vendredi 17 mars 2017

La grosse vie sale

La lassitude est inévitable au mois de mars. L'hiver n'en finit plus de finir. Le printemps tarde à venir. Les médias tant traditionnels que sociaux provoquent des tempêtes dans des verres d'eau pour entretenir notre civilisation anxiogène.

La rage est au désordre du jour.

La courtoisie est de trop.

Les visages sont blêmes. Les airs sont bêtes. Rien ne va plus. Non, rien...

Voilà pourquoi Arnaud s'était réfugié dans les bois pour la fin de semaine. Il s'était loué un chalet pas cher dans le secteur de Hérouxville. Il entendait passer du temps à ne rien faire, sinon à mettre des bûches dans le poêle, à se faire de bons repas, à marcher dans les bois. Il allait décrocher de tout, fermer son cellulaire et son esprit aux vicissitudes du temps présent.

L'air était frais et froid. Tout ce qu'il souhaitait au fond.

Il prit quelques bûches dans la boîte à bois, roula des mottes de papier auxquelles il mit le feu après avoir placé habilement les bûches dans le poêle pour qu'elles s'en nourrissent. Une douce chaleur remplit bientôt le chalet. Arnaud se sentait bien comme jamais. Il se fit un café et s'écrasa dans le fauteuil.

-C'est-tu pas ça la grosse vie sale, hein?

Un peu plus tard, après avoir bu sa deuxième tasse de café, il sortit se promener dans la forêt en empruntant un sentier de motoneige bien tapé. Des oiseaux gazouillaient ça et là. Le soleil colorait la neige en jaune jonquille.

-Christ que j'suis bien! C'est-tu pas ça la grosse vie sale, hein?

Il revint au chalet au bout d'une heure et demie. Il avait un peu froid aux mains et aux jambes. Il remit des bûches dans le poêle puis s'endormit un peu après avoir joué un air sur cet harmonica qu'il avait toujours sur lui.

Arnaud se réveilla pour profiter du coucher du soleil. La température s'était un peu réchauffée. Il planta une chaise dans la neige et fuma un joint.

-C'est-tu pas ça la grosse hostie d'vie sale, hein? Ça s'peut-tu être bien d'même?

Le même scénario se répéta le lendemain puis le dimanche, vers midi, il quitta son chalet avec une certaine tristesse.

Arrivé chez-lui, Arnaud ouvrit l'ordinateur.

Le monde pénétra en son esprit comme une atroce souffrance.

On y parlait de Trump, de la Corée du Nord, de la montée de l'extrême-droite, des Social Justice Warriors, de l'islamophobie, du djihad, de l'indépendance du Québec, du multiculturalisme-à-la-Trudeau, des 36 cuillerées de sucre que contiennent les canettes de Coke, des toilettes mixtes, des participants de La Voix, du nouveau référendum en Écosse, du maire corrompu de tel trou perdu, de la gogauche, de la droite-jambon, de la radio-poubelle, des fellations, des nuances de Grey, de la découverte d'une crotte de nez...

C'en était trop!

-J'calisserais toutte ça là! pensa-t-il.

Arnaud cliqua sur YouTube. Il tapa Nature Sounds Video dans le moteur de recherche et tomba sur une longue vidéo de huit heures tournée dans une forêt. L'illusion d'être encore dans la nature était parfaite. De plus, on entendait les oiseaux gazouiller en arrière-fond.

C'était mieux que rien. 

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