Je ne devrais jamais regarder les bulletins de nouvelles. Et encore moins ceux de TVA, propriété de Québecor, elle-même propriété de vous-savez-qui...
En fait, ce ne sont pas les bulletins de nouvelles qui m'horripilent mais les commentateurs attitrés pour nous faire savoir quoi et comment penser.
On ne peut pas dire de Mario Dumont que son jupon dépasse: il ne porte qu'un jupon...
Ses commentaires sont toujours orientés idéologiquement du même côté de la barrière.
Il ne commente pas: il prêche.
Et ses prêches sont toujours tout aussi lamentables que son manque flagrant de subtilité.
Hier, il laissait entendre que les grèves consistent à prendre la population en otage et qu'elles n'ont plus leur place de nos jours... Pardon? Ai-je bien entendu???
On aurait cru entendre un de ces immondes crétins du XIXe siècle prêt à battre la canaille avec sa canne à pommeau d'or...
Une grève qui ne dérange personne ce n'est pas une grève. C'est une prière. Et encore moins que cela. Cela ne vaut pas la peine d'en parler. On ne prendrait pas la peine de changer quoi que ce soit avec l'Oncle Tom. Les esclaves déchaînés, on le sait bien, s'attire toujours la foudre des maîtres, qui tiennent leur pouvoir de Dieu, comme tout le monde devrait le savoir...
Ce ne sont pas avec des prières qu'on a retiré les enfants des mines.
Ce ne sont pas avec des prêches que l'esclavage et la ségrégation raciale ont été abolis aux États-Unis.
Ce ne sont pas avec des voeux pieux que les travailleurs ont hérité de la semaine de quarante heures, de l'assurance-chômage et des prestations pour les accidents de travail.
Tous les droits des travailleurs ont été gagné de haute lutte, au risque de se faire fendre le crâne en deux par des flics au service des capitalistes.
Il en était ainsi et il en sera toujours ainsi. Ce ne sont pas les Mario Dumont qui changent quoi que ce soit à l'iniquité des rapports sociaux.
Mario Dumont peut bien continuer à tenir ses commentaires de larbin lèche-bottes. Il peut continuer à dénigrer les travailleurs et leurs moyens de pression pour promouvoir leurs droits tout aussi bien que ceux de la communauté.
Nous sommes à une époque où nous pouvons défier les lois de la gravité et envoyer des engins dans l'espace.
Et voilà qu'il y a des zoufs qui s'évertuent encore à nous faire croire que les lois de l'économie sont encore plus immuables que celles de la gravité...
Au moins, avec la gravité, on touche à du concret. Ça se calcule.
Pour ce qui est de l'économie, elle sera toujours l'état actuel des préjugés sur la manière d'organiser nos rapports sociaux. Rien de plus. L'économie n'est pas immuable. L'économie n'est pas coulée dans le béton jusqu'à la fin des temps. L'économie n'est rien d'autre que la perpétuation des injustices et des hiérarchies sociales artificielles. Elle est un dogme aussi ridicule que ceux de l'église.
Continuez de braire, chroniqueurs stupides de TVA-Nouvelles, créateurs d'opinions du Journal de Monrial, vils valets de la finance qui vous lance ses rogatons pour vous nourrir de l'illusion que vous êtes quelque chose.
Votre monde s'écroule. Il aura bien quelques occasions de nous créer encore du tort. Pourtant, il finira par être balayé sans que personne ne s'ennuie de vous ainsi que de vos niaises analyses de démagogue bon marché.
jeudi 10 décembre 2015
mercredi 9 décembre 2015
Jeannine René
Le 9 décembre 1936 accueillit dans notre monde Jeannine René, fille de Rodolphe René et Valéda Lefebvre.
Elle passa une partie de son enfance dans la paroisse Saint-François-d'Assise, à Trois-Rivières, et la majeure partie de sa vie dans la paroisse Notre-Dame-des-Sept-Allégresses, qu'elle habite encore à ce jour.
Elle n'était pas très bonne à l'école. Toujours un peu dans la lune. Par contre, elle aimait chanter dans la chorale et, pour cette raison, aurait pu devenir religieuse.
Le destin l'emporta ailleurs. Elle quitta l'école assez tôt pour travailler. D'abord dans une usine de fabrication de patates chips, Canada Maple Leaf si je ne m'abuse, située alors dans la paroisse Sainte-Cécile.
Elle travailla ensuite à titre de couturière à l'usine de textile Wabasso. Rapide comme l'éclair, elle faisait de plus gros salaires que son père -qui travaillait au même endroit- puisqu'on la payait à la pièce. Elle avait développé une technique qui lui fût fort utile tout au cours de sa vie et lui permit de joindre les deux bouts par les temps durs.
Elle épousa Conrad Bouchard, un gars de Sayabec, en 1958. Conrad Bouchard qui travailla à peu près toute sa vie pour la compagnie d'aluminium Reynold's à Cap-de-la-Madeleine.
Ils eurent quatre enfants.
Jeannine fût d'abord mère au foyer et profitait de son temps à la maison pour effectuer des travaux de couture payés à la pièce.
Puis elle se mit à faire des ménages à gauche et à droite pour des femmes de médecin et des notables du coin.
Elle devint préposée aux bénéficiaires au Foyer Joseph-Denys dans les années '70 et '80. Une job qu'elle a aimé plus que toute autre mais à laquelle elle dût renoncer suite à une hospitalisation dont elle s'est fort heureusement rétablie au fil des ans.
Elle poursuivit ses travaux de couture pour ramener du pain et du beurre à la maison.
Elle éduqua ses quatre garçons avec tout l'amour et les soucis que cela suppose.
Elle soutint son mari atteint d'un cancer qui en mourut en 1995.
Son Conrad qui disait d'elle qu'elle avait toujours été "bi'n douce"...
Cette Jeannine dont je parle, cette Jeannine de qui je retiens pour ses talents artisanaux, sa passion pour la musique et ses rêveries, eh bien c'est ma mère.
Ma mère qui a aujourd'hui soixante-dix-huit ans et qui n'est pas toujours facile à suivre quand elle avance à vive allure derrière sa marchette.
Puisse la vie lui offrir toutes les douceurs du monde pour ce qui lui reste à accomplir ici-bas.
Puisse la vie la récompenser de m'avoir donné la vie, des talents artistiques et de l'amour à profusion.
Bonne fête mouman!
Elle passa une partie de son enfance dans la paroisse Saint-François-d'Assise, à Trois-Rivières, et la majeure partie de sa vie dans la paroisse Notre-Dame-des-Sept-Allégresses, qu'elle habite encore à ce jour.
Elle n'était pas très bonne à l'école. Toujours un peu dans la lune. Par contre, elle aimait chanter dans la chorale et, pour cette raison, aurait pu devenir religieuse.
Le destin l'emporta ailleurs. Elle quitta l'école assez tôt pour travailler. D'abord dans une usine de fabrication de patates chips, Canada Maple Leaf si je ne m'abuse, située alors dans la paroisse Sainte-Cécile.
Elle travailla ensuite à titre de couturière à l'usine de textile Wabasso. Rapide comme l'éclair, elle faisait de plus gros salaires que son père -qui travaillait au même endroit- puisqu'on la payait à la pièce. Elle avait développé une technique qui lui fût fort utile tout au cours de sa vie et lui permit de joindre les deux bouts par les temps durs.
Elle épousa Conrad Bouchard, un gars de Sayabec, en 1958. Conrad Bouchard qui travailla à peu près toute sa vie pour la compagnie d'aluminium Reynold's à Cap-de-la-Madeleine.
Ils eurent quatre enfants.
Jeannine fût d'abord mère au foyer et profitait de son temps à la maison pour effectuer des travaux de couture payés à la pièce.
Puis elle se mit à faire des ménages à gauche et à droite pour des femmes de médecin et des notables du coin.
