vendredi 14 janvier 2011

Enlevé par les ovnis au Temple du Spaghetti / Première série d'articles de Alexandre Legrand, journaliste de l'inconnu

Il n'est jamais évident de démêler la fiction de la réalité. Imaginez ce qu'il en est de la science-fiction à présent. Un noeud inextricable au carré. Un noeud gordien que je tranche sans sourciller, comme Alexandre le Grand.

Et ça tombe bien puisque je m'appelle Alexandre Legrand, journaliste à la pige, épicurien à ses heures et redresseur de tord-boyaux. Je vends mes articles à des publications minables, quelque part parmi des annonces de boeuf haché, de papier-cul et autres nécessités de la vie.

Dans ma carrière de journaliste, il m'arrive d'avoir droit à un rabais de 50% sur un repas au Temple du Spaghetti. Ce petit privilège force mon entourage à prétendre que mon métier n'en est pas vraiment un. Aussi, je m'efforce de chercher des sujets singuliers pour m'adresser au pluriel. Et ces sujets, franchement, ils courent les rues. Il ne suffit que de marcher et en moins de temps qu'il ne le faut pour dire hop, voilà que je trouve mon sujet, mon maigre salaire et un rabais de 50% au Temple du Spaghetti.

Oh! Je sais bien que vous ne vous attendez pas à ce que je ne parle que de moi, Alexandre Legrand, journaliste au dernier échelon de la chaîne alimentaire qui rêvait d'être Shakespeare ou rien. Mais enfin, je vis, bois sur le bras d'amis généreux et ne fréquente personne, sinon les protagonistes de mes articles rédigés à la hâte sur mon portable pour que je revienne à ma chère poésie et mes chants de cigale.

Il m'arrive cependant de tomber sur des thèmes plus envoûtants que d'autres. Dont Perry Bibeau.

Je commence ma série de reportages des gens envoûtants et extraordinaires par Perry Bibeau. C'est un petit bonhomme de cinquante-huit ans complètement chauve qui s'est fait enlever par les extraterrestres.

Perry est concierge au Temple du Spaghetti. Il n'est pas vraiment sorteux et profite d'un accès à volonté sur la bière en fût. Ce qui transcende de loin mon ridicule rabais de 50% sur mon repas qui n'inclut pas la bière et l'alcool, ni les boissons gazeuses, le thé ou le café. Franchement, Perry est perçu comme un roi parmi la faune hétéroclite du Temple du Spaghetti.

Perry Bibeau ne parle jamais. Il est fermé comme une huître. Il se contente de laver les planchers et de boire sa bière tranquille dans son coin, sans déranger ni le propriétaire ni personne. C'est comme s'il n'existait pas. Et franchement on sent que ça fait l'affaire de Perry Bibeau. Ça se voit dans ses yeux qu'il garde en lui un lourd secret.

Ce qui fait que je me suis dit spontanément que je pourrais torcher un article à son sujet, histoire de vendre mes huit cents mots quotidiens.

Je vais le voir. Il est accoudé sur sa moppe et il boit sa bière.

-Salut, que je lui dis, tout le monde a un secret dans 'a vie man! Toé, c'est quoi ton secret Perry?

-Moé? qu'il me répond. Calvâsse! J'me suis déjà faitte enlever par les extraterrestres.

Remarquez qu'il me dit ça sans cligner des yeux. Ce qui, selon mes hautes études en journalisme à la polyvalente, me porte à croire qu'il dit vrai. Si l'on ne peut plus croire la parole d'un homme à première vue, sachons ne le reprocher qu'à notre époque. Mes valeurs m'interdisent de ne pas croire à la parole de quelqu'un, surtout si c'est la première fois que je lui cause. La parole d'un homme, c'est sacré non? Donc, je me suis placé dans l'hypothèse de le croire et j'ai diligemment poursuivi mon entrevue.

