dimanche 27 mars 2016

À propos de mes résurrections

C'est Pâques aujourd'hui, une fête religieuse à la mémoire d'un certain monsieur Christ dont certains historiens mettent en doute l'existence. Je vous avouerai que j'ai d'autres combats à mener dans ma vie. Savoir si monsieur Christ a existé ou pas n'est pas une question fondamentale dans mon parcours de vie. Je puise ma sagesse à diverses sources et ne me rattache à la doctrine d'aucun grimoire de sorcellerie. D'ailleurs, je ne suis pas sage. Et j'ai autant le droit de respirer que ceux qui prétendent l'être. Il y a si peu de sages qu'on ne viendra pas me faire accroire que la Terre doit toute leur appartenir. Il y a de la place pour tout le monde et les donneurs de leçons peuvent radoter autant qu'ils le veulent. Toutes les formes de vie ont leur raison d'être et si ce n'est pas le cas, eh bien je vous demande bien pourquoi vous souhaiteriez vous prendre pour ce Dieu qui ne s'est pas soucié lui-même de la perfection pour sa propre Création un tant soit peu boiteuse et aléatoire.

Passons aux choses moins sérieuses. On ne fera pas tout un plat de la Création. Les historiens et les scientifiques ne s'entendent pas mieux à ce sujet. Et les théologiens n'hésiteraient à vous piétiner la figure pour deux ou trois suppositions sorties de leur tête de linotte.

Donc, il semblerait que monsieur Christ soit ressuscité d'entre les morts. C'est possible. Cela m'est arrivé deux ou trois fois au cours de ma vie. Si cela m'est arrivé, cela ne peut être qu'un fait. L'homme n'est-il pas la mesure de toutes choses? Et ne suis-je pas une chose, hein?

Ce n'est pas que je veuille spécialement parler du sujet le plus inintéressant qui soit pour mes lecteurs. C'est-à-dire parler de moi-même. Je vous avouerai que je parle toujours de moi avec un mélange de gêne et d'aversion. Pourtant, c'est parfois un passage obligé lorsque la digression pointe le bout de la langue.

Comme lorsque l'on parle de résurrection.

Vous savez tous plus ou moins que je porte le patronyme de Bouchard. Bouchard qui peut avoir signifié gueulard pour le premier malheureux qui eut à porter ce nom. Ou bien "hêtre dur", "bush hard", si l'on fie à une certaine ascendance germanique.

Ma mère porte le patronyme de René. René qui, vous vous en doutez, signifie Ressuscité.

Cela pourrait expliquer pourquoi je suis parfois gueulard et pourquoi j'ai cette faculté de renaître.

Je suis mort à la naissance avec deux ou trois tours de cordon ombilical autour de la gorge. Puis je suis mort noyé au moins deux fois. J'aurai vu défiler l'histoire de ma vie en cinq secondes, jusqu'à me voir tout petit en train de manger un bol de céréales tandis que je m'enfonçais dans la rivière Yukon.

J'ai été près de mourir suite à une piqûre de guêpe lors de la Fête des Patriotes, l'an passé. Sans la présence d'esprit de ma blonde, je ne serais pas ici pour vous raconter ça.

Ma propre mère a frôlé la mort plusieurs fois. Dont au moins une fois tout récemment. Elle est renée. Et elle ne se souvient pas d'avoir vu le tunnel de lumière. En fait, elle ne se souvient de rien.

En plus d'être associé aux Bouchard et aux René, je suis aussi un Létourneau, un Lefebvre, un Lemire, un Dubé, un René-De Cotret, un Gladu-Cognac, un Blanchone d'Angleterre et probablement un Magoua bien de chez-nous. Il y a tellement de noms de famille dans mon arbre généalogique que je ne m'y retrouve plus. Pour résumer tout ça, je suis un peu Français, un peu Normand, un peu Viking, un peu Anglais, un peu Anishnabé, un peu Kényan, un peu Singe, un peu une amibe.

C'est Pâques aujourd'hui. J'aurais dû vous parler un peu plus de monsieur Christ au lieu de vous embêter avec la généalogie de mon immoralité.

Le problème c'est que j'ai pas mal fait le tour de la question avec monsieur Christ.

C'est tellement loin tout ça que j'aurais l'impression de vous parler de monsieur Zeus ou bien de l'épopée de monsieur Gilgamesh.

Les ruines finissent toujours par être recouvertes de forêts.

Et c'est tant mieux ainsi.

Cela prouve que les arbres sont bien plus intelligents que nous ne le sommes.