lundi 27 juin 2011

Aux mânes de L'Épervier

L'Épervier était retraité de la Canadian Westingmouse. Il fumait des pollocks sur sa galerie. Vous vous demandez ce que c'est, des pollocks? Ce sont des cigarettes roulées soi-même à la machine. On les appelle des pollocks dans la Petite Pologne, le quartier de l'ancienne paroisse Saint-François-d'Assise, à Trois-Rivières. Est-ce à dire que l'on fume des pollocks dans la Petite Pologne parce que tout le monde y serait Polonais? Pas du tout. De mémoire, il n'y a pas un seul Polonais. Alors ce ne sont peut-être pas des pollocks, ni des Pollacks, mais simplement des polloques... La Petite Pologne sera toujours la Petite Pologne. Ok coq?

Quoi qu'il en soit L'Épervier fumait l'équivalent de huit paquets par jour. Son coeur était tenace et ses poumons, bien que défuntisés, fonctionnaient encore assez pour inhaler ses huit paquets de polloques quotidiens.

Vous vous demandez ce qu'il faisait à part de ça?

Rien d'autre. Il s'en allumait toujours une autre avec son mégot. L'une après l'autre, sans s'arrêter.

Il ne buvait pas d'alcool et consommait très peu d'eau pour se laver.

Il fumait, tout simplement, en attendant que ça finisse.

Et il s'appelait L'Épervier, je ne sais trop pourquoi, parce qu'il avait plutôt l'air d'une momie verte et desséchée.

Mais c'était quand même un bon jack puisque tout le quartier fumait sur son bras.

L'Épervier, le marchand de tabac humide sale pas fumable du quartier. Un sac pour vingt piastres. Ça lui toffait une journée. D'autres en avaient assez pour la semaine. Il faisait crédit.

Je vous parle de lui ce matin parce que L'Épervier est mort.

Mort de quoi? Du cancer? Du tabagisme? Pas du tout.

L'Épervier est mort de vieillesse. Il avait quatre-vingt-quatorze ans.