lundi 14 mars 2016

Comment éviter d'être contaminé par le stress des personnes stressées

Comment résister au stress quand vous n'êtes pas une boule de stress sur deux pattes? Cette question anodine mérite une réponse puisque le stress de l'un pourrait contaminer la bonne humeur du plus jovial des hommes.

Peut-être qu'il s'agit, justement, de faire preuve de flegme en toutes circonstances.

Le flegme qui peut aussi s'appeler du détachement, du lâcher-prise ou bien du "I won't give a shit for that" pour ceux qui ne jurent que par la langue anglaise à laquelle nous devons d'ailleurs le flegme anglais.

Quoi qu'il en soit j'ai la réputation d'être relativement insensible au stress pour cette attitude que je ne conseillerai pas d'être adoptée par tout le monde à la maison puisque vous n'êtes pas nécessairement comme moi. Vous pourriez vous blesser ou nuire à vos rapports sociaux pour avoir eu cette mauvaise idée de m'imiter. Et, insensible comme je le suis en matière de comportements, je refuserais d'en porter le blâme.

Cela dit, il me faut bien vous dire comment je résiste au stress d'autrui d'autant plus que je gère plutôt bien celui qui pourrait être le mien.

Tout repose, je l'ai laissé sous-entendre plus haut, sur l'attitude à adopter face à quelqu'un qui piétine le sol devant vous, cligne des yeux, renâcle ou déblatère.

Vous devez le regarder comme un extraterrestre. Comme une créature d'une lointaine galaxie avec laquelle vous ne partagez rien en commun, sinon de vivre dans le même univers comme n'importe quel autre grain de poussière. Sauf que vous n'êtes pas un grain de poussière, mais un type qui ne mérite pas de se faire embêter par autrui alors que la vie est si bête et si courte.

Réagir impulsivement est toujours une mauvaise idée. Vous allez nourrir la bête. Aussi je fais semblant que l'autre n'existe pas.

Je deviens un formidable bloc de glace.

Je laisse le stressé hurler et gesticuler comme un singe jusqu'à ce que la crise soit passée.

Si la crise ne passe pas, je profite de la première occasion pour prendre la fuite et retrouver ma sérénité.

Je me dis ensuite que l'univers est peuplé d'agités du bocal et qu'il faut se trouver un coin perdu pour se cacher d'eux. S'il n'y a pas moyen de se dissimuler de leurs paroles et regards incongrus, il faut créer un coin perdu artificiel dans son esprit ou bien fixer un point invisible à l'horizon en attendant que le temps, la faim ou l'envie de chier oblige votre interlocuteur malcommode à prendre ses distances.

Ils vous traiteront bien sûr de lâche, vous reprocheront votre manque de communication, vous trouveront froid comme un iceberg, mais dites-vous bien qu'ils seront encore et toujours mal en point tandis que vous serez libres, sereins et débordant de chansons gaies à siffler tout au long de votre vie.


vendredi 11 mars 2016

TOUS UNIS CONTRE COUILLARD ! Dimanche le 20 mars à 14h00

Le printemps est à nos portes. J'entends chanter le matin toutes sortes d'oiseaux dont le nom m'échappe. Sont-ce des mésanges, des perroquets ou des toucans? Je n'en sais trop rien. Ce sont des oiseaux et ils chantent comme s'ils voulaient séduire une partenaire. Et, vieux comme je le suis devenu, je sais que ce signe annonce l'arrivée du printemps. Il ne m'en faut pas plus pour être heureux.

Avec le printemps reviennent aussi les manifestations. On en promet une dimanche le 20 mars prochain à 14h00 à la grandeur du Québec. On ne sait pas vraiment qui les organise. Cela semble avoir fleuri spontanément sur le ouèbe. Voilà pourquoi j'y serai.

Les plus belles manifs auxquelles j'aie participé se sont tenues en 2012 lors de notre fameux Printemps Érable. À tous les jours, pendant des mois, nous fûmes des milliers à prendre la rue pour témoigner de notre dégoût des banquiers, des mafieux et des capitalistes. Les libéraux de Jean Charest n'hésitèrent pas à faire couler le sang du peuple dans la rue. Les larbins des médias traditionnels trouvèrent le moyen de justifier la charge de la foule par les cavaliers cosaques, les arrestations arbitraires de masse et les injonctions de la magistrature pourrie à la solde d'un pouvoir corrompu.

Toutes ces manifestations spontanées ont fini par accoucher des plus grosses manifestations de l'histoire du Québec et, bientôt, le monde entier tourna ses yeux vers nos rues insoumises qui résistaient aux assauts du capitalisme sauvage.

Ces manifestations sans organisateurs et sans chefs nous ont fait entrevoir ce que serait une révolution.

Le jour où il y en aura une, je parierais que les syndicats, les partis politiques et les organismes communautaires seront les premiers étonnés de ne pas avoir participé.

Comme ce fût le cas en Russie, un certain 8 mars 1917, alors que des centaines de milliers de femmes défilèrent dans les rues de Petrograd pour renverser le tsar Nicolas II et instaurer la république. Personne n'avait vu venir ça. Parce que la révolution n'est jamais une affaire de professionnels. Elle est essentiellement spontanée ou elle n'est pas.

Quoi de plus soporifique pour un manifestant que de suivre une camionnette dans laquelle on a installé un gus qui scande des slogans? Ses slogans ne riment même pas et les hauts-parleurs sont tellement tonitruants qu'ils tuent toute initiative. Pour rendre la manif encore plus ennuyante, un abruti a cru bon de faire jouer Come Together des Beatles ou bien Jailhouse Rock... On s'en crisse-tu de Come Together? Nous ne sommes pas là pour faire un party mais pour changer le monde!!!

