Le premier du mois est le Jour des Rois. Je dois cette appellation à l'un de mes amis, le grand Routhier. Je l'ai retenue.
Pourquoi le Jour des Rois? Eh bien parce que les chèques d'aide sociale sont émis le premier jour de chaque mois, à moins que le premier ne tombe un samedi ou un dimanche.
Ce n'est pas le cas aujourd'hui. Le premier du mois tombe un mardi. C'est donc aujourd'hui que la manne tombe du ciel pour 315 441 ménages. Ce qui représente, au bas mot, près de un million de personnes pour une population d'environ 8 263 600 Québécois.
C'est beaucoup. Je ne juge pas de la pertinence d'accorder ou pas des chèques d'aide sociale. En fait, si: je conçois qu'il est nécessaire d'accorder de quoi survivre à ceux qui n'ont rien.
On veut nous faire accroire qu'il y a du travail pour tout le monde. Ce n'est pas le cas. Et ça n'ira pas en s'améliorant au fil des ans. Il y aura de moins en moins de travail pour tout le monde, de plus en plus de robots, de plus en plus de ghettos de chômeurs à vie... Ceux qui prétendent le contraire sont de fieffés menteurs.
***
J'ai eu dans ma vie l'insigne privilège de siéger sur des comités d'embauche. J'ai vu défiler des tas de gens qui se cherchaient du boulot. Je me suis moi-même trouvé dans cette situation désolante. Se promener d'un bureau à l'autre avec son cévé n'est pas une mince affaire. On doit parfois sacrifier son repas pour se payer une entrevue. On arrive affamé devant l'employeur, les yeux sortis de la tête, prêt à tout pour s'extirper de la misère.
L'ahuri derrière son bureau nous regarde de bas en haut avec un air de merlan frit. Il voit des trous dans notre cévé. Il veut qu'on porte absolument une cravate. Il n'a pas le temps de montrer la job et veut quelqu'un avec trente-huit ans d'expérience alors qu'on a seulement vingt-deux ans...
J'ai vu passé toutes les sortes de candidats, dont d'extrêmement mauvais qui avaient l'air d'avoir couché dans les vidanges. Qui les embauchera? Probablement personne. Et on leur reprochera, évidemment, d'être crottés et de vivre de l'aide sociale... On leur reprochera d'être illettrés, analphabètes, incultes et ignorants.
J'ai vu aussi d'excellents candidats que l'on n'a pas retenus parce qu'ils étaient quarante à passer une entrevue pour un seul poste disponible.
***
Le Jour des Rois, le jour du chèque d'aide sociale, n'est pas si réjouissant qu'on ne le croie tout compte fait.
C'est un jour qui apporte un peu de baume sur la misère.
Il se pourrait que le pauvre s'offre une consolation pour tout le mois de merde qu'il vient de traverser. Il aura peut-être l'envie de boire une bière, de fumer un joint ou de s'acheter une palette de chocolat. Les riches et les larbins le regarderont de haut, comme toujours.
Moi, je le regarderai aujourd'hui avec beaucoup de compassion et de solidarité.
Je ne le jugerai pas.
Je sais c'est quoi de vivre sur l'aide sociale.
Je souhaite ne jamais y retourner.
Et fuck pour tous ceux qui ne comprennent pas.
Fuck aux honnêtes gens, aux larbins et autres renifleurs de pet du capitalisme cannibale.
***
Je me souviens du gouvernement conservateur ontarien de Harris, un fort en gueule issus d'une quelconque radio-poubelle qui a souhaité s'attaquer à la pauvreté en réduisant les chèques d'aide sociale. Dans la semaine qui a suivi ce sabotage social, des milliers de pauvres se sont mis à entrer dans les supermarchés pour s'y servir sans payer. Les proprios et les policiers furent bientôt débordés par ces hordes de barbares qui vidaient les étagères en toute impunité.
Le gouvernement Harris s'est étouffé et a rétabli les chèques d'aide sociale de crainte de basculer dans une révolution sociale sans précédent.
Quiconque osera s'en prendre à l'aide sociale devra avoir en tête cette histoire. Quand un pauvre n'a plus rien à perdre, parce qu'on lui a tout enlever, il devient un excellent soldat pour foutre à terre la Bastille.
***
J'étais en Alberta lorsque le gouvernement tout aussi conservateur décida de couper l'aide sociale pour les moins de trente ans. Le chèque fût réduit à moins de trois cents dollars par tête de pipe. Par conséquent, les jeunes assistés sociaux désertèrent en masse l'Alberta pour se rendre en Colombie-Britannique ou bien en Saskatchewan dans l'espoir de s'en sortir. C'est donc les autres provinces canadiennes qui ont payé pour ces jeunes pauvres que l'Alberta s'acharna à éliminer.
Depuis que l'Alberta renoue avec les déficits et ne réussit plus à vendre son pétrole sale puisé dans les sables bitumineux, voilà qu'elle réclame de l'aide des autres provinces...
Le Québec devra bientôt émettre un chèque d'aide sociale pour l'Alberta qui n'aura pas su profiter de l'argent de l'or noir parti dans quelques inaccessibles paradis fiscaux au détriment des Albertains et de l'ensemble des Canadiens...
***
L'aide sociale n'est pas une sinécure.
Personne ne souhaite s'y maintenir toute la vie, hormis ceux qui ont perdu tout espoir de plaire à qui que ce soit, dont à un éventuel employeur.
Si vous aviez à passer votre vie dans un camp de concentration, je ne doute pas un instant que vous finiriez par trouver des trucs pour agrémenter votre ordinaire. Vous feriez appel à un certain marché noir à l'intérieur du camp pour combler certains caprices qui rendent la vie moins intolérable. Vous marchanderiez pour un mégot. Vous vendriez vos souliers pour un quignon de pain rassis.
Les gens sur l'aide sociale n'ont pas vraiment le choix d'avoir recours à des expédients pour combler le vide de leurs poches.
Les plus rusés finissent par mener une vie parallèle et à fricoter avec le crime organisé comme le font d'ailleurs les politiciens de métier, ces assistés sociaux de luxe.
Les autres sont toujours un peu plus malades, un peu moins présentables, un peu plus moribonds.
Tout le monde leur chie sur la tête.
La caissière du supermarché les dévisage.
L'employée de la Caisse populaire les méprise.
Le chauffeur de taxi les barouette d'un bout à l'autre de la ville en maugréant.
Le chauffeur d'autobus démarre à toute trombe pour les voir vaciller et tomber derrière lui.
Le petit employé au salaire minimum se réjouit de pouvoir les détester, comme s'il avait trouvé quelqu'un d'encore plus minable que lui.
***
Franchement, le premier du mois n'est pas vraiment le Jour des Rois...
mardi 1 mars 2016
lundi 29 février 2016
Spotlight sur les pédophiles de l'Église catholique
J'ai vu Spotlight vendredi dernier. Ce film de Tom McCarthy mettant en vedette Micheal Keaton a remporté hier l'Oscar du meilleur film. McCarthy en a profité pour envoyer un message au Vatican. Il faut dire que son film traite des prêtres pédophiles qui ont pu agir pendant des années en toute impunité. L'Église catholique camouflait tout et usait de son influence pour que rien ne transparaisse.
Ces actes de pédophilie ne se sont pas produits qu'à Boston, là où se déroule l'action du film oscarisé, mais partout dans le monde catholique. À la fin de Spotlight, on voit défiler des noms de lieux où l'Église catholique a étouffé des cas répugnants de pédophilie. Le Québec n'y était pas en reste...
Trop souvent on entend des fervents cathos dire que les prêtres sont des hommes comme les autres et qu'il peut s'y glisser des pommes pourries comme dans n'importe quel autre milieu.
Cela m'irrite un peu d'entendre ça.
Ils ne sont pas des hommes comme les autres, c'est ce qu'ils prétendent eux-mêmes devant leurs fidèles. C'est ce qu'ils ont fait pour cacher leurs viols à répétition sur des enfants.
Ils sont des hommes de Dieu. Ils sont là pour combattre le Mal et le péché. Et ces hommes de Dieu lorsqu'ils fouillaient dans les culottes des enfants demeuraient impunis. Ce qui n'en fait pas des hommes comme les autres, mais d'authentiques prédateurs sexuels qui ont bouleversé la vie de milliers d'enfants. Des milliers d'enfants qui sont plus tard devenus des adultes troublés aux prises avec des souvenirs douloureux.
Personne n'a voulu les croire lorsque les victimes ont dit que Frère Masturbus a joué avec leurs organes génitaux ou bien les a forcés à lui faire une fellation.
L'Église catholique n'a pas à nous dire qu'il faut pardonner les gestes des pédophiles. Elle aura amplement pratiquer cette forme de pardon.
Par contre, il y a lieu de se questionner quant à sa compassion envers les victimes de pédophilie.
Elle aura tout fait pour les écraser.
Et, aujourd'hui, elle mérite plusieurs taloches derrière la tête.
Elle mérite son sort: des centaines et des milliers d'églises qui ferment les unes après les autres.
Elle mérite le mépris généralisé de la communauté.
Ces prêtres n'étaient pas des hommes comme les autres. Non. Ils étaient pires que les autres...
***
Chaque fois que je vois une église, une statue sacrée, un symbole religieux ou une amulette je ressens un profond dégoût. Le phénomène religieux ne suscite aucune forme d'extase chez-moi.
Groucho Marx disait que l'institution du mariage était une bonne chose hormis pour ceux qui ne souhaitent pas vivre dans une institution.
Il en est ainsi pour toutes les institutions.
Quand on me montre une pyramide, je ne tombe pas en extase. Je vois des esclaves se faire fouetter et manger de la schnoutte pendant des années pour enterrer un fanfaron.
Quand on me montre une cathédrale, je n'y vois pas une merveille d'architecture. J'y vois un édifice administratif pour favoriser l'impunité des pédophiles. J'y vois la perpétuation de l'Empire romain, l'impérialisme qui aura écrasé toutes les formes de culture sur son passage. J'y vois l'impunité des prêtres et des césars.
Quand on me pointe du doigt un monastère, j'y vois une prison.
La religion? Très peu pour moi.
La spiritualité? Je veux bien dans la mesure où l'on ne vient pas me chier des réponses toutes faites à des questions portant sur l'infini. Autrement, c'est de la schnoutte. Cela m'intéresse autant qu'une partie de ouija.
Et la pédophilie? C'est sans excuses.
L'attirance envers les enfants n'est pas une distraction comme les autres.
D'autant plus que ces enfants ne demandaient pas de se faire jouer dans les culottes par de vieux cochons gluants, qu'ils aient porté une croix dans le cou ou pas.
Un cochon reste un cochon.
La souillure reste la souillure.