-Perry, quand est-ce que tu t'es faitte enlever par les extraterrestres, hein, baptince? Raconte-moé ça mon vieux.

-C'était en 1993. Icitte, en arrière dans 'a ruelle. J'allais porter mes poubelles comme d'habitude. C'était en janvier. Comme en ce temps-citte. I' d'vait être deux heures du matin. Un flash mon homme... Un flash...

-Un flash? que je m'ébaubis.

-Oui. Un flash. Pis zipzapzoup! J'su's enlevé par une lumière! Pis là j'su's dans un vaisseau spatial tabarnak! Pis là j'capote en hostie! Oua! Des p'tits bonhommes verts qui font des expériences avec moé! Oua! J'ai des sondes partout! Tabarnak de calvaire! J'me débats comme le crisse. Pis enwèye su' un bord pis enwèye su' l'autre! J'arrive à m'délivrer! J'leu' calice des claques su' 'a yeule toé mon homme! Tiens mes tabarnaks! que j'leu' dis en leu' caliçant des claques su' 'a yeule pis des coups d'pieds dans 'es gosses! Sauf que, pas créyable! Y'ont pas d'gosses! Rien qu'des gros yeux! Pis quatre doigts pas de pouce! Ah ben mes étols de viârge! que j'me choque encore. Là j'leu' botte le cul pis i' r'volent dans 'es panneaux d'un hostie d'métal qu'on r'trouve pas su' 'a terre! «Ah ben tabarnak! » que j'me dis. «Perry s'laissera pas crever d'même par des hosties d'extraterrestres!» Pis là, ben... J'prends l'contrôle d'leu' vaisseau! Zipzapzoup! J'avais déjà chauffé l'hydravion d'mon beau-frère aviateur en 67, une fois qu'i' était ben saoul. Ça fait que j'avais d'l'expérience. Zipzap. D'autres ovnis m'suivaient pis y'essayaient de m'détruire. Ça fait qu'j'ai faitte un loop pis j'leu' ai tabarnaké un rayon d'la mort! Bang! Tabarnak!

-Pis comment ça s'est fini Perry?

-J'ai atterri dans la cour de mon beau-frère. I' tient une cour à scrap. On a r'vendu le métal pour un bon montant. Anyway, le vaisseau startait pas. D'la crisse de marde. Moé pis mon beau-frère on a pogné les narfes pis on l'a toutte décalissé à coups d'masse. Moé, des affaires qui marchent pas, qui viennent ou non d'l'espace, m'en calice! M'en va's les détruire à coups d'masse si ça marche pas! J'laisse pas traîner d'gogosses dans ma vie!

-Et puis?

-Rien. J'me su's p'us jamais r'faitte enlever par les extraterrestres! Les hosties savent trop ben à qui y'ont  affaire les tabarnaks!

Ayant dit cela, Perry ingurgita d'un trait un bon dix onces de bière pas très mousseuse. Il reprit sa moppe et moppa sans dire un mot.

Mon prochain article portera sur un autre personnage du Temple du Spaghetti, peut-être sur Rollande Gervais, extraterrestre qui provient de la planète Râoulabraoule, située quelque part dans la constellation des Doigts de pieds.

Je suis ouvert à écrire quelque chose de mieux. Pour quelque chose de mieux qu'un rabais de 50% au Temple du Spaghetti. Mettons pour un vrai job, pour que je devienne un journaliste de l'inconnu à peu près digne de ce nom. Et respecté ne serait-ce que de sa famille.

Pour le reste, permettez-moi de vous dire «attention! ils sont parmi nous!»

jeudi 13 janvier 2011

La couardise peut aussi être de gauche

C'était un homme de gauche. Il avait le coeur à gauche. Il lisait des écrits de gauche. Il pensait à gauche. Mais pas moyen de lui faire lever son gros cul pour manifester contre les injustices réelles qui se produisaient tous les jours autour de lui. Il se fermait les yeux et l'esprit à toutes ces injustices qu'il aurait pu combattre sans prendre un billet d'avion.