Voilà pourquoi je privilégie les manifs spontanées, autant désorganisées que possible.

La manif du 20 mars ne s'intitule pas "Pour l'éducation populaire autonome afin que nos droits ceci ou cela"... Non, elle s'intitule DEHORS COUILLARD! C'est la preuve sine qua non qu'elle n'est pas le fait d'une poignée de gentils organisateurs qui veulent tellement bien faire que tout le monde finit par ne rien faire.

Celle qui aura lieu dimanche le 20 mars à 14h00 me semble spontanée, directe et stimulante.

Surtout pour les gens de Trois-Rivières.

Le point de rencontre est le Palais de Justice, au 850 de la rue Laviolette au centre-ville de Trois-Rivières.

Emmenez qui vous voulez.

Allez-y ou allez-y pas.

Dehors Couillard!






jeudi 10 mars 2016

2502 billets parus sur ce blogue depuis 2007!

J'en suis à mon deux mil cinq cent deuxième billet paru sur ce blogue.

J'ai tellement écrit que j'ai peine à réaliser l'ampleur du chemin parcouru depuis la rédaction de mon premier billet en avril 2007.

J'aurai touché à presque tous les genres littéraires au cours de cette aventure: chronique, essai, critique littéraire, conte, nouvelle, parabole, bande dessinée, caricature, photographie, peinture et même musique. 

En fait, ce blogue représente pleinement ce que je suis: un artiste indécrottable.

J'aurai maintes fois tenté au fil de mes ans de me trouver une place dans les médias dits traditionnels.

Il aurait probablement fallu que je me taise. Que je démontre une certaine objectivité. Que j'aie l'air sérieux et dérisoire d'un poisson mort échoué sur la grève.

Je me suis réinventé à tous les jours, à l'instar de bien d'autres blogueurs que les jaloux des institutions souhaitent faire passer pour des quidams dénués de talent.

Je ne vous les nommerai pas tous. La liste serait bien trop longue. Mais je fais moi aussi partie de cette liste d'emmerdeurs qui refusent de baisser les bras simplement parce que les bourgeois leur refusent une tribune.

Je suis ravi que l'Internet existe pour maintenir en vie d'authentiques talents qu'on aurait tués dans l'oeuf à une autre époque, faute pour eux de bénéficier d'un exutoire. 

Les institutions peuvent bien toutes tomber en ruines. Les moines peuvent bouffer leurs enluminures: c'est l'époque de l'imprimerie! Les imprimeurs peuvent bouffer leur papier: c'est l'époque de la pensée libre!

Les institutions n'auront pas compris l'époque dans laquelle nous vivons.

Elles auront tenu pour de la démagogie des paroles de vérité.

Elles auront attribué le statut d'oeuvres mineures à des textes géniaux.

Aujourd'hui, des millions d'individus n'appartenant à aucune institution s'emparent du droit de dire, écrire, chanter, dessiner, peindre et manifester.

Les membres de l'élite se sentent vaciller du haut de leur tour d'ivoire.

-Comment pourraient-ils exister puisque nous ne les avons pas reconnus?

Ils auront tellement méprisé la base qu'il est normal que la base veuille maintenant les rouler dans la boue.

Bref, contrairement à tout ce que je puis entendre, je me dis que je vis peut-être à la bonne époque.

Je ne fermerai pas mon blogue.

Je suis encore bon pour dix milles billets de plus.

mercredi 9 mars 2016

La grosse Céline qui ne voulait pas se faire fourrer dans le back store

La grosse Céline partait de bonne heure à tous les matins pour accomplir sa journée de travail.

Elle travaillait dur pour payer son loyer, la nourriture, les soins médicaux et l'éducation de ses trois enfants.

Elle s'occupait seule de ses marmots. Elle s'était séparée de son chum il y a trois ans. C'était un pauvre mec qui lui en faisait voir de toutes les couleurs. Elle avait fini par conclure qu'il valait mieux le quitter, tant pour elle-même que pour la sécurité de ses enfants.

Elle avait perdu son emploi à l'usine dans la même période et s'était retrouvée sur le chômage puis sur l'aide sociale. Au bout de neuf mois d'aide sociale, elle avait fini par décrocher un emploi dans un restaurant tenu par un satyre qui ne cessait jamais de lui faire des allusions sexuelles déplacées, que Céline soit seule ou devant ses clients.

-La grosse Céline, disait cet avorton barbu, est disponible pour une partie de jambes en l'air dans l'back-store si vous voulez... All' a pas d'chum! Paraît qu'est cochonne... Ha! Ha! Ha!

-Comme ça on pourrait la fourrer en gang? riaient les gars de la construction qui venaient déjeuner à ce resto à tous les matins.

Céline ne disait rien. Elle tenait trop à conserver son emploi. Elle se contentait de revirer les talons pour aller chercher les commandes au cuisinier qui lui demandait lui aussi si elle était cochonne...

-C'est-tu vrai que t'es cochonne Céline? C'est-tu vrai qu'on peut t'fourrer dans l'back-store? Ha! Ha! Ha! J'en ai une grosse tu mouillerais en tabarnak!!! Arf! Arf!

Comme elle ne répliquait pas, ces sales porcs avaient conclu qu'ils pouvaient se laisser aller à leurs plus bas instincts. Comme ce n'était qu'en paroles, il ne risquait pas de se faire embêter par la loi. Du moins, pour le moment.

Et cela se répétait jour après jour, tout le temps.

Quelques clients tentaient parfois de leur dire d'arrêter ça.

