lundi 28 février 2011

Droit dans les yeux du dictateur

Les yeux ne mentent jamais. Je ne parle pas des sourcils, ni même du nez et de la bouche. Je parle des yeux, pour ceux et celles qui en ont à tout le moins.

Prenons un dictateur, n'importe lequel, et observons ses yeux. On y plonge tout de suite dans un univers de mensonges, de duperies et surtout de paranoïa aiguë. Tout y est faux, de la prunelle à l'éclat des yeux. L'âme y est sale, boueuse et sans ce génie qui fait de l'homme une créature qui aspire à la transcendance, voire à la liberté.

Maintenant, écoutons ce qui sort de sa bouche: des mots qui nous font perdre un temps fou alors qu'un simple plongeon dans son regard nous laisse décrypter toute sa fientesque «volonté de puissance» - pour reprendre l'expression de Nietzsche.

-C'est la faute des étrangers! qu'il dit, le dictateur. pour faire oublier ses yeux qui ne trompent personne. C'est la faute de l'opposition! C'est la faute des journalistes! C'est la faute de ceux et celles qui me désobéissent! C'est la faute du groupe d'alphabétisation et d'éducation populaire!

Comme il se trouve toujours des naïfs et des imbéciles incompétents, c'est avec leur aide qu'il monte et s'installe au pouvoir. Tous ces cloportes sont les premières victimes du dictateur, à l'instar des membres de sa famille immédiate. Ils n'auraient jamais porté de si belles épaulettes et de si belles médailles sans le Cheuf, avec ses yeux de hyène émasculé qui représente l'espoir de tous les idiots du pays d'accéder à un poste qui dépasse largement ce qu'une destinée normale, en des temps normaux, aurait pu leur offrir.

Aussi voit-on dans les yeux du dictateur une foule de visages informes, dépersonnalisés. Une foule essentiellement constituée de limaces et autres suceurs de cadavres refroidis.

Le monde étant ce qu'il est finit toujours par regarder ailleurs, à l'étranger par exemple.

Et les dictateurs ont fini, finissent et finiront toujours dans les caniveaux de l'histoire, avec la merde et le vomi.

Regardons dans vos yeux de citoyen normal, que vous le vouliez ou pas.

C'est bien écrit liberté et communauté, n'est-ce pas?

Ce regard bon enfant que vous avez, cet altruisme palpable, cette humilité et cette humanité qui brillent de mille feux, c'est pas de l'invention, ça. C'est du concret. Ça n'a rien à voir avec les yeux du dictateur, hein?

Et c'est ce regard qui nous anime tous, n'est-ce pas?

dimanche 27 février 2011

Comment «avoir du service» à l'hôpital

Le Zouf, alias Alain Milette, avait un truc infaillible pour «avoir du service», comme il disait, quand il devait passer par l'urgence du Centre hospitalier économique (CHÉ) de sa région.

-Y'a jusse un docteur par cent milles habitants à l'urgence... Tabarnak! On attend comme des zoufs toute la nuitte pis l'matin pis l'souère pour avouère du sarvice, tabarnak, calice!

C'est ce que disait le Zouf, pour justifier son truc infaillible pour «avoir du service».

Et son truc? Oua! C'est débile mais ça marche.

Qu'il ait mal au cul ou aux cheveux, le Zouf avait pris le parti de crier comme un fou jusqu'à ce que des préposés et finalement un docteur soient obligés d'aller voir ce qui se passait avec ce patient classé A selon l'Échelle nationale de triage (ÉNT) qui tient compte, comme tout le monde le sait, de l'état physique et psychologique du patient.

Le Zouf obtenait un score de dix sur dix pour l'état psychologique. Il hurlait de douleur, qui plus est, pour obtenir quelques points de plus selon l'ÉNT. Tout le staff de l'hôpital, du concierge au chirurgien, était d'accord qu'on le passe en premier pour qu'il arrête de crier comme un furet qu'on égorgerait.

