jeudi 20 octobre 2016

TRU(i)E STORY

Cette histoire n’est pas facile à raconter mais elle est authentique. Cela s’est passé il y a une vingtaine d’années dans l’arrière-pays, quelque part entre Gentilly et Victoriaville. J’hésite à vous donner le lieu exact des événements pour la simple et bonne raison que ce récit met en scène une personne un peu perturbée qui pourrait se reconnaître et venir me le reprocher.

L'un de mes amis était à la recherche d’un logement ou bien d’une maison à louer. Il fut intrigué par une annonce qui laissait entendre qu’une maison mobile était en vente dans la municipalité paroissiale de X. Ladite maison avait été saisie par les autorités compte tenu que son propriétaire n’avait jamais acquitté son compte de taxes. La ville était prête à la céder pour moins de 2000$ en raison de l’état des lieux. L’ancien propriétaire s’en servait comme d’un dépotoir. Il y avait du gros ménage à faire. De plus, la maison mobile nécessitait de gros travaux de rénovation.

Par contre, le terrain semblait digne d’intérêt. La maison mobile était située près d’un petit ruisseau.  Après un bon ménage, qui sait si ce lieu n'était pas pour devenir des plus enchanteur? Pour tout dire, cela faisait rêver mon ami, un gars qui fumait probablement trop de marijuana.

Nous nous sommes donc présentés, lui et moi, pour aller voir ça de plus près.

La cour de la maison était remplie de vieux pneus, de bouts de ferraille et j’oserais dire de matières fécales d'origine humaine ou animale.

Nous apprîmes que l’ex-propriétaire était un personnage singulier, si je puis me permettre cet euphémisme.

C’était, à en croire le conseiller municipal qui nous fit visiter la maison, un type qui ne se lavait jamais. L'hurluberlu vivait dans sa maison avec une truie qui lui tenait lieu d'animal de compagnie.

Le conseiller municipal, un petit bonhomme dans la cinquantaine qui portait un bermuda et une casquette de golfeur, était un peu gêné de nous montrer les lieux.

Avec raison. Lorsque nous ouvrîmes la porte de la maison mobile, une incroyable odeur de moisissure et de purin nous monta au nez. Les planchers et les murs étaient défoncés et tout y était crotté, sinon abject. On avait sommairement nettoyé à la pelle l'intérieur de la maison mobile pour enlever le plus gros. Néanmoins, des crottes de souris et d'écureuils s'étaient ajoutées. Les comptoirs et la table de cuisine étaient dissimulés sous un lot de bouteilles, de canettes et de boîtes de conserve vides. 

La chambre était encore pire. Le type dormait avec un moteur d’avion… Les draps de son lit étaient translucides de sébum et de vaseline. Des tas de livres d’ingénierie aéronautique traînaient ça et là sur le sol recouvert d’une matière visqueuse d'origine inconnue.

-Il vivait vraiment avec une truie? Il dormait vraiment avec un moteur d’avion? demanda mon ami, les yeux exorbités par ce qui s'offrait à son regard. dont une vieille Bible aux pages crasseuses que nous n'osâmes pas feuilleter.

-Oui… dit le conseiller en se bouchant le nez. Il travaillait aussi à l’abattoir de cochons de Ste-X…. C’était un journalier… Il dépeçait des cochons tous les jours… Et il voulait bâtir son propre avion à ce qu'il paraît...

-Et il vivait avec  une truie tout en dépeçant des cochons à l'abattoir? Hostie c'est malade! osais-je dire.

-Oui… Sa truie s'appelait Gertrude... Et il s’est même passé une histoire que vous ne devez pas raconter à personne… susurra le conseiller en maintenant sa main devant son nez.

-Hum…?

-Eh bien… Heu… On l’a surpris tout nu dans son cours en train de... vous savez quoi... avec Gertrude, sa truie..

-Quoi!?!

-On lui a fait un procès pour bestialité… Ça, le compte de taxes pas payé, plus les plaintes des voisins… Vous comprenez que la ville n’ait pas eu le choix de tout reprendre…

-Et pourquoi un moteur d’avion dans son lit? questionné-je.

-Il rêvait de bâtir son propre Cessna… C’était un type bizarre, pas propre, solitaire et taciturne… Il faisait peur... C'est pour ça que la maison et le terrain ne sont pas dispendieux... Personne n'en veut dans la municipalité...