Elle devint préposée aux bénéficiaires au Foyer Joseph-Denys dans les années '70 et '80. Une job qu'elle a aimé plus que toute autre mais à laquelle elle dût renoncer suite à une hospitalisation dont elle s'est fort heureusement rétablie au fil des ans.
Elle poursuivit ses travaux de couture pour ramener du pain et du beurre à la maison.
Elle éduqua ses quatre garçons avec tout l'amour et les soucis que cela suppose.
Elle soutint son mari atteint d'un cancer qui en mourut en 1995.
Son Conrad qui disait d'elle qu'elle avait toujours été "bi'n douce"...
Cette Jeannine dont je parle, cette Jeannine de qui je retiens pour ses talents artisanaux, sa passion pour la musique et ses rêveries, eh bien c'est ma mère.
Ma mère qui a aujourd'hui soixante-dix-huit ans et qui n'est pas toujours facile à suivre quand elle avance à vive allure derrière sa marchette.
Puisse la vie lui offrir toutes les douceurs du monde pour ce qui lui reste à accomplir ici-bas.
Puisse la vie la récompenser de m'avoir donné la vie, des talents artistiques et de l'amour à profusion.
Bonne fête mouman!
mardi 8 décembre 2015
Un homme de paix qui avait fait la guerre
J'ai connu un homme de paix qui avait fait la guerre. La Seconde grande guerre.
C'était un engagé volontaire. Son père lui avait reproché ceci et cela. Comme d'habitude. Et un beau jour, par pur défi, il s'était enrôlé dans l'armée pour partir au front. C'était aux alentours de 1940.
Il partit pour le camp d'entraînement de Halifax où il apprit à garder son flegme lorsqu'on lui gueulait des ordres en anglais qu'il ne comprenait pas trop bien. Puis on l'envoya en Angleterre, où il fût surpris de pouvoir faire l'amour à répétition avec la femme d'un officier anglais qui aimait encourager la belle jeunesse du Dominion of Canada.
On l'encouragea aussi à tenter de prendre Dieppe, en 1942.
-Ils nous donnaient des pilules qui nous rendaient agressifs... On n'voyait plus clair jéritol! Heureusement parce que les Boches nous tiraient dessus pis tous nos soldats tombaient comme des mouches sur la plage... Ceux qui voulaient pas débarquer se faisaient tirer une balle dans 'a tête pis on envoyait une lettre à leu' famille pour leu' dire qu'i' z'étaient morts au champ d'honneur... Moé, si j'ai survécu à Dieppe pis aux autres débarquements, c'est pas parce que j'étais un héros... Les héros sont morts là-bas... Moé j'ai survécu parce que j'me cachais sous les cadavres de mes chums qui me protégeaient des balles pis des bombes... C'est parce que j'savais trouvé une place où m'cacher que j'su's pas mort...
De Dieppe, il est revenu à peu près sain et sauf en Angleterre. Puis on l'envoya en Italie chasser les hordes fascistes de Mussolini, l'idole du Premier ministre du Québec, Maurice Duplessis. De l'Italie il revint vers la France et s'enfonça avec ses camarades en Belgique, en Hollande et bientôt en Allemagne, au coeur de ce Reich qui devait durer mille ans.
Il revint avec une humanité qui transcendait de loin tout ce que je connaissais autour de moi. Ce bon homme devint le meilleur ami de mon père.
C'était un homme extrêmement jovial toujours prêt à discuter avec tous ceux et celles qu'il croisait sur sa route, peu importe d'où ils provenaient. Russes, Polonais, Allemands ou Vietnamiens devenaient tout de suite ses bons amis. Il leur parlait comme s'il s'agissait de ses frères et les invitait chez-lui, au grand désespoir de sa femme qui n'espérait pas tant de visiteurs.
Je me souviens qu'il avait de ces moments où il nous avouait détester franchement la guerre. Il ne trouvait pas toujours les mots pour en parler. Son regard devenait brumeux. Sa gorge se nouait.
Au jour du Souvenir, le 11 novembre, il ne se mêlait pas aux vétérans qui paradaient devant le cénotaphe avec leurs médailles de bravoure.
-Les vrais braves sont morts... Ils sont restés là-bas... Moé j'me mêle pas à ça... J'y va's pas fêter l'armistice...
De temps à autres, il disait qu'il avait défendu son pays, bien entendu. D'autres fois, il ne disait rien.
Ou bien il se rappelait qu'il y avait du bon monde partout, même en Angleterre, même en Allemagne, et pourquoi pas en Russie.
Ce n'était pas un homme à faire de grands discours.
C'était le genre d'homme qui se contentait de faire la charité plutôt que d'en parler.
La guerre lui semblait une saleté. Une saleté qui avait dû être faite pour se débarrasser de Hitler. Les Français l'avaient accueilli en libérateur. Les Hollandais aussi. Puis même les Allemandes...
Il devenait tout joyeux quand il parlait des femmes. C'est que les femmes ne font pas la guerre. Au lieu de se tirer dessus, elles soignent les blessés et réconfortent les mourants. Elles donnent l'envie de vivre et de survivre.
Dans les derniers jours de sa vie, il marchait encore de chez-lui jusqu'au Dunkin Donuts où il retrouvait des tas d'interlocuteurs pour raconter ses péripéties.
Quand je le croisais, il m'adressait la parole en anglais. Il savait que j'étais devenu bilingue après avoir travaillé en Colombie-Britannique, au Yukon, en Ontario et au Labrador.
-How're you doing my young pal? disait-il dans son vieux patois un peu british.
-Pretty good... How's going on sir?
-Jolly good!
Puis à la fin de la conversation, il me quittait sur un sonore "cheeri-o!" que plus personne ne dit. Ou bien sur un Auf wiedersen mein alter.
Il considérait que les Allemands étaient du bon monde qui s'étaient faits manipuler par les nazis.
-C'est c't'hostie d'fou de Hitler qui leur a monté la tête! Y'étaient pas plus méchants qu'nous autres ou ben don' les Anglais...
Ce bon homme est décédé il y a de cela quelques années. J'en garde un souvenir impérissable. Un souvenir qui se ravive chaque fois que j'en vois hurler en faveur de telle ou telle guerre.
Je ne suis pas pacifiste à tout crin. Cependant, je me garde une petite gêne pour me retenir de hurler avec les loups. Chacun de mes hurlements pourrait se transformer en un cadavre sur une plage derrière lequel se cachera un soldat qui ne demandait pas à mourir si jeune.
Je n'irai jamais au front. Je suis devenu trop vieux. J'aurai vécu une vie relativement paisible parce que des pauvres gars sont morts pour ça.
Je penche du côté de la paix non pas par couardise, mais par défi.
Si l'on appliquait la logique d'un oeil pour un oeil, tout le monde finirait par devenir aveugle, disait substantiellement Gandhi.
Il n'y en aura pas de facile en cette misérable vallée de larmes qu'est notre monde.
Pourtant, je me plais à penser que nous pouvons vivre tous ensemble, ici et maintenant, sans nous faire exploser la tronche et droguer des jeunes hommes qu'on envoie vers l'abattoir.
Je n'ai pas de réponses toutes faites pour tout ce chaos qui règne sur la Terre.
Tout ce que j'ai, c'est le souvenir de ce vétéran de la Seconde guerre mondiale, un brave homme qui répandait le bien et le bonheur autour de lui.
C'était un engagé volontaire. Son père lui avait reproché ceci et cela. Comme d'habitude. Et un beau jour, par pur défi, il s'était enrôlé dans l'armée pour partir au front. C'était aux alentours de 1940.
Il partit pour le camp d'entraînement de Halifax où il apprit à garder son flegme lorsqu'on lui gueulait des ordres en anglais qu'il ne comprenait pas trop bien. Puis on l'envoya en Angleterre, où il fût surpris de pouvoir faire l'amour à répétition avec la femme d'un officier anglais qui aimait encourager la belle jeunesse du Dominion of Canada.
On l'encouragea aussi à tenter de prendre Dieppe, en 1942.