-Raaaa! Tabarrrrrnak! RRRRAAAA! qu'il gueulait, le Zouf. Et pas moyen de l'arrêter jusqu'à ce qu'on lui administre quelques drogues pour s'en débarrasser.

Drogué, et en quelque sorte requinqué, le Zouf n'avait plus qu'à rentrer chez-lui tout en sifflant tandis que les autres, ceux qui ne savaient pas comment «avoir du service» au CHÉ devraient attendre dix, douze et seize heures avant que quiconque ne s'aperçoive qu'ils existent.

La morale de l'histoire?

-Y'en a pas d'morale calice! vous dira le Zouf. J'aime autant crier tous 'es fois que j'va's à l'hôpital que faire comme les autres maillets qui attendent des heures pour s'faire donner des pilules! Quand j'crie, i' m'donne c'que j'veux, ma pilule ou ben don' ma dose, comme tout l'monde! Pis j'm'en porte pas plus mal, même que j'ai pas d'mal nulle part! Ha! Ha! Ha! St-Chrême d'hostie de pompier sale! Ho! Ho!

Le Zouf est un maillet, évidemment. Mais les maillets n'en sont pas moins maillets pour autant.

Ce n'est pas mon opinion mais peut-être celle de mes lecteurs.

vendredi 25 février 2011

Comment remédier à l'angoisse de la page blanche

Il est très facile de lutter contre l'angoisse de la page blanche. Il ne suffit que d'écrire une phrase comme celle-là pour noircir deux lignes. Le reste suivra, naturellement, sans que vous ne vous en rendiez compte.

Évidemment, il se trouvera des sceptiques pour douter de cette méthode. Pourtant, vous en serez à votre deuxième paragraphe avant même qu'ils en aient fini avec l'énoncé de leurs doutes.

C'est pourquoi la littérature ne peut se donner des airs inspirés, comme si l'auteur communiquait avec Dieu lui-même, en deux mil onze, qui plus est.

Après ces trois paragraphes, venons-en au coeur du sujet.

Le sujet, ça tombe bien, c'est l'angoisse de la page blanche. Évidemment, il serait fastidieux de ne s'en tenir qu'à des généralités. Aussi, pour faire honneur aux Belles-Lettres, permettons-nous d'y aller d'un conte Diderot.

C'est l'histoire d'un intellectuel, appelons-le Marcellin Lamothe, qui faisait toujours cette blague lorsqu'il recevait son compte d'Hydro-Québec: «Ha! Ha! J'ai reçu mon conte Diderot!»

Marcellin, qui était petit avec une verrue qui se transformait en galoche sur son crâne dégarni, était fonctionnaire de l'État. Il travaillait pour un quelconque organisme sous-subventionné qui envoyait des formulaires ou bien des dépliants chez les gens pour le port du casque à vélo et même à pieds. On devrait toujours porter un casque, tout le temps, partout, etc.

-J'ai reçu mon conte Diderot! Ha! Ha! qu'il répétait inlassablement, Marcellin, même quand il ne recevait pas son compte d'Hydro. Oua! Mon conte Diderot! Mon compte d'Hydro! Mon conte Diderot! Ha! Ha! Mon conte d'Hydro!!!

Ça permet, à tout le moins, de cerner ce personnage inqualifiable qui porte sur la tête cette mystérieuse galoche de chair qui détourne l'attention de ses propos plus ou moins dérisoires et pas vraiment déridants.

Diderot, comme vous le savez tous, était un encyclopédiste du Siècle des Lumières. C'était un Français qui écrivait de la main droite. Personnellement, je puis vous dire que je l'ai lu sans jamais m'y être intéressé. Oh! Il n'est pas méchant Diderot. Mais rien qui vous allume tant que ça. Belle plume, comme tous les écrivains de ce temps, mais rien de charnu. Voltaire me rejoint plus. Son humour était plus spectaculaire. Il avait de beaux défauts. Et sa plume, alors là, un vrai charme. De la chair autour de l'os. Et de l'esprit à revendre.