-Et qu'est-il arrivé à Gertrude? demanda mon ami.

-On l'a remise à l'abattoir, avoua d'un air gêné le conseiller municipal.

Nous nous sommes regardés l’un l’autre moi et mon ami avec un mélange d’étonnement et d’ahurissement.

-J’pense pas que j’vais l’acheter… avoua mon ami. Ça pue l’cochon pis toute cette histoire me lève le cœur! Un gars qui baise sa truie dans la cour… Un gars qui travaille à l’abattoir de cochons pis qui couche avec un moteur d’avion dans son lit… C’est trop fucké! Ce lieu fout la poisse… Brrr!!!

Nous avons contemplé le petit ruisseau pendant quelques instants. Un mince rayon de soleil filtrait entre les arbres. Des champignons se montraient la tête entre les feuilles mortes. Rien de bucolique néanmoins. Il était impossible de s'ôter de la tête ce qui s'était passé en ce lieu.

Moi et mon ami avons tout de même convenu d'explorer les alentours après que le conseiller nous ait quitté. L'ami tenait à partager un joint qu'il avait préalablement roulé avant cette visite inusitée.

Nous avons sauté par-dessus le ruisseau pour ne pas nous mouiller les pieds. Comme il faisait à peine trois pieds de largeur ce n’était pas si difficile. Par contre, j’ai perdu conscience du fait d’être mal atterri sur mon pied. Un courant électrique me traversa le corps du pied à la tête puis je me suis effondré.

-Qu’est-ce que t’as? m’a demandé mon ami après m’avoir aspergé le visage avec l’eau malpropre et malodorante du ruisseau.

-J’sais pas… J’ai perdu conscience…

Nous avons mis fin à notre exploration des lieux. J'ai même abandonné l'idée de fumer un joint.

Qu'est-ce qui s'était passé? Encore aujourd'hui, j'avoue que je n'en sais rien.


Pas besoin de vous dire que nous n’avons jamais remis les pieds là où il y eut un type qui faisait de vilaines choses avec sa truie dans la cour.

Pas besoin d'ajouter que lorsque je vois un terrain ou une maison mobile à vendre pour trois fois rien, il m'est impossible de m'enlever ces événements de la tête.

mercredi 19 octobre 2016

Parabole de la fatuité


"Le mal se connaissant était moins affreux et plus près de la guérison que le mal s'ignorant."
Baudelaire, Oeuvres posthumes

***

Le petit matin est le moment que moi et ma blonde privilégions pour examiner le monde et ceux qui le décomposent. Nous discutons de nos travers comme de ceux de nos congénères sans aucune autre prétention que celle de comprendre où nous en sommes.

Hier, nous parlions de problèmes amoureux rencontrés par les uns et les autres.

Aujourd'hui, notre discussion portait sur la fatuité.

Toute bonne action s'annule du fait qu'on se l'attribue comme un trophée.

Si l'on donne un dollar à un mendiant et qu'on le raconte à tout le monde, ce dollar ne signifie rien d'autre que l'on s'achète une réputation. Le mendiant n'est qu'accessoire. Il traînait sur notre chemin et, après l'avoir écarté comme une mouche avec un misérable dollar, on a trouvé le moyen de transformer en grandeur d'âme ce geste bien plus sanitaire que salutaire.

Du point de vue du mendiant c'est probablement différent. Il voulait ce dollar et c'est tant mieux s'il l'a obtenu. Mais là n'est pas le noeud du problème.

Prenons pour exemple X, une personne qui ne manque pas une occasion de se présenter comme une preuve vivante de jactance.

Elle se vante de toutes ses bonnes actions.

Elle raconte avec délectation ses récompenses, les bons mots qu'on a eus pour elle et bien plus encore. À l'entendre tout le monde tend des rameaux sous ses pieds pour l'accueillir comme si le Messie lui-même se frayait un passage parmi les loques humaines.

Sa personnalité est empreinte d'une fatuité incommensurable où l'humilité trouve difficilement son chemin.

-La madame est tellement contente que ce soit moi qui ait réglé son affaire! Mes patrons m'ont félicité! Je ne suis que rigueur et excellence! En plus, j'ai donné un dollar à un pauvre quêteux crotté qui en a eu les larmes aux yeux et qui m'a dit que j'étais une personne noble et bonne... Et ce n'est rien: j'ai remporté le premier prix de ... Puis je vais recevoir une médaille de... Je fais tellement preuve de compétence que c'est difficile de travailler avec moi qui leur montre leurs travers, leurs erreurs et la voie vers le dépassement... Ah! Moi! Moi! MOÂ!