-Ils nous donnaient des pilules qui nous rendaient agressifs... On n'voyait plus clair jéritol! Heureusement parce que les Boches nous tiraient dessus pis tous nos soldats tombaient comme des mouches sur la plage... Ceux qui voulaient pas débarquer se faisaient tirer une balle dans 'a tête pis on envoyait une lettre à leu' famille pour leu' dire qu'i' z'étaient morts au champ d'honneur... Moé, si j'ai survécu à Dieppe pis aux autres débarquements, c'est pas parce que j'étais un héros... Les héros sont morts là-bas... Moé j'ai survécu parce que j'me cachais sous les cadavres de mes chums qui me protégeaient des balles pis des bombes... C'est parce que j'savais trouvé une place où m'cacher que j'su's pas mort...
De Dieppe, il est revenu à peu près sain et sauf en Angleterre. Puis on l'envoya en Italie chasser les hordes fascistes de Mussolini, l'idole du Premier ministre du Québec, Maurice Duplessis. De l'Italie il revint vers la France et s'enfonça avec ses camarades en Belgique, en Hollande et bientôt en Allemagne, au coeur de ce Reich qui devait durer mille ans.
Il revint avec une humanité qui transcendait de loin tout ce que je connaissais autour de moi. Ce bon homme devint le meilleur ami de mon père.
C'était un homme extrêmement jovial toujours prêt à discuter avec tous ceux et celles qu'il croisait sur sa route, peu importe d'où ils provenaient. Russes, Polonais, Allemands ou Vietnamiens devenaient tout de suite ses bons amis. Il leur parlait comme s'il s'agissait de ses frères et les invitait chez-lui, au grand désespoir de sa femme qui n'espérait pas tant de visiteurs.
Je me souviens qu'il avait de ces moments où il nous avouait détester franchement la guerre. Il ne trouvait pas toujours les mots pour en parler. Son regard devenait brumeux. Sa gorge se nouait.
Au jour du Souvenir, le 11 novembre, il ne se mêlait pas aux vétérans qui paradaient devant le cénotaphe avec leurs médailles de bravoure.
-Les vrais braves sont morts... Ils sont restés là-bas... Moé j'me mêle pas à ça... J'y va's pas fêter l'armistice...
De temps à autres, il disait qu'il avait défendu son pays, bien entendu. D'autres fois, il ne disait rien.
Ou bien il se rappelait qu'il y avait du bon monde partout, même en Angleterre, même en Allemagne, et pourquoi pas en Russie.
Ce n'était pas un homme à faire de grands discours.
C'était le genre d'homme qui se contentait de faire la charité plutôt que d'en parler.
La guerre lui semblait une saleté. Une saleté qui avait dû être faite pour se débarrasser de Hitler. Les Français l'avaient accueilli en libérateur. Les Hollandais aussi. Puis même les Allemandes...
Il devenait tout joyeux quand il parlait des femmes. C'est que les femmes ne font pas la guerre. Au lieu de se tirer dessus, elles soignent les blessés et réconfortent les mourants. Elles donnent l'envie de vivre et de survivre.
Dans les derniers jours de sa vie, il marchait encore de chez-lui jusqu'au Dunkin Donuts où il retrouvait des tas d'interlocuteurs pour raconter ses péripéties.
Quand je le croisais, il m'adressait la parole en anglais. Il savait que j'étais devenu bilingue après avoir travaillé en Colombie-Britannique, au Yukon, en Ontario et au Labrador.
-How're you doing my young pal? disait-il dans son vieux patois un peu british.
-Pretty good... How's going on sir?
-Jolly good!
Puis à la fin de la conversation, il me quittait sur un sonore "cheeri-o!" que plus personne ne dit. Ou bien sur un Auf wiedersen mein alter.
Il considérait que les Allemands étaient du bon monde qui s'étaient faits manipuler par les nazis.
-C'est c't'hostie d'fou de Hitler qui leur a monté la tête! Y'étaient pas plus méchants qu'nous autres ou ben don' les Anglais...
Ce bon homme est décédé il y a de cela quelques années. J'en garde un souvenir impérissable. Un souvenir qui se ravive chaque fois que j'en vois hurler en faveur de telle ou telle guerre.
Je ne suis pas pacifiste à tout crin. Cependant, je me garde une petite gêne pour me retenir de hurler avec les loups. Chacun de mes hurlements pourrait se transformer en un cadavre sur une plage derrière lequel se cachera un soldat qui ne demandait pas à mourir si jeune.
Je n'irai jamais au front. Je suis devenu trop vieux. J'aurai vécu une vie relativement paisible parce que des pauvres gars sont morts pour ça.
Je penche du côté de la paix non pas par couardise, mais par défi.
Si l'on appliquait la logique d'un oeil pour un oeil, tout le monde finirait par devenir aveugle, disait substantiellement Gandhi.
Il n'y en aura pas de facile en cette misérable vallée de larmes qu'est notre monde.
Pourtant, je me plais à penser que nous pouvons vivre tous ensemble, ici et maintenant, sans nous faire exploser la tronche et droguer des jeunes hommes qu'on envoie vers l'abattoir.
Je n'ai pas de réponses toutes faites pour tout ce chaos qui règne sur la Terre.
Tout ce que j'ai, c'est le souvenir de ce vétéran de la Seconde guerre mondiale, un brave homme qui répandait le bien et le bonheur autour de lui.
lundi 7 décembre 2015
samedi 5 décembre 2015
Charité bien ordonnée
Soeur Matamain, c'était son surnom, s'occupait d'une charité qu'elle voulait chrétienne même si tous les contribuables étaient mis à partie pour ses bonnes oeuvres subventionnées. Les athées, les bouddhistes et même les musulmans payaient des taxes et des impôts pour que Soeur Matamain puisse se donner des airs de charité chrétienne avec toute l'hypocrisie crasse qui vient trop souvent avec.
Soeur Matamain s'appelait Hectorine Lafrange. Soeur Hectorine en fait. On l'appelait Soeur Matamain comme dans Mets-ta-main-dans-mon-cul pour une raison qui m'échappe. Quoi qu'il en soit, tous les pauvres du quartier l'appelaient Soeur Matamain, la vieille vache des Artisans du bonheur qui s'occupe de nourrir les pauvres avec les dons d'aliments périmés reçus à droite comme à gauche.
Soeur Matamain faisait partie du conseil d'administration des Artisans du bonheur et tenait à ce que la charité soit bien ordonnée. Elle dirigeait la distribution de nourriture d'une main de fer. C'était comme si tous les pauvres venaient l'importuner pour lui demander à manger. C'est effectivement ce qu'ils faisaient tous, quêter de la nourriture. Soeur Matamain tenait à ne pas perdre le contrôle de cette foule d'assistés sociaux plus ou moins vulgaires et souvent incapables de se tenir à leur place dans la file d'attente.
-Pas plus d'une personne à la fois! qu'elle leur disait souvent en faisant de gros yeux. Vous devez attendre dans la file et venir seulement lorsque je vous l'aurai dit. Et n'oubliez pas d'aller chercher votre bon d'alimentation à la caisse... Nous devons vérifier si vous recevez un chèque d'aide sociale... Ceux qui n'en reçoivent pas doivent rencontrer notre intervenante qui va décider si nous pouvons vous donner... C'est du cas par cas autrement tout le monde viendrait se servir comme si c'était donné! Le gouvernement nous subventionne aussi en fonction de notre clientèle d'assistés sociaux... Donc, vous devez avoir votre billet, absolument! Autrement vous ne pourrez pas avoir de nourriture!!!
Soeur Matamain était, en un mot, désagréable.
Cette vieille vierge flétrie se croyait en pouvoir de rappeler aux pauvres qu'ils lui devaient tout.
-C'est à votre tour! Vous devez avancer madame! Donnez-moi votre billet! Vous avez votre billet? Vous recevez un chèque d'assistance sociale?
-Euh oui...
