mardi 1 mars 2016

Chaque premier du mois est le Jour des Rois

Le premier du mois est le Jour des Rois. Je dois cette appellation à l'un de mes amis, le grand Routhier. Je l'ai retenue.

Pourquoi le Jour des Rois? Eh bien parce que les chèques d'aide sociale sont émis le premier jour de chaque mois, à moins que le premier ne tombe un samedi ou un dimanche.

Ce n'est pas le cas aujourd'hui. Le premier du mois tombe un mardi. C'est donc aujourd'hui que la manne tombe du ciel pour 315 441 ménages. Ce qui représente, au bas mot, près de un million de personnes pour une population d'environ 8 263 600 Québécois.

C'est beaucoup. Je ne juge pas de la pertinence d'accorder ou pas des chèques d'aide sociale. En fait, si: je conçois qu'il est nécessaire d'accorder de quoi survivre à ceux qui n'ont rien.

On veut nous faire accroire qu'il y a du travail pour tout le monde. Ce n'est pas le cas. Et ça n'ira pas en s'améliorant au fil des ans. Il y aura de moins en moins de travail pour tout le monde, de plus en plus de robots, de plus en plus de ghettos de chômeurs à vie... Ceux qui prétendent le contraire sont de fieffés menteurs.

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J'ai eu dans ma vie l'insigne privilège de siéger sur des comités d'embauche. J'ai vu défiler des tas de gens qui se cherchaient du boulot. Je me suis moi-même trouvé dans cette situation désolante. Se promener d'un bureau à l'autre avec son cévé n'est pas une mince affaire. On doit parfois sacrifier son repas pour se payer une entrevue. On arrive affamé devant l'employeur, les yeux sortis de la tête, prêt à tout pour s'extirper de la misère.

L'ahuri derrière son bureau nous regarde de bas en haut avec un air de merlan frit. Il voit des trous dans notre cévé. Il veut qu'on porte absolument une cravate. Il n'a pas le temps de montrer la job et veut quelqu'un avec trente-huit ans d'expérience alors qu'on a seulement vingt-deux ans...

J'ai vu passé toutes les sortes de candidats, dont d'extrêmement mauvais qui avaient l'air d'avoir couché dans les vidanges. Qui les embauchera? Probablement personne. Et on leur reprochera, évidemment, d'être crottés et de vivre de l'aide sociale... On leur reprochera d'être illettrés, analphabètes, incultes et ignorants.

J'ai vu aussi d'excellents candidats que l'on n'a pas retenus parce qu'ils étaient quarante à passer une entrevue pour un seul poste disponible.


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Le Jour des Rois, le jour du chèque d'aide sociale, n'est pas si réjouissant qu'on ne le croie tout compte fait.

C'est un jour qui apporte un peu de baume sur la misère.

Il se pourrait que le pauvre s'offre une consolation pour tout le mois de merde qu'il vient de traverser. Il aura peut-être l'envie de boire une bière, de fumer un joint ou de s'acheter une palette de chocolat. Les riches et les larbins le regarderont de haut, comme toujours.

Moi, je le regarderai aujourd'hui avec beaucoup de compassion et de solidarité.

Je ne le jugerai pas.

Je sais c'est quoi de vivre sur l'aide sociale.

Je souhaite ne jamais y retourner.

Et fuck pour tous ceux qui ne comprennent pas.

Fuck aux honnêtes gens, aux larbins et autres renifleurs de pet du capitalisme cannibale.

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Je me souviens du gouvernement conservateur ontarien de Harris, un fort en gueule issus d'une quelconque radio-poubelle qui a souhaité s'attaquer à la pauvreté en réduisant les chèques d'aide sociale. Dans la semaine qui a suivi ce sabotage social, des milliers de pauvres se sont mis à entrer dans les supermarchés pour s'y servir sans payer. Les proprios et les policiers furent bientôt débordés par ces hordes de barbares qui vidaient les étagères en toute impunité.

Le gouvernement Harris s'est étouffé et a rétabli les chèques d'aide sociale de crainte de basculer dans une révolution sociale sans précédent.

Quiconque osera s'en prendre à l'aide sociale devra avoir en tête cette histoire. Quand un pauvre n'a plus rien à perdre, parce qu'on lui a tout enlever, il devient un excellent soldat pour foutre à terre la Bastille.

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J'étais en Alberta lorsque le gouvernement tout aussi conservateur décida de couper l'aide sociale pour les moins de trente ans. Le chèque fût réduit à moins de trois cents dollars par tête de pipe. Par conséquent, les jeunes assistés sociaux désertèrent en masse l'Alberta pour se rendre en Colombie-Britannique ou bien en Saskatchewan dans l'espoir de s'en sortir. C'est donc les autres provinces canadiennes qui ont payé pour ces jeunes pauvres que l'Alberta s'acharna à éliminer.

Depuis que l'Alberta renoue avec les déficits et ne réussit plus à vendre son pétrole sale puisé dans les sables bitumineux, voilà qu'elle réclame de l'aide des autres provinces...

Le Québec devra bientôt émettre un chèque d'aide sociale pour l'Alberta qui n'aura pas su profiter de l'argent de l'or noir parti dans quelques inaccessibles paradis fiscaux au détriment des Albertains et de l'ensemble des Canadiens...

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L'aide sociale n'est pas une sinécure.