Il faut avoir quelques écrous en moins dans le cabochon pour trouver des excuses au viol des enfants.
Honte à l'Église catholique.
Elle devra en remuer de l'encens pour faire oublier toute la merde qu'elle aura faite au fil des époques.
Ces actes de pédophilie ne se sont pas produits qu'à Boston, là où se déroule l'action du film oscarisé, mais partout dans le monde catholique. À la fin de Spotlight, on voit défiler des noms de lieux où l'Église catholique a étouffé des cas répugnants de pédophilie. Le Québec n'y était pas en reste...
Trop souvent on entend des fervents cathos dire que les prêtres sont des hommes comme les autres et qu'il peut s'y glisser des pommes pourries comme dans n'importe quel autre milieu.
Cela m'irrite un peu d'entendre ça.
Ils ne sont pas des hommes comme les autres, c'est ce qu'ils prétendent eux-mêmes devant leurs fidèles. C'est ce qu'ils ont fait pour cacher leurs viols à répétition sur des enfants.
Ils sont des hommes de Dieu. Ils sont là pour combattre le Mal et le péché. Et ces hommes de Dieu lorsqu'ils fouillaient dans les culottes des enfants demeuraient impunis. Ce qui n'en fait pas des hommes comme les autres, mais d'authentiques prédateurs sexuels qui ont bouleversé la vie de milliers d'enfants. Des milliers d'enfants qui sont plus tard devenus des adultes troublés aux prises avec des souvenirs douloureux.
Personne n'a voulu les croire lorsque les victimes ont dit que Frère Masturbus a joué avec leurs organes génitaux ou bien les a forcés à lui faire une fellation.
L'Église catholique n'a pas à nous dire qu'il faut pardonner les gestes des pédophiles. Elle aura amplement pratiquer cette forme de pardon.
Par contre, il y a lieu de se questionner quant à sa compassion envers les victimes de pédophilie.
Elle aura tout fait pour les écraser.
Et, aujourd'hui, elle mérite plusieurs taloches derrière la tête.
Elle mérite son sort: des centaines et des milliers d'églises qui ferment les unes après les autres.
Elle mérite le mépris généralisé de la communauté.
Ces prêtres n'étaient pas des hommes comme les autres. Non. Ils étaient pires que les autres...
***
Chaque fois que je vois une église, une statue sacrée, un symbole religieux ou une amulette je ressens un profond dégoût. Le phénomène religieux ne suscite aucune forme d'extase chez-moi.
Groucho Marx disait que l'institution du mariage était une bonne chose hormis pour ceux qui ne souhaitent pas vivre dans une institution.
Il en est ainsi pour toutes les institutions.
Quand on me montre une pyramide, je ne tombe pas en extase. Je vois des esclaves se faire fouetter et manger de la schnoutte pendant des années pour enterrer un fanfaron.
Quand on me montre une cathédrale, je n'y vois pas une merveille d'architecture. J'y vois un édifice administratif pour favoriser l'impunité des pédophiles. J'y vois la perpétuation de l'Empire romain, l'impérialisme qui aura écrasé toutes les formes de culture sur son passage. J'y vois l'impunité des prêtres et des césars.
Quand on me pointe du doigt un monastère, j'y vois une prison.
La religion? Très peu pour moi.
La spiritualité? Je veux bien dans la mesure où l'on ne vient pas me chier des réponses toutes faites à des questions portant sur l'infini. Autrement, c'est de la schnoutte. Cela m'intéresse autant qu'une partie de ouija.
Et la pédophilie? C'est sans excuses.
L'attirance envers les enfants n'est pas une distraction comme les autres.
D'autant plus que ces enfants ne demandaient pas de se faire jouer dans les culottes par de vieux cochons gluants, qu'ils aient porté une croix dans le cou ou pas.
Un cochon reste un cochon.
La souillure reste la souillure.
Il faut avoir quelques écrous en moins dans le cabochon pour trouver des excuses au viol des enfants.
Honte à l'Église catholique.
Elle devra en remuer de l'encens pour faire oublier toute la merde qu'elle aura faite au fil des époques.
vendredi 26 février 2016
Exploités du monde entier, unissez-vous!
Croyez-vous vraiment que les capitalistes soutiennent la démocratie dans le monde? Pensez-vous qu'ils se couchent en se disant qu'il n'y a rien de plus noble que cette chose dite publique?
Le pays d'un capitaliste, c'est l'argent. Il étranglerait sa mère, sa femme et ses enfants s'il y voyait l'occasion de faire une piastre. S'il se retient, c'est parce que ça paraît mal en affaires. Ou parce qu'il y a d'autres mères, d'autres femmes et d'autres enfants à tuer avant d'en arriver là.
L'Iran et l'Afghanistan ont failli connaître une révolution de type communiste. Les capitalistes ont tout de suite compris que cela apporterait de l'eau au moulin du bloc des économies dites socialistes. On y a encouragé les islamistes au détriment des droits des femmes, au détriment d'écoles et de soins de santé gratuits. De sorte qu'il y a un peu de nous dans les talibans, Al Qaïda et même l'Ayatollah Khomeini. Il y a derrière tout ça le souffle puant de nos capitalistes.
Les capitalistes n'ont qu'une chose en tête: développer de nouveaux marchés et exploiter de nouveaux territoires. Rien de plus fâcheux pour un capitaliste que de devoir marchander avec un dictateur qui leur met des bâtons dans les roues. Ils s'accommodent bien d'un Pinochet ou bien d'un cheikh du Moyen-Orient. Moins avec un Castro, un Chavez, un Saddam Hussein ou bien un Bachar Al Assad. Ils aiment les salauds quand ce sont les leurs.
Je ne soutiens d'aucune manière les dictateurs, quels qu'ils soient. Mais je ne suis pas dupe. Il y a les bons et les mauvais dictateurs selon l'échelle de valeurs des capitalistes. Les bons sont ceux qui permettent l'exploitation des ressources naturelles de leur pays. Les mauvais sont ceux qui se ferment au sacro-saint marché.
Les capitalistes aiment les peuples qui n'ont rien, surtout pas des barrages hydroélectriques, des mines et du pétrole. Tout ça doit appartenir au privé et les gouvernements doivent se soumettre aux plans des banquiers de ce monde. S'ils ne le font pas, on inventera n'importe quoi pour y faire le ménage. On embauchera des mercenaires pour foutre le chaos du Nord au Sud, de l'Est à l'Ouest. On fera semblant de combattre les islamistes un jour puis le lendemain on les financera afin de continuer de faire semblant de les combattre. La plupart des larbins de ce monde n'y verront que du feu. Les capitalistes, comme toujours, financeront la maladie et le remède.
La révolution bolchevique, c'est connu, fût financée par les banques allemandes. Cette contre-révolution se donnait pour but de mettre un terme à la vraie révolution russe, celle qui n'avait presque fait aucun mort. Celle initiée par des anarchistes, des sans-partis, des tolstoïens et des syndicalistes. Lénine fût le fossoyeur de la révolution russe avec l'assentiment des banquiers. Le bolchevisme était la concrétisation du vieux rêve des conservateurs: un peuple soumis et docile qui travaillait pour un quignon de pain rassis. Ford et d'autres compagnies américaines ne manquèrent pas d'investir en Russie quand Lénine leur donna le feu vert.
-Oui, mais c'est ça la realpolitik! On ne vit pas au Royaume de Walt Disney...
Fort bien! Pourquoi faudrait-il accorder de l'importance aux contes de fées des médias traditionnels si tel est le cas?
Si ce monde est constitué de caca, permettez au moins que l'on se bouche le nez et les oreilles.
Les desseins des capitalistes sont clairs. Ils veulent s'accaparer toutes les ressources naturelles du monde et nous traiter comme des esclaves. Ils ne veulent pas notre bien, mais nos biens. Ils se financent des marionnettes politiques sous tous les régimes pour nous exploiter jusqu'à l'os.
Ils s'engagent des mercenaires, qu'ils soient bolcheviques ou islamistes, pour nous faire accroire qu'ils sont à la tête d'un combat entre le Bien et le Mal.
Dans les faits, le Mal vient du combat.
Le Mal, c'est le chaos.
Ce chaos qui permet de tout acheter pour trois fois rien.
Marx, qui avait ses défauts, avait tout de même raison de dire que les travailleurs n'ont pas de patrie et qu'ils n'ont que des chaînes à perdre.
Je souhaite que les Irakiens, les Égyptiens, les Afghans, les Russes et les Toltèques obtiennent le plein contrôle de leurs ressources naturelles. Je souhaite la nationalisation de toutes les ressources naturelles pour financer des écoles, des hôpitaux et des salles de concert. La Paix demeurera une illusion tant que nous aurons l'illusion que les capitalistes ne sont pour rien dans ces maux qui nous affligent sur cette Terre.
Exploités du monde entier, unissez-vous!
Le pays d'un capitaliste, c'est l'argent. Il étranglerait sa mère, sa femme et ses enfants s'il y voyait l'occasion de faire une piastre. S'il se retient, c'est parce que ça paraît mal en affaires. Ou parce qu'il y a d'autres mères, d'autres femmes et d'autres enfants à tuer avant d'en arriver là.
L'Iran et l'Afghanistan ont failli connaître une révolution de type communiste. Les capitalistes ont tout de suite compris que cela apporterait de l'eau au moulin du bloc des économies dites socialistes. On y a encouragé les islamistes au détriment des droits des femmes, au détriment d'écoles et de soins de santé gratuits. De sorte qu'il y a un peu de nous dans les talibans, Al Qaïda et même l'Ayatollah Khomeini. Il y a derrière tout ça le souffle puant de nos capitalistes.
Les capitalistes n'ont qu'une chose en tête: développer de nouveaux marchés et exploiter de nouveaux territoires. Rien de plus fâcheux pour un capitaliste que de devoir marchander avec un dictateur qui leur met des bâtons dans les roues. Ils s'accommodent bien d'un Pinochet ou bien d'un cheikh du Moyen-Orient. Moins avec un Castro, un Chavez, un Saddam Hussein ou bien un Bachar Al Assad. Ils aiment les salauds quand ce sont les leurs.
Je ne soutiens d'aucune manière les dictateurs, quels qu'ils soient. Mais je ne suis pas dupe. Il y a les bons et les mauvais dictateurs selon l'échelle de valeurs des capitalistes. Les bons sont ceux qui permettent l'exploitation des ressources naturelles de leur pays. Les mauvais sont ceux qui se ferment au sacro-saint marché.
