mardi 14 juin 2016

Je suis un rêveur

Ce qu'il y a de bien avec la réalité de vieillir c'est de ne plus avoir de temps et encore moins d'intérêt pour les faux-semblants.

Comme bien d'autres j'imagine, j'aurai fait semblant d'aimer ce que je n'aimais pas.

J'ai écouté de la musique tonitruante qui ne m'intéressait pas.

J'ai participé à des partys et des réunions qui me soulevaient le coeur.

J'ai lu et vu des classiques en tous genres que j'ai failli aimer par pur conformisme.

C'est que le conformisme ne se joue pas qu'en se rabaissant aux goûts du plus petit dénominateur commun.

On peut être conformiste même parmi des marginaux.

On peut se conformer aux produits tout aussi inintéressants de la marginalité pour briller parmi ceux qui se tiennent en groupe pour prétendre qu'ils n'aiment pas les groupes.

J'ai toujours ressenti un profond malaise au sein des collectivités.

Quelque chose en moi m'a toujours dit que j'étais un solitaire.

J'aurai longtemps refusé l'étiquette de solitaire par lâcheté intellectuelle, par ce besoin trop humain de paraître normal, aimable et pas du tout méprisant.

Aujourd'hui, à 48 ans, je ne me sens plus la patience pour tenir un rôle qui n'est pas le mien.

J'aime la musique douce, la harpe et le violon langoureux.

Je ne fréquente pas les partys et fuient comme la peste les événements publics.

Je me fais ma propre idée sur ce que je lis et ce que je vois. Je ne juge plus une oeuvre à l'aune des critiques. Je n'apprécie vraiment que ce qui me nourrit. Si l'oeuvre me hante pendant des jours après avoir été en contact avec elle, c'est qu'elle mérite de faire partie de ma courte liste de chefs-d'oeuvre.

Je n'ai plus honte de mes sentiments et encore moins de mon caractère.

Je ne suis pas exempt de conformité. Après tout, je n'ai pas tout à fait l'air d'un itinérant. Mais je sais que je n'ai rien à attendre des modes, des cliques et des claques.

Je m'efforce de porter des vêtements sans logo et sans message. Je me dis naïvement que je ne suis pas un homme-sandwich. S'il m'arrive d'en porter, c'est parce qu'on me l'a donné et qu'il faut bien user ce que l'on vous donne.

Règle générale, je ne recherche rien d'autre que la tranquillité, le bruissement des feuilles, le chant des oiseaux, le clapotis des vagues.

Mes randonnées préférées ont lieu tôt le matin, lorsque les rues et les boisés sont déserts.

Ma saison préférée, à peu de choses près, est l'hiver. L'hiver qui me donne parfois l'impression d'être le dernier homme sur Terre. J'adore par-dessus tout marcher sous la tempête. C'est vivifiant et je dirais même transcendant.

Je ne suis pourtant pas misanthrope.

Et même que j'ai une blonde, laquelle est aussi sauvage que moi pour à peu près les mêmes raisons.

C'est avec elle, ma douce chérie, que je partage cet irrépressible besoin de paix, d'amour et de quiétude.

Ce besoin de calme et de beauté qui se contente de si peu.

Je passerais des heures à regarder une fourmi porter une miette de pain.

Des jours à contempler des grains de sable.

Des années à entendre le murmure d'un ruisseau.

Je ne suis pas comme tout le monde.

Je ne tiens pas à briller parmi les amateurs de rock, de romans-cultes ou de curling.

Je suis un rêveur.

lundi 13 juin 2016

Nouvelle publication dans le Hufftington Post

Rainbow Gathering

Mon nouveau billet est paru dans le Hufftington Post.

Il s'intitule La nature c'est bon pour les pouilleux.

La virilité c'est comme la confiture

"La virilité c'est comme la confiture, moins t'en as plus tu l'étends."
Moi

Photographie de Diane Arbus
Les premières victimes de l'homophobie sont les homophobes eux-mêmes.