Mais Diderot? J'en reste pantois.

Imaginez comment je me sens quand Marcellin me parle de son conte Diderot.

-Écoute, Marcellin, ce n'est pas pour te faire chier, mais calice, faudrait que tu décroches avec ton conte Diderot...

-L'humour n'a pas à se tenir bas! qu'il me répond, chaque fois, comme s'il avait le droit de dire ce qu'il veut.

-Ah! pis d'la marde! Dis doncques ce que tu veux Marcellin. Sincèrement, je m'en torche. Conte Diderot.. Compte d'Hydro... Name it.

De l'avoir dit, Marcellin s'en sent ragaillardi. Et voilà qu'il reprend ses facéties sur son compte d'Hydro, son conte Diderot, et tous ces jeux de mots à la Sol et Gobelet qui me désolent le gobelet.

mercredi 23 février 2011

La démocratie est en marche à Trois-Rivières et au Québec...

Alors que la révolution secoue l'Afrique du Nord et le Moyen-Orient, que les dictateurs et autres despotes tombent l'un après l'autre, il est consternant de constater que nous avons du chemin à rattraper pour nous débarrasser de nos fossoyeurs de démocratie locaux et autres pleins d'marde paroissiaux qui s'accrochent au pouvoir pour se servir à pleines mains à même le trésor public.

Ce n'est pas les pétitions qui suffiront à les renverser. C'est évident qu'il faudra passer par la rue un jour ou l'autre pour que le maire Lacrotte ou le Premier ministre Machin dégage.

Tout le monde attend que ce soit quelqu'un d'autre qui vienne initier le mouvement. Même moi... Alors qu'il ne faudrait peut-être qu'un simple appel à une marche sur Facebook, un dimanche après la prière, pour changer la face du Québec.

Sommes-nous des hommes, des femmes? Habitons-nous nos couilles et nos ovaires? Allons-nous laisser ces pourris au pouvoir, dans cette atmosphère empuantie d'arrogance, de corruption, de fraude et d'autoritarisme?

Allons-nous faire le ménage dans notre cour sacrament?

Si les 250 000 signataires de la pétition pour la démission de Jean Charest descendaient dans les rues, les Libéraux eux-mêmes le forceraient à se retirer.

Rien ne peut arrêter un peuple en mouvement.

Et ce mouvement viendra, aujourd'hui ou demain, un jour ou l'autre, cela me semble de plus en plus évident.

Évidemment, je vais publier ce message sur Facebook.

Et espérer que des voix m'entendent pour m'aider à reprendre la rue, une fois de plus, pour les vraies affaires.

De Mascouche à Laval, en passant par Trois-Rivières, Montréal et Québec, il ne manque pas de raisons de s'indigner et de réclamer une démocratie démocratique, une liberté libre.

Pouvoir au peuple!

mardi 22 février 2011

Libérons la liberté!

Ben Ali est tombé en trois mois. Moubarak est tombé en dix-sept jours. Le tyran Kadhafi devrait tombé aujourd'hui si ce n'est pas déjà fait. Donc, sept jours? Mathématiquement parlant, les dictateurs de l'Afrique du Nord et du Moyen-Orient n'ont qu'à craindre des chutes encore plus rapides...

J'ai vu à la télé une pancarte d'un manifestant en Libye: «Libérons la liberté».

Tous ces zoufs qui vantent des libertés abstraites pour égorger leur peuple dans leur cour, en toute impunité, ça laisse au coeur ce besoin de libérer la liberté, de lui donner tout son vrai sens. La Libye de Kadhafi a déjà présidé la Commission des droits de l'Homme de l'ONU, une absurdité, au nom du droit sacro-saint des peuples à disposer d'eux-mêmes et à se doter de tyrans et autres tartampions qui écrasent leur peuple...

Les libertés concrètes c'est comme l'eau. Ce n'est pas l'idée de l'eau qui désaltère, mais l'eau elle-même.

