jeudi 23 mars 2017

Bloguer jusqu'à la fin des temps...

Votre humble serviteur en train de bloguer...
Cela fera dix ans le 9 avril prochain que je blogue assidûment. Les années sont passées et mon blogue est devenu comme une drogue. J'y déverse jour après jour mes créations littéraires, mes dessins, mes airs d'harmonica et bien plus encore. Je pousse même l'outrecuidance à y poster des points de vue. Bref, je m'amuse comme un fou.

Beaucoup de blogs sont tombés au fil des ans. Tellement que je ne les compte plus. Chez certains l'enthousiasme du début à céder la place à la désillusion. Mais pas pour moi. J'imagine que j'avais quelque motivation supérieure. Ou bien un trop-plein de trucs à dévoiler à de parfaits inconnus.

J'ai commencé à bloguer parce que je souffrais d'être condamné au silence. J'avais eu le privilège de m'exprimer largement du temps où j'étais animateur de radio puis rédacteur en chef d'un journal de rue. Ce privilège m'a été retiré parce que je n'en faisais qu'à ma tête. Qu'à cette tête que je ne souhaitais aucunement dévisser pour ne servir que de transmetteur à des conneries institutionnalisées.

J'ai traversé un long désert dans la plus amère des solitudes. J'ai eu l'impression que mon temps était fini. On me disait encore que j'avais une belle plume, que j'étais un artiste, mais à quoi bon tout ça si je ne trouvais pas un espace de diffusion?

J'ai trouvé cet espace sur Blogger, une application fournie gratuitement par Google.

J'ai commencé par écrire des points de vue puis, graduellement, en m'inspirant du Journal d'un écrivain de Dostoïevski, j'ai cru bon d'alterner entre la création littéraire et la rédaction de textes d'intérêt presque public. J'ai bientôt ajouter des reproductions de mes toiles, des airs d'harmonica occasionnels et même des bandes dessinées. Les seules limites devenaient celles que je m'imposais à moi-même.

À tous les jours, depuis dix ans, je me mets au travail devant mon clavier. Tout part souvent d'un mot ou d'une vague impression. Puis tout se construit autour d'une idée d'abord indicible. Je ne réfléchis pas avant d'écrire. Je laisse mes doigts couler sur le clavier pour trouver des réponses à des questions que je ne me posais même pas. Je trouve le thème fortuitement.

Qu'est-ce qui a fait mourir tant de blogs? Je n'en sais rien. Peut-être l'opportunisme. Les opportunités se font rares, voyez-vous. On ne blogue pas pour les autres, mais d'abord pour soi-même. C'est du moins mon leitmotiv.

Quand je blogue je n'espère rien en retour. Pour paraphraser la poétesse Emily Dickinson, je ne mets pas aux enchères mon esprit humain. Je blogue comme je dessine, comme je joue de l'harmonica ou de la guitare, parce que je ne saurais vivre sans l'art. Tant mieux si ça plaît. Tant pis si ça déplaît.

Bloguer en Russie ou bien en Arabie Saoudite a sans doute une toute autre connotation. Il me semble, à tort ou à raison, que je ne risque rien à bloguer ici. Je ne dirais pas que ce sera toujours le cas. On trouvera amplement de quoi me faire pendre dans les millions de mots que j'ai téléchargés sur mon blog au fil des ans. Peut-être que je devrai payer un jour cette soi-disant rançon de la gloire...

Mark Twain laissait toujours ses textes d'opinions sur sa cheminée pendant une semaine pour s'assurer qu'il n'allait pas publier sous le coup d'une émotion incontrôlée qui lui ferait du tort.

Je n'ai pas cette patience. Je publie tout en un clic, beau temps mauvais temps, au risque de déplaire et d'offusquer tout un chacun. Si je ne me permettais pas cette liberté, bloguer ne voudrait rien dire pour moi.

Doit-on monétiser son blog? Je n'en sais rien. Le trafic a notablement augmenté sur mon blogue au cours de la dernière année. Je suis passé à plus de deux milles visites par jour. J'en avais à peine deux cents par mois au cours de ma première année de blogueur. Je me suis créé un lectorat plutôt fidèle au fil des années. J'ai aussi profité de ma collaboration hebdomadaire avec le Hufftington Post Québec pour accroître mon lectorat.

Cette forme subite de popularité me rappelle que je me dois de l'ignorer pour ne pas devenir l'un de ces gérants d'estrade qui consultent ses statistiques plutôt que de partager quelque chose qui survivra à l'épreuve du temps et des buzz de l'Internet.

Quels sont les blogs que j'aime? Je ne vous les nommerai pas pour ne pas indisposer ceux que j'ignorerais. Je vous confierai néanmoins que j'aime les blogs où l'auteur livre une vision personnelle dans un enrobage littéraire de qualité. Les blogs du genre l'art de vivre ou les dix-façons-de m'indiffèrent tout à fait. J'aime les voix indépendantes et suis particulièrement sensible à la belle écriture. J'ai ce préjugé de penser qu'une personne qui écrit bien pense mieux.

Je crois aussi, bien humblement, que le je est un piège. J'emploie la première personne du singulier du temps à autre, mais je suis le premier à m'en lasser. Mes accès de narcissisme doivent être constamment jugulés pour ne pas tourner en rond dans mon pitoyable et minuscule moi.

Les blogueurs qui ne parlent que d'eux-mêmes finissent par me perdre.

Je n'ai pas toujours l'envie de les regarder se contempler dans le miroir.

Parlez-moi plutôt des astres, des désastres, des humains et des arts!

Je ne vous lis pas que pour vous voir la binette, confrères et consoeurs blogueurs!

Comme l'on ne doit pas me lire que pour voir ma sale gueule.

Cela fait dix ans que je déverse n'importe quoi sur mon blog.

Dont des textes comme celui-ci.

Veuillez m'en excuser même s'il se peut que je récidive encore et encore, tous les jours, jusqu'à la fin de ma vie.