Je ne dis pas ça pour qu'on les prenne en pitié. Je le dis parce que je l'ai trop souvent constaté dans ma vie. Ceux qui riaient le plus des soi-disant "tapettes" n'auraient pas dédaigner sucer une graine. Je les soupçonnais même d'en sucer en cachette et d'aimer tabasser les gais pour faire semblant qu'ils n'en étaient pas.

La violence qu'ils exprimaient envers les homosexuels participaient du reniement de leur propre nature homosexuelle. Ces homophobes étaient aussi les pires brutes avec les femmes. Ils affichaient une virilité tellement outrancière qu'elle finissait par cacher quelque chose de louche. Leur passion, c'était de débusquer les homosexuels dans les douches des gymnases, de leur donner des coups de serviettes mouillées et de leur pisser dessus. C'était le genre à regarder des films de cul entre gars. C'était parmi eux que s'organisaient les concours de branlettes et autres saloperies que je fuyais comme la peste.

Bref, je ne me sentais jamais bien en leur compagnie. Je préférais nettement les victimes de leur ostracisme. Je me sentais bien parmi les artistes et les intellectuels, au sein desquels on trouvait une forte proportion d'homosexuels et de transgenres qui s'assument. Je dirais même que je me sentais bien parmi les femmes. Je préférais nettement leur compagnie à celle des gars qui se gaussaient de l'art, des sentiments, des émotions et autres humanités du même ordre.

À l'école, j'ai assisté souvent avec impuissance à l'humiliation de jeunes garçons et jeunes filles qui avaient le malheur d'être différents. Certains se sont suicidés. D'autres ont réussi à passer au-travers de cette épreuve en assumant pleinement leur différence.

Je me demande parfois ce qu'est devenu Jean, que tout un chacun appelait Jeanne. Jean avait une voix et un visage de fille. Il avait aussi des gros seins. Combien de fois je l'ai vu s'enfuir devant des hordes d'abrutis qui voulaient le battre ou bien lui faire manger des chenilles tout en le traitant de tapette.

Il m'est arrivé de le protéger, Jean, tout en regrettant de l'avoir fait ensuite. Je m'en voulais de risquer moi aussi de passer pour un tapette. Je ne voulais pas me faire battre par des connards pour l'avoir protégé. Je rappelais à Jean qu'il devait apprendre à se défendre et arrêter d'être un tapette... À douze ans, c'était toute la capacité que je pouvais avoir à raisonner.

J'étais heureusement grand, gros et plutôt fort. Je ne me battais pas avec mes poings, mais avec des roches, des deux par quatre ou bien des pics à glace. Ça leur rappelait de tenir leur distance sous peine de terminer à la morgue. Je ne pouvais pas devenir la victime de ceux qui s'en prenaient aux gais, aux intellectuels ou bien aux premiers de classe. J'allais les tuer s'ils osaient s'en prendre à moi. C'était clair et net dans ma tête.

Cela dit, plus j'ai accédé aux études supérieures et plus les comportements homophobes se firent rares. C'est au primaire et au secondaire que se vivaient l'enfer sur terre pour les marginaux, de quelque nature qu'ils aient pu être.

Au collège et à l'université, les gais s'affichèrent de plus en plus ouvertement. Ils s'embrassaient devant nous. Ils partageaient leurs aspirations et leur culture avec les autres camarades sans tomber sous le coup de l'ostracisme.

Enfin, j'étais tombé dans un milieu dit évolué. Je n'étais plus parmi une bande de ploucs lâches et peureux qui s'en prenaient à dix contre un. Je n'avais plus à supporter leur bêtise abyssale. Je n'avais plus à cacher mon mépris des homophobes.

J'ai cru naïvement que nous vivions à une époque où ce combat pour les droits des gais, lesbiennes, bisexuels et transgenres était largement gagné.

Jusqu'à ce qu'un plouc entre dans un bar gai, à Orlando, pour y faire un carnage.