-Pas plus que trois pains et pas plus que deux desserts... Vous avez droit à deux sacs. Avancez et nos bénévoles vont vous donner des choses... Et puis, avant de quitter, vous devrez me montrer vos sacs. C'est pour nous assurer que vous n'avez pas plus que trois pains et pas plus que deux desserts... Ensuite, et bien je vous remettrai un chapelet et une prière à la Sainte-Vierge... C'est pour vous aider... En priant, on trouve les solutions à tous nos problèmes... Oui....
La pauvre dame, qui semblait d'ailleurs fraîchement sortie de prison avec ses tatouages et ses cheveux verts, fit comme le disait Soeur Matamain. Elle reçut ses deux sacs de victuailles, avec pas plus que trois pains et deux desserts, puis elle montra le contenu à Soeur Matamain qui lui remit un chapelet et une prière à la Sainte-Vierge.
-Merci ma soeur... lui dit la pauvresse.
-C'est ça... Bonne journée... Et au suivant! Vous avez votre billet?
Cette fois c'était un type plutôt louche, peut-être un étudiant ou bien un jeune drogué.
Soeur Matamain était encore plus méfiante que d'habitude. Elle tentait de percer son âme avec son regard frigorifié.
-Vous avez votre billet? Vous recevez de l'aide sociale...
-Oui... Mais j'suis étudiant... J'attends mon prêt et bourse... J'ai rien...
-Vous avez bien rencontré l'intervenante?
-Oui... Je n'avais pas le trois dollars....
J'oubliais de dire que les pauvres doivent débourser trois dollars pour avoir droit à la charité. Ce n'est pas parce que c'est donné que les Artisans du bonheur ne doivent pas rentrer dans leur argent. Qu'est-ce que c'est que trois dollars pour deux sacs avec trois pains et deux desserts? C'est trois fois rien.
Évidemment, ceux qui n'ont pas d'argent pourront tout de même se mettre en file après être passé devant l'intervenante qui les soumettra à une batterie de questions.
-Prenez-vous de la drogue?
-Avez-vous fait de la prison?
-Est-ce que vous vous protégez au cours des relations sexuelles?
L'étudiant avait subi toutes ces questions, évidemment, et c'était au tour de Soeur Matamain de l'humilier pour lui faire regretter de faire la file à la banque alimentaire plutôt que d'aller se servir lui-même dans les conteneurs à déchets.
L'étudiant a obéi à Soeur Matamain, pour les deux sacs, les trois pains et les deux desserts, mais lorsque vint le moment de recevoir son chapelet et sa prière de la Sainte-Vierge, son sang d'ingrat fit trois tours.
-Je ne crois pas à cette bullshit. Dieu n'existe pas.
-Comment? lui répliqua Soeur Matamain tout en ayant l'oeil mauvais.
-Je ne crois pas à ces absurdités. La charité est subventionnée par tout le monde ici, non? Pourquoi devrais-je me farcir des discours religieux et des hosties de chapelets? Je n'ai pas volé une banque sacrament! J'ai seulement faim parce que je n'ai plus rien!
-Monsieur, si vous appreniez à prier vous seriez moins malchanceux!
-M'en calisse de la religion sale! Hostie d'église d'hypocrites pleins de marde! Faut qu'l'église nous fasse sentir qu'elle donne même quand elle n'a rien à voir avec ça!!! Donnez-moé mes hosties de trois pains pis mes deux desserts pis laissez faire vos tabarnaks de discours creux pour petits pauvres écrasés! Donnez-nous de la justice, de la fierté, n'importe quoi calice, et surtout la révolution!
-Monsieur, je vous prie de vous taire... Prenez vos affaires et sortez ou j'appelle la police!
L'étudiant n'alla pas plus loin dans sa harangue. Il sortit, l'air tout aussi outré que penaud, sans oublier de gueuler que les pauvres devraient faire la révolution.
Cela fit sourire un ou deux pauvres et enragé quelques bénévoles.
-On prend la peine de lui donner pis c'est de même qu'il nous remercie! déclara madame Casgrain, une larbine parmi tant d'autres.
Soeur Matamain retrouva sa mauvaise humeur et poursuivit avec le suivant.
-Avez-vous votre billet? Recevez-vous de l'aide sociale?
Soeur Matamain s'appelait Hectorine Lafrange. Soeur Hectorine en fait. On l'appelait Soeur Matamain comme dans Mets-ta-main-dans-mon-cul pour une raison qui m'échappe. Quoi qu'il en soit, tous les pauvres du quartier l'appelaient Soeur Matamain, la vieille vache des Artisans du bonheur qui s'occupe de nourrir les pauvres avec les dons d'aliments périmés reçus à droite comme à gauche.
Soeur Matamain faisait partie du conseil d'administration des Artisans du bonheur et tenait à ce que la charité soit bien ordonnée. Elle dirigeait la distribution de nourriture d'une main de fer. C'était comme si tous les pauvres venaient l'importuner pour lui demander à manger. C'est effectivement ce qu'ils faisaient tous, quêter de la nourriture. Soeur Matamain tenait à ne pas perdre le contrôle de cette foule d'assistés sociaux plus ou moins vulgaires et souvent incapables de se tenir à leur place dans la file d'attente.
-Pas plus d'une personne à la fois! qu'elle leur disait souvent en faisant de gros yeux. Vous devez attendre dans la file et venir seulement lorsque je vous l'aurai dit. Et n'oubliez pas d'aller chercher votre bon d'alimentation à la caisse... Nous devons vérifier si vous recevez un chèque d'aide sociale... Ceux qui n'en reçoivent pas doivent rencontrer notre intervenante qui va décider si nous pouvons vous donner... C'est du cas par cas autrement tout le monde viendrait se servir comme si c'était donné! Le gouvernement nous subventionne aussi en fonction de notre clientèle d'assistés sociaux... Donc, vous devez avoir votre billet, absolument! Autrement vous ne pourrez pas avoir de nourriture!!!
Soeur Matamain était, en un mot, désagréable.
Cette vieille vierge flétrie se croyait en pouvoir de rappeler aux pauvres qu'ils lui devaient tout.
-C'est à votre tour! Vous devez avancer madame! Donnez-moi votre billet! Vous avez votre billet? Vous recevez un chèque d'assistance sociale?
-Euh oui...
-Pas plus que trois pains et pas plus que deux desserts... Vous avez droit à deux sacs. Avancez et nos bénévoles vont vous donner des choses... Et puis, avant de quitter, vous devrez me montrer vos sacs. C'est pour nous assurer que vous n'avez pas plus que trois pains et pas plus que deux desserts... Ensuite, et bien je vous remettrai un chapelet et une prière à la Sainte-Vierge... C'est pour vous aider... En priant, on trouve les solutions à tous nos problèmes... Oui....
La pauvre dame, qui semblait d'ailleurs fraîchement sortie de prison avec ses tatouages et ses cheveux verts, fit comme le disait Soeur Matamain. Elle reçut ses deux sacs de victuailles, avec pas plus que trois pains et deux desserts, puis elle montra le contenu à Soeur Matamain qui lui remit un chapelet et une prière à la Sainte-Vierge.
-Merci ma soeur... lui dit la pauvresse.
-C'est ça... Bonne journée... Et au suivant! Vous avez votre billet?
Cette fois c'était un type plutôt louche, peut-être un étudiant ou bien un jeune drogué.
Soeur Matamain était encore plus méfiante que d'habitude. Elle tentait de percer son âme avec son regard frigorifié.
-Vous avez votre billet? Vous recevez de l'aide sociale...
-Oui... Mais j'suis étudiant... J'attends mon prêt et bourse... J'ai rien...
-Vous avez bien rencontré l'intervenante?
-Oui... Je n'avais pas le trois dollars....
J'oubliais de dire que les pauvres doivent débourser trois dollars pour avoir droit à la charité. Ce n'est pas parce que c'est donné que les Artisans du bonheur ne doivent pas rentrer dans leur argent. Qu'est-ce que c'est que trois dollars pour deux sacs avec trois pains et deux desserts? C'est trois fois rien.
