jeudi 17 mars 2016

De l'économie ou de l'état actuel de nos préjugés sociaux

Mon titre est d'une longueur effarante qui témoigne de la manie que j'ai de lire des auteurs du Siècle des Lumières. J'aurais pu faire plus court. Si je ne l'ai pas fait c'est pour me camoufler derrière une formule qui laisse entendre que j'ai traversé tout un lot d'épreuves universitaires. Vous aurez sans doute deviné que je suis un intellectuel malgré mes airs gouailleurs et mes propos sibyllins. Voilà donc à quoi servent les grands titres...

Après vous avoir titillé l'esprit avec cette digression, vous me serez sans doute gré d'en venir au vif du sujet.

C'est aujourd'hui que le ministre Leitao déposera son budget pour l'année en cours. On parlera beaucoup d'économie aujourd'hui. En fait, pas tant que ça. On parlera surtout d'impossibilités. Tout le monde est tenu à l'impossible lorsque l'on parle d'économie, d'esclavage ou d'indépendance nationale. Ce réflexe est vieux comme le monde et représente sans contredit la propension des élites de faire accroire qu'ils sont intouchables et gouvernent par la grâce de je ne sais trop quel bon dieu de merde.

Cet avant-propos nous plonge tout de suite dans le vif du sujet: l'économie. L'économie qui n'est que l'état actuel de nos préjugés sociaux.

Des tas de commentateurs plus morts que vifs nous ferons saigner des oreilles aujourd'hui à force de nous claironner que nous devons réduire la dette, chasser les grenouilles dans les fosses qui entourent le château de nos maîtres et ne surtout pas remettre en question leur droit de cuissage. Leurs arguments consisteront essentiellement à rappeler les lois de l'impossible à tous les serfs que nous sommes. Les plumitifs larbins et autres Nestor du domaine Sagard se gausseront de ceux qui réclament plus de justice, plus de liberté et plus de dignité. Ils auront droit à toutes les tribunes pour jeter leur fiel sur les rêveurs indécrottables qui n'ont pas le sens des réalités. Pour donner l'illusion que nous vivons en démocratie on laissera gueuler un ou deux opposants pendant trois ou quatre secondes pour bien nous montrer qu'ils sont des insensés.

L'être humain a défié la loi universelle de la gravitation. Il a été en mesure de visiter la Lune, Mars et même Pluton. Nous avons atteint des sommets d'intelligence en médecine, en ingénierie et en physique mais il semble que rien ne devrait changer dans nos rapports sociaux. Nous serions condamnés à répéter ad vitam aeternam les préjugés sociaux d'époques révolues. Les lois de l'économie seraient encore plus immuables que celle de la gravité!

Rappelons au passage que nous devons l'invention de l'aviation à deux réparateurs de bicyclettes. Les frères Wright ont réussi à faire décoller un objet plus lourd que l'air. Tous les scientifiques de leur époque s'entendaient pour dire que c'était "physiquement" impossible. Seul un objet porté par un gaz plus léger que l'air pouvait s'envoler. Les frères Wright se moquèrent bien de ces vieilles barbichettes pleines de caca et firent voir au monde entier qu'à l'impossible nul n'est tenu. Surtout pas un réparateur de bicyclettes...

Si l'on vous dit qu'il faut payer la dette, vendre vos enfants à l'usine et laisser tel seigneur mettre ses sales pattes sur votre fiancée, vous n'avez qu'à vous rappeler cette analogie de frères Wright. Vous pouvez vous foutre des scientifiques, des saigneurs de la terre et des économistes. Ce sont tous des médiocres qui tiennent à ce que nous pataugions dans leur médiocrité.

Leurs lois ne sont que l'état actuel de nos préjugés sociaux.

Ils peuvent bien se les crisser dans le cul.

Les générations futures se rappelleront que nous étions gouvernés comme des cons.