Les capitalistes aiment les peuples qui n'ont rien, surtout pas des barrages hydroélectriques, des mines et du pétrole. Tout ça doit appartenir au privé et les gouvernements doivent se soumettre aux plans des banquiers de ce monde. S'ils ne le font pas, on inventera n'importe quoi pour y faire le ménage. On embauchera des mercenaires pour foutre le chaos du Nord au Sud, de l'Est à l'Ouest. On fera semblant de combattre les islamistes un jour puis le lendemain on les financera afin de continuer de faire semblant de les combattre. La plupart des larbins de ce monde n'y verront que du feu. Les capitalistes, comme toujours, financeront la maladie et le remède.
La révolution bolchevique, c'est connu, fût financée par les banques allemandes. Cette contre-révolution se donnait pour but de mettre un terme à la vraie révolution russe, celle qui n'avait presque fait aucun mort. Celle initiée par des anarchistes, des sans-partis, des tolstoïens et des syndicalistes. Lénine fût le fossoyeur de la révolution russe avec l'assentiment des banquiers. Le bolchevisme était la concrétisation du vieux rêve des conservateurs: un peuple soumis et docile qui travaillait pour un quignon de pain rassis. Ford et d'autres compagnies américaines ne manquèrent pas d'investir en Russie quand Lénine leur donna le feu vert.
-Oui, mais c'est ça la realpolitik! On ne vit pas au Royaume de Walt Disney...
Fort bien! Pourquoi faudrait-il accorder de l'importance aux contes de fées des médias traditionnels si tel est le cas?
Si ce monde est constitué de caca, permettez au moins que l'on se bouche le nez et les oreilles.
Les desseins des capitalistes sont clairs. Ils veulent s'accaparer toutes les ressources naturelles du monde et nous traiter comme des esclaves. Ils ne veulent pas notre bien, mais nos biens. Ils se financent des marionnettes politiques sous tous les régimes pour nous exploiter jusqu'à l'os.
Ils s'engagent des mercenaires, qu'ils soient bolcheviques ou islamistes, pour nous faire accroire qu'ils sont à la tête d'un combat entre le Bien et le Mal.
Dans les faits, le Mal vient du combat.
Le Mal, c'est le chaos.
Ce chaos qui permet de tout acheter pour trois fois rien.
Marx, qui avait ses défauts, avait tout de même raison de dire que les travailleurs n'ont pas de patrie et qu'ils n'ont que des chaînes à perdre.
Je souhaite que les Irakiens, les Égyptiens, les Afghans, les Russes et les Toltèques obtiennent le plein contrôle de leurs ressources naturelles. Je souhaite la nationalisation de toutes les ressources naturelles pour financer des écoles, des hôpitaux et des salles de concert. La Paix demeurera une illusion tant que nous aurons l'illusion que les capitalistes ne sont pour rien dans ces maux qui nous affligent sur cette Terre.
Exploités du monde entier, unissez-vous!
jeudi 25 février 2016
Le 29 février
La médecine n'est pas une science exacte. Si elle l'était, cela se saurait. On peut bien sûr y faire confiance pour recoudre une oreille ou bien enlever une écharde. Il en va tout autrement lorsqu'il s'agit d'expliquer ces cas spéciaux qui ne font qu'infirmer toutes les règles établies.
Anatole était une anomalie de la science. On ne s'expliquait pas que cet homme né le 29 février 1936 ait encore le physique d'un jeune homme alors qu'il allait célébrer le jour de son anniversaire pour la vingtième fois de sa vie.
En fait. Anatole avait un métabolisme qui ne ressemblait aucunement à la norme humaine. Ça lui prenait quatre ans pour vieillir d'un an.
-C'est impossible! s'étaient dit tous ses médecins, dont plusieurs étaient morts et enterrés. C'est comme si Anatole connaissait un cycle de vieillissement ajusté sur les années bissextiles... Comme s'il ne pouvait pas vieillir avant le 29 février de chaque année où se tiennent les Jeux olympiques d'été... C'est ridicule de l'affirmer et ça ne tient pas debout... C'est pourtant ce qui se passe...
Anatole avait eu un an jusqu'en 1940, même s'il n'y avait pas eu d'Olympiques cette année-là.
Puis deux ans jusqu'en 1944, ce qui confirme que les Olympiques n'avaient rien à avoir avec sa particularité biologique. Il ne s'en est pas tenus en 1944.
Il eut trois ans jusqu'en 1948.
En 1976, lors des Jeux olympiques de Montréal, Anatole ressemblait encore à un enfant de dix ans...
Évidemment, il vivait en institution. Jusqu'à ce qu'il atteigne sa crise d'adolescence en 1988, à l'âge de cinquante-deux ans en réalité, et treize ans selon sa date d'anniversaire qui ne revenait qu'une fois aux quatre ans.
-J'en ai assez d'être ici! Vous ne pouvez pas me garder! Je fous le camp le 29 février prochain! qu'il avait crié en cassant tout ce qu'il pouvait.
Anatole fût un punk plus ou moins anarchiste pendant vingt ans. Il milita même au sein d'un groupuscule anarchiste qui imprimait des tracts dans un squat, des tracts qui disaient grosso modo fuck toutte.
En l'an 2008, il passa à autre chose. Il avait quinze ans selon son étrange constitution. Et soixante-douze ans selon la loi. Il en profita pour obtenir sa pension de retraite tant au fédéral qu'au provincial et se mit à baiser comme un orang-outan des vieilles de son âge qui s'étonnaient d'avoir affaire à un si beau jeune homme.
Le 29 février 2016, Anatole aura quatre-vingts ans. Il en a quatre fois moins quand on le regarde.
Ses médecins n'y comprennent rien.
Anatole n'est jamais malade.
Tous les membres de sa famille sont morts depuis longtemps.
Il lui reste encore quelques belles années devant lui.
Selon toute vraisemblance, il devrait mourir autour de l'année 2268.
Et peut-être jamais.
Il se pourrait bien qu'on ait trouvé le moyen d'atteindre l'immortalité d'ici là.
Anatole était une anomalie de la science. On ne s'expliquait pas que cet homme né le 29 février 1936 ait encore le physique d'un jeune homme alors qu'il allait célébrer le jour de son anniversaire pour la vingtième fois de sa vie.
En fait. Anatole avait un métabolisme qui ne ressemblait aucunement à la norme humaine. Ça lui prenait quatre ans pour vieillir d'un an.
-C'est impossible! s'étaient dit tous ses médecins, dont plusieurs étaient morts et enterrés. C'est comme si Anatole connaissait un cycle de vieillissement ajusté sur les années bissextiles... Comme s'il ne pouvait pas vieillir avant le 29 février de chaque année où se tiennent les Jeux olympiques d'été... C'est ridicule de l'affirmer et ça ne tient pas debout... C'est pourtant ce qui se passe...
Anatole avait eu un an jusqu'en 1940, même s'il n'y avait pas eu d'Olympiques cette année-là.
Puis deux ans jusqu'en 1944, ce qui confirme que les Olympiques n'avaient rien à avoir avec sa particularité biologique. Il ne s'en est pas tenus en 1944.
Il eut trois ans jusqu'en 1948.
En 1976, lors des Jeux olympiques de Montréal, Anatole ressemblait encore à un enfant de dix ans...
Évidemment, il vivait en institution. Jusqu'à ce qu'il atteigne sa crise d'adolescence en 1988, à l'âge de cinquante-deux ans en réalité, et treize ans selon sa date d'anniversaire qui ne revenait qu'une fois aux quatre ans.
-J'en ai assez d'être ici! Vous ne pouvez pas me garder! Je fous le camp le 29 février prochain! qu'il avait crié en cassant tout ce qu'il pouvait.
Anatole fût un punk plus ou moins anarchiste pendant vingt ans. Il milita même au sein d'un groupuscule anarchiste qui imprimait des tracts dans un squat, des tracts qui disaient grosso modo fuck toutte.
En l'an 2008, il passa à autre chose. Il avait quinze ans selon son étrange constitution. Et soixante-douze ans selon la loi. Il en profita pour obtenir sa pension de retraite tant au fédéral qu'au provincial et se mit à baiser comme un orang-outan des vieilles de son âge qui s'étonnaient d'avoir affaire à un si beau jeune homme.
Le 29 février 2016, Anatole aura quatre-vingts ans. Il en a quatre fois moins quand on le regarde.
Ses médecins n'y comprennent rien.
Anatole n'est jamais malade.
Tous les membres de sa famille sont morts depuis longtemps.
Il lui reste encore quelques belles années devant lui.
Selon toute vraisemblance, il devrait mourir autour de l'année 2268.
Et peut-être jamais.
Il se pourrait bien qu'on ait trouvé le moyen d'atteindre l'immortalité d'ici là.
mercredi 24 février 2016
Les milliardaires et le sens de l'humour
Les communistes ont le sens de l'humour.
Je sais bien qu'en disant cela je m'attirerai la foudre des militants des droits de l'homme. Je les rassure tout de suite en promettant d'être à leurs côtés pour porter ma pancarte.
Cela dit, il est possible de voir de l'humour là où il y a des comportements pour le moins répréhensibles. Il n'est pas aimable de balancer une tarte à la crème au visage de qui que ce soit et pourtant cette blague éculée aura fait la fortune des protagonistes du cinéma muet.
L'humour des communistes a débuté avec Lénine.
L'économie soviétique était en ruines après des mois de guerre civile. Le monde entier pouvait se réjouir d'avoir mis à genoux ce rêve utopique d'une société égalitaire. L'égalité et la démocratie ne furent pas au rendez-vous et c'est la dictature qui fit naturellement son chemin.
Pour remonter l'économie soviétique, Lénine décida d'introduire certains éléments d'économie capitaliste à son plan machiavélique. Ce plan s'appela la Nouvelle politique économique, mieux connue sous l'acronyme NEP.
La NEP permit une certaine liberté économique pour un temps limité, le temps de se refaire une santé financière. Les agriculteurs et les compagnies étrangères purent s'enrichir le temps que cela dura.
Quelques années plus tard, l'État soviétique se chargea de tout reprendre, de tous les exproprier et de récupérer tout ce bel argent frais pour arriver à ses fins. C'est ce que j'appelle avoir le sens de l'humour.
Cela ne vous rappelle pas quelque chose?
La Fédération russe, suite à la chute du communisme, introduisit de nouvelles libertés économiques. Des mafieux devinrent extrêmement riches sous Boris Eltsine qui pratiqua envers son peuple la thérapie de choc prônée par les libertariens de l'École de Chicago. Il s'agissait en gros d'abolir les droits et avantages sociaux, d'enrichir les riches et d'appauvrir implacablement les pauvres. C'était une autre façon d'avoir le sens de l'humour...
Les Russes ne firent plus la file pour s'acheter une patate, bien sûr, mais ils n'eurent bientôt plus d'argent pour s'en acheter.