Évidemment, ceux qui n'ont pas d'argent pourront tout de même se mettre en file après être passé devant l'intervenante qui les soumettra à une batterie de questions.
-Prenez-vous de la drogue?
-Avez-vous fait de la prison?
-Est-ce que vous vous protégez au cours des relations sexuelles?
L'étudiant avait subi toutes ces questions, évidemment, et c'était au tour de Soeur Matamain de l'humilier pour lui faire regretter de faire la file à la banque alimentaire plutôt que d'aller se servir lui-même dans les conteneurs à déchets.
L'étudiant a obéi à Soeur Matamain, pour les deux sacs, les trois pains et les deux desserts, mais lorsque vint le moment de recevoir son chapelet et sa prière de la Sainte-Vierge, son sang d'ingrat fit trois tours.
-Je ne crois pas à cette bullshit. Dieu n'existe pas.
-Comment? lui répliqua Soeur Matamain tout en ayant l'oeil mauvais.
-Je ne crois pas à ces absurdités. La charité est subventionnée par tout le monde ici, non? Pourquoi devrais-je me farcir des discours religieux et des hosties de chapelets? Je n'ai pas volé une banque sacrament! J'ai seulement faim parce que je n'ai plus rien!
-Monsieur, si vous appreniez à prier vous seriez moins malchanceux!
-M'en calisse de la religion sale! Hostie d'église d'hypocrites pleins de marde! Faut qu'l'église nous fasse sentir qu'elle donne même quand elle n'a rien à voir avec ça!!! Donnez-moé mes hosties de trois pains pis mes deux desserts pis laissez faire vos tabarnaks de discours creux pour petits pauvres écrasés! Donnez-nous de la justice, de la fierté, n'importe quoi calice, et surtout la révolution!
-Monsieur, je vous prie de vous taire... Prenez vos affaires et sortez ou j'appelle la police!
L'étudiant n'alla pas plus loin dans sa harangue. Il sortit, l'air tout aussi outré que penaud, sans oublier de gueuler que les pauvres devraient faire la révolution.
Cela fit sourire un ou deux pauvres et enragé quelques bénévoles.
-On prend la peine de lui donner pis c'est de même qu'il nous remercie! déclara madame Casgrain, une larbine parmi tant d'autres.
Soeur Matamain retrouva sa mauvaise humeur et poursuivit avec le suivant.
-Avez-vous votre billet? Recevez-vous de l'aide sociale?
vendredi 4 décembre 2015
Donnons une chance à la paix
J'ai marché longtemps ce matin pour me nettoyer l'esprit. Il y a tant de nouvelles qui circulent à droite et à gauche que mes capacités d'absorption et d'analyse en souffrent largement. Mon meilleur filtre, pour comprendre ce sale monde dans lequel j'évolue, c'est encore mon coeur. Accorder raison aux haineux, qu'ils soient pour ou contre mes idées, c'est abdiquer quelque chose comme la souveraineté de mon âme. Je ne suis ni naïf, ni une bête qui bêle avec le troupeau. Je suis simplement un type qui ne reçoit pas de bombes sur la gueule et qui apprend que son pays sert, entre autres, à tuer des pauvres gens qui n'ont rien fait sous prétexte de combattre des mercenaires achetés par les mêmes qui nous imposent des politiques d'austérité.
Je veux bien combattre les mercenaires, les terroristes et, bien sûr, leurs commanditaires. Je comprends que ce combat ne peut pas être mené avec ceux qui prétendent nous soutenir tout en nous tirant dans le dos...
Le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes fait partie de la charte de l'Organisation des Nations-Unies. C'est un droit qui, comme tous les autres, justifie tout et son contraire.
Dans les faits, on ne veut pas que les peuples contrôlent leur économie, leurs ressources naturelles et leur destinée. On les veut soumis, dépossédés, à la merci des oligarques internationaux qui n'ont rien à foutre des patries, des cultures et de l'universalité des programmes sociaux.
La guerre qu'on veut nous voir mener se fait en premier lieu contre nous-mêmes. Ce n'est pas l'État islamique, Saddam Hussein ou le Docteur Terreur qu'on veut éradiquer, mais bel et bien la souveraineté des peuples et le contrôle qu'ils pourraient exercer sur leurs ressources naturelles pour se financer des soins de santé et une éducation dignes de ce nom. Ici comme ailleurs, on veut asservir l'humanité à une poignée de familles riches à l'os.
Dans ce contexte, je ne peux que me rendre aux arguments des pacifistes. Ils me semblent bien moins naïfs qu'on souhaite nous le faire croire. Justifier le bombardement de populations civiles au nom d'une guerre absurde dont tous les adversaires sont financés par les mêmes fripouilles, cela relève de la schizophrénie collective.
Ce n'est pas le drapeau blanc que l'on me verra agiter. Je n'agiterai aucun drapeau. Je ne veux seulement pas sombrer dans le fanatisme et la démagogie peu subtile des pantins du capitalisme sauvage.
Que doit-on faire contre les extrémistes et les fanatiques? Les empêcher d'agir, bien sûr, tout comme on doit combattre ce qui nourrit les solutions armées: la violence du capitalisme sauvage.
Une société injuste produira des terroristes qui trouveront leur propre justification dans cette atmosphère de fraude et de corruption où nous baignons tout en nous croyant les "plus meilleurs pays au monde".
Au lieu de nous entretuer pour rien, apprenons à vivre ensemble, ici et maintenant.
Apprenons à être plus juste et plus généreux envers notre prochain.
Apprenons la solidarité, la vraie, celle qui refuse la mort d'innocentes victimes pour enrichir les fabricants d'armes et donner de nouveaux territoires aux corporations.
Le capitalisme est à la racine du mal que nous vivons tous sur cette pauvre et misérable Terre.
C'est lui que nous devons combattre pour que nos frères et soeurs humains puissent enfin vivre en paix dans leur coin de pays.
Pour être bref: donnons une chance à la paix.
Sans quoi, ce n'est pas qu'en Syrie que ce sera invivable. Mais ici même, à l'intérieur de nos frontières. On aura ce bel État fasciste dont rêvent les crapules et on pourra acheter, ici comme ailleurs, nos ressources naturelles pour une bouchée de pain.
jeudi 3 décembre 2015
Discussion avec mon bon ami musulman
Audi alteram partem.
Ce n’est pas qu’une locution latine tirée des pages roses du dictionnaire. C’est
aussi un principe de justice : écoute ce que dit l’autre partie. Avant que
de balancer sans raison des bombes sur des civils qui n’ont rien à voir avec qui
ou quoi ce soit, on ferait bien de souffler un peu et d’analyser un tant soit
peu la situation, voire les discours.
C’est ce que j’ai fait ce matin en discutant avec mon bon
ami musulman qui ne sera probablement jamais interviewé par un journaliste. On
lui préfère, de loin, tel ou tel connard pétri de préceptes divins où l’humanisme
joue pour si peu qu’on tient là l’interlocuteur rêvé pour balancer des bombes
sur n’importe qui, n’importe quoi et n’importe comment. C’est comme si on
invitait un Béret blanc à livrer sa vision de la chrétienté…
Ce bon ami musulman n’a pas choisi d’être musulman. Il est
né comme ça. Comme je suis né catholique. J’aime bien rappeler que je ne le
suis plus, mais je demeure sans doute un chrétien aux yeux de bien des gens qui
ne connaissent rien à mon pays. Si je dis que je suis un animiste aborigène athée,
personne n’y comprendra rien. Aussi, je préfère me taire à ce sujet. Et
écouter, autant que faire se peut, l’autre partie…
Cet ami musulman, appelons-le Ahmed, fréquente la mosquée
pour les mariages, les funérailles et autres moments plus ou moins familiaux.
Il n’est ni fanatique, ni terroriste, ni malhonnête. C’est un gars poli,
avenant et humain, du moins pour ce que je connais de lui.