Les personnes de ce genre-là finissent par me taper sur le système. Pour me prémunir de leur bêtise j'emploie parfois une tactique éprouvée: la parabole.

Lorsque je suis en présence de ladite personne infatuée, je lui raconte tout le mépris et l'indignation que je ressens face à l'infatuation en lui parlant d'une autre personne qui lui ressemble.

-Cette personne-là est exécrable! Elle passe son temps à se vanter! Moi je suis la meilleure personne! Moi je donne aux pauvres! Moi tout le monde me félicite! Que penses-tu, toi, d'une personne qui fait preuve d'autant de sottise? N'as-tu pas l'envie de lui foutre un coup de pied au cul?

-Heu... Ahem... me répond la cible de ma parabole en clignant des yeux.

J'obtiens généralement une modification ou bien un camouflage accentué de son comportement lorsque l'outrecuidant se trouve ensuite en ma présence. Il sait que je déteste les fats et pour se mériter mon approbation et un autocollant dans les marges de son cahier, ce sot se mettra à simuler l'humilité. Cette simulation me convient dans la mesure où cela me permet de souffler un peu.

***

Il va sans dire que je ne suis pas parfait. Je ne dirais même pas que je suis humble. Je suis tout bonnement réaliste. J'ai suffisamment de travers pour ne pas avoir l'envie de me vanter de quoi que ce soit. Et, par ailleurs, je vois tellement de travers chez autrui qu'il m'est difficile de céder à l'admiration. C'est un sentiment plutôt rare qu'il m'arrive d'avoir pour deux ou trois humains par quinze ans.

J'étais probablement bouffi d'orgueil et de vantardise dans ma jeune puberté. Je souffrais du syndrome du jeune lion qui veut bouffer le vieux lion. Je tenais à une certaine position de mâle alpha pour que toutes les filles tombent dans mes bras.

Puis je suis devenu préposé aux bénéficiaires dans un hôpital. Ma fatuité a fondu comme peau de chagrin. Elle a fait place à de l'empathie et à une forme de candeur envers tous les maux de l'humanité. J'ai reconnu ma propre bêtise. Et je me la suis même pardonnée.

Je ne vaux pas mieux que quiconque.

J'ai des défauts, des inconséquences et même des mensonges qui traînent ça et là dans ma vie.

Il est même possible que je fasse encore preuve de fatuité de temps à autre.

Par contre, si je me fie à Baudelaire, je suis plus près de la guérison en connaissant mon mal qu'en l'ignorant.

Cela me permet cette vanité de jouer au moraliste...

mardi 18 octobre 2016

L'amour se passe d'explications

J'ai cru remarquer que tous ceux qui se hasardaient à expliquer l'amour selon des critères rationnels n'étaient généralement pas amoureux.

Si je l'ai remarqué, c'est sans doute que je fus un jour du nombre de ceux-là.

Rien ne nous rend plus cynique envers l'amour que la solitude.

Cette solitude nous attendra tous et toutes dans le détour, un jour ou l'autre, puisque rien n'est éternel, même pas le soleil.

J'ai été cynique face à l'amour, comme la plupart des gens de ma génération au Québec. 

J'ai été jusqu'à douter de l'amour manifesté par mes parents. Je me disais qu'ils faisaient semblant puisque tous les couples que je connaissais finissaient par se séparer. C'était absurde de les voir se promener main dans la main après vingt-cinq ans de vie commune! Ils ne pouvaient que se mentir de se donner des baisers devant nous comme s'ils venaient de se fiancer...

J'ai donc perçu l'amour comme un réflexe biologique, un besoin de faire son changement d'huile pour parler crûment.  

Puis, un jour, sans crier gare, je suis tombé amoureux...

Ce fut d'abord une tragédie. J'étais incapable de marchander avec mes émotions. Je m'étais constitué une forteresse d'explications toutes faites qui contrevenaient à cet insolite dérèglement de mes sens. J'avais tellement raillé l'amour que je ne fus rien de moins que démoli la première fois que j'ai eu à y faire face.

Cela me fit revenir à contrecoeur vers mon cynisme primal. Pourtant, j'avais touché à ce sentiment jusqu'alors inconnu. Je savais en mon for intérieur que je me mentais avec mes explications et ma rationalité.