-Laissez-la don' tranquille Céline! C'est une bonne fille qui travaille dur! Vous pouvez pas la traiter d'même! avait osé déclarer un jeune étudiant qui passait par là de temps en temps.

-Es-tu fif toé tabarnak? Es-tu jaloux passe qu't'es pas capable de fourrer? La grosse Céline all' aime ça dans l'cul! Arf! Arf! Arf!

L'étudiant s'était tu, évidemment, de peur de manger un coup de poing dans la figure de la part de ces rustres mal torchés.

La grosse Céline, en remettant la facture à l'étudiant, lui avait dit de ne pas s'occuper d'eux.

-C'est pas tout l'monde qui a d'la classe comme toi... Ej' ferme ma gueule parce que j'ai besoin d'argent... Autrement j'te les enverrais tous chier...

-Heille Céline! hurla le patron. Lâche le jeune pis viens m'tenir la queue aux toilettes faut qu'j'aille pisser! Arf! Arf! Arf! Fais confiance aux hommes d'expérience! Les jeunes ça fait ouf pis ça t'vient tu' suite dans ta grosse plote! Arf! Arf! Arf! Les vieux ça prend leu' temps pour faire jouir une grosse cochonne qui en r'demande! Arf! Arf! Arf!

C'est là, il fallait s'y attendre, que Céline péta les plombs.

Elle balança tout le contenu bouillant d'une cafetière au visage de l'abruti qui se mit à crier comme un singe.

-Aguyoye! Aguyoye! 

Elle prit ensuite un couteau et le colla contre ses couilles

-Veux-tu que j't'les coupe mon hostie d'sale? J'va's m'en faire des boucles d'oreilles christ de plein d'marde!!!

Les gars de la construction étaient tellement stupéfaits qu'ils n'osèrent même pas émettre un son et encore moins bouger de crainte que la grosse Céline ne les pique au vif eux aussi.

Elle démissionna, évidemment, mais l'étudiant vint témoigner à la Commission des normes du travail pour ce cas patent de harcèlement sexuel qui lui avait fait péter les plombs.

La juge condamna le restaurant à une forte amende en plus d'exiger au propriétaire un montant substantiel pour Céline.

Je voudrais vous dire que tout va mieux pour Céline, mais ce n'est pas vraiment le cas. Elle a bien sûr obtenu un montant important suite à cette affaire, mais l'argent s'est vite épuisé. Elle est passée de la CSST à l'aide sociale, incapable de retourner travailler pour des employeurs qu'elle considérait comme étant tous des trous du cul, que ce soit à tort ou à raison.

Quant à l'étudiant, il est devenu avocat, puis procureur de la Couronne et on lui promet même une carrière de juge. Il déteste viscéralement les goujats et entend leur faire mordre la poussière autant que faire se peut.

mardi 8 mars 2016

Le féminisme est révolutionnaire!

« Le sang, même des coupables, versé avec cruauté et profusion, souille éternellement les Révolutions »
Olympe de Gouges

Savez-vous pourquoi les larbines n'aiment pas le féminisme? Parce que le Jour de la Femme, célébré le 8 mars un peu partout dans le monde, tire son origine de la plus grande révolution survenue sur Terre.

Le 8 mars 1917 fût en effet le premier jour de la révolution russe qui mena à l'abdication du tsar Nicolas II et à l'instauration de la république ainsi que du droit de vote des femmes.

Ce jour-là, des milliers de femmes russes sont descendues dans les rues de Petrograd pour réclamer du pain, la paix et la république.

Cela prit tout le monde par surprise. Personne n'aurait cru que l'on devrait la plus grande révolution de l'histoire à... des femmes.

La révolte fût spontanée, sans aucune forme d'organisation, comme ce fût le cas du Printemps Érable en 2012.

Les femmes défilèrent en paix dans les rues de Petrograd et, en moins de cinq jours, l'empire tsariste s'écroulât.

Cela terrifia tous les banquiers de l'Europe, évidemment, qui eurent tôt fait de financer Lénine et les bolcheviques pour contrer cet authentique mouvement populaire et pacifique initié par des femmes.

Pourtant, le souvenir de ces femmes courageuses et intrépides est parvenu jusqu'à nous.

Il nous lègue encore des leçons.

D'Olympe de Gouges à nos jours, il y a toujours lieu pour les femmes de revendiquer l'égalité des droits pour elles-mêmes, condition sine qua non des droits égaux pour tous.

Renier le féminisme parce qu'on fait partie de l'élite et qu'on veut faire accroire à tort que tout le monde a le droit de piller la communauté est un leurre.

Ce n'est pas vrai que tout un chacun peut réussir en suivant l'exemple de telle ou telle personne qui prétend que tout le monde a droit à l'assiette au beurre. C'est faux de prétendre que tout le monde peut profiter de l'injustice et de l'iniquité. Cela prend nécessairement quatre-vingt-dix-neuf pauvres pour créer un riche. Il n'y a que le bourgeois pour nous siffler aux oreilles qu'en faisant comme lui tout le monde deviendra riche...

Il en va ainsi des femmes qui se détournent du féminisme en ignorant leurs consoeurs victimes d'une culture qui les écrase consciemment et les oblige à jouer un rôle secondaire.

-Elles n'ont qu'à faire comme moi! Je suis libre! Je sens bon! J'ai une maison! Je voyage!

Y'aurait-il sept milliards de larbins que rien n'y changerait. Les loups dévoreraient les moutons.

Or, l'homme n'est pas un loup pour l'homme. Les membres de l'élite veulent nous rentrer de force dans la tête leur conception purement mesquine et opportuniste du monde.

Il ne suffit que des milliers de femmes, d'enfants et d'hommes descendent dans les rues pour faire lever le couvercle de l'exploitation.