Il est arrivé ici autour de 1990 avec sa femme et ses
enfants. Il avait pour toute fortune trois ou quatre sacs en plastique. C’était
un réfugié d’une quelconque guerre qu’il n’a pas voulu commettre et encore
moins subir.
-Calice tabarnak! qu’il me disait avec son accent slave. J’avais
trois, quatre sacs de plastique… Rien de rien…
Et moi travailler dur quand arrivé ici! Très dur! Prendre travail n’importe quoi.
Soixante-dix heures semaine. Petit salaire. Travail très dur et jamais me
plaindre. Parce qu’ici pas guerre. Ici la paix. Mais là, faut pas devenir fou
avec calice de guerre… Les Syriens fuient guerre sale… Pourquoi guerre? Pour l’argent calice
tabarnak! On dit que c’est contre dictature… Ils s’en calissent de dictature…
Arabie Saoudite : c’est vraie dictature… Et que faire eux? Rien!!! Parce
que c’est bonne dictature… Mais dictature qui empêche les grosses compagnies de
faire du fric? Pas bonne dictature! Qui finance État islamique? Tout le monde
qui veut faire fric… C’est pas Islam, eux, c’est mercenaires pour le fric…
Et qui meurent? Des civils qui n’ont rien fait… Encore des civils… Mercenaires
meurent pas… Soldats meurent pas… Civils oui. Guerre est saleté je te dis!
J’étais d’accord avec lui, bien entendu. Je me rends bien
compte que les réfugiés syriens ne sont pas les bienvenus en Arabie Saoudite
parce qu’ils sont trop laïcs. Les femmes y portent rarement le voile et les
hommes n’y sont pas trop barbus. Ce serait mauvais pour l’Arabie Saoudite d’avoir
à les mettre au pas. C’est donc le signe qu’ils ne sont pas les fous fanatiques
qu’on tente de nous présenter, mais tout simplement des victimes d’une sale
guerre entretenue par les corporations internationales pour mettre la main sur
de nouveaux territoires et de nouvelles ressources naturelles.
Les peuples comme les idéologies servent de levier pour soulever
le monde contre lui-même. Les corporations profitent du chaos qu’ils ont
eux-mêmes financé afin de s’affirmer comme les vrais maîtres du jeu. Le pouvoir
et l’opposition sont financés par les mêmes sources. Que nous misions sur le
pion noir ou sur le pion blanc, nous serons soudés à notre nature de pion.
-Difficile pour gens de se faire une juste idée… Les médias
disent n’importe quoi…
-Tu as raison Ahmed… Mais les gens ont de plus en plus accès
à diverses sources d’information… Ce qui n’était pas le cas il y a vingt ans…
Les médias corporatistes en arrachent… Les quotidiens ferment l’un après l’autre… Des nouvelles alternatives circulent via l’Internet…
Ils n’ont plus la partie aussi facile ces salopards mafieux! La plupart des
gens que je connais ne croient plus aux mensonges des médias dits traditionnels…
Ils haussent les épaules en disant : « Qu’est-ce que tu veux qu’on
fasse ? » Ça ne veut pas dire qu’ils croient à toutes ces conneries…
L’aveu d’impuissance n’est pas un aveu de soumission… C’est la preuve que
personne ne va soutenir ce système lorsqu’il va s’écrouler. Ce système est déjà
en ruines dans la tête de bien des gens…
Tout le monde sait qu’on se fait crosser. C’est ça qui m’encourage…
-Oui… Toi peut-être raison… Encore bon monde… Oui… Comme vieille dame de Trois-Rivières qui tricote des tuques pour les réfugiés et qui dit moi ce
que je sais c’est qu’ils vont avoir froid et mon cœur me dit qu’il faut les
aider… Vieille femme très bonne… Plus humaine que animateurs radio et autres
trous du cul…. Pourquoi tuer civils, hein? Pourquoi faire souffrir gens? Y’a plus
de musulmans qui meurent dans attentats que n’importe qui… En France, à Paris,
des musulmans sont morts aussi pendant attentats… C’est misère tout ça…
Avant de se quitter, Ahmed m’a dit que les politiciens
devraient envoyer leurs propres enfants se faire tuer au lieu d’envoyer au
front des pauvrichons de Trois-Rivières, Saguenay ou Toronto.
Nous nous sommes quittés dans un esprit de fraternité.
La discussion n’est pas encore terminée.
Elle se poursuivra au cours des prochains jours.
Tout ce que je sais, c’est que je refuse dorénavant que mon
pays se fasse la courroie de transmission d’intérêts financiers
occultes maquillés en devoir pseudo-patriotique. Ce qui menace notre peuple, comme tous les
peuples du monde, ce sont ces banquiers sans scrupules qui veulent mettre main
basse sur notre économie, sur leur économie, sur l’économie du monde entier. Et
ils se foutent bien de tuer qui que ce soit. Tous les peuples du monde doivent
se mette à genoux pour ces pourris sales.
Les banquiers sont en guerre contre tous les peuples. Et ça inclut le nôtre.
Quand nous aurons compris ça, eh bien nous saurons pourquoi la Terre ne tourne pas rond.
mercredi 2 décembre 2015
De la philosophie en tant que bouclier
Les sages de nos antiquités grecques et romaines, de même que les sages de toutes les époques, ont cherché un moyen de nous préserver de la souffrance.
Pour Bouddha, la solution résidait dans le fait qu'il vivait sa dernière vie. La souffrance était représentée par le cycle des naissances et des réincarnations propres à la tradition hindouiste. Qu'est-ce qui cause la souffrance? La naissance, puis la renaissance... Bouddha ne se réincarnerait plus. Il quitterait à jamais toute forme de vie. Du coup, il se sentit illuminé et rempli de sagesse.
-Si la vie te fait si mal que ça, lui disait Mara l'esprit du Mal, pourquoi ne meurs-tu pas tout de suite?
-Je ne meurs pas tout de suite parce que je suis un pont entre ce monde de souffrance et la dissolution dans le néant, disait substantiellement Bouddha. Je suis ici pour aider ceux qui sont prisonniers du cycle des naissances et renaissances...
-Ah bon.. Puisque tu le dis, devait sans doute lui répéter Mara. Et ce rien-là, ça ressemble à quoi?
-... lui répliqua Bouddha, les yeux mi-clos.
***
Épictète était l'esclave d'Épaphrodite, un esclave affranchi de l'empereur Néron qui le traitait comme de la merde. Épaphrodite lui a pété la jambe pour lui signifier qu'il était son maître et pouvait disposer de lui comme il l'entendait. Fort heureusement pour Épictète, il devint lui-même affranchi à la mort de son maître pour une raison qui nous échappe encore.
Sa philosophie, que d'aucuns pourraient considérer comme de la résignation, est une manière de résister à l'insupportable.
Elle prône le lâcher-prise. Ce que nous ne pouvons pas contrôler ne doit pas nous affecter. Peut-on contrôler la pluie, l'orage, l'esclavage? On peut toujours s'opposer à l'esclavage, mais au moment où notre maître nous pète la jambe, il vaut mieux le regarder froidement dans les yeux en se disant qu'il ne contrôlera jamais notre esprit, dusse-t-il nous découper en rondelles.
***
Chez les Haudenosaunees, pour ne nommer que ceux-là, on torturait les prisonniers pour tester leur résistance. Ceux qui pleuraient étaient tout de suite exécutés. Ceux qui résistaient avaient une chance de survivre à la torture et même d'être adoptés par la tribu.
-En toutes circonstances, apprenait l'aborigène de l'Île de la Tortue, sois toujours prêt à entonner ton chant de la mort.
On te coupe un doigt? Démontre-leur que tu ne ressens rien.
On t'arrache les yeux, la langue, alouette? Sois stoïque et fort.
***
Épicure, un autre stoïcien, représentait l'idée du lâcher-prise avec une allégorie.