D'un passion amoureuse à l'autre, j'ai cheminé vers plus de beauté et moins de compromis avec elle.

Je n'ai pas laissé s'éteindre la flamme.

Puis, un jour, je l'ai rencontrée. Rencontrée qui? Celle avec qui je suis encore et toujours en amour...

Je me sens privilégié de vivre ce grand amour.

Je comprends qu'il n'est pas vécu par tout le monde.

Je sais que la solitude est le lot de la majeure partie de l'humanité.

Je finis par me dire pourquoi moi?

Pourquoi me suis-je mérité tant d'amour? Pourquoi l'ai-je rencontrée, elle, alors que tant de gens cherchent encore l'amour?

Je ne trouve pas de réponses à ces questions.

Chaque jour et chaque nuit qui passent sont vécues auprès d'elle.

C'est mon amour, mon amie, ma camarade...

Et ça ne s'explique pas.

C'est pourtant clair comme de l'eau de roche.

C'est limpide.

C'est beau.

Nous en serons bientôt à seize ans de vie commune.

Rien ne s'est éteint depuis notre premier baiser. La flamme est toujours aussi vive. Les raisons me semblent toujours aussi vaines. Et je méprise souverainement les explications sur cet amour inconditionnel.

Dostoïevski a écrit que la beauté sauvera le monde.

Il aurait pu écrire qu'elle me sauvera, moi.

Mais il ne me connaissait pas.

Enfin, pas comme ma blonde me connaît...




lundi 17 octobre 2016

Les intellectuels face au mensonge

Je suis probablement un intellectuel. Je lis des tas de gros livres et suis constamment en train de faire référence à des auteurs morts depuis des lustres. J'explique un tant soit peu le monde avec les arts et les lettres. Je confonds souvent les livres d'histoire avec l'histoire réelle. J'adhère inconsciemment à des théories qui témoignent de mes courtes vues de rat de bibliothèque.

Je me méfie pourtant des intellectuels. Je connais tout le mal qu'ils peuvent porter en eux-mêmes. Je ne les trouve ni meilleurs ni plus fiables que le commun des mortels. Bref, je ne les mets pas sur un piédestal. Ils ne figurent pas au panthéon des gens que j'admire.

J'admire d'abord et avant tout la bonté et la grandeur d'âme. Je la trouve trop souvent chez des gens qui n'ont pas ce que l'on appelle une tête bien faite. Qu'ils ne sachent rien sur Gilgamesh ou Montaigne ne m'irritent pas du tout. J'aime les gens qui ont le coeur tendre et le regard doux. J'évite la compagnie des personnes trop rationnelles. Je dirais même qu'elles m'effraient.

Derrière la Shoah il y a des comptables, des statisticiens, des fonctionnaires et des amateurs de culture classique. 

Derrière les vingt millions de morts de Staline il y a aussi les grands ballets russes.

Tous les crimes politiques ont toujours trouvé leur justification pour une frange importante de l'intelligentsia. Pour un artiste authentique qui s'indigne de la barbarie de ses contemporains, on en trouve mille qui répètent que tout s'explique par A plus B.

Bien que je sois un intellectuel, je ne fréquente pas ces milieux où ils évoluent. Je me mêle à ce monde que l'on dit petit pour se conférer une illusoire grandeur. Je parle avec des gens fripés, sinon avec des fripouilles. Je ne me sens bien qu'avec ceux et celles qui ne comprennent rien à tout ce cirque. Je suis comme eux cela dit, malgré tous ces livres que j'ai lus. Je prends parti pour le publicain contre le pharisien des Évangiles.

Rien ne m'est plus étranger que de faire face à quelqu'un qui brandit un livre comme la solution à tout ce qu'il voit et peut ressentir.

Je ne méprise ni les livres ni l'écriture. J'écris et lis si souvent que cela témoigne plutôt de mon attrait pour cette forme de divertissement.

Par contre, je cherche la vérité ailleurs.

Ou plutôt: je la cherche partout.

Jusqu'à maintenant, j'aurai surtout trouvé du mensonge.

Mes propres mensonges, d'abord et avant tout.

Et puis tous ceux que l'on nous sert jour après jour pour justifier l'injustifiable.

Je me tiens donc loin de tous ces bréviaires qui encensent la souffrance commise envers nos semblables au nom d'idéaux mesquins où les moyens s'écartent de la fin.