Elle viendra cette révolution qui n'est pas achevée.

Elle nous surprendra tous et toutes, au moment où nous nous y attendrons le moins.

Elle aura lentement mûrie d'une manifestation à l'autre, sans se soucier du mépris des notables et autres valets des pharaons de la phynance...

Oui, le féminisme est intrinsèquement révolutionnaire.

Et, oui, les larbins et les larbines ont raison de s'en dissocier.

Au fait, le 8 mars est un congé férié en Afghanistan.

L'est-il au Québec et au Canada?

Sommes-nous si avancés que nous le croyons?

Pour finir, je laisse la parole à Olympe de Gouges:

"Femme, réveille-toi ; le tocsin de la raison se fait entendre dans tout l’univers ; reconnois tes droits. Le puissant empire de la nature n’est plus environné de préjugés, de fanatisme, de superstition et de mensonges. Le flambeau de la vérité a dissipé tous les nuages de la sottise et de l’usurpation. L’homme esclave a multiplié ses forces, a eu besoin de recourir aux tiennes pour briser ses fers. Devenu libre, il est devenu injuste envers sa compagne. Ô femmes ! femmes, quand cesserez-vous d’être aveugles ?" (Source:Olympe de Gouges, Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, 1791)











lundi 7 mars 2016

Je suis féministe en tabarnak

J'ai été estomaqué la semaine dernière par la déclaration de Lise Thériault, ministre responsable de la condition féminine dans le présent gouvernement libéral du Québec. Sa collègue Stéphanie Vallée, ministre de la Justice, en a même rajouté une couche.

Ces deux libérales ne sont pas féministes...

On se demande un peu pourquoi.

Lorsqu'on gratte un peu, on se rend bien compte qu'elles sont avant tout libérales. Elles officient au sein d'une organisation politique entièrement dédiée à l'élite corrompue. 

Pour un libéral, l'homme est un loup pour l'homme et il vaut mieux être un loup qu'un poulet qu'on déplume ou bien un mouton que l'on égorge.

Lise Thériault prétend ne pas être féministe mais "égalitaire".

Égalitaire mon cul! Son parti est essentiellement à la solde des riches et se fout carrément de l'égalité, tant en matière de santé, d'éducation ou de droits des travailleurs. Les femmes? Elles n'y sont qu'accessoires et il faut faire avec comme s'il fallait calmer Bobonne avant que d'aller aux danseuses avec ses chums.

Qu'est-ce qui dérange tant les Lise Thériault et Stéphanie Vallée dans l'énonciation du mot "féminisme"?

Je vais vous le dire ce qui les dérange. C'est que le féminisme est essentiellement associé à un combat social sur lequel elles crachent comme elles le font pour la santé, l'éducation et tout ce qui tombe sous le coup des politiques d'austérité.

Nos ministres anti-féministes se comportent comme les domestiques d'une grande maison d'esclavagistes qui se sentent dans une meilleure posture que leurs consoeurs et confrères qui travaillent sur la plantation. Elles sont profondément "individualistes" et se désolidarisent de ces féministes qui ne sont jamais très loin des socialistes, écologistes et autres bébites qui portent des pancartes et brandissent le poing dans les rues.

-Manifester? Ça ne donne rien de manifester, prétendent ces égoïstes narcissiques centrées sur leur je-me-moi de petites bourgeoises.

Dans le confort et l'indifférence de leurs petites vies, les ministres se disent "égalitaires", dans le sens que tout le monde doit supporter sa souffrance et y remédier par ses propres moyens. Les femmes n'ont qu'à louvoyer, manipuler et atteindre leurs fins par les moyens si chers aux libéraux et autres troufions. On n'a qu'à tricher pour obtenir ce que l'on veut et l'affaire est ketchup...

Nos féminines abruties oublient qu'il y a moins de soixante ans les femmes mariées ne pouvaient pas avoir un compte bancaire et signer des chèques sans la permission de leur époux.

Ces cocottes ne savent pas que les femmes n'avaient pas le droit de vote il y a moins de cent ans.

Elles tiennent à ignorer qu'elles ne seraient jamais devenues ministres ou animatrices de télévision sans ces milliers de féministes anonymes qui sont descendues dans les rues pour réclamer l'égalité.

Nos Yvette libérales agissent en ceci comme bien d'autres larbins qui renient toutes les conquêtes du mouvement ouvrier tout en profitant des résultats pour eux-mêmes comme s'ils avaient été obtenus à partir du néant.

***

Je suis féministe en tabarnak. Ou si vous préférez, c'est parce que je suis en tabarnak que je suis féministe.

Mes gosses ne tomberont pas par terre parce que je m'affiche en tant que féministe.

Je ne ressens aucune perte de virilité ou de masculinité en reconnaissant l'importance du mouvement de libération des femmes pour me libérer moi-même d'une civilisation inégalitaire fondée sur l'atavisme et les pires valeurs humaines qui soient. Les droits obtenues par les femmes sont des droits qui profitent à tous parce que c'est la résultante d'un authentique combat pour l'égalité, et non pas un trivial discours de femmes pléonastiquement "pro-actives" qui méprisent les femmes qui se battent pour tout le monde.

La femme est l'égale de l'homme. Je le dis sans rire, sans quiproquos, sans malentendus.

Je ne crois pas que ce combat soit terminé. Bien au contraire. Je suis convaincu qu'il y a encore lieu de le mener pour plusieurs raisons, à moins d'être aveuglé par l'argent et d'ignorer l'état du monde.

Les pressions se font encore sentir dans le monde pour que les femmes prennent leur trou, pour que les femmes ne soient qu'un trou...