Tous les hommes de pouvoir et autres promoteurs d'esclavage vous vanteront les mérites d'une société inféodée à leurs idéaux qui assèchent l'esprit.

Ce n'est pas des idées qui changeront le monde, mais de l'eau, du pain, de l'air, des bottes, des chansons, des chaussons, des tartes aux pommes, des jeux de société, du ski alpin, etc. Des libertés concrètes et une vie digne de ce nom.

Le poète Arthur Rimbaud rêvait lui aussi d'une «liberté libre».

Il nous est permis de réaliser son rêve et de libérer la liberté.

C'est le temps des fleurs, du Caire à Trois-Rivières.

Dégagez dictateurs, tyrans, petits potentats, imbéciles autoritaires et autres crétins qui veulent se faire obéir au doigt et à l'oeil!

On ignore la peur. Les lendemains ont un goût de miel...

lundi 21 février 2011

Sortir le Québec du nucléaire

Il y a plusieurs raisons de sortir le Québec du nucléaire. Éric Notebaert en a trouvé au moins dix. Notabaert est médecin, professeur adjoint de médecine à l'Université de Montréal, président des professionnels de la santé pour la survie mondiale et membre du Mouvement Sortons le Québec du nucléaire. L'article est ici.

La manif pour le moratoire sur le gaz de schiste et pour la fermeture de Gentilly 2 s'est bien déroulée. Nous étions hier une quarantaine devant l'Hôtel Delta, à Trois-Rivières, pour rappeler aux Libéraux que le Québec n'est pas à vendre, que la santé publique doit passer avant toute autre priorité. Que la vie ne consiste pas seulement au fait d'exister.

La photo en exergue est de Al Barrett, le créateur de la bédé Atoman dont je vous reparlerai incessamment.


samedi 19 février 2011

MANIF DIMANCHE LE 20 FÉVRIER À TROIS-RIVIÈRES POUR LE DÉCLASSEMENT DE LA CENTRALE NUCLÉAIRE GENTILLY 2

Je transmets un message du Comité pour le déclassement de la centrale nucléaire Gentilly 2. Je serai présent, bien entendu, à la manifestation. C'est demain, dimanche, après la prière, à 9h30... Je vous y invite, chers amis et camarades, si vous passez par Trois-Rivières. Nous allons former un comité d'accueil bien particulier pour rappeler aux libéraux que les efforts doivent aller vers l'exploitation des ressources renouvelables et en symbiose avec le Grand cercle de la vie.

***

Disons NON à un Québec nucléaire

Manifestation d’accueil pour le Parti Libéral du Québec (PLQ)
Où : À Trois-Rivières
Quand: Dimanche le 20 février à 9h30
Lieu : Hôtel Delta, coin Notre-Dame et St-Georges (au centre-ville)


Portez du jaune pour illustrer la couleur nucléaire!


L’objectif de leur rencontre est d’orienter la vision d’avenir du PLQ sous le thème de l’ « énergie au Québec ».
L’occasion se présente de rappeler au Parti Libéral que la « création de richesse », tel que mentionné dans leur invitation, ne doit pas se faire en négligeant notre santé, notre économie et notre démocratie par la réfection de la centrale nucléaire Gentilly-2. Pour être « ouverts sur le monde », refusons l’accumulation et l’exportation de nos déchets ainsi que la prolifération de la technologie Candu, prisée par les fabricants d’armements nucléaires. Pour un « Québec pour nos enfants », ne leurs léguons pas ce fardeau.


Rappelons-leur la promesse libérale de non-réfection et du frein à l’aventure nucléaire initié par Robert Bourassa.

L’« Énergie au Québec » doit passer par une politique énergétique et non par un chaos de pillage de ressources au profit de groupes d’intérêts particuliers. Des milliards investis dans le nucléaire c’est aussi des milliards de moins dans les énergies renouvelables… et dans nos poches.