***

Lu sur Facebook une citation qui provient peut-être de Bill Murray. Avec Facebook, on ne sait jamais si c'est vrai... Par contre, le propos est sensé, que ce soit Bill Murray ou Fanfan Dédé qui l'ait prononcé.

Quand on ment au gouvernement, on dit que c'est un crime.

Quand le gouvernement nous ment, on dit que c'est de la politique.

Cela me semble sensé.

D'autant plus sensé qu'on trouvera des masses d'intellectuels pour justifier la politique et, par conséquent, le mensonge.

dimanche 16 octobre 2016

Méditation du dimanche

La religion m'est toujours apparue comme un frein à la quête spirituelle. En fait, les institutions représentent mal le mandat qui leur est confié. Le savoir ne se trouve pas qu'à l'école. La justice sociale n'est pas défendue que par les corporations syndicales. La santé n'est pas qu'à l'hôpital. La culture n'est pas qu'au Conseil des arts. Je pourrais rallonger cette liste par souci didactique que vous m'en voudriez de vous prendre pour des imbéciles. Vous avez compris autant que moi que les institutions sont imparfaites et parfois même nuisibles pour ce qu'elles prétendent défendre.

Par exemple, j'aime bien le bouddhisme. Le dépassement du soi me semble une voie royale menant à la sagesse et à la sérénité. Par contre, je suis insensible aux chiffres de cette doctrine: l'octuple sentier de la sagesse c'est trop mathématique. Déjà, on y sent l'institution. Et c'est là que je décroche.

La solitude m'a appris ce que je devais désapprendre pour libérer mon esprit des scories de mon éducation.

Je n'ai pas trouvé de réponses toutes faites. Il n'y a pas de quantités dans ce que j'ai trouvé. Il n'y a que des impressions, des émotions, des états de grâce.

Il aurait sans doute été plus facile d'interrompre mes questions pour habiter dans un beau jardin de réponses toutes faites. Le hic, c'est que j'ai toujours préféré la forêt aux beaux jardins. J'ai toujours ressenti plus d'émotion devant la nature sauvage que devant des constructions humaines dans lesquelles je perçois les traces de notre conditionnement.

Encore une fois, je laisse à d'autres la possibilité de penser autrement. Je ne suis nullement un guide spirituel et encore moins un chef de la meute. J'essaie, tout bonnement, de ne pas mentir avec ma conscience. Ce qui représente un défi de tous les instants. Ce qui me rend suspect d'hérésie aux yeux de tous ceux et celles qui profitent de cet ordre bien peu naturel des choses.

En lisant Agaguk de Yves Thériault j'ai appris que l'on devenait chamane seulement après avoir failli mourir. La proximité avec la mort délivrerait l'esprit des contingences matérielles de ce monde.

Je m'en voudrais de prétendre tenir le rôle d'un magicien ou d'un chamane.

Mais je ne suis pas insensible à cette allégorie.

J'ai failli mourir au moins trois fois dans ma vie. J'en suis ressorti à chaque fois avec un sentiment d'impermanence qui me fit ensuite tenir pour rien des aspects de la vie qui auraient dû me troubler. Comme si je n'aurais pas dû revenir ici-bas. Comme si la vie ne pouvait plus se résumer à des détails administratifs.

Je vous embête sûrement avec cette méditation.

Elle ne vous révélera rien de particulier, sinon que je refuse les réponses toutes faites et les faits sans questionnements.

Je me devais de l'écrire puisque nous sommes dimanche.

Et le dimanche, on est sensé de prier.

Voilà.



Mon nouveau billet dans le Hufftington Post

C'est ici.

samedi 15 octobre 2016

La fois où je n'aurai pas raconté l'histoire vraie d'un oignon

Je soumets toujours mon esprit à un maelström d'impressions disparates avant que de rédiger un billet sur mon blogue.

Je me soumets donc aux résultats de cette tempête avec plus ou moins de bonheur.

Il n'y a pratiquement rien de calculé dans ce que j'écris. Rien de stratégique. Rien pour prouver quoi que ce soit.

Cela ne signifie pas que j'aie raison. L'essentiel c'est de ne pas avoir tort quant à ce que je ressens.

Évidemment, je ne vous raconte pas tout. Mon jardin secret est encore plus imposant que ce jardin public où je vous convie à partager le fruit de mes réflexions plus ou moins déjantées.