Que la ministre responsable de la condition féminine se désolidarise du féminisme en dit long sur ce gouvernement libéral de trous de beignes.

On ne s'attendait pas à mieux.

On les connaît, ces libéraux québécois, fer de lance du conservatisme social qui font honte à leur propre histoire.

Télesphore-Damien Bouchard, ancien député libéral de Saint-Hyacinthe, anticlérical avoué et soutien indéfectible du suffrage féminin, doit certainement se revirer dans sa tombe en voyant ce que sont devenus les Rouges. Une christ de bande de pleins de marde, de licheux de balustres et d'adorateurs du Veau de Ville...

Le féminisme a toutes les raisons d'être.

Et nous avons toutes les raisons, en tant que Québécoises et Québécois, de nous débarrasser au plus vite de ce gouvernement libéral à la solde de tout ce qui pue tant en Amérique que dans le monde.



dimanche 6 mars 2016

Ça ne va jamais assez vite pour Zoé

Zoé n'était pas du genre à tolérer la lenteur.

-Y'a rien qu'ej' déteste plus que les lambineux! qu'elle disait. I' faut qu'ça y aille pis qu'ça y aille... Quand ça i' va pas, moé ça eum' met en tabarnak!

Elle était souvent en tabarnak parce que ça n'allait jamais assez vite à son goût.

Et pour oublier que tout n'allait pas assez vite, elle surconsommait tout ce qui, paradoxalement, contribuait à l'amplification de son impatience. Zoé fumait comme trois cheminées, absorbait des litres de boissons énergisantes, avalait des pilules pour on ne sait trop quelle déraison.

Je voudrais vous dire que c'était une boule d'énergie alors qu'elle était plutôt une boule de marde.

Je vous dirai donc qu'elle était une boule de marde.

Je sais bien que c'est facile de regarder la paille dans l'oeil de Zoé.

Mais bon, je trouverai bien un jour ou l'autre l'occasion de me rabaisser sous la poutre contre laquelle ma tête se cogne presque tous les jours.

Et puis on ne parle pas de moi. On parle de Zoé.

Et tant qu'à parler d'elle, aussi bien la décrire. Il semble que les grands écrivains se distinguent par la finesse de leurs descriptions. Je suis déjà grand, quoi que je fasse. Il me reste à devenir écrivain. Ce qui pourrait être confirmé après le point final de ce récit si je ne m'en tire pas trop mal.

Zoé était belle comme une image. Voilà. Malheureusement, elle n'était que cette image. Sa personnalité se trouvait contrefaite par cette image de star de journaux à potins qu'elle souhaitait projeter.

Elle voulait ressembler en tout à une reine du vidéoclip. Sa chevelure coulait sur ses épaules comme si quelque drôle lui avait renversé une lasagne sur la tête. Sa tignasse était outrancièrement ondulée et blanchie à la chaux. Ses paupières étaient fardées comme si elle avait quatre-vingt-dix-neuf ans à faire oublier. Ses lèvres étaient trop gonflées pour ne pas y voir l'intervention d'un chirurgien plastique plein aux as.

-Les hommes aiment ça les bouches de suceuse! qu'elle affirmait sans vergogne en se réjouissant outre mesure d'avoir une paire de seins hors normes qu'elle n'avait pas eu besoin de faire souffler au garage.

Zoé était une vraie pétasse pour tout dire. On pouvait la sentir à trois kilomètres à la ronde tellement elle ne lésinait pas sur les parfums. Elle sentait fort l'encens de messe, le melon d'eau et la poudre pour bébés cancérigène.

Pour revenir au tout début de notre récit, Zoé était surtout impatiente. Impatiente de devenir riche. Impatiente de ses relations amoureuses et de ses multiples amants jetables qui peinaient à lui offrir ce qui lui revenait de droit, c'est-à-dire TOUT et TOUT DE SUITE!

Elle s'était au bout du compte trouvé un larbin qui travaillait dans la construction. Ce pauvre gars, Claude alias Cloclo, passait son temps à s'arracher la tête en se demandant comment il allait calmer cette femme qui ressemblait tant à une star et se comportait ainsi.

-Faut qu'ej' lui paye une robe... Faut qu'ej' lui paye un voyage dans l'Sud... Faut qu'ej' lui paye l'esthéticienne... Faut qu'ej' lui paye une piscine, un spa, un char, un foulard, des gants, des cours de pole-dance, un fer à friser spécial, un cheval, un chien de race, un chat pas achetable, un livre sur l'art de rester calme tout en étant hyperactif... Comment vais-je y arriver? Ej' su's endetté par-dessus la tête! Ej' su's su' l'bord d'me faire saisir sacrament!

-J'connais des hommes qui travaillent soixante heures par semaine pour leur femme... lui répétait souvent Zoé. Si t'es un homme, montre-le moé... Tu travailles même pas quarante heures! Trouves-toé une deuxième job pis tu vas y arriver... Slaque sur la bière pis l'pot! Tu penses juste à toé!!! Pis moé, là-d'dans, ej' su's quoi? Une dinde? Qui qui va payer ma coiffeuse, pis mes massages, mes sessions d'bronzage, mon voyage à Las Vegas? Maudit égoïste! Grouille-toé el' cul!

J'oubliais de vous dire que Zoé était infirmière. Elle avait choisi cette profession parce que c'était payant et qu'elle souhaitait tomber un jour ou l'autre sur un médecin qui la ferait vivre. Ce qui ne s'était pas encore produit.

C'était comme si les intellectuels la fuyaient en plus d'être laids. Zoé voulait que son mec soit beau, avant toute chose, et elle s'occuperait bien ensuite de le pousser de force vers la fortune. quitte à emprunter de l'argent à des médecins laids qu'elle ne rembourserait jamais.

