jeudi 26 mars 2015

Les caissières trouvent que ça coûte cher

Il est des événements anodins en apparence qui peuvent prendre des proportions bien plus grandes qu'elles ne semblaient à prime abord.

Évidemment, je ne parle pas des cors aux pieds, bien que cela puisse entraver l'itinéraire d'une promenade ou bien d'une manifestation. Certains n'ont aucune résistance quand ils souffrent de cors aux pieds. Ils en auraient pour n'importe quoi, pour une dent qui branle, pour un pied de céleri, mais pas pour les cors aux pieds.

Je ne m'en vais certes pas vous raconter une histoire de cors aux pieds. J'en aurais très peu à dire sur le sujet puisque je vous le dis.

Non, chers lecteurs et lectrices, je vais plutôt vous parler des caissières.

N'allez pas croire que c'est pour me plaindre du mauvais service à la clientèle, du tutoiement outrancier ou de l'impatience de certaines d'entre elles.

J'aurais pu tout aussi bien parler des caissiers, mais mon propos n'a rien à voir avec le sexe masculin, puisqu'il s'agissait bien de caissières.

-Accouche qu'on baptise! que je vous entends me dire de l'autre côté de l'écran plat.

J'accouche, oui, oui, comme Socrate qui se croyait accoucheur d'âmes. Je n'arrive pas à la cheville de Socrate. On ne me connaît pas pour mes questions sans fin. Ma sagesse n'est souvent que passagère. La plupart du temps, je conviens que je ne suis qu'un christ de fou.

Je, me, moi et encore rien sur les caissières... Oui, il est temps que j'accouche.

Eh bien voilà. J'ai été surpris ces derniers temps par des caissières qui, plutôt que de me dire des trucs conventionnels, comme «Carte CAA? Air Miles? Coupons rabais?», m'ont fait part de leur étonnement pour le montant d'argent associé à mes petites emplettes.

Je passe à la caisse avec un petit paquet de fromage qui fait squouik-squouik, une bouteille de Pam à l'huile d'olive, deux contenants de framboises et peut-être un oignon.

-Quoi! s'étonne la caissière en regardant le montant qui apparaît sur l'écran. Ça coûte don' ben cher!!! Vingt-cinq piastres pour trois ou quatre quossins...

Je la regarde, un peu médusé. Elle se demande si elle a commis une erreur. Mais non, c'est vraiment vingt-cinq dollars pour tout ça.

-Vingt-cinq piastres, bâtard! J'en r'viens pas! Y'où c'est qu'on s'en va?

-L'hostie d'austérité, que je lui réplique. Ça stresse même l'économie...

-On se fait plumer comme des caves! qu'elle me répond du tac au tac.

J'emporte mes trois ou quatre quossins et reviens à la maison, songeur et un tant soit peu indigné par les bandits à cravates et autres mafieux qui volent l'argent du peuple.

Deux jours plus tard, je tombe sur une autre caissière dans un commerce quelconque qui a la même réaction.

-Hein!?! Cinquante-trois piastres pour trois ou quatre affaires! Ça coûte don' ben cher! J'ai mon voyage!

J'en reparle à ma blonde, bien sûr, puisque je lui raconte tout plusieurs fois jusqu'à ce que je ponde un texte et même après l'avoir écrit, la pauvre.

Elle aussi s'étonne d'entendre des caissières lui signifier que ça coûte cher.

-Sur quoi devrais-je écrire ce matin? que je lui demande.

-Écris sur les caissières qui s'étonnent que ça coûte cher, qu'elle m'a répondu.

Voilà. C'est fait.

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