Je ne savais pas quoi vous écrire aujourd'hui. C'est d'autant plus évident que mes dernières lignes témoignent de ce désarroi.

Ce n'est pas que je n'aie rien à vous raconter. Vous savez bien que je suis un taré intarissable...

J'avais en tête de vous raconter l'histoire vraie d'un oignon. Pourquoi d'un oignon? Je n'en sais rien. Je me suis dit que jamais personne n'a raconté l'histoire vraie d'un oignon. Puis je n'ai rien trouvé à dire sur cet oignon...

Ensuite, je me suis mis en tête que je pourrais me concentrer sur mes guitares, vous raconter leur histoire, comment j'en suis venu à en jouer, pourquoi je me sens bénit des dieux d'avoir réussi à y gratter quelques notes acceptables en m'accompagnant à l'harmonica. J'ai remis ce projet d'écriture à plus tard. Parce que le moi finit par être haïssable, comme l'aurait dit Pascal ou Pierre-Jean-Jacques.

Pourtant, je reviens vers moi. Vers les rêves que j'ai faits cette nuit...

J'ai d'abord rêvé que je défrisais des spaghettis cuits avec un fer à repasser afin de les sécher et de les remettre dans leur boîte de carton...

Puis j'ai rêvé que j'étais sur un bateau pirate, au XVIIIe siècle, et que ce bateau prenait l'eau. Ce qui nous obligea à accoster sur une île où il y avait un magasin Rossy qui vendait des écrans plats et des ordinateurs... Dans ce rêve insolite, je demandais aux commis quelle année nous étions.

-Nous sommes en 2016 m'sieur... me répondaient-ils.

-Ah bon, répliqué-je.

Je me demandais comment expliquer à notre capitaine que nous avions abordé une autre époque.

À force de rêver à de telles conneries, j'ai fini par me réveiller.

Il était cinq heures du matin.

J'ai moulu des grains de café bien torréfié.

J'ai versé huit tasses d'eau dans la cafetière.

J'ai pris mes médicaments, rien qui n'ait trait à ma santé mentale, je vous rassure tout de suite.

Puis j'ai casté des vidéos de musique zen pour me reposer l'esprit.

C'est là que l'histoire vraie d'un oignon m'est venue en tête.

Et, franchement, con comme je le suis, je vais sûrement vous la raconter un jour...

vendredi 14 octobre 2016

2153 bombes nucléaires ont explosé depuis 1945...


Un minimum de 2153 bombes nucléaires ont explosé depuis 1945. Il y en eut tant qu'on ne peut douter que cela puisse avoir eu un impact significatif sur la vie terrestre.

Face à une telle puissance destructrice, tous les autres débats semblent vains et stériles.

Nous vivons déjà en pleine catastrophe nucléaire. Il se suffit de peu pour que la Troisième guerre mondiale ne survienne. L'OTAN se permet de pousser ses pions dans la sphère d'influence russe. Les États-Unis ne supportaient pas que des missiles soient pointés vers son territoire depuis Cuba. Et voilà qu'on laisse entendre qu'il serait justifié d'installer des missiles en Ukraine, dans l'arrière-cour de la Russie. Cela ne se fera pas sans menacer la paix mondiale. Un jour les Russes frapperont les premiers...

On poursuit la guerre contre les méchants communistes sous d'autres formes. Nos maîtres et saigneurs tolèrent facilement les dictatures quand elles ne freinent pas la libre circulation de l'argent. Quand un État veut jouer sa partie tout seul, contrôlé ses ressources naturelles et investir dans les soins de santé et l'éducation, les voyous qui sont nos maîtres feraient n'importe quoi pour les faire plier. Ils joueront le jeu de la démocratie, de la liberté d'expression menacée et tout le tralala dont ils se foutent éperdument quand il s'agit d'autres dictatures qui leur permettent de faire de bonnes affaires. Comme les mafieux, ils offrent leur protection en retour d'une contribution, d'un tribut, d'une cote sur tout ce qui se vend.

On ne voulait pas de Cuba, du Vietnam ou de l'Afghanistan communistes. On s'est retenu pour Cuba parce que ce cancer était trop près des côtes américaines. Cela risquait de provoquer la colère de ces Sud-Américains au comportement sanguin... Pour les autres, on a pactisé avec tous les diables, tous les salauds et tous les bourreaux pour ouvrir les marchés.