Phalaris, tyran d'Agrigente en Sicile, faisait usage d'un taureau d'airain pour supplicier les condamnés. On enfermait le condamné dans ce taureau de métal et on le faisait chauffer à blanc jusqu'à ce que le condamné y meure dans d'atroces souffrances.
Épicure disait que la philosophie devait servir à résister à toute forme de souffrance, y compris celle de mourir brûlé vif dans le taureau de Phalaris.
Si l'on condamnait un sage à y mourir, celui-ci devrait dire: "que cet endroit est chaud! qu'il est confortable..." pendant qu'il passerait au supplice.
L'amour de la sagesse, pour les stoïciens comme pour les bouddhistes et les autochtones, passe invariablement par l'absence de douleur, c'est-à-dire ce que les Grecs nommaient l'ataraxie.
Et on atteint cette ataraxie par des moyens purement intellectuels, par la force de notre esprit. Voilà.
***
Le plus grand drame de notre époque est sans aucun doute cette perversité de l'âme qui fait en sorte que les enfants soient soumis au culte du pleurnichage et de la médiocrité.
On ne doit pas avoir honte de pleurer.
On ne doit pas avoir honte d'être une mauviette.
On doit se sentir fort d'être faiblard, braillard et débordant d'émotions.
Avoir de la colonne vertébrale passe pour un sentiment vieux jeu.
Être une force de la nature est vue d'un mauvais oeil par cette société de mollassons menacés de disparaître au premier coup de vent.
Quelle justice doit-on espérer de gens qui sont incapables de se défendre?
Quelle solidarité pouvons-nous espérer de ceux qui craignent leur ombre?
Diogène balancerait sa lanterne au bout de ses bras s'il revenait en notre monde. Il ne se donnerait même pas la peine d'y chercher un homme ou une femme digne de ce nom. Il s'en irait se réfugier dans la forêt avec quelques Iyéyous solitaires qui vivent encore de la chasse, de la pêche et de la trappe.
***
Un de mes professeurs de philosophie, un stupide théoricien gagné à la cause de la philosophie du langage, avait coutume de commencer ses cours par une démonstration.
Il écrivait sur le tableau noir le mot philosophie puis y traçait deux traits. Un trait qui conduisait à mode de vie et un autre qui menait à système de pensée. Il rayait l'expression mode de vie pour ensuite nous dire qu'il allait uniquement se consacrer à la philosophie en tant que système de pensée. Ensuite, il se rendait aux toilettes pour renifler sa dose de cocaïne...
Il va sans dire que je me rebellais contre cette façon de voir.
J'étais un indécrottable klimovien, c'est-à-dire un chaud partisan de mon professeur Alexis Klimov pour qui la philosophie était essentiellement ce qu'elle devait être: l'amour de la sagesse, la quête de la connaissance, le Grand Art...
***
J'aurais pu devenir professeur de philosophie si j'avais été moins philosophe et plus priseur de cocaïne.
Je ne me voyais pas enseigner des syllogismes stupides, des idéologies déconnectées de la vie et des théories creuses sur le matérialisme dialectique...
J'ai compris, un peu tard, que la philosophie m'attendait ailleurs qu'à l'université. Elle serait toujours là pour m'accompagner dans mes lectures, mes voyages, mes amitiés et mes inimitiés.
Quand tout va bien, je me dis que tout va bien.
Et quand tout va mal, je me répète encore que tout va bien.
Je ne dis pas ça par déni de la réalité.
Je me sers de la philosophie pour survivre à l'insupportable.
Tant que la philosophie me console, je résiste à tout.
On peut me découper en rondelles, me brûler vif, me détruire: tout va bien.
Je serai toujours prêt à entonner mon chant de la mort.
Du moins, je le souhaite.
J'espère de la philosophie qu'elle me préserve de toute forme de ressentiment, de colère et de souffrance.
J'espère de la philosophie qu'elle soit mon bouclier.
Pour Bouddha, la solution résidait dans le fait qu'il vivait sa dernière vie. La souffrance était représentée par le cycle des naissances et des réincarnations propres à la tradition hindouiste. Qu'est-ce qui cause la souffrance? La naissance, puis la renaissance... Bouddha ne se réincarnerait plus. Il quitterait à jamais toute forme de vie. Du coup, il se sentit illuminé et rempli de sagesse.
-Si la vie te fait si mal que ça, lui disait Mara l'esprit du Mal, pourquoi ne meurs-tu pas tout de suite?
-Je ne meurs pas tout de suite parce que je suis un pont entre ce monde de souffrance et la dissolution dans le néant, disait substantiellement Bouddha. Je suis ici pour aider ceux qui sont prisonniers du cycle des naissances et renaissances...
-Ah bon.. Puisque tu le dis, devait sans doute lui répéter Mara. Et ce rien-là, ça ressemble à quoi?
-... lui répliqua Bouddha, les yeux mi-clos.
***
Épictète était l'esclave d'Épaphrodite, un esclave affranchi de l'empereur Néron qui le traitait comme de la merde. Épaphrodite lui a pété la jambe pour lui signifier qu'il était son maître et pouvait disposer de lui comme il l'entendait. Fort heureusement pour Épictète, il devint lui-même affranchi à la mort de son maître pour une raison qui nous échappe encore.
Sa philosophie, que d'aucuns pourraient considérer comme de la résignation, est une manière de résister à l'insupportable.
Elle prône le lâcher-prise. Ce que nous ne pouvons pas contrôler ne doit pas nous affecter. Peut-on contrôler la pluie, l'orage, l'esclavage? On peut toujours s'opposer à l'esclavage, mais au moment où notre maître nous pète la jambe, il vaut mieux le regarder froidement dans les yeux en se disant qu'il ne contrôlera jamais notre esprit, dusse-t-il nous découper en rondelles.
***
Chez les Haudenosaunees, pour ne nommer que ceux-là, on torturait les prisonniers pour tester leur résistance. Ceux qui pleuraient étaient tout de suite exécutés. Ceux qui résistaient avaient une chance de survivre à la torture et même d'être adoptés par la tribu.
-En toutes circonstances, apprenait l'aborigène de l'Île de la Tortue, sois toujours prêt à entonner ton chant de la mort.
On te coupe un doigt? Démontre-leur que tu ne ressens rien.
On t'arrache les yeux, la langue, alouette? Sois stoïque et fort.
***
Épicure, un autre stoïcien, représentait l'idée du lâcher-prise avec une allégorie.
Phalaris, tyran d'Agrigente en Sicile, faisait usage d'un taureau d'airain pour supplicier les condamnés. On enfermait le condamné dans ce taureau de métal et on le faisait chauffer à blanc jusqu'à ce que le condamné y meure dans d'atroces souffrances.
Épicure disait que la philosophie devait servir à résister à toute forme de souffrance, y compris celle de mourir brûlé vif dans le taureau de Phalaris.
Si l'on condamnait un sage à y mourir, celui-ci devrait dire: "que cet endroit est chaud! qu'il est confortable..." pendant qu'il passerait au supplice.
L'amour de la sagesse, pour les stoïciens comme pour les bouddhistes et les autochtones, passe invariablement par l'absence de douleur, c'est-à-dire ce que les Grecs nommaient l'ataraxie.
Et on atteint cette ataraxie par des moyens purement intellectuels, par la force de notre esprit. Voilà.
***
Le plus grand drame de notre époque est sans aucun doute cette perversité de l'âme qui fait en sorte que les enfants soient soumis au culte du pleurnichage et de la médiocrité.
On ne doit pas avoir honte de pleurer.
On ne doit pas avoir honte d'être une mauviette.
On doit se sentir fort d'être faiblard, braillard et débordant d'émotions.
Avoir de la colonne vertébrale passe pour un sentiment vieux jeu.
Être une force de la nature est vue d'un mauvais oeil par cette société de mollassons menacés de disparaître au premier coup de vent.
Quelle justice doit-on espérer de gens qui sont incapables de se défendre?
Quelle solidarité pouvons-nous espérer de ceux qui craignent leur ombre?