Un plouc qui n'aimait pas voir deux hommes s'embrasser.

Un plouc qui croyait qu'Allah l'interdisait.

Un plouc qui aurait aussi pu rejoindre les néo-nazis que les combattants de l'État islamique.

Un plouc comme bien d'autres ploucs que j'ai croisé dans ma vie qui se donnaient toutes sortes de mauvaises raisons pour agir en plouc.

Du coup, je réalise qu'il reste encore beaucoup de chemin à faire pour neutraliser les ploucs.

Ce que je trouve plutôt déprimant.



dimanche 12 juin 2016

Deux hommes qui s'embrassent...

Je voudrais bien écrire quelque chose de brillant à propos de la tuerie qu'un déséquilibré homophobe et islamiste a provoqué dans un bar gay de Orlando, en Floride. Les autorités parlent d'à peu près cinquante morts et cinquante blessés. Je ne trouve pas de mots assez forts pour signifier mon indignation. Alors je vous offre cette image de deux hommes qui s'embrassent. C'est ce qui aurait motiver le tueur à commettre son carnage. C'est ma manière de lui dire d'aller se faire foutre.

Pour le moment, je n'ai même pas envie de me renseigner et d'en savoir plus sur les motivations du tueur. Je ne veux même pas savoir son nom. Je voudrais seulement que son nom soit rayé à jamais de la mémoire des hommes pour tout simplement offrir mes sincères condoléances à tous les gays du monde.

La semaine dernière, en Georgie, un groupe de néo-nazis est entré dans un restaurant végétarien qui sert de lieu de rencontre pour les membres de la communauté LGBT (Lesbiennes, Gays, Bisexuels et Transgenres). Ils les ont agressé avec de la viande.

Ces deux nouvelles méritent d'être mises en parallèle pour comprendre que nous avons nous aussi des crétins racistes et homophobes à gérer sur notre propre territoire.

Le combat contre le racisme et le sexisme est loin d'être terminé.

Des idéologies religieuses et politiques mènent un travail de sape envers nos droits et libertés chèrement acquis.

Des idiots passent à l'acte sous l'impulsion des prêcheurs de la haine.

Que peut-on faire pour empêcher les tueries?

Honnêtement, je n'en sais rien.

Si des voyous arrachent des fleurs sans raison dans votre jardin, la résistance consiste sans doute à ce que vous en replantiez de nouvelles, pour que la beauté triomphe de l'imbécillité.

J'espère que la communauté gaie de Orlando saura se remettre rapidement sur pied.

J'espère que la voix des homophobes se taira à jamais.

Peace and love...

samedi 11 juin 2016

35 kilomètres de vélo

Autoportrait d'un imbécile heureux au
kilomètre 13 de la piste cyclable
J'atteindrai un jour un âge où le simple fait de se rendre à pieds au coin de la rue relèvera d'une authentique aventure. Je me réjouis d'être encore capable de me rendre plus loin par le mouvement continu de mes jambes sur cette merveilleuse invention qui s'appelle la bicyclette.

Je suis donc parti de très bonne heure pour m'enfoncer sur le sentier linéaire trifluvien qui relie le centre-ville aux Vieilles-Forges. Cela représente un peu plus de 35 kilomètres aller-retour, une distance respectable pour un gus qui, comme moi, approche de la cinquantaine.

Cette piste cyclable, qui fait partie du réseau dit de La route verte, traverse la ville du Sud au Nord dans un décor on ne peut plus naturel. On peut y rouler tranquillement ou bien à vive allure tout en étant ravi par le chant des oiseaux.

À six heures trente du matin, on ne croise pratiquement personne. Le temps étant à la pluie, il est possible que cela contribue aussi à cet état des lieux. Quoi qu'il en soit, je roulais seul, comme dans le bon vieux temps, "vers l'infini et plus loin encore" comme le dirait Buzz Lightyear.