Personne ne souhaite s'y maintenir toute la vie, hormis ceux qui ont perdu tout espoir de plaire à qui que ce soit, dont à un éventuel employeur.

Si vous aviez à passer votre vie dans un camp de concentration, je ne doute pas un instant que vous finiriez par trouver des trucs pour agrémenter votre ordinaire. Vous feriez appel à un certain marché noir à l'intérieur du camp pour combler certains caprices qui rendent la vie moins intolérable. Vous marchanderiez pour un mégot. Vous vendriez vos souliers pour un quignon de pain rassis.

Les gens sur l'aide sociale n'ont pas vraiment le choix d'avoir recours à des expédients pour combler le vide de leurs poches.

Les plus rusés finissent par mener une vie parallèle et à fricoter avec le crime organisé comme le font d'ailleurs les politiciens de métier, ces assistés sociaux de luxe.

Les autres sont toujours un peu plus malades, un peu moins présentables, un peu plus moribonds.

Tout le monde leur chie sur la tête.

La caissière du supermarché les dévisage.

L'employée de la Caisse populaire les méprise.

Le chauffeur de taxi les barouette d'un bout à l'autre de la ville en maugréant.

Le chauffeur d'autobus démarre à toute trombe pour les voir vaciller et tomber derrière lui.

Le petit employé au salaire minimum se réjouit de pouvoir les détester, comme s'il avait trouvé quelqu'un d'encore plus minable que lui.

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Franchement, le premier du mois n'est pas vraiment le Jour des Rois...

3 commentaires:

monde indien a dit...

La grande saignée des pauvres procède de la m^me manière dans tous les pays du monde - D ' ailleurs il n ' y a + de pays , la foire d ' empoigne est planétaire -
Les " démocraties " mises en place ne sont que le déguisement des anciens régimes où les nobles et le clergé ont été remplacés par la jet-set - Les esclaves sont toujours là - Le niveau de vie global montant des pays " émergents " ne change rien à la vie de leurs pauvres mais montre l ' apparition de jet-sets dans ces pays aussi -
Malheureusement aussi , beaucoup de pauvres ne rêvent que d ' être riches ... un jour ... et continuent de jouer à la loterie et de voter pour les riches ou les fascistes - Les partis de gauche ne font pas mieux en se déchirant pour savoir comment faire pour que tout le monde soit riche un jour - et s ' excuse de leur connerie en disant que le problème est complexe et qu ' eux au moins sont pour l ' éco-socialisme .
Je ne connais pas la situation du Québec mais ici , la France est gouvernée par un trio infernal : un président faux-cialiste , son premier-ministre social-libéral , et le ministre des phynances ultra-libéral .
Ce trio vient d ' annoncer que l ' organisme chargé d ' indemniser les chômeurs ne s ' en sort pas puisqu ' il est en déficit de quelques centaines de millions - aussi le gouvernement décide-t-il qu ' il se chargera lui-m^me de pourvoir à ces indemnités mais qu ' il lui faudra bien donner un coup de ciseaux dans cet argent versé aux chômeurs -
Il ne suffit pas à ce pourri de président d ' avoir annoncé pour se faire élire ( 4 ans déjà ) qu ' il inverserait la courbe du chômage durant sa première année de mandant , échéance à laquelle il avouait son impuissance - Aussi pour tenter de relancer l ' emploi il fit abaisser les charges patronales ( patrons qui se frottèrent le mains et s ' emplirent les poches ) , ce qui fut sans effet - le nombre de chômeurs ne fit que croître - entre temps on apprit de l ' ex-compagne congédiée du président que celui-çi insultait les pauvres en les appelant les " sans-dents " -
Voilà pour les ch^meurs qui ne peuvent plus subvenir à leurs besoins malgré les cotisations prélevées sur les salaires des actifs - on leur serre un peu plus la ceinture qui leur étrangle déjà la colonne vertébrale - Les yachts continue de fleurir de + en + sur la côte méditerranéenne -
Mais aucune révolution n ' aura + jamais lieu .

Eremita a dit...

Un jour tout le monde sera sur le BS, avec le RMG, nécessité oblige, dans une société hyper technologique. Les machines et les ordis remplacent bien du monde.

On ne pourra donc plus fesser sur les BS... je me demande quel autre bouc émissaire on va trouver?...

Ceux qui chialent contre les assistés sociaux sont des cons, fans des radio-poubelles.

Même les personnes qui ne travaillent pas, pour X raisons, ont une dignité, et on se doit de les respecter.

Arrêtons donc de faire le jeu des boss, de dire que ce sont des paresseux, des profiteurs, etc.

Ces gens sont dans une impasse dont il est difficile de sortir puisque ça nous prend toujours du monde à martyriser, mais ça ne sert à rien de fesser sur eux.

Un jour, si nos politiciens se réveillent avec le RMG, les gens pourront faire ce qu'ils aiment dans la vie, il me semble que c'est un minimum, car en ce moment 80% des gens sont malheureux au travail...

monde indien a dit...

@eremita
Te fatigue pas eremita , depuis " la dialectique du maître et de l ' esclave " , de Hegel , si je ne m ' abuse , l ' esclavagisme a de beaux jours devant lui - est esclave qui veut bien ( en gros ) - mais pour nous , nous trouverons d ' autres solutions ...