Une nouvelle classe de milliardaires russes se mit à aplatir tout ce qui entravait leur ascension sociale. Eltsine en était tellement heureux qu'il se la saoulait tous les jours. Tant et si bien qu'on dut songer à le remplacer pour ces trop nombreuses pertes de facultés.
On songea donc en haut lieu de le remplacer par Vladimir Poutine, ce larbin de Eltsine dont on était sûr qu'il ferait tout ce qu'on lui dirait.
Or, le larbin se comporta bientôt en tsar. Il était nostalgique d'un temps où l'école, la santé et l'éducation étaient gratuites.
Il mit des tas de milliardaires en prison, les expropria puis remit une bonne partie des fruits de son vol dans l'économie nationale. Il redonna une couleur collectiviste à la Russie. Le niveau de vie augmenta de 40%. Les retraites aussi. Du coup, les Russes qui ne mangeaient plus dans les poubelles le virent comme un héros national, au grand dam de toute la presse occidentale qui tenait à ce qu'il poursuive l'austérité et la thérapie de choc de l'École de Chicago...
Les Chinois, qui rient sournoisement pour nous confondre, adoptèrent un tant soit peu les mêmes méthodes que celles de Lénine et Poutine.
Ils laissèrent un temps les riches s'enrichir, histoire de donner du coffre à leurs devises. Puis, peu à peu, ils coffrèrent eux aussi des milliardaires pour s'accaparer leurs biens afin de faire revenir ce bel argent dans la chose dite publique.
L'Islande, pour ne pas être en reste, décida elle aussi d'emprisonner des banquiers.
Dans notre beau pays, où tout le monde est beaucoup trop sérieux, on hésite à emprisonner les banquiers et les milliardaires, voire les maires et les Premiers ministres. Et pourtant, ça pourrait se faire en criant lapin. Celui qui osera le faire, un jour ou l'autre, passera illico pour un héros national.
Nous sommes des maîtres de l'humour au Québec.
Je ne crains pas que nous soyons en passe de devenir la première société nord-américaine à mettre en pratique cette forme d'humour économique.
Nous l'avons fait pour l'électricité. Nous les avons tous expropriés et personne ne viendrait dire aujourd'hui que ce fût une mauvaise décision pour les Québécois.
Voilà pourquoi je ris dans ma sale barbe de séditieux chaque fois que j'entends s'exprimer un milliardaire québécois ou même canadien. Je me dis toujours que ses jours sont comptés. Je me dis que leur fortune est bien plus éphémère qu'ils ne le croient dans un monde qui prend parfois ses leçons de la Russie, de la Chine et de l'Islande.
On peut bien rire de qui l'on veut, non?
D'autant plus que l'on ne se gêne pas pour rire de nous...
Je sais bien qu'en disant cela je m'attirerai la foudre des militants des droits de l'homme. Je les rassure tout de suite en promettant d'être à leurs côtés pour porter ma pancarte.
Cela dit, il est possible de voir de l'humour là où il y a des comportements pour le moins répréhensibles. Il n'est pas aimable de balancer une tarte à la crème au visage de qui que ce soit et pourtant cette blague éculée aura fait la fortune des protagonistes du cinéma muet.
L'humour des communistes a débuté avec Lénine.
L'économie soviétique était en ruines après des mois de guerre civile. Le monde entier pouvait se réjouir d'avoir mis à genoux ce rêve utopique d'une société égalitaire. L'égalité et la démocratie ne furent pas au rendez-vous et c'est la dictature qui fit naturellement son chemin.
Pour remonter l'économie soviétique, Lénine décida d'introduire certains éléments d'économie capitaliste à son plan machiavélique. Ce plan s'appela la Nouvelle politique économique, mieux connue sous l'acronyme NEP.
La NEP permit une certaine liberté économique pour un temps limité, le temps de se refaire une santé financière. Les agriculteurs et les compagnies étrangères purent s'enrichir le temps que cela dura.
Quelques années plus tard, l'État soviétique se chargea de tout reprendre, de tous les exproprier et de récupérer tout ce bel argent frais pour arriver à ses fins. C'est ce que j'appelle avoir le sens de l'humour.
Cela ne vous rappelle pas quelque chose?
La Fédération russe, suite à la chute du communisme, introduisit de nouvelles libertés économiques. Des mafieux devinrent extrêmement riches sous Boris Eltsine qui pratiqua envers son peuple la thérapie de choc prônée par les libertariens de l'École de Chicago. Il s'agissait en gros d'abolir les droits et avantages sociaux, d'enrichir les riches et d'appauvrir implacablement les pauvres. C'était une autre façon d'avoir le sens de l'humour...
Les Russes ne firent plus la file pour s'acheter une patate, bien sûr, mais ils n'eurent bientôt plus d'argent pour s'en acheter.
Une nouvelle classe de milliardaires russes se mit à aplatir tout ce qui entravait leur ascension sociale. Eltsine en était tellement heureux qu'il se la saoulait tous les jours. Tant et si bien qu'on dut songer à le remplacer pour ces trop nombreuses pertes de facultés.
On songea donc en haut lieu de le remplacer par Vladimir Poutine, ce larbin de Eltsine dont on était sûr qu'il ferait tout ce qu'on lui dirait.
Or, le larbin se comporta bientôt en tsar. Il était nostalgique d'un temps où l'école, la santé et l'éducation étaient gratuites.
Il mit des tas de milliardaires en prison, les expropria puis remit une bonne partie des fruits de son vol dans l'économie nationale. Il redonna une couleur collectiviste à la Russie. Le niveau de vie augmenta de 40%. Les retraites aussi. Du coup, les Russes qui ne mangeaient plus dans les poubelles le virent comme un héros national, au grand dam de toute la presse occidentale qui tenait à ce qu'il poursuive l'austérité et la thérapie de choc de l'École de Chicago...
Les Chinois, qui rient sournoisement pour nous confondre, adoptèrent un tant soit peu les mêmes méthodes que celles de Lénine et Poutine.
Ils laissèrent un temps les riches s'enrichir, histoire de donner du coffre à leurs devises. Puis, peu à peu, ils coffrèrent eux aussi des milliardaires pour s'accaparer leurs biens afin de faire revenir ce bel argent dans la chose dite publique.
L'Islande, pour ne pas être en reste, décida elle aussi d'emprisonner des banquiers.
Dans notre beau pays, où tout le monde est beaucoup trop sérieux, on hésite à emprisonner les banquiers et les milliardaires, voire les maires et les Premiers ministres. Et pourtant, ça pourrait se faire en criant lapin. Celui qui osera le faire, un jour ou l'autre, passera illico pour un héros national.
Nous sommes des maîtres de l'humour au Québec.
Je ne crains pas que nous soyons en passe de devenir la première société nord-américaine à mettre en pratique cette forme d'humour économique.
Nous l'avons fait pour l'électricité. Nous les avons tous expropriés et personne ne viendrait dire aujourd'hui que ce fût une mauvaise décision pour les Québécois.
Voilà pourquoi je ris dans ma sale barbe de séditieux chaque fois que j'entends s'exprimer un milliardaire québécois ou même canadien. Je me dis toujours que ses jours sont comptés. Je me dis que leur fortune est bien plus éphémère qu'ils ne le croient dans un monde qui prend parfois ses leçons de la Russie, de la Chine et de l'Islande.
On peut bien rire de qui l'on veut, non?
D'autant plus que l'on ne se gêne pas pour rire de nous...
mardi 23 février 2016
Facile comme de trouver une aiguille dans une botte de foin
Jasmine cherchait depuis une heure une aiguille qu'elle avait perdue dans une botte de foin.
Vous vous dites à tort qu'on ne fait pas pareille sottise sans qu'il y ait quelque raison de douter de ce qui peut se passer dans la boîte à poux.
D'abord, Jasmine n'avait pas de poux.
Et puis elle avait tout bonnement crut bon de s'asseoir sur une botte de foin, dans cet enclos où elle nourrissait ses alpagas, dans le but de profiter d'un moment de calme bien à l'écart de la télévision devant laquelle était hypnotisée toute sa famille.
L'imparable arriva. Elle perdit son aiguille dans la botte de foin tandis qu'elle s'en servait pour recoudre le bouton de sa chemise.
Comment la retrouver, hein?
Elle se souvenait vaguement du proverbe selon lequel il était difficile de trouver une aiguille dans une botte de foin.
Comme Jasmine n'était pas du genre à s'abattre, elle s'empara d'une torche à souder dans la grange et mit le feu à la botte de foin.
-Qu'est-cé qu'tu fais là base-ouelle? lui demanda son époux qui sortit en catastrophe de son énième épisode d'America's Got Talent.
-Je fais un feu pour rôtir des guimauves, c't'affaire! ironisa-t-elle.
-Sérieux! Qu'est-cé qu'tu fais? Tu veux-tu crisser el' feu après 'a maison tabarnak!?!
-Laisse-moé tranquille cibouère! R'tourne vouère ta tivi... Y'arrivera rien... Tu voés bien que j'ai l'extincteur dans 'es mains?
C'était vrai. Jasmine avait bien un extincteur dans les mains, prête à éteindre tout danger de propagation d'un incendie qu'elle maîtrisait pour mieux mépriser le proverbe.
Quand le feu fût éteint, elle vit un objet de métal briller parmi les cendres.
C'était son aiguille.
La morale de l'histoire? Vous la connaissez déjà, allez...
Les proverbes sont pour les imbéciles.
Vous vous dites à tort qu'on ne fait pas pareille sottise sans qu'il y ait quelque raison de douter de ce qui peut se passer dans la boîte à poux.
D'abord, Jasmine n'avait pas de poux.
Et puis elle avait tout bonnement crut bon de s'asseoir sur une botte de foin, dans cet enclos où elle nourrissait ses alpagas, dans le but de profiter d'un moment de calme bien à l'écart de la télévision devant laquelle était hypnotisée toute sa famille.
L'imparable arriva. Elle perdit son aiguille dans la botte de foin tandis qu'elle s'en servait pour recoudre le bouton de sa chemise.
Comment la retrouver, hein?
Elle se souvenait vaguement du proverbe selon lequel il était difficile de trouver une aiguille dans une botte de foin.
Comme Jasmine n'était pas du genre à s'abattre, elle s'empara d'une torche à souder dans la grange et mit le feu à la botte de foin.
-Qu'est-cé qu'tu fais là base-ouelle? lui demanda son époux qui sortit en catastrophe de son énième épisode d'America's Got Talent.
-Je fais un feu pour rôtir des guimauves, c't'affaire! ironisa-t-elle.
-Sérieux! Qu'est-cé qu'tu fais? Tu veux-tu crisser el' feu après 'a maison tabarnak!?!
-Laisse-moé tranquille cibouère! R'tourne vouère ta tivi... Y'arrivera rien... Tu voés bien que j'ai l'extincteur dans 'es mains?