En réalité, c'était un couard qui se donnait du faux courage. Il était un peu comme le fonctionnaire dans une bédé de Quino qui va se cacher dans les chiottes pour dérouler un poster de Che Guevara qui lui servait de masque devant le miroir.

Il s'appelait Xavier Grondin. C'était un mollasson dans la quarantaine avec déjà des cheveux poivre et sel. Il portait de grosses lunettes de corne, comme Jean-Paul Sartre, et il passait tout son temps à lire les journaux étrangers pour s'engager dans des luttes imaginaires qui ne lui coûtaient que le prix de ces publications. Il ne donnait jamais un sou pour quoi que ce soit, sinon pour du chocolat aux amandes parce que c'est bon.

Sa ville était un sale trou pourri dirigée par une bande de fumiers incultes qui sortaient leurs rots chaque fois qu'ils entendaient les mots culture ou pauvreté. Ces fumiers étaient ni plus ni moins ses patrons puisqu'il était fonctionnaire pour la ville. Ce qui fait qu'il était à droite quand il parlait avec eux et à gauche dans les toilettes, quand il déroulait son poster-masque de Che Guevara devant le miroir.

Entre vous et moi, je n'en ai rien à foutre du Che, de la gauche ou de la droite, des journaux étrangers et des causes qui sont tellement éloignées de nous qu'elles ne nécessitent aucune forme de courage.

Je voudrais seulement que tous les Xavier Grondin du monde habitent pleinement leurs couilles.

Et qu'ils portent des pancartes quand on s'attaque au peuple réel, celui que l'on côtoie tous les jours, qui subit les foudres de vulgaires petits despotes de village qui seraient prêts à leur faire boire du gaz ou bien de la marde pour générer des enveloppes brunes remplies de beaux dollars.

Je me fous que Xavier Grondin soit à gauche, qu'il pense à gauche et lise des auteurs de gauche. Je le voudrais dans la rue, sans discours inutile, prêt à défendre la veuve, le veuf et les orphelins, à brandir une pancarte, à réclamer l'avénement d'une démocratie active plutôt que passive.

Mais faut pas rêver. Xavier va continuer de rêver. Et ce sont des lascars téméraires qui vont encore monter au front, comme d'habitude, pour que les Xavier Grondin du monde en retire tout le profit un jour ou l'autre, en prétendant qu'ils ont toujours été à gauche, de gauche et pour la gauche.

Gauche mon cul! Ces gus sont des lâches, des ladres, des paresseux et des couilles molles.

Autant regarder des bédés de Quino, tiens.

mercredi 12 janvier 2011

Poupette

Il est frisé comme un mouton. Il regarde toujours ses souliers. Ne dis jamais bonjour. C'est comme s'il vous craignait, vous et le monde.

Il est recourbé et plus grand de pattes que de corps. Il a le regard d'un écureuil. Quarante ou cinquante ans.

Son petit chien est frisé. Il a une boucle dans ses cheveux. C'est donc une chienne.

-R'viens icitte Poupette! qu'il dit quand elle vient pour vous renifler les tibias, à votre passage.

Et il la ramène d'un coup de collier en faisant semblant de ne pas vous voir, n'acceptant même pas votre bonjour, comme si le monde ne savait plus vivre!

mardi 11 janvier 2011

Ti-Cok et les valeurs démocratiques de notre belle société

Georges Brunelle pouvait sembler malcommode à première vue. Il en avait contre le ciel et la terre, aux dires de témoins dont la crédibilité ne valait rien. L'idée que l'on se faisait de Georges Brunelle, à première ouïe, c'était qu'il gueulait pour oui, pour non et pour rien.