Merci de diffuser largement l’invitation. Au plaisir de vous y rencontrer.


vendredi 18 février 2011

Rosalie ou De l'art de se trouver un emploi turlututu chapeau pointu

Il y a toutes sortes de conseils débiles sur l'art de se trouver un emploi. On dit qu'il faut faire ceci ou cela, dont se brosser les dents. Pour le brossage de dents, pas de problèmes. On se sent bien la bouche fraîche, que ce soit pour une entrevue ou pas. Et puis ça permet d'éloigner l'apparition du dentier.

Quoi qu'il en soit les bons conseils, ceux qui nous servent vraiment dans la vie, on les trouve généralement dans les bas-fonds de la société - à moins que l'on ne provienne pas des bas-fonds de la société bien entendu.

Pour le gars ou la fille des bas-fonds, on sait d'avance qu'il y a deux règles: une pour tout le monde et une pour les génies. Alors, aussi bien trouver un peu de génie sous peine de souffrir comme tout le monde.

Bien que cette logique soit intimement reliée aux instincts primaires, comme manger ou dormir, rien n'est plus sage que d'en tenir compte dans l'apprentissage des gens du peuple qui n'ont pas de piston ou bien d'intérêt dans le système capitaliste tant vanté par ceux qui dorment dans leur tour de stucco avec des systèmes d'alarme impeccables.

Dans les bas-fonds, c'est à peine si l'on barre ses portes tellement tout le monde finit par s'y foutre de tout. Bon... Laissons là l'étude sociologique, si vous voulez, et revenons à nos moutons noirs.

À notre brebis noire, plutôt. Rosalie qu'elle s'appelle. Rosalie, une fille de vingt-cinq ans qui porte généralement des anneaux dans le nez et des tatouages partout sur le corps. Elle est de Ste-Cécile, à Trois-Rivières. Née dans une famille pauvre et généralement pauvre. Un peu moins depuis un an puisqu'elle a décroché un bon emploi. Elle est géographe et elle fait de la cartographie pour une firme environnementale.

Rosalie a étudié à l'université en géographie. Elle a fait son bac par les soirs, en travaillant comme serveuse de nuit et de fin de semaine.

Rosalie se contrefout des conventions pas à peu près. Mais elle a compris qu'il fallait être plus rusée que les employeurs, qui ont tendance à s'attendre que l'on se présente à eux comme si c'était pour un quizz à la télé, d'avoir l'air d'une lasagne ou d'un pingouin juste pour leurs beaux yeux.

S'ils ne faisaient que vérifier l'état des dents, comme pour les chevaux, ce serait moins compliqué. Mais non! Il faut que le candidat remue pieds et mains dans un show de boucane destiné à convaincre l'employeur qu'il est le meilleur.

Rosalie a fait son show de boucane. Elle portait un tailleur noir, très sobre. Elle avait retiré ses anneaux du nez et s'était coiffée comme une matante. La matante et le mononcle qui la passèrent en entrevue furent ravis, sinon charmés par cette fille d'apparence si classique, si rigoureuse, si professionnelle.

Elle avait toutes ses trois qualités, mais elle n'en était pas moins rebelle, Rosalie.

Elle prit parti de survivre à trois jours de classicisme vestimentaire.

Puis, une fois qu'elle eut bien compris la job, elle se présenta sous son vrai jour, ressuscitée, avec ses anneaux dans le nez et ses tatouages bien en évidence.

Le mononcle et la matante furent stupéfaits de la voir ce matin-là. Rosalie s'était fait une coupe mohawk, verte qui plus est. Elle portait aussi un collier de chien au cou. Bref, elle jurait dans le décor sobre, classique et soporifique de la firme Écologik.

Rosalie n'en était pas moins la meilleure cartographe qu'ils aient vu de leur putain de vie. Elle faisait le boulot de trois personnes en trois jours. Et tout ce qu'elle demandait, pour ça, c'est qu'on lui laisse porter ses anneaux dans le nez.

-Y'a deux règles: une pour tout l'monde et une pour les génies! qu'elle leur a dit lorsqu'ils insinuèrent que son look pouvait faire fuir leurs clients.