C'était vrai. Jasmine avait bien un extincteur dans les mains, prête à éteindre tout danger de propagation d'un incendie qu'elle maîtrisait pour mieux mépriser le proverbe.
Quand le feu fût éteint, elle vit un objet de métal briller parmi les cendres.
C'était son aiguille.
La morale de l'histoire? Vous la connaissez déjà, allez...
Les proverbes sont pour les imbéciles.
lundi 22 février 2016
Julien fait du chapeau
Julien s'est acheté un beau chapeau qui lui confère l'illusion de la grandeur. Il est vrai que ce chapeau le rallonge de quelques pouces. Il est vrai aussi qu'il ne le retire jamais, même à l'intérieur, pour conserver ces quelques pouces supplémentaires.
Ce n'est pas que Julien soit vraiment petit. Disons simplement qu'il est légèrement moyen.
L'anonymat ne lui convient plus depuis quelques temps.
Il aura circulé en rasant les murs de la ville pendant la majeure partie de sa jeune vie. Julien souhaitait tellement ne pas se démarquer de la masse qu'il s'arrangeait pour neutraliser tout ce qu'il portait afin de se faire oublier. Il portait un tee-shirt blanc, un jeans propre, des espadrilles Yellow, un blouson en vinyle bleu marine acheté chez Wal-Mart.
Malgré tous ses efforts, on le reconnaissait toujours à son visage boutonneux auquel il devait son surnom de Face de pizza.
À ce surnom que personne ne voudrait porter s'ajoutaient aussi les brimades de tous ces méchants enfants et adolescents de son entourage.
Il n'y a rien que l'on n'avait pas fait à Julien pour lui faire regretter d'être venu au monde.
On l'avait ridiculisé, battu et humilié de toutes les façons possibles et inimaginables.
Un beau matin de mois de mai, alors qu'il songeait au suicide, Julien était entré dans une boutique de mode masculine. Quelque chose l'avait attiré là, lui qui n'entrait jamais dans ce genre de boutique. Et ce quelque chose, c'était ce chapeau.
Il semblait l'appeler de loin, comme si c'était Excalibur qu'il lui fallait extraire de la pierre pour enfin prendre le titre du Roi Arthur des beaux chapeaux.
Julien avait donc mis ce chapeau sur sa tête, avait recourbé un peu la visière sous ses yeux, puis avait été étonné de voir la face d'un dur à cuire dans le miroir.
Ce n'était plus Face de pizza qu'il voyait, mais Scarface, le Balafré, le gars que tu ne fais pas chier sous peine de recevoir du plomb à travers tout le corps.
-Je le prends... C'est combien?
-Soixante-quinze dollars monsieur, lui répondit gentiment un nain, le fils du propriétaire qui parlait avec un léger accent espagnol bien qu'il était Roumain.
-C'est cher...
-Il faut souffrir pour être beau...
-Je le prends! Tenez: soixante-quinze dollars pour vous mon petit bonhomme...
-Vous ne le regretterez pas... Ce chapeau va changer votre vie, conclut le nain en souriant de toutes ses dents plutôt propres.
Tout le budget hebdomadaire de Julien venait d'y passer mais qu'importe! Julien avait maintenant un beau chapeau.
Sa personnalité changea bout pour bout en l'espace de vingt-quatre heures. Lui qui était d'ordinaire si timide se mit subitement à parler fort comme un charretier. Lui qui n'abordait jamais les filles sans transpirer de désarroi se mit à leur faire des compliments sur la couleur de leur robe ou bien l'éclat de leur chevelure.
Ceux qui l'avaient appelé Face de pizza durent bien se tenir au cours des jours suivants.
Il se mit à en frapper quelques-uns à coups de marteau. Un marteau qu'il cachait dans la poche de son veston pour se faire justice.
Du coup, plus personne n'osa lui dire quoi que ce soit.
-Appelez-moi Le Balafré... qu'il leur disait après leur avoir fendu le crâne et avoir bien replacé son chapeau, la visière recourbée sous son regard énigmatique.
C'était vraiment un chapeau magique.
Tellement magique que sa famille en vint à penser que Julien faisait du chapeau.
-Il est devenu fou depuis qu'il porte ce chapeau! Il frappe tout le monde à coups de marteau! Il baise les voisines dans les cages d'escalier! Il prend de la drogue! Il a quitté son emploi! Il ne va plus à l'école!
Vous vous attendiez à quoi, hein? À ce qu'il demeure toute sa vie Face de pizza?
Ce n'est pas que Julien soit vraiment petit. Disons simplement qu'il est légèrement moyen.
L'anonymat ne lui convient plus depuis quelques temps.
Il aura circulé en rasant les murs de la ville pendant la majeure partie de sa jeune vie. Julien souhaitait tellement ne pas se démarquer de la masse qu'il s'arrangeait pour neutraliser tout ce qu'il portait afin de se faire oublier. Il portait un tee-shirt blanc, un jeans propre, des espadrilles Yellow, un blouson en vinyle bleu marine acheté chez Wal-Mart.
Malgré tous ses efforts, on le reconnaissait toujours à son visage boutonneux auquel il devait son surnom de Face de pizza.
À ce surnom que personne ne voudrait porter s'ajoutaient aussi les brimades de tous ces méchants enfants et adolescents de son entourage.
Il n'y a rien que l'on n'avait pas fait à Julien pour lui faire regretter d'être venu au monde.
On l'avait ridiculisé, battu et humilié de toutes les façons possibles et inimaginables.
Un beau matin de mois de mai, alors qu'il songeait au suicide, Julien était entré dans une boutique de mode masculine. Quelque chose l'avait attiré là, lui qui n'entrait jamais dans ce genre de boutique. Et ce quelque chose, c'était ce chapeau.
Il semblait l'appeler de loin, comme si c'était Excalibur qu'il lui fallait extraire de la pierre pour enfin prendre le titre du Roi Arthur des beaux chapeaux.
Julien avait donc mis ce chapeau sur sa tête, avait recourbé un peu la visière sous ses yeux, puis avait été étonné de voir la face d'un dur à cuire dans le miroir.
Ce n'était plus Face de pizza qu'il voyait, mais Scarface, le Balafré, le gars que tu ne fais pas chier sous peine de recevoir du plomb à travers tout le corps.
-Je le prends... C'est combien?
-Soixante-quinze dollars monsieur, lui répondit gentiment un nain, le fils du propriétaire qui parlait avec un léger accent espagnol bien qu'il était Roumain.
-C'est cher...
-Il faut souffrir pour être beau...
-Je le prends! Tenez: soixante-quinze dollars pour vous mon petit bonhomme...
-Vous ne le regretterez pas... Ce chapeau va changer votre vie, conclut le nain en souriant de toutes ses dents plutôt propres.
Tout le budget hebdomadaire de Julien venait d'y passer mais qu'importe! Julien avait maintenant un beau chapeau.
Sa personnalité changea bout pour bout en l'espace de vingt-quatre heures. Lui qui était d'ordinaire si timide se mit subitement à parler fort comme un charretier. Lui qui n'abordait jamais les filles sans transpirer de désarroi se mit à leur faire des compliments sur la couleur de leur robe ou bien l'éclat de leur chevelure.
Ceux qui l'avaient appelé Face de pizza durent bien se tenir au cours des jours suivants.
Il se mit à en frapper quelques-uns à coups de marteau. Un marteau qu'il cachait dans la poche de son veston pour se faire justice.
Du coup, plus personne n'osa lui dire quoi que ce soit.
-Appelez-moi Le Balafré... qu'il leur disait après leur avoir fendu le crâne et avoir bien replacé son chapeau, la visière recourbée sous son regard énigmatique.
C'était vraiment un chapeau magique.
Tellement magique que sa famille en vint à penser que Julien faisait du chapeau.
-Il est devenu fou depuis qu'il porte ce chapeau! Il frappe tout le monde à coups de marteau! Il baise les voisines dans les cages d'escalier! Il prend de la drogue! Il a quitté son emploi! Il ne va plus à l'école!
Vous vous attendiez à quoi, hein? À ce qu'il demeure toute sa vie Face de pizza?
dimanche 21 février 2016
Musique dominicale
Le dimanche me rappelle d'abord ma sainte horreur des offices religieux catholiques. Je n'ai pas eu cette malchance d'être touché par la grâce divine. L'église et ses amulettes m'inspiraient des sentiments morbides qui n'ont rien à voir avec la vie. J'allais à la messe comme on va à la guerre. Mon esprit était le champ de bataille. Mes sens étaient les combattants. Tout m'y rappelait que je devais avoir honte d'humer le parfum des fleurs ou bien d'écouter d'authentiques chansons d'amour. C'était pesant, abrutissant et puissamment violent.
Heureusement que mes dimanches ne se sont pas limités aux désordres mentaux.
La vie était vite retrouvée à la maison après cette inutile session de pénitence et de médiocrité intellectuelle.
Il y avait la lutte à la télé pour me ressusciter. Puis c'était le roastbeef dominical ou bien quelque beau morceau de viande bien juteux.
En après-midi, j'obtenais le droit d'écouter les disques de la collection familiale. Il y avait là quelques grands succès sur 78 tours, des compilations K-Tel en format 33 tours et quelques nouveautés sur 45 tours.
Aujourd'hui, j'ai réussi à évacuer la messe et sa sorcellerie de ma mémoire. Il m'en reste un vague mépris qui ne ressent plus vraiment le besoin de s'exprimer. D'autant plus que toutes les églises ferment l'une après l'autre. Comme si la vie avait enfin gagné.
Si j'étais demeuré croyant, je ne doute pas un instant que j'aurai fini par fréquenter l'asile psychiatrique. Le conflit entre la foi et la sexualité m'aurait annihilé. Ce n'est pas arrivé et j'en remercie l'univers. J'ai pleinement savouré la pomme de l'arbre de la connaissance. Ses sucs ont produit l'oxygène que réclamait mon cerveau pour sortir ces peurs séculaires de ma génétique.
J'aime encore mieux me remémorer la lutte et ces vieux succès que je faisais jouer sur mon tourne-disque.
Ma ferveur est toute dirigée vers ces musiques dites populaires ou, pire encore, quétaines.
Les alléluias et les oratorios ne réussissent pas à chasser les Jérolas et autres quétaineries de mes souvenirs vivants.
Ils ne sont même pas de mon époque. mais c'est tout ce que j'avais à mettre dans les oreilles pour oublier les chants funèbres de la messe.
J'aurai grandi à user les sillons de Harry Belafonte chantant Day-O. J'aurai vibré sur la batterie frénétique de Hound Dog et les ah! aaah! aaaah! waaaa! de Twist and Shout.