Je suis arrivé aux Vieilles-Forges autour de huit heures. Ces vieilles forges furent jadis la plus vieille industrie d'Amérique du Nord. On y fabriquait des poêles et objets de fonte dès la première moitié du XVIIIe siècle. Le secteur a été abandonné au XIXe siècle. On a déterré les ruines au XXe siècle pour se donner l'illusion d'une histoire antédiluvienne. Le site, qui doit bien faire dans les cinq kilomètres carrés, est l'un des mieux préservés de Trois-Rivières compte tenu de son statut de Parc National fédéral. Il est relativement peu fréquenté puisqu'il se situe en-dehors du circuit touristique traditionnel essentiellement concentré autour du centre-ville. Tant et si bien qu'il faut y faire du bruit au cas où l'on y croiserait des ours qui passent parfois par là après avoir pris leur collation au dépotoir de Saint-Étienne-des-Grès, situé un peu plus au Nord.

Je n'ai pas croisé d'ours. Je n'ai vu qu'une vieille dame qui marchait dans un sentier avec des petites clochettes aux chevilles pour aviser les ours qu'il ne fallait pas la chercher. Une femme s'est faite agresser par un ours il y a quelques années, voyez-vous, et le printemps ils sont légèrement plus mal-léchés.

Je me suis rappelé toutes mes balades aux Vieilles-Forges depuis ma tendre enfance. Dont la fois où j'avais échappé à une interdiction de sortie à la suite d'une mauvaise interprétation de ma mère. L'un de mes amis jouaient avec les seins d'une fille du quartier dans notre hangar tandis que moi et mon jeune frère avions l'air d'attendre notre tour dehors. Ce qui n'était pas le cas. Nous ne savions même pas ce que faisait notre ami avec la fille et pourquoi ils ne voulaient pas nous faire entrer. Ma mère, qui veillait à l'éducation de ses quatre garçons, conclut un peu vite que nous étions de petits vicieux.  Puisque j'étais puni injustement, je me suis dit naïvement que je m'en irais vivre aux Vieilles-Forges où je trouverais sûrement des fraises, des framboises, des mûres et des bleuets...

Je devais avoir douze ans et ce n'était pas encore le temps des petits fruits. Je suis donc revenu dépité, je dirais même affamé, avec le sentiment d'échec en travers de la gorge, souhaitant que mes parents me pardonnent ma fugue. Je fus évidemment condamné à ne pas sortir de la soirée mais ma mère, pas méchante pour deux sous, crut bon d'adoucir sa sentence en me refilant du chocolat et toutes sortes de mauvaises choses pour les dents.

J'en aurais bien d'autres histoires à vous raconter à propos des Vieilles-Forges. Bavard comme je le suis vous vous doutez bien que j'y reviendrai jusqu'à ce que vous détestiez les Vieilles-Forges.

Je pourrais aussi vous raconter mes escapades à vélo du côté du Parc National de la Mauricie et de Québec. Ça viendra aussi puisque je ne suis pas certain d'être capable de m'y rendre à nouveau.

Je peux au moins me rendre à pieds au coin de la rue sans souffrir.

En ce sens, je me crois presque un athlète...

Ça descend comme dans la face d'un singe...

Un petit ruisseau

Le centre d'interprétation des Forges du Saint-Maurice

Reconstitution du moulin qui actionnait le soufflet de la forge

Ruisseau spécialement conçu pour actionner les soufflets des forges

Les rapides de la rivière Tapiskwan Sipi (anciennement Saint-Maurice)

Panneau d'interprétation de "la fontaine du Diable"

La fontaine du Diable est encore inondée par la crue des eaux
Ce qu'il reste de la grande cheminée

Des marguerites, parce que ce sont
les fleurs préférées de ma blonde

vendredi 10 juin 2016

Le plus sacré des droits...


