mercredi 30 mars 2016

Ti-Gars Langevin et sa Gaspésie

Il n'y a rien comme une belle promenade au bord de la mer pour se requinquer le moral.

Et ça tombe bien puisque Victor Langevin, alias Ti-Gars Langevin, survit près de la mer.

J'aurais pu écrire qu'il vit près de la mer. Mais cela n'aurait pas été tout à fait exact. Il faut dire que Ti-Gars Langevin est sur l'aide sociale. Et ça tombe bien puisqu'il n'y a pas de travail près de la mer. Comme quoi les plus beaux endroits de la terre sont parfois désertés par les humains pour leur permettre d'aller casser des cailloux au Labrador ou bien en quelque autre terre de Caïn froide et inhospitalière.

Le surnom de Ti-Gars sied comme un gars à Victor Langevin. Il n'est pas plus haut que trois pommes et a l'intelligence d'un enfant de dix ans selon la brochette de spécialistes sollicités par l'aide sociale pour le forcer à se trouver du travail. Une mesure administrative d'autant plus inutile que tout le monde, même les génies, survit de l'aide sociale dans son village éloigné des fureurs et hurlements du globe.

-M'sieur Langevin est inapte au travail! s'entendent donc pour écrire tous les spécialistes dans leur rapport destiné aux fonctionnaires de l'aide sociale.

-I' disent que j'peux pas travailler, répète Ti-Gars Langevin à tout venant, considérant cela comme une promotion. I' vont arrêter d'm'écoeurer tabarouette!

En effet, Ti-Gars peut désormais passer toutes ses journées sur le bord de la mer sans se soucier de se trouver du travail. Pour agrémenter son quotidien, Ti-Gars ramasse des clams, des bigorneaux, des baies sauvages et autres surplus alimentaires que lui offrent les villageois qui le prennent en pitié afin de pratiquer sur lui quelque chose comme la charité. Ça lui permet de manger parfois du chevreuil. Ou de l'ours noir. Voire du saumon. Les gens de son patelin se débrouillent avec rien et trouvent le moyen d'aller rejoindre Ti-Gars sur le bord de la mer, le soir, pour l'entendre jouer de l'harmonica.

Oui, Ti-Gars Langevin joue de l'harmonica. Il joue à l'oreille. Il essaie tant bien que mal d'imiter les grands vents qui soufflent sur la mer agitée. Il sait aussi imiter le chant des mouettes avec sa ruine-babines. Bref, ça rend tout le monde heureux et des gratteux de guitare du coin aiment bien l'accompagner lorsqu'il fait des feux sur la plage avec quelques volées de bois mort.

-On est bien icitte en Gaspésie! J'voudrais vivre nulle part ailleurs... Surtout que j'su's jamais allé nulle part... J'sais même pas c'est où ailleurs...

-Tu manques rien, Ti-Gars, crois-moâ! El' monde est fou en saint-sicroche à Mourial pis à Québec... Même à Rimouski y'a juste d'la marde mon homme... On est bien en Gaspésie mon Ti-Gars... On fait pas d'argent mais, sacrament, on a la mer!!!

-Oui, on a la mer...

Et les vagues balaient la plage.

Et les mouettes crient au-dessus des eaux.

Et Ti-Gars Langevin sourit.

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