Je dois les plus belles émotions de ma vie à l'amour et à ces musiques que l'église condamnait l'une et l'autre par esprit de sérieux et de mortification.
Aujourd'hui encore, mes dimanches sont à l'affût de ces bonnes vieilles chansons pop.
Je synthonise le 90,5 FM, une chaîne locale qui diffuse en ce moment I'm a Soul Man. Puis c'est le tour de La dame en bleu. Ça ne vole pas haut, me direz-vous, mais c'est mieux que d'entendre brailler un curé.
J'aime ces airs de marchés aux puces, des chansons d'une autre époque qui nous replongent dans les années '50 et '60, en des temps où l'on menait une révolution pas si tranquille que ça.
J'assume totalement cette quétainerie.
J'assume mon goût pour Le train qui siffle de Paul Brunelle, une toune que j'ai dû écouter un millier de fois avec mon ami Rob-Bob. On ne peut pas écouter ça sans sourire, à moins de préférer demeurer sinistre et noir comme le désespoir.
J'assume les goûts musicaux de mes parents. J'assume Roger Whitaker, Jean Lapointe, Claude Dubois et Ginette Reno. Je m'en fous que les gens intelligents et cultivés n'aiment pas ça.
Je n'ai plus honte de tous ceux-là.
Je me suis trop cassé la tête et le cul à aimer les hurlements et les pleurnichages de ma génération.
Je n'y reviens presque jamais.
Je suis toujours demeuré à l'époque des marchés aux puces et des soirées rétros.
Je me promène entre le vieux blues, le vieux folk, le vieux rock, le vieux reggae, la vieille chanson française et les vieux succès de la culture populaire.
Et, du coup, mes dimanches sont toujours heureux et ensoleillés. Même lorsqu'il pleut.
Un bon café. Une vieille toune au 90,5 FM. Et je suis aux anges.
Heureusement que mes dimanches ne se sont pas limités aux désordres mentaux.
La vie était vite retrouvée à la maison après cette inutile session de pénitence et de médiocrité intellectuelle.
Il y avait la lutte à la télé pour me ressusciter. Puis c'était le roastbeef dominical ou bien quelque beau morceau de viande bien juteux.
En après-midi, j'obtenais le droit d'écouter les disques de la collection familiale. Il y avait là quelques grands succès sur 78 tours, des compilations K-Tel en format 33 tours et quelques nouveautés sur 45 tours.
Aujourd'hui, j'ai réussi à évacuer la messe et sa sorcellerie de ma mémoire. Il m'en reste un vague mépris qui ne ressent plus vraiment le besoin de s'exprimer. D'autant plus que toutes les églises ferment l'une après l'autre. Comme si la vie avait enfin gagné.
Si j'étais demeuré croyant, je ne doute pas un instant que j'aurai fini par fréquenter l'asile psychiatrique. Le conflit entre la foi et la sexualité m'aurait annihilé. Ce n'est pas arrivé et j'en remercie l'univers. J'ai pleinement savouré la pomme de l'arbre de la connaissance. Ses sucs ont produit l'oxygène que réclamait mon cerveau pour sortir ces peurs séculaires de ma génétique.
J'aime encore mieux me remémorer la lutte et ces vieux succès que je faisais jouer sur mon tourne-disque.
Ma ferveur est toute dirigée vers ces musiques dites populaires ou, pire encore, quétaines.
Les alléluias et les oratorios ne réussissent pas à chasser les Jérolas et autres quétaineries de mes souvenirs vivants.
Ils ne sont même pas de mon époque. mais c'est tout ce que j'avais à mettre dans les oreilles pour oublier les chants funèbres de la messe.
J'aurai grandi à user les sillons de Harry Belafonte chantant Day-O. J'aurai vibré sur la batterie frénétique de Hound Dog et les ah! aaah! aaaah! waaaa! de Twist and Shout.
Je dois les plus belles émotions de ma vie à l'amour et à ces musiques que l'église condamnait l'une et l'autre par esprit de sérieux et de mortification.
Aujourd'hui encore, mes dimanches sont à l'affût de ces bonnes vieilles chansons pop.
Je synthonise le 90,5 FM, une chaîne locale qui diffuse en ce moment I'm a Soul Man. Puis c'est le tour de La dame en bleu. Ça ne vole pas haut, me direz-vous, mais c'est mieux que d'entendre brailler un curé.
J'aime ces airs de marchés aux puces, des chansons d'une autre époque qui nous replongent dans les années '50 et '60, en des temps où l'on menait une révolution pas si tranquille que ça.
J'assume totalement cette quétainerie.
J'assume mon goût pour Le train qui siffle de Paul Brunelle, une toune que j'ai dû écouter un millier de fois avec mon ami Rob-Bob. On ne peut pas écouter ça sans sourire, à moins de préférer demeurer sinistre et noir comme le désespoir.
J'assume les goûts musicaux de mes parents. J'assume Roger Whitaker, Jean Lapointe, Claude Dubois et Ginette Reno. Je m'en fous que les gens intelligents et cultivés n'aiment pas ça.
Je n'ai plus honte de tous ceux-là.
Je me suis trop cassé la tête et le cul à aimer les hurlements et les pleurnichages de ma génération.
Je n'y reviens presque jamais.
Je suis toujours demeuré à l'époque des marchés aux puces et des soirées rétros.
Je me promène entre le vieux blues, le vieux folk, le vieux rock, le vieux reggae, la vieille chanson française et les vieux succès de la culture populaire.
Et, du coup, mes dimanches sont toujours heureux et ensoleillés. Même lorsqu'il pleut.
Un bon café. Une vieille toune au 90,5 FM. Et je suis aux anges.
vendredi 19 février 2016
Mathurin Magnan, jadis jeune prodige du triangle
Il avait été un jeune prodige. À six ans, il composait ses premières sonates. À dix ans, il avait déjà trois symphonies à son actif. Et à dix-sept ans, il fût consacré comme le plus grand joueur de triangle de sa génération.
C'était il y a très longtemps. Cela se passait à l'époque où son visage encore imberbe était lisse comme une peau de bébé.
Les années sont passées et Mathurin Magnan a maturé. Ses cheveux sont tombés un à un au cours des ans, de sorte qu'il ne lui reste plus un poil sur le caillou. Son visage porte désormais les traces de nuits alcoolisées et de soucis ménagers. Un bouc constitué de poils drus et gris comme une architecture stalinienne orne maintenant son menton. Des lunettes à doubles foyers pendent au bout de son nez. Et son ventre proéminent jure avec ses photos d'enfance où on le voyait svelte comme un chat en santé.
Mathurin Magnan n'est plus le jeune prodige qu'il était et vit d'une gloire passée qui fût largement surestimée. D'aucuns diraient qu'il est maintenant un has-been. Cela ne se rend pas nécessairement aux oreilles de Mathurin, mais il se doute bien que beaucoup doivent le penser autour de lui, d'autant plus qu'il éprouve lui-même la sensation de sa fatuité après s'être égosillé pendant des heures à parler de son talent prodigieux qui n'émeut plus personne. Plus personne hormis des quidams trop timorés pour lui faire des reproches.
Tous les jours, Mathurin Magnan revêt son blouson de cuir noir et son béret pour arpenter les bars de la ville afin d'y trouver les victimes de ses ridicules fanfaronnades. Il lui est devenu de plus en plus difficile de subtiliser l'attention d'une oreille pour y déverser sa logorrhée narcissique. Qui s'intéresse au jeu de triangle de nos jours? Qui connaît quoi que ce soit au Marteau sans son maître de Boulez?
Mathurin peut encore étonner par sa connaissance de l'inconnu et en profite toujours pour rappeler à son malheureux public le mépris de ses contemporains en matière de génie.
-J'ai connu Pierre Boulez personnellement moi! Et même que je l'appelais Pierrot... Pierrot, que je lui disais, passe-moi le sucre... Passe-moi le sucre, que je lui disais, tout bonnement, lorsque je prenais un café avec lui... Qui se souvient de Pierre Boulez, hein? Et qui se rappelle du jeune prodige Mathurin Magnan? Notre époque est toute gagnée au prêt-à-jeter et se moque éperdument des grands créateurs!
Plusieurs ont remarqué que Mathurin sentait l'ail. Beaucoup trop. En fait, la plupart des gens qui le connaissaient le percevaient comme un vieux qui puait de la gueule. Un vieux qui ne cessait jamais de leur raconter des âneries qui n'intéressaient personne. Un vieux qui se faisait virer de bord par tous les jeunes et parfois moins jeunes qu'il tentait péniblement de séduire avec son air de vieux con qui dégageait une forte odeur de sébum.
Évidemment, Mathurin avait compris qu'il devait miser un tant soit peu sur l'avenir pour ne pas s'engluer lui-même dans son statut de has-been du triangle.
-Je prépare une grande oeuvre qui remettra au goût du jour mon talent honni par le confort et l'indifférence de mon époque... Je l'ai intitulée La galette sans la mélasse... C'est une oeuvre d'une durée de trente-huit heures qui requiert une concentration toute particulière pour les interprètes et encore plus pour le public. Il va sans dire que je ne tolérerai aucun toussotement ou raclage de gosier lors de son exécution... J'ai pensé à Charles Tutoie pour la direction musicale... À moins que Carl Hofmann ne soit disponible... Enfin! Tous les chroniqueurs musicaux du monde en seront pantois: "Mathurin Magnan, ce jeune prodige archiconnu en 1951, est de retour avec une oeuvre magistrale! La galette sans la mélasse nous ferait oublier toutes les compositions de Mozart, Beethoven et Pierre Boulez!" Voilà ce qu'ils diront de moi, oui. Et je ne serai jamais de ces artistes qui feront semblant de ne pas vous connaître... Vous pourrez m'approcher facilement et je vous accueillerai fraternellement, comme si je n'avais jamais été célèbre...
Eusèbe Larrivée, alias Le Zèbre, écoutait ça comme un bruit de fonds tout en calant sa bière. Mozart, Beethoven, Pierre Boulez: ça ne lui disait pas grand chose. Puisque c'était Mathurin qui payait la tournée, il feignait un air poli et attentif dans l'espoir qu'il remplisse son verre jusqu'à la fermeture du bar.
C'est d'ailleurs ce que fit Mathurin Magnan, particulièrement heureux d'avoir trouvé un fin connaisseur en la personne de ce misérable.
La barmaid, une fille plutôt jolie nommée Sara, levait le nez et les yeux au ciel chaque fois que Mathurin tentait de lui faire savoir qu'elle devait se considérer chanceuse de connaître un génie.
Ce soir-là, un peu rond et convaincu d'être de retour dans la cour des grands, Mathurin poussa même l'audace à prendre Sara par le bras pour lui signifier qu'il bandait très fort en pensant à elle...