Johnny Killer-qu'il-est

Tout le monde un tant soit peu intelligent sait que le cerveau est le muscle le plus important de l'organisme humain. Ce n'est pas que les autres muscles n'aient pas leur raison d'être. Cependant, c'est ce gros cerveau qui nous distingue de la majeure partie des mammifères avec lesquels nous partageons, d'ailleurs, un très fort pourcentage de patrimoine génétique. Ce gros cerveau nourrit de sucre, d'oxygène et de protéines nous a permis d'utiliser le feu et d'inventer des trucs tout aussi inutiles que des cerfs-volants et des grilles de mots-croisés.

Il n'est pas nécessaire de s'avancer plus loin dans ce genre de propos didactiques. On finirait par se lasser. À moins que ce ne soit déjà fait. Les effets littéraires sont parfois répulsifs.

Le vif du sujet n'est pas bien loin. Il s'appelle Johnny Killer-qu'il-est.

Cet abruti n'a pas encore compris que le cerveau est le muscle le plus important de son corps et sans doute qu'il ne le comprendra jamais.

Rien ne plaît autant à Johnny Killer-qu'il-est que de passer pour une grosse brute sans âme qui fait peur à tout un chacun. C'est sa seule ambition dans la vie. Toutes les autres lui sont refusées parce qu'il a développé un sens aigu de la stupidité.

Sa laideur est en grande partie intérieure. Extérieurement, malgré l'outrance de sa coquetterie, Johnny Killer-qu'il-est pourrait passer pour quelqu'un de propre même s'il est fondamentalement un gros sale. Il sent l'eau de Cologne à mille lieues et porte plus de bijoux sur lui que votre grand-mère. Son chandail, ses pantalons, ses chaussures et même ses sous-vêtements portent la griffe de grandes marques pour que l'on sache que cet idiot n'est pas n'importe qui même s'il est n'importe quoi.

Johnny Killer-qu'il-est affiche fièrement ses muscles gonflés aux hormones qui rapetissent ses testicules.

Et, pour compléter le portrait, il porte aussi à l'occasion une veste aux couleurs d'une bande de motards criminalisés.

Il se pavane parfois au centre-ville avec son chien, un pitbull qui pourrait vous tuer si Johnny ne le retenait pas solidement tout en lui sacrant des taloches au passage pour témoigner de sa fureur.

Johnny Killer-qu'il-est cache aussi un morceau dans ses vêtements. Je veux dire qu'il est armé. Il dort aussi avec une carabine au canon tronçonné. Et, on s'en doute un peu, il vend de la drogue, n'importe quoi, et s'amuse aussi à collecter l'argent auprès des mauvais payeurs en les menaçant de leur faire visiter le fond de la rivière en leur faisant chausser des pantoufles de béton.

Sa culture s'arrête aux films d'action et aux chansons tonitruantes qui laissent entendre qu'il faut violer les chiennes et tuer les flics. C'est de son niveau. D'ailleurs, sa blonde, Linda, ne vaut guère mieux. C'est une renifleuse de poudre qui s'est fait augmenter les mamelles et gonfler les babines au botox pour avoir cette gueule de ventouse. Elle aime Johnny Killer-qu'il-est parce que c'est un gros niochon qu'elle peut aisément manipuler quand elle a besoin d'argent. Une pipe par-ci, une branlette par-là, et Johnny Killer-qu'il-est donnerait son portefeuille, sinon celui d'un autre qui traîne dans le coin.

Au fin fond de lui-même, Johnny Killer-qu'il-est ne fait pas le poids. C'est un authentique peureux qui se cacherait sous un lit par nuit d'orage. Sa peur est d'ailleurs ce qui le rend méchant. Il craint tellement tout ce qui bouge qu'il frappe toujours le premier pour être sûr de ne pas avoir à se défendre loyalement.

