous faire baver: l'un était maigre, les autres trop gros, trop grands ou trop petits, et moi, un gros et grand premier de classe.

Je n'ai heureusement jamais eu à sortir mon couteau. J'ai presque toujours trouvé des escaliers pour pratiquer ma technique de traître.

***

On le surnommait Mâchoire. C'était un gros baveux qui avait redoublé trois fois sa troisième année de secondaire. Il était la terreur de la polyvalente. Il avait la réputation de foutre des raclées à tout le monde. De plus, il s'entraînait à la boxe tous les soirs.

Un jour où je faisais la file à la cafétéria avec un petit gros qui était devant moi, Mâchoire s'immisça dans la file entre moi et le malheureux petit gros pour lui faire la vie dure.

Je n'ai pas osé réagir de crainte de devenir sa victime. Et, oui, j'ai laissé Mâchoire s'en prendre au petit gros.

-Heille p'tit gros, lui dit Mâchoire, donne-moé trois piastres pour payer mon repas à la cafétéria...

-J'ai pas d'argent, bredouilla le petit gros.

-T'as pas d'argent? Ah ouais? 

Mâchoire entreprit de fouiller ses poches pour voir s'il mentait. Il trouva un billet de dix dollars.

-Ça vient de te coûter sept piastres de plus parce que tu m'as menti ti-gros!

Le malheureux n'osa pas répliquer. Il prit sa portion de pâté chinois et vint s'asseoir à mes côtés, comme s'il s'attendait à ce que je le protège.

Mâchoire vint nous rejoindre.

-Qu'est-cé qu't'as pris ti-gros? Du pâté chinois? J'va's y goûter pour voir si y'est bon...

Mâchoire lui enleva son assiette, piocha dans le pâté chinois, puis fit couler un long filet de morve verte dans le repas gâché de ti-gros.

-J'espère que tu vas l'manger pareil bouboule! Arf! Arf! Arf!

Le petit gros pleurnichait. Personne ne trouvait rien à redire. Même moi. Je me disais que cela ne me regardait pas...

Quelques minutes plus tard, alors que j'étais en train de prendre mes cahiers pour mon prochain cours, voilà que Mâchoire fonça sur moi pour que je devienne sa prochaine victime.

Il était accompagné de quelques vauriens qui l'encourageaient à s'en prendre à moi.

-Heille grosse plotte! me dit-il. J'te parle grosse plotte!

La grosse plotte, évidemment, c'était moi.

Mâchoire tendait ses mains devant moi comme s'il souhaitait me faire une quelconque prise de bras comme on en voyait parfois dans les Super Étoiles de la Lutte.

Mon sang ne fit qu'un tour. Je me suis souvenu du triste sort du petit gros survenu précédemment à la cafétéria de la polyvalente. J'ai empoigné les mains de Mâchoire puis les ai tordus de toutes mes forces jusqu'à ce que ses poignets craquent. 

Mâchoire se mit à hurler de douleur. Je lui avais cassé les deux mains.

Je profitai de sa déconfiture pour dire aux membres de son fan-club que j'allais les achever eux aussi.

Mâchoire me promit que ça n'allait pas se terminer là.

Je lui promis de lui casser les deux jambes la prochaine fois, histoire de le réduire au statut d'homme-tronc.

Mâchoire dût se présenter à l'hôpital pour se faire mettre les deux mains dans le plâtre.

Le lendemain, on ne me regardait plus de la même manière.

Le petit gros était content d'être devenu mon ami et me pardonna ma lâcheté.

Dans les semaines qui suivirent, moi et mes amis nous mirent ensemble pour crisser une volée à tous les baveux de la polyvalente. 

Ce fût un temps héroïque.

Quelque chose comme un rêve de justice qui se réalisait enfin.

On ne verrait plus jamais les petits gros et les premiers de classe de la même manière.

Nous allions faire le grand ménage parmi cette bande de pourris.

Entre temps, Mâchoire s'était suicidé.

Pas vraiment à cause de moi.

Mais parce que son mal de vivre avait fait de lui un être répugnant.

Je ne vois pas d'autres explications.