L'Afghanistan communiste aurait permis aux femmes d'aller à l'école et de travailler. On ne voulait pas de ça. Alors on a fait alliance avec les islamistes. Avec ces mêmes islamistes que l'on accusa quelques années plus tard pour faire changement. Avec ces mêmes islamistes que l'on finança à nouveau subrepticement afin de poursuivre cette stratégie du chaos qui a toujours si bien réussie aux requins de la finance.

Des hommes et des femmes de paix se sont levés ici et là. On les a assassinés. On ne voulait pas que cela donne des idées positives aux gens. On ne voulait surtout pas changer cette vieille recette qui réussit toujours et encore aux salauds.

Quiconque prêchera le dialogue plutôt que la division passera nécessairement pour un fou.

On l'accusera d'intelligence avec l'ennemi. On dira que l'ennemi dit de lui qu'il est un idiot utile.

Puis on fera encore plus de bombes, plus d'armes meurtrières, plus de raisons de les utiliser pour faire tourner la roue de l'économie et satisfaire l'avidité des actionnaires.

Honnêtement, je ne vois pas comment nous allons nous tirer de cette spirale de violence.

Certainement pas en l'entretenant.

Les gens de paix auront bien sûr mauvaise presse.

Il ne saurait en être autrement.

Pourtant, ils représentent l'unique et ultime espoir de l'humanité.

jeudi 13 octobre 2016

Bob Dylan, Prix Nobel de littérature 2016



Quand Bob gagne le prix Nobel de littérature 2016, c'est comme si tout le monde le gagnait avec lui.

La chanson n'est pas un genre littéraire mineur.

C'est le plus grand troubadour de notre temps.

C'est notre Bob bien à nous.

Le Bob de tous les freaks.

Le Bob dans la gauche lignée de Woody Guthrie.


La méthode d'enseignement d'Alexis Klimov

Régent Ladouceur, portrait d'Alexis Klimov
Sans la permission de Régent qui ne devrait pas trop m'en vouloir...
« Exister, c'est s'adapter. Vivre, c'est oser »
Alexis Klimov, Terrorisme et beauté

***

La critique des institutions, quelles qu'elles soient, est l'un de mes thèmes récurrents. Au lieu de dire que j'ai mes raisons, je préfère mettre à l'avant-scène mes intuitions. Ce sont elles qui m'ont appris à me dissocier des institutions religieuses, politiques et même sociales.

Je ne vaux pas mieux qu'un autre. Je ne me crois pas le meilleur. Je n'incite personne à penser comme moi et à suivre mon chemin. Je me permets tout bonnement de commenter ce que mon instinct me dicte.

J'ai toujours été marginal. Je ne sais pas si je dois en tirer une quelconque fierté et ne souhaite à personne de devenir comme moi. Par contre, cette marginalité explique sans doute mon mépris des institutions, du conditionnement et du formatage intellectuel.

J'ai suivi les chemins les moins fréquentés par pure curiosité. Je suis même allé voir de l'autre côté du miroir pour contempler autre chose que mon propre reflet.

Dès l'école primaire, j'ai ressenti que l'école n'allait pas assez vite pour moi. C'était la plupart du temps soporifique.

Je m'emmerdais en classe. Je passais mon temps à dessiner et à lire toutes sortes de trucs pendant que mes professeurs déblatéraient. J'avais cette faculté bien précieuse de capter ce qui se disait en classe tout en concentrant mon attention ailleurs. Je ne me sentais bien qu'à la bibliothèque, seul devant des tas de livres.

Cela ne s'est pas amélioré en vieillissant. J'ai fréquenté encore plus de bibliothèques et  encore plus de livres conséquemment. Je suis devenu une sorte d'exilé de l'intérieur, un décrocheur scolaire qui faisait semblant de s'accrocher et de décrocher ses diplômes.

Les cours magistraux m'ennuyaient profondément. J'allais à la bibliothèque emprunter les manuels des professeurs pour prendre de l'avance et me conférer le droit de dessiner des gros nez en classe. J'obtenais de bonnes notes et étudiais peu. Je lisais ce qui devait être lu et surtout ce qui ne devait pas l'être pour devenir une copie conforme institutionnalisée.

Cela m'a causé quelques ennuis, bien entendu. J'ai ressenti dans ma chair et mon âme la profonde ignorance de plusieurs de mes instituteurs ou, si vous préférez, l'incurie de nos institutions d'enseignement.