-Lâche-moé tabarnak! qu'elle hurla d'autant plus fort qu'il tentait vainement de rapprocher sa main de ses organes génitaux délabrés.
Viking, alias le portier, intervint sur-le-champ. Il ramassa Mathurin par le collet et le balança dehors à pleines mains. Mathurin atterrit à pleine face dans un banc de neige tandis que Le Zèbre savourait l'idée de terminer seul les deux pichets qu'il y avait sur la table.
Mathurin avait la lèvre fendue et saignait abondamment du nez.
-Je me vengerai de vous! De vous tous! qu'il criait. Vous regretterez d'avoir maltraité l'auteur de La galette sans la mélasse bande d'incultes!
-J't'ai dit de crisser ton camp vieux pet! Décalisse pis qu'on te r'voie plus icitte mon tabarnak de vieux cochon! ajouta Viking pour terminer l'épisode.
Mathurin se leva péniblement puis zigzagua jusque chez-lui.
Chez-lui, c'était cette maison de chambres qui sentait le mauvais tabac et les excréments. On la surnommait l'Hôtel des coeurs brisés entre résidents. C'était le dernier endroit où on acceptait encore ceux qui étaient refusés partout ailleurs.
De jeunes chambreurs faisaient jouer du rap à plein volume.
Mathurin n'eut pas la force ni l'envie de les remettre à l'ordre.
Il se sentait faible, pitoyable et déchu.
Il se coucha tout habillé sur son divan.
Et il chia dans ses culottes.
C'était il y a très longtemps. Cela se passait à l'époque où son visage encore imberbe était lisse comme une peau de bébé.
Les années sont passées et Mathurin Magnan a maturé. Ses cheveux sont tombés un à un au cours des ans, de sorte qu'il ne lui reste plus un poil sur le caillou. Son visage porte désormais les traces de nuits alcoolisées et de soucis ménagers. Un bouc constitué de poils drus et gris comme une architecture stalinienne orne maintenant son menton. Des lunettes à doubles foyers pendent au bout de son nez. Et son ventre proéminent jure avec ses photos d'enfance où on le voyait svelte comme un chat en santé.
Mathurin Magnan n'est plus le jeune prodige qu'il était et vit d'une gloire passée qui fût largement surestimée. D'aucuns diraient qu'il est maintenant un has-been. Cela ne se rend pas nécessairement aux oreilles de Mathurin, mais il se doute bien que beaucoup doivent le penser autour de lui, d'autant plus qu'il éprouve lui-même la sensation de sa fatuité après s'être égosillé pendant des heures à parler de son talent prodigieux qui n'émeut plus personne. Plus personne hormis des quidams trop timorés pour lui faire des reproches.
Tous les jours, Mathurin Magnan revêt son blouson de cuir noir et son béret pour arpenter les bars de la ville afin d'y trouver les victimes de ses ridicules fanfaronnades. Il lui est devenu de plus en plus difficile de subtiliser l'attention d'une oreille pour y déverser sa logorrhée narcissique. Qui s'intéresse au jeu de triangle de nos jours? Qui connaît quoi que ce soit au Marteau sans son maître de Boulez?
Mathurin peut encore étonner par sa connaissance de l'inconnu et en profite toujours pour rappeler à son malheureux public le mépris de ses contemporains en matière de génie.
-J'ai connu Pierre Boulez personnellement moi! Et même que je l'appelais Pierrot... Pierrot, que je lui disais, passe-moi le sucre... Passe-moi le sucre, que je lui disais, tout bonnement, lorsque je prenais un café avec lui... Qui se souvient de Pierre Boulez, hein? Et qui se rappelle du jeune prodige Mathurin Magnan? Notre époque est toute gagnée au prêt-à-jeter et se moque éperdument des grands créateurs!
Plusieurs ont remarqué que Mathurin sentait l'ail. Beaucoup trop. En fait, la plupart des gens qui le connaissaient le percevaient comme un vieux qui puait de la gueule. Un vieux qui ne cessait jamais de leur raconter des âneries qui n'intéressaient personne. Un vieux qui se faisait virer de bord par tous les jeunes et parfois moins jeunes qu'il tentait péniblement de séduire avec son air de vieux con qui dégageait une forte odeur de sébum.
Évidemment, Mathurin avait compris qu'il devait miser un tant soit peu sur l'avenir pour ne pas s'engluer lui-même dans son statut de has-been du triangle.
-Je prépare une grande oeuvre qui remettra au goût du jour mon talent honni par le confort et l'indifférence de mon époque... Je l'ai intitulée La galette sans la mélasse... C'est une oeuvre d'une durée de trente-huit heures qui requiert une concentration toute particulière pour les interprètes et encore plus pour le public. Il va sans dire que je ne tolérerai aucun toussotement ou raclage de gosier lors de son exécution... J'ai pensé à Charles Tutoie pour la direction musicale... À moins que Carl Hofmann ne soit disponible... Enfin! Tous les chroniqueurs musicaux du monde en seront pantois: "Mathurin Magnan, ce jeune prodige archiconnu en 1951, est de retour avec une oeuvre magistrale! La galette sans la mélasse nous ferait oublier toutes les compositions de Mozart, Beethoven et Pierre Boulez!" Voilà ce qu'ils diront de moi, oui. Et je ne serai jamais de ces artistes qui feront semblant de ne pas vous connaître... Vous pourrez m'approcher facilement et je vous accueillerai fraternellement, comme si je n'avais jamais été célèbre...
Eusèbe Larrivée, alias Le Zèbre, écoutait ça comme un bruit de fonds tout en calant sa bière. Mozart, Beethoven, Pierre Boulez: ça ne lui disait pas grand chose. Puisque c'était Mathurin qui payait la tournée, il feignait un air poli et attentif dans l'espoir qu'il remplisse son verre jusqu'à la fermeture du bar.
C'est d'ailleurs ce que fit Mathurin Magnan, particulièrement heureux d'avoir trouvé un fin connaisseur en la personne de ce misérable.
La barmaid, une fille plutôt jolie nommée Sara, levait le nez et les yeux au ciel chaque fois que Mathurin tentait de lui faire savoir qu'elle devait se considérer chanceuse de connaître un génie.
Ce soir-là, un peu rond et convaincu d'être de retour dans la cour des grands, Mathurin poussa même l'audace à prendre Sara par le bras pour lui signifier qu'il bandait très fort en pensant à elle...
-Lâche-moé tabarnak! qu'elle hurla d'autant plus fort qu'il tentait vainement de rapprocher sa main de ses organes génitaux délabrés.
Viking, alias le portier, intervint sur-le-champ. Il ramassa Mathurin par le collet et le balança dehors à pleines mains. Mathurin atterrit à pleine face dans un banc de neige tandis que Le Zèbre savourait l'idée de terminer seul les deux pichets qu'il y avait sur la table.
Mathurin avait la lèvre fendue et saignait abondamment du nez.
-Je me vengerai de vous! De vous tous! qu'il criait. Vous regretterez d'avoir maltraité l'auteur de La galette sans la mélasse bande d'incultes!
-J't'ai dit de crisser ton camp vieux pet! Décalisse pis qu'on te r'voie plus icitte mon tabarnak de vieux cochon! ajouta Viking pour terminer l'épisode.
Mathurin se leva péniblement puis zigzagua jusque chez-lui.
Chez-lui, c'était cette maison de chambres qui sentait le mauvais tabac et les excréments. On la surnommait l'Hôtel des coeurs brisés entre résidents. C'était le dernier endroit où on acceptait encore ceux qui étaient refusés partout ailleurs.
De jeunes chambreurs faisaient jouer du rap à plein volume.
Mathurin n'eut pas la force ni l'envie de les remettre à l'ordre.
Il se sentait faible, pitoyable et déchu.
Il se coucha tout habillé sur son divan.
Et il chia dans ses culottes.
jeudi 18 février 2016
Claude Jutra et le bûcher des vanités
Il m'est rarement arrivé de supprimer un billet après l'avoir publié sur mon blogue.
Cela s'est produit pas plus tard qu'hier.
J'ai réagi à chaud sur un sujet auquel il manquait quelques éléments pour le moins troublants.
Avant-hier, tout le Québec s'est enflammé autour de la parution d'une biographie du cinéaste Claude Jutra publiée sous la plume de Yves Lever aux éditions Boréal. L'auteur laissait entendre que Claude Jutra aimait les garçons. Comme il n'était pas encore question d'âge, on était en droit de se demander si Jutra était pédéraste ou bien pédophile, puisqu'il y a des degrés en enfer.
L'âge du consentement sexuel était fixé à quatorze ans du vivant de Claude Jutra. D'aucuns se disaient qu'on y allait sans doute un peu fort avec la condamnation de la pédérastie, d'autant plus que le vieux Socrate avait connu le jeune Alcibiade au sens biblique. À première vue, donc, Jutra était un pédéraste...
Évidemment, je n'entendais pas défendre la pédérastie mais je trouvais qu'on forçait la note bien au-delà de nos propres lois. Elles sont aggravantes dans les cas où l'adulte exerce une autorité sur le mineur: un professeur, un entraîneur ou bien un employeur. Rappelons que le Code criminel canadien fixe désormais à seize ans l'âge du consentement sexuel.
Comme j'allais publier mon billet, une tentative bien maladroite d'émettre un point du vue à propos de l'affaire Claude Jutra, j'ai appris qu'une de ses potentielles victimes affirmait avoir été abusée sexuellement par le cinéaste québécois alors qu'elle était âgée d'à peine six ans...
De pédéraste, Jutra est passé en moins de vingt-quatre heures au statut de pédophile. Du coup, je me suis senti dégoûté et incapable de me porter à la défense de ce singe.
Je ne fus pas le seul. Le cinéma québécois a abandonné le nom de Claude Jutra pour désigner sa soirée et les prix remis aux récipiendaires. Le Gala des Jutra n'existe plus. Les prix Jutra ne seront plus remis. La cinémathèque québécoise n'a plus de salle Claude-Jutra. Les villes du Québec ont enlevé de leur toponymie toute référence à Claude-Jutra. Rarement aura-t-on vu une idole de la culture québécoise déboulonnée en si peu de temps.
Je ne défends ni la pédérastie et encore moins la pédophilie. Cela me soulève le coeur dans les deux cas. Néanmoins il me semble y avoir un monde entre une passion pour un adolescent et le viol d'un enfant.
Cette frontière a été franchie par Claude Jutra selon toute vraisemblance. Je sais bien qu'il y a eu procès sans que le présumé prédateur sexuel ne puisse assumer sa défense compte tenu qu'il est maintenant dans l'autre monde. L'ignominie attachée à la pédophilie n'était pas pour l'aider à rétablir sa biographie. Les victimes sont toujours vivantes et doivent porter avec elles le fardeau du viol. Ces victimes méritent bien plus notre pitié qu'un bougre de cinéaste aux mains trop longues.