-I' parle des z'affaires qu'on comprend même pas! disait Germaine Sansfaçons, une mégère de soixante-quinze ans qui médisait de tout un chacun. I' dit qu'la terre tourne autour du soleil! Pour vouère si ça nous intéresse ça! Ma grand-mère disait que l'monde allait s'détruire en allant dans l'ciel! Check aujourd'hui les avions pis toutte! E'l'monde va en Floride pis t'es jamais sûr de r'venir!

Bon, en fait personne ne connaît vraiment Georges Brunelle. Mais tout le monde s'entend pour dire que Germaine Sansfaçons est une pie qu'il vaut mieux éviter. Sans quoi tout le quartier saura qui vous êtes, surtout sur votre plus mauvais jour. Elle détecte ça, vos mauvais jours. Parce que tout le monde est idiot, sauf elle. Ce qui est vraiment le comble de l'idiotie. Elle en fixe la limite. Nous lui devons tous au moins ça dans le quartier.

Germaine travaille à chaque élection, évidemment. Pour les rouges ou les bleus.

-Moé, en autant qu'i' paye le Ti-Cok! qu'elle avoue candidement.

Le Ti-Cok, c'est le nom de la rôtisserie qui sert à prix modique du poulet, des frites, un contenant de sauce, un contenant de salade de chou et une moitié de pain hamburger grillé.

Si Ti-Cok n'existait pas, plus personne ne s'intéresserait à la politique. La démocratie moderne est fondée sur Ti-Cok. Oui monsieur. Oui madame.

Si vous n'êtes pas d'accord avec cette assertion, vous n'avez qu'à m'envoyer un chèque au montant de 5000$ pour que je sois d'accord avec vous. Voici mon courriel pour plus de détails à ce sujet: bouchard.gaetan@gmail.com

Je me garde le droit de vous ignorer à jamais si d'aventure vous vous risquiez à m'insulter. Je respecte l'ignorance en l'ignorant. Je regarde droit devant moi et au-dedans de moi dans la vie. Merci beaucoup.

dimanche 9 janvier 2011

J'emmerde le Dieu des Américains

Votre Dieu d'amour qui vous fait porter un fusil et tuer vos frères et soeurs: je l'emmerde.

Votre Dieu qui pardonne à ceux et celles qui se montrent impardonnables et intolérants pour Lui: je l'emmerde.

Votre Dieu qui vous fait lancer la première pierre sur la prostituée ou bien sur la gratuité des soins de santé: je l'emmerde.

Votre Dieu laid, suintant le gras, l'oppression et la tristesse de vivre: je l'emmerde.

Votre Dieu qui punit, qui tranche et qui raccourcit d'une tête tout ce qui pense: je l'emmerde.

Votre Dieu qui demande des pasteurs, des prêtres, des fous hallucinés, de l'or, de l'argent ou du pétrole: je l'emmerde.

Votre Dieu qui rote, qui pète et qui chie: je l'emmerde.

Votre Dieu qui milite pour la peine de mort et la peine de vie: je l'emmerde!

Votre Dieu n'est pas un vrai dieu. Parce que votre Dieu est trop américain.

Il n'est que trop limité, trop à votre image. Trop vrai pour que j'y crois.

La foi n'est rien sans la charité. Même Paul de Tarse serait d'accord avec moi.

Moins de discours et plus de bonnes oeuvres.

Moins de théorie et plus de pratique.

Moins de tarlais qui gueulent leur foi sale et nauséabonde, la cravate au cou et le portefeuille débordant.

Moins de tatas qui se croient investis d'un savoir suprême après avoir lu trois ou quatre fables mal rédigées dans un vieux manuel de dressage humain.

Plus de gens bons et anonymes qui font tout simplement ce qu'ils ont à faire pour que Dieu soit vraiment à l'image de nos rêves plutôt qu'à celle de nos cauchemars.

Plus de charité et moins de foi.