Elle ne s'imaginait pas aux côtés d'un prince à moitié chauve qui pue du scrotum. Aussi préférait-elle les douchebags. Et Cloclo en était tout un après s'être pomponné comme une petite princesse pour sa Zoé. Il sentait l'encens, le melon d'eau et la limette. Son scrotum était remarquablement propre même si Zoé dédaignait de plus en plus souvent ces parties de son corps pour se consacrer un peu plus à Charles, Henri et Nathan, desquels Cloclo ne savait rien bien entendu, sinon qu'ils étaient ses voisins.

Au travail, Zoé ne démontrait aucune empathie envers les patients. Elle les traitait comme des nuisances et effectuait le strict nécessaire pour conserver son emploi. Elle était une spécialiste des griefs syndicaux, des congés sans solde et autres caprices. Ça n'allait jamais assez vite avec ses patients et elle leur signifiait méchamment qu'elle n'avait pas que ça à faire.

-J'ai pas juste ça à faire...  On passera pas la journée là-dessus!

Et paf! Elle leur piquait violemment le cul, leur introduisait des sondes sans crier gare et allait même jusqu'à pincer le cul des vieilles séniles qui ne se tournaient pas assez vite sur le côté afin qu'elle puisse faire rapidement son boulot.


***

Je m'épuise sur mon sujet sans y trouver une finale digne de ce nom.

Je pourrais ajouter que Zoé passe son temps sur Facebook à poster des selfies d'elle-même en train de se sécher les dents.

Ça donnerait quoi, hein?

L'essentiel à retenir, c'est que Zoé est une nuisance publique. Une personnalité si tordue est malheureusement au goût du jour.

Les Cloclo de ce monde ne valent guère mieux. Ils souhaitent vivre auprès d'un pitoune et se comportent en larves pour y arriver. Ils font semblant d'être forts, virils et musclés, alors que ce ne sont que de vraies lopettes.

En vous parlant comme ça, j'arrive tout de même à une conclusion.

Elle est toute simple: les gens heureux ne font pas de bonnes histoires.

Il n'y a rien de plus facile à raconter que la médiocrité.

On trouve tous les mots pour la décrire sans trop se casser le bicycle.

Les exemples affluent. Les comparaisons s'établissent d'elles-mêmes.

Au final, nous finissons tous par penser que nous vivons dans un monde de marde.

Et Zoé, tout comme vous et moi, ne sommes au fond que des greluchons bourrés de vices et de contradictions.

Ce qui n'est pas une raison pour s'acoquiner avec une pétasse.

Ou bien avec un douchebag.

Au fond, on est bien avec Maupassant, Tchekhov et Satie.

Et, contrairement à ce que peut penser Zoé, les intellectuels ne puent pas tous du scrotum.

Pueraient-ils tous de scrotum que cela ne la regarde pas.

Cette conclusion fera sans doute de moi ce genre de grand écrivain pour ceux qui ne sont pas trop difficiles.





vendredi 4 mars 2016

Les hommes d'exception sont des charognes

Romuald Lacrécelle était un homme d'exception. C'est du moins ce que prétendaient les journalistes, les présentateurs de nouvelles, les chroniqueurs, les animateurs de radio, les politiciens et même les Premiers Ministres. En plus d'être prêtre, Lacrécelle avait enseigné aux journalistes, aux présentateurs de nouvelles, aux chroniqueurs, aux animateurs de radio, aux politiciens et même aux Premiers Ministres. Comment pouvait-on penser qu'un tel être ne fusse pas un homme d'exception?

Dans cette lamentable colonie, on ne trouvait que ça, des hommes d'exception. Surtout dans cette génération-là. Chaque fois qu'un membre de la secte mourrait, les braillards réclamaient qu'on coule un bronze, qu'on débaptise des rues et tout le saint-frusquin.

Il arrivait aussi que des femmes meurent. Elles avaient rarement droit aux funérailles civiques et aux hommages. Une femme, voyez-vous, est rarement un homme d'exception...

Quelle femme a enseigné aux Premiers Ministres, hein? Quelle femme a fait suffisamment d'argent pour s'acheter des politiciens? Et même si elle est morte riche, tout le monde sait bien que les hommes d'exception sont nécessairement son mari défunt ou bien ses fils, tous avocats, enseignants ou médecins, des métiers bien plus nobles qu'éboueur, torcheuse de cul ou mère au foyer.

Romuald Lacrécelle, pour ceux qui l'ont bien connu, n'était pas un homme digne d'éloges et de louanges. C'était un gros cochon vicieux qui se fourrait le nez dans tous les trous du cul en plus de manger avec ravissement ses propres crottes de nez. Il avait aussi cette manie de commander à ses subordonnés de lui apporter un verre de lait tiède avec deux biscuits mous. Si le lait était trop froid, voire trop chaud, Lacrécelle piquait une sainte colère en vouant tout un chacun aux gémonies pour témoigner du caractère tout à fait exceptionnel de cet actif notable de la bourgeoisie sale.

Les sans-culottes et blogueurs à la petite semaine disaient de lui qu'il avait été une vraie charogne tout au cours de sa vie. Une charogne que les charognes de métier vénéraient afin que les charognes fassent oublier le souvenir de leurs turpitudes.

