samedi 11 février 2017

Gérard Grenon est partout!

Gérard Grenon était un repus du système grassement payé pour enseigner la résignation à tous ceux qui n'y trouvaient pas leur compte. Les laissés-pour-compte en question étaient pour Grenon des perdants et ne pouvait qu'avoir tort selon sa vision qu'il appelait en secret la sélection naturelle. Il n'osait pas employer cette expression un peu trop fasciste aux oreilles de ces gens trop sensibles qui n'attendaient que ça pour lui faire perdre son poste de lèche-bottes. Grenon avait la morale de son portefeuille, voilà tout. Et il ne crachait que dans les mains de ceux qui ne le nourrissaient pas.

Gérard Grenon avait ses entrées partout. Il était chroniqueur dans un journal jaune, animateur dans une radio-poubelle et même commentateur à la télé de ce même groupe de presse soucieux d'écraser le petit monde tout en s'adressant essentiellement à ceux-ci. Ils savaient comme attirer des caves avec des concours grotesques, des filles aux gros totons, des préjugés gros comme le bras, des chasses aux boucs émissaires...

Il avait bien sûr des qualités, Gérard Grenon. Il roulait dans un VUS toujours propre. Il avait une maison et une piscine bien entretenues. Sa femme avait gagné un concours de beauté. Elle était du genre à se faire sécher les dents sans jamais se casser la tête. Ils étaient en couple depuis quinze ans malgré les infidélités de Grenon. Et il faut dire qu'il n'était pas particulièrement beau ce lascar. Ce nabot aurait plutôt gagné celui de la laideur avec son air de chauve-souris mesquine qui ferait passé Joseph Goebbels pour un bon gars.

Les patrons de Grenon étaient d'anciens skinheads néo-nazis recyclés en militants ultraconservateurs ou libertariens. C'était surtout des fils à papa qui n'avaient jamais trimé dur dans la vie et qui avaient fini par se convaincre qu'il faut traiter le petit peuple à coups de trique ou de cannes à pommeau d'or, comme du temps de Charles Dickens. Ils avaient tous étudié à l'Université L*** et se croyaient pour cette raison les maîtres du monde.

-Les bonnes manières se perdent disaient-ils! Les pauvres ne respectent plus les riches!

Évidemment, ces saligauds ne respectaient rien et avaient été très clairs avec Grenon.

-On ne t'engage pas pour devenir le fantassin de ces minables... Tu es là pour redresser la situation et nous extirper de ce chaos social... Sans l'ordre et la sécurité, nous dormons tous très mal... Il faut remettre les crottés et autres gratteux de guitare à leur place... Il faut vendre des valeurs viriles... C'en est assez de la femellisation de la société... À entendre les chialeux ils voudraient tous que l'on devienne tapettes! Tu n'es pas tapette, toi, Grenon, hein? Au fait, connaîtrais-tu une tapette qui pourrait faire de la radio avec nous autres? C'est pour leur clouer le bec, tu vois... Comme ça les tapettes ne pourront pas dire que nous nous en prenons aux tapettes...

Grenon connaissait bien deux ou trois homosexuels qui militaient contre l'avortement et pour le rétablissement de la peine de mort. Il s'en trouve toujours dans tous les milieux, même chez les conservateurs, aussi bizarre que cela puisse paraître.

Quoi qu'il en soit Grenon n'y allait pas avec le dos la cuillère pour se mériter les faveurs des pleins de marde qui étaient ses patrons.

Il était pour que l'on recule l'âge de la retraite à 90 ans.

Il s'en prenait au salaire minimum en disant que c'était une atteinte à la liberté. Si quelqu'un veut travailler pour une piastre de l'heure, il devrait pouvoir le faire. Mais non! Il fallait que ces maudits barbus viennent encore voler les riches avec leurs doléances fondées sur rien d'autre que le désir de se venger et de faire le mal!

Grenon demandait aussi qu'on ne finance plus les écoles ainsi que les hôpitaux publics puisqu'il n'utilisait pas ces services.

Il déversait jour après jour son vomi et dès qu'un pauvre lascar osait le contredire il criait à la censure et sollicitait l'appui de ses spectateurs imbéciles pour tuer dans l'oeuf toute forme de critique à son égard.

-On sait bien! Les antiracistes, les féministes, les étudiants et les maudits paresseux de syndicalistes sont tous après moi parce qu'ils n'aiment pas la liberté d'expression! Oui, mesdames et messieurs! Ils font constamment appel à la censure! Et vous savez pourquoi? Parce que ce sont des jaloux! Ils sont jaloux de moi qui ai réussi dans la vie! Plutôt que de prendre exemple sur ceux qui réussissent, ils préfèrent les calomnier sur la place publique! Je vous le dis, moi quand je vois un piéton ou un cycliste sur la route, je sais que j'ai affaire à un loser et je ne me gêne pas pour le klaxonner. Je n'hésiterais pas à le frapper s'il ne s'ôtait pas de mon chemin! Et les mosquées, hein? Qu'est-ce que vous en dites de ces mosquées? Ici, on est catholique: point final! Tu ne veux pas de nos bines au porc? R'tourne-toé z'en chez-vous! Ici, c'est le Canada! Oui m'sieur... J'y va's-tu chez-eux pour leur dire quoi faire? Non monsieur! J'y va's pas chez-eux! Pis faudrait qu'on m'paye pour y aller... J'veux rien savoir de leur manger pas mangeable pis d'leu' femmes qui sont lettes!

Vous voyez le genre? Gérard Grenon était un hostie d'insignifiant.

Et pourtant, vous l'entendiez partout, tout le temps, dans l'autobus, dans les salles d'attente des services publics, chez le voisin: partout! Et c'est lui qui faisait pitié sacrament!!!

Les chialeux dont il parlait on ne les entendait qu'à travers ses commentaires de ce gros hostie de mononcle retardé.

On savait qu'ils existaient mais ce qu'ils disaient ne se rendaient jamais aux oreilles de la population.

C'est qu'ils cherchaient à censurer le gros Grenon...

C'est qu'ils disaient que nous ne vivions pas dans une vraie démocratie...

C'est qu'ils avaient tort, bien entendu.

On ne peut pas avoir raison et n'avoir rien en même temps.