Elle leur parla ensuite d'argent.

-Je vais vous coûter moins cher de toute façon. Je ne me décrotterai pas l'nez. Par contre, j'veux juste pas qu'on me fasse chier avec ma manière de m'habiller ou mon mode de vie. J'suis icitte pour travailler sacrament j'suis pas icitte pour porter un uniforme comme chez MacDo!

Bon, Mononcle et Matante étaient faits de bonne pâte. Et ils étaient aussi près de leurs sous.

Le monde et les temps changent. Une marginale dans l'entreprise, ça fait frais et dynamique. Un peu moins constipé. Aussi Matante se pointa un matin avec un collier de chien autour du cou et les cheveux dressés en pics mauves. Et Mononcle, aussi enfant que l'autre, se mit à porter son tee-shirt préféré de John Denver.

jeudi 17 février 2011

Cette révolution de jasmin, c'est aussi la nôtre...

Le mensonge et l'hypocrisie sont les deux mamelles de nos gouvernements.

Nos députés se tapent la poitrine avec de grands discours où la démocratie apparaît comme une vertu quand cela s'adresse aux pays lointains.

-Ne vous en prenez pas aux manifestants! Respectez la liberté d'expression! Respectez les droits de la personne!

Pendant ce temps, ici, on s'en prend aux manifestants, on restreint la liberté d'expression, on foule aux pieds les droits de la personne.

Ils vous diront qu'on ne doit pas comparer les pommes avec les oranges, comme au Yémen les supporters du régime prétendent que le roi n'est tout de même pas Moubarak... Pourtant, les effets sont les mêmes. La liberté est mince. Et l'aspiration à la liberté n'y est pas moins énorme.

Ici, on entasse des étudiants qui manifestent contre le G-20 dans des cellules. On tape et on tapoche à qui mieux mieux sur les manifestants.

On serait prêt à empoisonner toute la population du Québec avec du gaz de schiste ou bien des antiquités nucléaires.

On socialise les dépenses et on privatise les profits.

On traite le peuple comme une bande de pouilleux qui ne méritent pas leurs maîtres, aussi arrogants et pleins de marde qu'en Afrique du Nord.

On permet à quelques compagnies canadiennes pourries jusqu'à la moelle de vendre là-bas des chars d'assaut, des gaz lacrymogènes, des fusils et des balles pour supporter par la porte de derrière les dictateurs contre leur peuple qui enfonce la porte de devant. On fait semblant de rien ensuite en prétendant qu'on soutient le peuple et la démocratie, alors qu'on a fait tomber les démocraties plus d'une fois, tant au Chili qu'en Égypte.

Voilà pourquoi je pense que le combat pour la liberté, qu'il ait lieu en Tunisie ou en Égypte, doit se mener ici avec le même acharnement.

Sommes-nous des hommes et des femmes? Habitons-nous nos couilles ou nos ovaires? Que fait-on contre la corruption et la pourriture ici-même au pays? Connaissez-vous des crosseurs au pouvoir? Pourquoi y en a-t-il autant? Toutes ces questions méritent de trouver une réponse. Et cette réponse, nous la trouverons dans la rue, comme les Tunisiens, comme les Égyptiens, comme tous les humains qui aspirent à la liberté dans le monde.

Des autocrates dirigent des municipalités en toute impunité. Le maire Lacrotte est toujour en poste, malgré tout ce que l'on sait...

On paie huit fois le prix de nos infrastructures pour engraisser une bande de voleurs qui jouent aux petits Ben Ali avec l'argent des citoyens. Il n'y a jamais d'enquête, jamais de destitution, jamais de voleurs... Sinon un petit têtard qui paie pour tout le monde de temps à autre pour laisser le temps aux gros requins de dissimuler leurs crosses.

Je ferme mes oreilles aux cyniques qui viendront dire qu'il n'y a rien à faire, que ce fût comme ça de tout temps, etc. Si nous les écoutions encore plus, les enfants recommenceraient à travailler dans les mines à dix ans. Il n'y aurait plus d'assurance-maladie. Ni d'éducation pour tous. Juste de l'argent pour une poignée de pleins d'marde et l'obligation d'engraisser ces parasites.