Johnny Killer-qu'il-est n'emploie jamais la tactique de combat classique. C'est un vrai crotté qui frappe ses victimes avec divers objets contondants, dont son bâton de baseball qu'il a surnommé Beau-batte. Avec son fidèle Beau-batte, il a mis la moitié de sa ville à genoux. Pour l'autre moitié, il a parfois dû sortir son morceau. Et, évidemment, il se fait tout petit devant Molosse Phaneuf, le chef de la bande, qui a pour coutume de découper en rondelles ses opposants avant que de les faire disparaître en les offrant pour nourriture à ses cochons.

Récemment, Johnny Killer-qu'il-est s'est malheureusement fait pincer. Ce qui fait qu'il a été temporairement retiré de la circulation. On l'a envoyé faire du temps au pénitencier fédéral de Donnacona. C'était pour une affaire de drogue. Molosse Phaneuf, en attendant, lui paie sa cantine et lui fait rentrer de la dope pour qu'il en vende en-dedans. À sa sortie de cage, Johnny Killer-qu'il-est devrait réintégrer ses fonctions de fier-à-bras. Pour le moment, il s'entraîne et Linda peut même venir le visiter dans la roulotte du pénitencier, une fois par deux semaines, pour lui tailler une pipe.

J'aimerais bien vous dire ce qu'il a coutume de dire, Johnny, mais c'est peine perdue puisqu'il ne fait qu'aligner des sacres et des onomatopées qui ne volent pas haut.

-Calice de tabarnak! Attends un peu... Ouais! M'a t'y arran'er ça moé-là c'te crisse d'hostie d'cave de ciboire! Check-moé bin. Ga. Toé. Chose.

Les agents correctionnels souhaite qu'il termine son secondaire 5. Cela n'entre pas dans la tête de Johnny Killer-qu'il-est qui s'embrasse les biceps en leur répondant que c'est avec ça qu'il va faire la piastre dans la vie.

La morale de cette histoire? Il n'y en a pas. Comme d'habitude.

jeudi 9 juin 2016

Louis le parasite

La nature humaine est ainsi faite que les apparences sont presque toujours trompeuses.

Rien de mieux que Louis Lavergne pour servir d'exemple.

Louis a une belle voiture, une belle maison, une belle piscine, une femme qu'on ne saurait dire tout à fait jolie et un chien barbette qui jappe tout le temps.

Louis ne rate jamais une occasion pour dire qu'il a réussi dans la vie.

Il tient pour preuve ses acquisitions, dont celles que je viens d'énumérer, auxquelles il ajoute son écran plat de 60 pouces et les deux cents stations de télé qui l'accompagnent.

Louis ne lit jamais. Les liseux, selon lui, n'ont pas d'écrans plats et encore moins de piscines.

Louis a le sens des réalités.

Ce gros gras toujours sur le bord de l'accident cardiovasculaire mange mal, boit trop et ne fait jamais de sport. Il dit que tous les discours sur la santé sont des inventions des porteux de lunettes.

Louis ne porte des lunettes que pour lire et, comme il ne lit jamais, c'est rare qu'il les sort. Il demande plutôt à sa femme de lire les manuels d'instruction des mille et un trucs inutiles qu'il s'achète. Et il mène une très belle vie comme ça. L'an dernier il est allé à la Cuba. Cette année il s'en va à Las Vegas. L'an prochain il passera du bon temps en Floride.

Louis déteste viscéralement les assistés sociaux, qu'ils surnomment les maudits BS sur un ton plus que méprisant.

Il déteste aussi les syndicalistes: tous des lâches qui font fermer les usines.

Louis, vous l'aurez sans doute deviné, vote toujours du bord du patronat pour assurer la pérennité de ce système de marde dans lequel nous vivons trop souvent contre notre gré.

C'est un libéral, fédéraliste sans nulle autre conviction que la défense des iniquités qui lui profitent.

Louis ne donne jamais rien à personne. Tout est compté, mesuré et calculé. Rien ne sort de ses poches sans qu'il n'en retire un quelconque intérêt.

Évidemment, Louis s'arrange pour camoufler ses revenus, pour travailler au noir autant que faire se peut. Il touche toutes formes de subsides de l'État en crachant bêtement sur ceux qu'il considère comme des parasites.