-L'homme du ressentiment, disaient les plus philosophes d'entre toutes ses charognes, est celui qui ne sait pas témoigner d'égards envers les hommes d'exception de notre secte! Comment peut-on se montrer aussi dur envers le génie, le talent et l'argent? Une société qui ne respecte pas ses maîtres et ne lèche pas la raie de ses guides n'est pas digne de survivre à l'Histoire avec un grand H! L'Histoire est faite par les hommes d'exception, pas par ces remueurs de fumier, ces bouseux et ces vulgaires cyniques aux propos fortement teintés de mépris et de scatologie! S'ils ne savent pas honorer la mémoire des grands, c'est qu'ils ne peuvent pas les atteindre. Ce qui les rend jaloux, mesquins et indignes... Une société qui méprise les membres de son élite est vouée à l'échec!!!

C'était ce qu'avait enseigné le prêtre Lacrécelle tout au cours de sa vie. Tout ça pour être certain qu'il aurait lui aussi sa statue, ses médailles et autres décorations émises par quelque magicien d'Oz dissimulé derrière son écran de fumée. (On ne peut imaginer une meilleure position lorsqu'il s'agit de se régaler clandestinement de ses propres crottes de nez.)

Bref, Romuald Lacrécelle était bel et bien mort.

Tous les drapeaux étaient en berne sur à peu près tous les édifices publics de la colonie, hormis ceux où l'administrateur était trop saoul pour lire les mémos ministériels.

Pendant ce temps, les culs se torchaient encore dans les hôpitaux.

Les mères de famille élevaient leurs enfants en faisant deux repas avec trois fois rien.

Les prolétaires prolétarisaient.

Et les chômeurs chômaient.

Le monde n'avait pas cessé de tourner parce que Romuald Lacrécelle était mort.

Ses victimes comprenaient trop bien pourquoi les notables honoraient la mémoire de cette charogne qui avait les mains trop longues et avait joué impunément avec leurs organes génitaux de jeunes enfants.

Dans ce monde-ci, quand un bourgeois pète, ça sent bon.

Quand un bourgeois écrit un livre, c'est excellent.

Quand un bourgeois répète des lieux communs, c'est du génie.

C'est comme ça depuis que le monde est immonde.

Et on ne peut rien y faire, sinon continuer de maugréer ici et là sur l'Internet.

Comme si l'Internet changeait quelque chose au génie...





jeudi 3 mars 2016

Le plus beau printemps de ma vie

Le plus beau printemps de ma vie s'est produit il y a déjà plus de vingt ans.

J'étais encore jeune et j'avais probablement traversé l'hiver le plus sombre de ma jeune existence inexpérimentée.

J'avais traversé cet hiver de mille manières, de Trois-Rivières jusqu'à Vancouver, en passant par Montréal, Toronto, Winnipeg, Saskatoon et Edmonton.

L'hiver et le printemps alternèrent plusieurs fois au cours de ma traversée de la Colombie-Britannique.

Au sommet des Rocheuses, il neigeait. Dans les vallées, les lilas étaient en fleurs. Puis on remontait dans les montagnes pour revoir encore l'hiver. Puis on redescendait vers le printemps. Ce fût ainsi pendant plusieurs heures, d'une montagne à l'autre, d'une vallée à la prochaine. Froid, chaleur, neige, pluie, soleil et fleurs...

À la déprime de l'Est succédait l'espoir de l'Ouest qui, paradoxalement, me faisait aussi rejoindre l'Orient. Je ne savais plus si j'étais à Vancouver ou bien en quelque grande ville de l'Asie. Des moines bouddhistes vêtus de saris jaunes déambulaient sur les trottoirs. Des itinérants aux traits de fakirs arboraient des barbes teintes en rose ornées de fleurs... J'étais carrément ailleurs et pouvais oublier tout ce que j'avais vécu précédemment. Un nouveau moi venait au monde. L'ancien était cette vieille peau de serpent abandonnée derrière moi. Le nouveau moi parlait difficilement l'anglais, ne connaissait pratiquement personne et devait se débrouiller avec des gestes et des mimiques pour s'expliquer tant bien que mal.

J'y songe encore aujourd'hui comme si ce n'était jamais arrivé.

Et pourtant, cela s'est produit.

J'ai bien respiré l'air salin soufflé par l'Océan Pacifique.

J'ai bien vu l'Alaska, le Yukon et tout le reste.

Jamais je n'oublierai ça. Jamais.

Que serais-je devenu sans cette renaissance?

Je n'ose même pas y penser.

Une partie de moi sera toujours quelque part dans la Fraser Valley, quelque part près du Bear Glacier en Colombie-Britannique, quelque part aux environs de Whitehorse.

Cela ne s'explique même pas.

C'est comme ça, tout simplement.





mardi 1 mars 2016

Chaque premier du mois est le Jour des Rois

Le premier du mois est le Jour des Rois. Je dois cette appellation à l'un de mes amis, le grand Routhier. Je l'ai retenue.

Pourquoi le Jour des Rois? Eh bien parce que les chèques d'aide sociale sont émis le premier jour de chaque mois, à moins que le premier ne tombe un samedi ou un dimanche.

Ce n'est pas le cas aujourd'hui. Le premier du mois tombe un mardi. C'est donc aujourd'hui que la manne tombe du ciel pour 315 441 ménages. Ce qui représente, au bas mot, près de un million de personnes pour une population d'environ 8 263 600 Québécois.

C'est beaucoup. Je ne juge pas de la pertinence d'accorder ou pas des chèques d'aide sociale. En fait, si: je conçois qu'il est nécessaire d'accorder de quoi survivre à ceux qui n'ont rien.

On veut nous faire accroire qu'il y a du travail pour tout le monde. Ce n'est pas le cas. Et ça n'ira pas en s'améliorant au fil des ans. Il y aura de moins en moins de travail pour tout le monde, de plus en plus de robots, de plus en plus de ghettos de chômeurs à vie... Ceux qui prétendent le contraire sont de fieffés menteurs.