Les cyniques, je m'en torche. Qu'ils ravalent leur bave. Qu'ils chient des taques. Qu'ils demeurent ce qu'ils sont, c'est-à-dire des lèche-bottes.

Il est possible et souhaitable de transformer le monde. Rien ne nous oblige à répéter ad vitam aeternam ce cycle de mensonges et d'hypocrisies parlementaires, que ce soit à Ottawa, à Québec ou bien dans n'importe quelle petite ville dirigée par des malandrins.

Que ceux et celles qui ont faim et soif de justice soient rassasiés.

La Révolution de jasmin traversera l'océan et viendra nous rejoindre ici.

Préparez vos pancartes. Resemellez vos souliers. La démocratie est en marche, du Caire à Trois-Rivières.

Dégagez, politiciens véreux, maires crottés, contracteurs infâmes, journalistes à la solde des magouilleurs!

La peur s'évapore sur tous les continents. Les lendemains auront un goût de miel.

Montrons à nos autocrates locaux que nous nous tenons debout!

Vive la Révolution!



PS: Et si l'on se donnait rendez-vous sur Facebook, pour une manifestation, un dimanche après la prière? Une manif pour exprimer pleinement son ras-le-bol face à nos despotes locaux qui se prennent pour Ben Ali et Moubarak... Ce serait chouette, non?

mercredi 16 février 2011

Windigo et les Windigowaks

La fenêtre de ce voisin dont personne ne connaissait le nom laissait croire qu'il n'était pas loin de la dépression. Conserver ses décorations de Noël jusqu'à la Saint-Valentin, ça ne fait pas sain d'esprit.  Et comme de juste ce petit homme famélique haut comme trois pommes pourrites n'avait pas l'air de se sentir bien, comme si Windigo rôdait autour de lui.

Vous ne connaissez pas Windigo? C'est l'esprit malin des forêts nordiques pour les Anishnabé* (Algonquins). Il s'installe au temps de la famine, l'hiver. Et il anime son armée de Windigowaks, des visages émaciés, sans lèvres et des pieds sans orteils, qui sont devenus Windigowaks après avoir mangé de la chair humaine.

Ce qui fait que le cannibalisme était tabou chez les Anishnabé.

Le Windigo souffle sur nos hivers depuis des temps immémoriaux et vient chercher ses Windigowaks quand il n'y a plus rien à manger.

Chez ce voisin, justement, il n'y avait plus rien à manger. La tempête soufflait sur le toit de sa petite baraque coincée entre deux blocs d'appartements à prix modique. Les décorations de Noël étaient encore accrochées à sa rampe d'escalier et Père Noël avait ce même sourire sardonique dans la fenêtre de son salon. Lui, ce voisin, il était dehors dans la neige, tout nu, avec sa propre chair entre les dents.

Il était à treize jours du chèque de BS et il avait pété les plombs. Dehors, tout nu en pleine tempête, avec son bras qui saignait et cette pelle qu'il brandissait de l'autre... Ce visage squelettique... Il était devenu un Windigowak se nourrissant de sa proche chair humaine... Brrr...

On ne doit pas prendre Windigo à la légère, les amis. Il est là, l'esprit malin, et réclame sa part d'âmes maudites. Aussi le craint-on dans nos tipis et nos taudis, jouant de la guitare ou bien mangeant des croustilles pour survivre à sa présence. L'hiver passera. Le printemps reviendra, avec les fleurs et le bon temps sur les plages de sable fin de Métabéroutin. Windigo et ses Windigowaks, cannibales qui hantent les forêts et les villes par temps de famine, pourront retourner au néant jusqu'au prochain hiver...


*Le pluriel d'Anishnabé ne prend pas de s. La marque du pluriel est dans l'intonation, comme pour le latin. Maximum: singulier, maxima: pluriel.