Diogène balancerait sa lanterne au bout de ses bras s'il revenait en notre monde. Il ne se donnerait même pas la peine d'y chercher un homme ou une femme digne de ce nom. Il s'en irait se réfugier dans la forêt avec quelques Iyéyous solitaires qui vivent encore de la chasse, de la pêche et de la trappe.
***
Un de mes professeurs de philosophie, un stupide théoricien gagné à la cause de la philosophie du langage, avait coutume de commencer ses cours par une démonstration.
Il écrivait sur le tableau noir le mot philosophie puis y traçait deux traits. Un trait qui conduisait à mode de vie et un autre qui menait à système de pensée. Il rayait l'expression mode de vie pour ensuite nous dire qu'il allait uniquement se consacrer à la philosophie en tant que système de pensée. Ensuite, il se rendait aux toilettes pour renifler sa dose de cocaïne...
Il va sans dire que je me rebellais contre cette façon de voir.
J'étais un indécrottable klimovien, c'est-à-dire un chaud partisan de mon professeur Alexis Klimov pour qui la philosophie était essentiellement ce qu'elle devait être: l'amour de la sagesse, la quête de la connaissance, le Grand Art...
***
J'aurais pu devenir professeur de philosophie si j'avais été moins philosophe et plus priseur de cocaïne.
Je ne me voyais pas enseigner des syllogismes stupides, des idéologies déconnectées de la vie et des théories creuses sur le matérialisme dialectique...
J'ai compris, un peu tard, que la philosophie m'attendait ailleurs qu'à l'université. Elle serait toujours là pour m'accompagner dans mes lectures, mes voyages, mes amitiés et mes inimitiés.
Quand tout va bien, je me dis que tout va bien.
Et quand tout va mal, je me répète encore que tout va bien.
Je ne dis pas ça par déni de la réalité.
Je me sers de la philosophie pour survivre à l'insupportable.
Tant que la philosophie me console, je résiste à tout.
On peut me découper en rondelles, me brûler vif, me détruire: tout va bien.
Je serai toujours prêt à entonner mon chant de la mort.
Du moins, je le souhaite.
J'espère de la philosophie qu'elle me préserve de toute forme de ressentiment, de colère et de souffrance.
J'espère de la philosophie qu'elle soit mon bouclier.
mardi 1 décembre 2015
Textes et images
| Le désordre créatif de mon atelier,,, |
***
Mes pinceaux s'agitent dans mon atelier. J'ai constaté que les thèmes qui sont les plus prisés par mes gentils collectionneurs sont les scènes urbaines remplies de personnages, les patinoires extérieures et les cordes à linge...
Molière souhaitait qu'on le reconnaisse pour ses tragédies que l'on ne joue jamais. Ses comédies, des produits purement alimentaires selon son avis, lui ont survécu tant et si bien qu'ils font maintenant partie du patrimoine culturel de l'humanité.
Voltaire était convaincu d'être le plus grand homme de théâtre de son temps. Ses pièces sont à peu près injouables et n'intéressent plus personne. Ses lettres et ses écrits alimentaires lui ont survécu...
J'en conclus que l'on est de mauvais juges de ce que l'on fait. Et je laisse à la postérité le soin de décider ce que j'aurai fait de mieux. Je ne prétends pas accoter Molière ou Voltaire. Ni m'en dissocier totalement...
Enfin! Je fais ce que je peux avec les moyens qui m'ont été donnés par Dieu sait quoi.
Pour donner un peu plus de densité à mes propos débordants de fatuité, je vous quitte sur une autre oeuvre en chantier: des personnages sous la pluie. Il manque encore quelques détails, dont la pluie. Cela viendra.
Oui, cela viendra...
| Ébauche: personnages sous la pluie quelque part sur la rue Royale à Trois-Rivières |
lundi 30 novembre 2015
Dieu se déguise en trou du cul
Dans toutes les traditions antiques, Dieu ou le Roi prend les apparences d'un misérable pour tester le degré d'humanité de ses sujets.
Zeus, Deus ou Dieu se déguise en vagabond malpropre pour voir comment les hommes se traitent entre eux.
Ulysse, de retour à Ithaque, arrive nu. sale et hirsute sur la plage et se fait passer pour un étranger dans son propre royaume.
Dans La légende de Julien l'hospitalier, de Gustave Flaubert, c'est Jésus qui se déguise en lépreux pour tester la charité de Julien.
Vous comprendrez que je me méfie toujours des mendiants et des vagabonds. Je ne sais jamais quelle déité se cache derrière ces personnages.
-Moé j'leu' donne rien! Qu'i' z'aillent travailler comme tout le monde! me disent les honnêtes gens sans savoir que ça en dit plus long sur eux-mêmes que sur ces pauvrichons qui tendent la main pour recevoir une obole.
Je ne devrais pas vous dire ça, parce que ça peut avoir pour effet d'amoindrir mon geste. Je donne aux mendiants, en effet. Je cours presque après eux pour leur remettre ma menue monnaie. Je le fais comme s'ils étaient sur ma route pour tester ma grandeur d'âme et mon détachement des considérations bassement matérielles.
Je n'ai pas toujours les moyens de ma charité, mais je ne me vois pas faire partie des honnêtes gens, si égoïstes, si rationnels et si froids envers leur prochain.
Étrangement, je me suis toujours bien senti parmi les éclopés, les malfrats, les borgnes et les vagabonds. Leurs défauts me semblent bénins lorsque je les compare à ceux des honnêtes gens qui dénoncent les voleurs de pommes et accusent les races de commettre toutes sortes d'infamies. Ce sont les mêmes que l'on voie ensuite à l'église ou bien au Parti libéral pour déclarer qu'ils sont si bons, si généreux, si nobles, si charitables... Tout ce qu'ils donnent n'est jamais donné de bon coeur. Ce sont des dons qui leur sont utiles. Des dons institutionnalisés. Des dons transformés en crédits d'impôt ou bien en visibilité sociale.
J'aime ceux qui n'ont que deux chemises sales et trouées qu'ils sont prêts à donner à celui qui n'en porte pas.
J'aime ceux qui n'ont presque rien dans le frigo et qui invitent tous les éclopés du quartier à partager un repas communautaire.
J'aime ceux que l'on appelle les trous du cul, qui sont souvent bien moins trous du cul que tous ces faux-culs qui sentent l'eau de Cologne pour mieux camoufler les odeurs d'excréments qui leur sortent du coeur.
Les médias préparent leur guignolée en ce moment. On va voir tout plein d'animateurs de radio, de bourgeois de la télé et de vicaires des journaux brandir leur petite boîte de tôle pour recueillir des dons pour les paniers de Noël. Les mendiants, ces jours-là, perdent d'énormes revenus. Les représentants des médias leur enlèvent leur obole sous le nez puisqu'ils partagent les mêmes espaces, la même rue, pour siphonner les gens.
Untel qui ne donnerait jamais un dollar à un vagabond en donnera cinq à Joséphine, la Miss Météo du Canal W.
-Au moins c'est organisé... On sait que l'argent qu'on donne ne s'en ira pas à la SAQ pour un maudit ivrogne!
Et moi, con comme je le suis, je préfère encore de loin donner à cet ivrogne... même si j'aurai aussi cette faiblesse de donner mon écu à Miss Météo pour sa foutue guignolée.
Les pauvres, comme disait mon mentor Michel Chartrand, ça ne mange pas qu'à Noël tabarnak! Ça mange à tous les jours, toute l'année.
Une fois par année, à Noël, on tient à nous rappeler qu'il était une fois un homme juste mort comme un larron cloué sur une croix parce qu'il renversait les tables des marchands du temple et fouettait les capitalistes.
Une fois par année, les honnêtes gens vont feindre la bonté et la charité.
Pourtant, si Dieu existe, il se déguise encore en mendiant, en cul-terreux ou bien en salopard pour voir comment son troupeau se comporte.
Pour voir si l'homme est encore un loup pour l'homme.
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