Pourra-t-on regarder Mon oncle Antoine, Kamouraska et À tout prendre sans y voir les oeuvres cinématographiques d'un pédophile? L'histoire seule le dira. Pour le moment, plus personne ne veut entendre parler de Claude Jutra. Son oeuvre et son auteur sont condamnés à sombrer dans l'oubli le temps que retombent les cendres.
***
L'inceste et la pédophilie sont des tabous suprêmes, des actes de transgression qui sont impardonnables pour la majeure partie de la communauté. Les singes pratiquent l'un et l'autre sans s'en soucier. Le fait est que nous ne sommes pas des bonobos, mais des humains. Si certains d'entre nous agissent parfois comme des bonobos, ils doivent en payer le prix. À moins que le pays ne soit en guerre, civile ou pas. En pareil cas, on découvre parfois que l'homme est un sous-singe...
***
Les incestueux et les pédophiles ne seront pas d'accord avec moi, je m'en doute un peu. Ils pourraient même songer à se créer une association pour défendre leurs membres...
Je doute que la mansuétude de la communauté aille plus loin que la thérapie sexuelle ou bien la castration chimique envers ces singes. En fait, si elle allait plus loin ce serait plutôt du côté de la peine de mort pour ces criminels. On ne philosophera pas longtemps sur leur sort. Il est des frontières qu'un être humain ne peut pas franchir sans subir l'ostracisme qu'il mérite, que ce soit en temps de guerre ou en temps de paix.
***
Ce n'est pas le temps d'en parler, mais je me permets tout de même d'écrire qu'il faut aussi se méfier des excès des censeurs. Savonarole, prédicateur et tyran de la république de Florence, tenait son bûcher des vanités pour y brûler toutes les oeuvres d'art où s'exprimaient des chairs dénudées. Ce bûcher des vanités aura fait disparaître des oeuvres de Botticelli et combien d'autres pour satisfaire un ordre moral outrancier. Les Florentins passèrent vite du repentir à la Renaissance. Savonarole fût lui-même conduit au bûcher pour ses excès de zèle et de piété.
Robespierre, surnommé l'Incorruptible, ne mangeait que des oeufs et prêchait constamment la vertu. Il aura conduit des milliers de Français à la guillotine. Les Français finirent par l'y conduire lui-même pour enfin retrouver la paix. La vertu qui guillotine ne valait pas le vice qui pardonne...
Le marquis de Sade fût emprisonné à vie. Il avait payé une prostituée pour qu'elle se masturbe avec un crucifix pendant qu'il se faisait enculer par un laquais. Sade a écrit des romans particulièrement violents et pornographiques. Au cours des quelques mois de liberté qu'il a connus lors de la Révolution française, le citoyen Sade milita contre la peine de mort au sein de la Section des piques.
Cela permit à Baudelaire d'écrire, dans ses Fusées, que le mal qui se connaît est plus près de la guérison que le mal qui s'ignore.
Évidemment, ce n'est pas un propos qui doit servir de justification pour Jutra, les pédophiles et autres corrupteurs des moeurs.
Ce n'est qu'une étincelle, une petite fusée, pour nous rappeler que les censeurs peuvent s'avérer tout aussi dangereux que la lie de la société.
***
Je n'ai pas de réponses à tout.
La pédophilie me révulse.
Tout comme elle révulse l'ensemble des Québécois.
Jutra est allé trop loin si tout cela est vrai.
Il sera mort dans les honneurs et survivra dans l'oubli.
***
Vous avez une chaise chez-vous.
Cette chaise est solide et confortable.
Jusqu'à ce que vous appreniez que la chaise a été fabriquée par un pédophile.
Du coup, vous lui trouvez toutes sortes de défauts.
Puis vous la détruisez à coups de haches pour mieux maudire son créateur.
La chaise n'existe plus.
Et encore moins le souvenir qu'elle fût jadis solide et confortable...
Cela s'est produit pas plus tard qu'hier.
J'ai réagi à chaud sur un sujet auquel il manquait quelques éléments pour le moins troublants.
Avant-hier, tout le Québec s'est enflammé autour de la parution d'une biographie du cinéaste Claude Jutra publiée sous la plume de Yves Lever aux éditions Boréal. L'auteur laissait entendre que Claude Jutra aimait les garçons. Comme il n'était pas encore question d'âge, on était en droit de se demander si Jutra était pédéraste ou bien pédophile, puisqu'il y a des degrés en enfer.
L'âge du consentement sexuel était fixé à quatorze ans du vivant de Claude Jutra. D'aucuns se disaient qu'on y allait sans doute un peu fort avec la condamnation de la pédérastie, d'autant plus que le vieux Socrate avait connu le jeune Alcibiade au sens biblique. À première vue, donc, Jutra était un pédéraste...
Évidemment, je n'entendais pas défendre la pédérastie mais je trouvais qu'on forçait la note bien au-delà de nos propres lois. Elles sont aggravantes dans les cas où l'adulte exerce une autorité sur le mineur: un professeur, un entraîneur ou bien un employeur. Rappelons que le Code criminel canadien fixe désormais à seize ans l'âge du consentement sexuel.
Comme j'allais publier mon billet, une tentative bien maladroite d'émettre un point du vue à propos de l'affaire Claude Jutra, j'ai appris qu'une de ses potentielles victimes affirmait avoir été abusée sexuellement par le cinéaste québécois alors qu'elle était âgée d'à peine six ans...
De pédéraste, Jutra est passé en moins de vingt-quatre heures au statut de pédophile. Du coup, je me suis senti dégoûté et incapable de me porter à la défense de ce singe.
Je ne fus pas le seul. Le cinéma québécois a abandonné le nom de Claude Jutra pour désigner sa soirée et les prix remis aux récipiendaires. Le Gala des Jutra n'existe plus. Les prix Jutra ne seront plus remis. La cinémathèque québécoise n'a plus de salle Claude-Jutra. Les villes du Québec ont enlevé de leur toponymie toute référence à Claude-Jutra. Rarement aura-t-on vu une idole de la culture québécoise déboulonnée en si peu de temps.
Je ne défends ni la pédérastie et encore moins la pédophilie. Cela me soulève le coeur dans les deux cas. Néanmoins il me semble y avoir un monde entre une passion pour un adolescent et le viol d'un enfant.
Cette frontière a été franchie par Claude Jutra selon toute vraisemblance. Je sais bien qu'il y a eu procès sans que le présumé prédateur sexuel ne puisse assumer sa défense compte tenu qu'il est maintenant dans l'autre monde. L'ignominie attachée à la pédophilie n'était pas pour l'aider à rétablir sa biographie. Les victimes sont toujours vivantes et doivent porter avec elles le fardeau du viol. Ces victimes méritent bien plus notre pitié qu'un bougre de cinéaste aux mains trop longues.
Pourra-t-on regarder Mon oncle Antoine, Kamouraska et À tout prendre sans y voir les oeuvres cinématographiques d'un pédophile? L'histoire seule le dira. Pour le moment, plus personne ne veut entendre parler de Claude Jutra. Son oeuvre et son auteur sont condamnés à sombrer dans l'oubli le temps que retombent les cendres.
***
L'inceste et la pédophilie sont des tabous suprêmes, des actes de transgression qui sont impardonnables pour la majeure partie de la communauté. Les singes pratiquent l'un et l'autre sans s'en soucier. Le fait est que nous ne sommes pas des bonobos, mais des humains. Si certains d'entre nous agissent parfois comme des bonobos, ils doivent en payer le prix. À moins que le pays ne soit en guerre, civile ou pas. En pareil cas, on découvre parfois que l'homme est un sous-singe...
***
Les incestueux et les pédophiles ne seront pas d'accord avec moi, je m'en doute un peu. Ils pourraient même songer à se créer une association pour défendre leurs membres...
Je doute que la mansuétude de la communauté aille plus loin que la thérapie sexuelle ou bien la castration chimique envers ces singes. En fait, si elle allait plus loin ce serait plutôt du côté de la peine de mort pour ces criminels. On ne philosophera pas longtemps sur leur sort. Il est des frontières qu'un être humain ne peut pas franchir sans subir l'ostracisme qu'il mérite, que ce soit en temps de guerre ou en temps de paix.
***
Ce n'est pas le temps d'en parler, mais je me permets tout de même d'écrire qu'il faut aussi se méfier des excès des censeurs. Savonarole, prédicateur et tyran de la république de Florence, tenait son bûcher des vanités pour y brûler toutes les oeuvres d'art où s'exprimaient des chairs dénudées. Ce bûcher des vanités aura fait disparaître des oeuvres de Botticelli et combien d'autres pour satisfaire un ordre moral outrancier. Les Florentins passèrent vite du repentir à la Renaissance. Savonarole fût lui-même conduit au bûcher pour ses excès de zèle et de piété.
Robespierre, surnommé l'Incorruptible, ne mangeait que des oeufs et prêchait constamment la vertu. Il aura conduit des milliers de Français à la guillotine. Les Français finirent par l'y conduire lui-même pour enfin retrouver la paix. La vertu qui guillotine ne valait pas le vice qui pardonne...
Le marquis de Sade fût emprisonné à vie. Il avait payé une prostituée pour qu'elle se masturbe avec un crucifix pendant qu'il se faisait enculer par un laquais. Sade a écrit des romans particulièrement violents et pornographiques. Au cours des quelques mois de liberté qu'il a connus lors de la Révolution française, le citoyen Sade milita contre la peine de mort au sein de la Section des piques.
Cela permit à Baudelaire d'écrire, dans ses Fusées, que le mal qui se connaît est plus près de la guérison que le mal qui s'ignore.
Évidemment, ce n'est pas un propos qui doit servir de justification pour Jutra, les pédophiles et autres corrupteurs des moeurs.
Ce n'est qu'une étincelle, une petite fusée, pour nous rappeler que les censeurs peuvent s'avérer tout aussi dangereux que la lie de la société.
***
Je n'ai pas de réponses à tout.
La pédophilie me révulse.
Tout comme elle révulse l'ensemble des Québécois.
Jutra est allé trop loin si tout cela est vrai.
Il sera mort dans les honneurs et survivra dans l'oubli.
***
Vous avez une chaise chez-vous.
Cette chaise est solide et confortable.
Jusqu'à ce que vous appreniez que la chaise a été fabriquée par un pédophile.
Du coup, vous lui trouvez toutes sortes de défauts.
Puis vous la détruisez à coups de haches pour mieux maudire son créateur.
La chaise n'existe plus.
Et encore moins le souvenir qu'elle fût jadis solide et confortable...
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