***

J'ai eu dans ma vie l'insigne privilège de siéger sur des comités d'embauche. J'ai vu défiler des tas de gens qui se cherchaient du boulot. Je me suis moi-même trouvé dans cette situation désolante. Se promener d'un bureau à l'autre avec son cévé n'est pas une mince affaire. On doit parfois sacrifier son repas pour se payer une entrevue. On arrive affamé devant l'employeur, les yeux sortis de la tête, prêt à tout pour s'extirper de la misère.

L'ahuri derrière son bureau nous regarde de bas en haut avec un air de merlan frit. Il voit des trous dans notre cévé. Il veut qu'on porte absolument une cravate. Il n'a pas le temps de montrer la job et veut quelqu'un avec trente-huit ans d'expérience alors qu'on a seulement vingt-deux ans...

J'ai vu passé toutes les sortes de candidats, dont d'extrêmement mauvais qui avaient l'air d'avoir couché dans les vidanges. Qui les embauchera? Probablement personne. Et on leur reprochera, évidemment, d'être crottés et de vivre de l'aide sociale... On leur reprochera d'être illettrés, analphabètes, incultes et ignorants.

J'ai vu aussi d'excellents candidats que l'on n'a pas retenus parce qu'ils étaient quarante à passer une entrevue pour un seul poste disponible.


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Le Jour des Rois, le jour du chèque d'aide sociale, n'est pas si réjouissant qu'on ne le croie tout compte fait.

C'est un jour qui apporte un peu de baume sur la misère.

Il se pourrait que le pauvre s'offre une consolation pour tout le mois de merde qu'il vient de traverser. Il aura peut-être l'envie de boire une bière, de fumer un joint ou de s'acheter une palette de chocolat. Les riches et les larbins le regarderont de haut, comme toujours.

Moi, je le regarderai aujourd'hui avec beaucoup de compassion et de solidarité.

Je ne le jugerai pas.

Je sais c'est quoi de vivre sur l'aide sociale.

Je souhaite ne jamais y retourner.

Et fuck pour tous ceux qui ne comprennent pas.

Fuck aux honnêtes gens, aux larbins et autres renifleurs de pet du capitalisme cannibale.

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Je me souviens du gouvernement conservateur ontarien de Harris, un fort en gueule issus d'une quelconque radio-poubelle qui a souhaité s'attaquer à la pauvreté en réduisant les chèques d'aide sociale. Dans la semaine qui a suivi ce sabotage social, des milliers de pauvres se sont mis à entrer dans les supermarchés pour s'y servir sans payer. Les proprios et les policiers furent bientôt débordés par ces hordes de barbares qui vidaient les étagères en toute impunité.

Le gouvernement Harris s'est étouffé et a rétabli les chèques d'aide sociale de crainte de basculer dans une révolution sociale sans précédent.

Quiconque osera s'en prendre à l'aide sociale devra avoir en tête cette histoire. Quand un pauvre n'a plus rien à perdre, parce qu'on lui a tout enlever, il devient un excellent soldat pour foutre à terre la Bastille.

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J'étais en Alberta lorsque le gouvernement tout aussi conservateur décida de couper l'aide sociale pour les moins de trente ans. Le chèque fût réduit à moins de trois cents dollars par tête de pipe. Par conséquent, les jeunes assistés sociaux désertèrent en masse l'Alberta pour se rendre en Colombie-Britannique ou bien en Saskatchewan dans l'espoir de s'en sortir. C'est donc les autres provinces canadiennes qui ont payé pour ces jeunes pauvres que l'Alberta s'acharna à éliminer.

Depuis que l'Alberta renoue avec les déficits et ne réussit plus à vendre son pétrole sale puisé dans les sables bitumineux, voilà qu'elle réclame de l'aide des autres provinces...

Le Québec devra bientôt émettre un chèque d'aide sociale pour l'Alberta qui n'aura pas su profiter de l'argent de l'or noir parti dans quelques inaccessibles paradis fiscaux au détriment des Albertains et de l'ensemble des Canadiens...

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L'aide sociale n'est pas une sinécure.

Personne ne souhaite s'y maintenir toute la vie, hormis ceux qui ont perdu tout espoir de plaire à qui que ce soit, dont à un éventuel employeur.

Si vous aviez à passer votre vie dans un camp de concentration, je ne doute pas un instant que vous finiriez par trouver des trucs pour agrémenter votre ordinaire. Vous feriez appel à un certain marché noir à l'intérieur du camp pour combler certains caprices qui rendent la vie moins intolérable. Vous marchanderiez pour un mégot. Vous vendriez vos souliers pour un quignon de pain rassis.

Les gens sur l'aide sociale n'ont pas vraiment le choix d'avoir recours à des expédients pour combler le vide de leurs poches.

Les plus rusés finissent par mener une vie parallèle et à fricoter avec le crime organisé comme le font d'ailleurs les politiciens de métier, ces assistés sociaux de luxe.

Les autres sont toujours un peu plus malades, un peu moins présentables, un peu plus moribonds.

Tout le monde leur chie sur la tête.

La caissière du supermarché les dévisage.

L'employée de la Caisse populaire les méprise.

Le chauffeur de taxi les barouette d'un bout à l'autre de la ville en maugréant.

Le chauffeur d'autobus démarre à toute trombe pour les voir vaciller et tomber derrière lui.

Le petit employé au salaire minimum se réjouit de pouvoir les détester, comme s'il avait trouvé quelqu'un d'encore plus minable que lui.

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Franchement, le premier du mois n'est pas vraiment le Jour des Rois...