Le gros Lavergne est pourtant un authentique parasite qui fraude le chômage, la CSST, Revenu Québec, Revenu Canada et tout le reste.

Il se croit blanc comme neige et vote pour les plus corrompus d'entre tous les corrompus.

Louis vote pour ces voleurs qui veulent mettre au pas les maudits BS.

Selon sa morale de singe, on devrait évidemment matraquer les manifestants, poivrer les étudiants, saigner les grévistes.

Au fond, Louis Lavergne est une puissante grosse merde comme on en fait beaucoup trop par les temps qui concourent à nous faire détester ce type de crosseur.




mercredi 8 juin 2016

Quand les asperges pourrissent dans les champs

Il m'arrive d'avoir des idées qui ne valent pas grand chose si je me fie à ceux qui savent tout et ne contestent jamais rien.

Le simple fait de remettre en question quoi que ce soit relève presque du crime de lèse-majesté pour ces hordes de larbins qui se sentent forts de leur insignifiance largement partagée.

Comme j'ai un peu l'âme de Don Quichote, je n'ai pas encore baissé les bras devant la connerie abyssale des repus, des bêtas, des lâches, des profiteurs et des peureux.

Évidemment, je n'ai pas toujours raison. Sinon, je serais un robot.

Humain comme je prétends l'être, il me vient toutes sortes de réflexions qui ne seront jamais appliquées. Je me permets de les émettre, comme un message dans une bouteille jetée à la mer des sarcasmes.

J'ai lu hier que des producteurs d'asperges se plaignaient qu'ils leur étaient difficile cette année d'avoir accès à du cheap labour provenant de l'Amérique latine. Par conséquent, leurs asperges pourrissent dans les champs.

On sait que les gens sur l'aide sociale, en plus d'avoir généralement faim, ont le droit de gagner quelque chose comme deux cents dollars par mois sans se faire amputer leur chèque et les misérables droits qui l'accompagnent. Une fortune quand on n'a que le cul et les dents...

En y pensant très fort, tellement que j'ai failli me péter une veine dans le cerveau, je me suis dit qu'il était ridicule de laisser pourrir de la nourriture dans les champs.

Pourrait-on faire une exception pour le travail dit saisonnier, pour l'agriculture en l'occurrence?

Pourrait-on laisser aux assistés sociaux la possibilité de se faire un bon petit coussin pendant un ou deux mois par année sans se faire couper? Pourrait-on leur laisser un petit surplus pour qu'ils se sortent enfin de la misère?

Je me suis dit, fort naïvement, que l'assisté social irait tout naturellement travailler dans les champs si l'on ne multipliait pas les tracasseries administratives pour une job qui n'en est pas tout à fait une puisqu'elle ne dure jamais longtemps.

Il s'en récolterait des asperges en un rien de temps et les surplus d'argent des misérables de souche seraient tout de suite réinvestis dans l'économie d'ici. Ce qui profiterait autant aux capitalistes qu'aux vendeurs de calendriers religieux.

J'aime bien les Latino-américains. Et je veux bien qu'on leur offre du travail. Je trouve cependant un peu mal torché que nous laissions crever de faim nos propres concitoyens sous prétexte qu'on doive les maintenir dans la pire des dépendances économiques.

J'aimerais bien que certains d'entre eux se sortent de la misère et de l'aide sociale. Je le dis par compassion, et non par haine du genre humain à l'instar des animateurs de la radio-poubelle.

S'ils avaient le droit, pendant un seul petit mois, de se faire deux milles dollars sans se faire couper, j'imagine tout aussi stupidement que ces pauvres-là pourraient s'acheter des bottes de travail, un marteau, un vélo et peut-être même des asperges pour se redonner le goût de l'indépendance financière.

Au fond, il y a pire que de laisser pourrir des asperges dans les champs.

Laisser pourrir des êtres humains dans la misère ce n'est guère plus reluisant.