Je me suis rebellé contre l'école, contre l'église, contre les partis politiques, contre les traditions jamais remises en question. Je n'allais pas succomber à la frime. Je n'allais pas devenir ce que je détestais.

Puis j'ai rencontré un professeur de philosophie rebelle à souhait, un certain Alexis Klimov qui s'intéressait bien plus à promouvoir l'amour du savoir qu'à se conformer au cadre institutionnel de l'enseignement universitaire.

Alexis Klimov n'était pas du genre à produire facilement un syllabus pour ses cours. Il le faisait par souci d'encaisser son salaire, sans plus. Ce qui le passionnait par-dessus tout, c'était de créer un climat propice à partager sa passion pour la connaissance. Un climat qu'il créait en emportant sous son bras une pile de livres dignes de ce nom: des romans, des poèmes, tout sauf des traités de philosophie râpeuse.

Il nous lisait ces livres avec émotion, comme si cela comptait plus que tout.

J'avais enfin trouvé quelque chose comme un maître.

Je me souviens d'un examen oral qu'il fit passer à tous ses étudiants. Nous étions plusieurs à attendre devant son bureau débordant de livres et d'objets insolites. Certains étudiants tremblaient comme s'ils craignaient d'être démasqués par cet érudit.

Ils avaient raison de le craindre. Alexis Klimov était implacable avec les étudiants les plus tatillons, envers ceux qui tenaient leurs études pour la récitation du petit catéchisme. Il leur faisait donc passer un examen à la hauteur de leur cuistrerie.

-À quelle époque situez-vous l'origine du mouvement surréaliste? leur demandait-il d'un air que j'imagine hautain.

-Heu... après la guerre...

-Laquelle?

-Bien... heu...

-Et l'année? Vous pouvez me dire l'année? Le mois? La date? L'heure exacte?

-Hum... heu...

Puis l'étudiant sortait du bureau de son bourreau totalement vexé, terrifié, pour ne pas dire détruit.

Quand vint mon tour, je m'attendais au pire et, de toute manière, je m'en foutais un peu. J'étais arrogant et fendant de nature.

-Bonjour monsieur Bouchard... Alors, quelles sont vos lectures en ce moment?

-Eh bien... Je lis Stanislaw Ignacy Witkiewicz... Je suis aussi en train de plonger dans William Blake... Et puis je déteste lire Sartre, Hegel et Heidegger: c'est nul à chier!

Nous avons parlé de littérature pendant une bonne demie heure. Aucune question sur les matières qui faisaient partie du syllabus de son cours.

-Monsieur Klimov... Ça fait une demie heure que l'on discute et vous ne m'avez pas encore posé une seule question en lien avec le cours... Ça ne me dérange pas mais je me demande si ce n'est pas moi qui vous étourdis avec mes lectures... Et heu...

-Mon cher monsieur Bouchard! Les questions sont pour les larves! Pour les autres, ceux qui font l'effort de lire et d'en savoir plus sur les fondements de nos existences, eh bien je ne me soucie pas de ces affreuses procédures... Vous lisez beaucoup plus que ce que l'on vous demande... Donc, vous vous méritez évidemment un A, me dit-il sur un ton moqueur.

Je suis sorti de son bureau en souriant. Mes amis, qui étaient aussi de solides lecteurs qui ont mal fini, obtinrent eux aussi un A pour les mêmes raisons. Toutes les mauvaises notes avaient été octroyées aux larbins.

Aujourd'hui encore, j'en ris. Quel professeur c'était! Quelle chance ce fut que de l'avoir connu.

J'imagine à peine comment je serais encore plus déprimé d'être étudiant de nos jours.

J'aurais probablement un téléphone intelligent en main et passerais mon temps à googler tandis que le professeur tenterait de répéter son laïus insignifiant. Avant qu'il ait terminé sa phrase j'en saurais plus long que lui sur la matière qu'il enseigne... Je finirais par boire et consommer de la drogue pour survivre à cela.

Peut-être qu'il y a lieu de revoir les méthodes d'enseignement. Pas nécessairement pour tout le monde... Il faut bien que nos institutions fassent de nouvelles victimes.

Dans un monde idéal, on laisserait pousser les fleurs au lieu de tirer dessus ou bien d'en acheter en plastique pour nous dispenser du soin de les abreuver.

Je ne doute pas qu'Alexis Klimov, feu mon maître de philosophie, serait d'accord avec ça.