lundi 13 mars 2017

Mon peuple pue de l'âme

La communauté humaine trouve sa raison d'être dans la solidarité. Pourtant, il s'en trouve plus d'un en cette triste époque pour travailler à la détruire en ayant recours à l'avidité, au chacun-pour-soi, à l'indifférence et j'en passe.

Je ne devrais pas m'étonner d'assister à la décadence des valeurs humaines parmi bon nombre de mes compatriotes humains. Je devrais même trouver ça normal. N'est-ce pas devenu la norme que de parler à tout un chacun comme s'il nous dérangeait pendant qu'on écrit des textos?

Beaucoup de gens autour de moi semblent encore entretenir de la peur envers les immigrés. Quant à moi, je vous avouerai bien honnêtement ressentir plus de peur envers ceux qui pourraient passer pour mes semblables. Je les sens aigris, grossiers, bourrés de ressentiment et incapables de témoigner des égards les uns envers les autres. Ça vous écraserait sans sourciller si vous vous trouviez sur leur chemin. Ça vous fait ressentir que vous les dérangez, partout, de l'épicerie jusqu'à l'hôpital. Ça se comporte comme des rustres et ça s'étonne qu'on ne les traite pas comme des dieux.

-Qu'est-cé qu'i' veulent encore les tabarnaks? I' voyent pas qu'i' m'dérangent? Hors de ma vue! Crissez vot' camp! Laissez-moi dans mon néant!

Mon peuple, voyez-vous, s'enfonce dans la brutalité. Il voue un culte à l'imbécillité. Il adore ceux qui réussissent en écrasant tout le monde.

On n'a plus affaire à des adultes, mais à des enfants qui jouissent d'arracher les ailes des mouches. 

Plus on se montre infâme plus on a l'air cool.

Toute expression de sensibilité est malvenue. Surtout si elle n'a rien à voir avec l'ego de l'interlocuteur. Famines, misères humaines et guerres civiles ne les feront même pas sourciller. Mais si vous les prenez en pitié après qu'ils se soient cassés un ongle, ils vous accorderont un peu d'attention. Le temps nécessaire pour que vous vous intéressiez à la personne la plus importante au monde: soi-même...

Étrangement, je perçois les immigrés d'un tout autre oeil. Il me semble souvent affables, accueillants, pour ne pas dire authentiques, empathiques, sympathiques.

-Je vous en prie monsieur... Tout le plaisir est pour moi... Que puis-je faire pour vous?... Après vous... 

Ces accents étrangers débordants de générosité viennent me troubler. Ils me font croire que le monde n'est pas foutu. Ce n'est que mon monde qui ne va nulle part. Pas le monde entier... 

Je n'entends presque plus sortir de formules bienveillantes de la bouche de mes compatriotes qui croient à tort que tout leur est dû. Conséquemment, je ferais rentrer 300 000 immigrés de plus par année pour élever notre niveau de politesse et notre sens des civilités. Au bout de dix années, on aurait régénéré ce peuple qui n'en finissait plus de se décomposer en maugréant.

Non, je n'en peux plus de voir les miens se comporter comme des tas de marde.

Je n'en peux plus de les voir se conforter dans l'indélicatesse, l'impolitesse et la grossièreté.

Ils n'ont plus de coeur, les miens, et ils ont besoin d'un électrochoc.

Ce n'est pas moi qui vais les flatter dans le sens du poil.

J'aime trop mon pays pour l'abandonner aux brutes.

J'aime trop l'humanité pour sacrifier la solidarité.

Aucune communauté n'est viable sans le civisme et l'esprit de coopération.

Peut-être que ma communauté est morte depuis longtemps.

Elle sent déjà la charogne...

Elle pue de l'âme.