Votre Dieu qui ne parle qu'à travers la bouche des écrivains ou des prophètes, que ce soit vous ou moi: je l'emmerde aussi!

vendredi 7 janvier 2011

Ba moin en tibo

Tout était danses et chansons pour Napoléon D'Aquin, un préposé aux bénéficiaires d'origine haïtienne qui ne s'en faisait pas avec la vie. Il riait tout le temps aux éclats. Et, comme de raison, il avait toutes ses dents, blanche comme de la craie. Aussi, tout le monde le trouvait sympathique, hormis quelques crétins. Comme c'était un géant de six pieds quatre pouces, deux cent cinquante livres, eh bien les crétins le laissaient tranquille. Ce qui fait qu'il pouvait danser et chanter tout à son aise.

À tous les jours, il arrivait à l'ouvrage avec son répertoire de chansons créoles et québécoises. Il aimait surtout La Bolduc. Il était accroché sur La bastringue.

-C'est entraînant! qu'il disait, en dansant comme un gars des Antilles. «La bastrrr-ingue! La bastrrr-ingue! Ha! Ha! Ha!»

L'an passé, beaucoup de ses proches sont morts pendant le tremblement de terre en Haïti. Sur le coup, il a chanté et dansé, surtout lors de collectes de fonds pour les victimes du tremblement de terre. Puis il a perdu ses chants, son goût pour la danse. Il est devenu l'ombre de lui-même.

Jusqu'au jour où, par hasard, il apprit que Miranda était encore vivante.

Miranda qui était, comme personne ne le savait encore, l'amour de sa vie.

Miranda lui téléphone donc de l'aéroport. Elle souhaite le rencontrer. Le petit coeur de Napoléon bat plus que très fort et en moins de temps qu'il ne le faut pour se raser, le voilà qui file sur l'autoroute pour aller rejoindre sa bienaimée.

C'est bien elle, Miranda, devant l'Aéroport Pierre-Eliot-Trudeau. Elle porte une tuque, puisque c'est l'hiver. Et elle sourit.

-Napoléon! qu'elle crie en le voyant.

-Miranda! qu'il crie aussi.

Ils tombent dans les bras l'un de l'autre. Des becs sur la bouche. Des étreintes compliquées. Et ce sont les retrouvailles après trois ans d'absence.

-Pourquoi ne m'as-tu jamais appelé? lui demande Napoléon.

-Je n'avais pas ton numéro de téléphone! qu'elle lui dit.

-Tu aurais pu le demander à Plufaude! qu'il lui répond.

-C'est qui Plufaude?

Ils abandonnent cette discussion. Sourient. Et s'embrassent encore.

Napoléon invite Miranda au restaurant. Puis ils s'en vont vers la demeure de Napoléon, un petit bungalow situé à Joliette, près de l'hôpital où il travaille.

Ils font l'amour, évidemment.

Puis Napoléon retrouve le coeur à la danse et aux chants.

-Il ne faut pas désespérer! qu'il se dit en lui-même, avec sa Miranda blottie au creux de ses bras. C'est dans l'allégresse que tout se rebâtit!

Ça ne voulait pas dire grand' chose en soi, mais c'était mieux que rien.

La nuit passa. Napoléon vint au travail le coeur léger et l'âme sereine. Il chanta. ll dansa.

-Pou' moé t'es en amou'! lui dit Guy Gosselin, son collègue préposé, pour le taquiner un brin.

-Ha! Ha! se contenta de répondre Napoléon. Ça ne peut pas toujours aller mal dans la vie!

mercredi 5 janvier 2011

Fragment retrouvé d'un dialogue philosophique (rédigé autour de l'an 250)

(...)

CRAETINUS - Eh quoi, mon ami! La vie ne vaut-elle pas mieux qu'un plat de fèves?

MORONUS - Certes Cretinus, mais qu'en est-il de l'insolubilité de l'âme?

CRAETINUS - Je n'en sais rien ma foi.

MORONUS - Moi non plus.

CRAETINUS - Mange tout de même tes fèves tandis qu'elles sont chaudes. Ça se digère mieux, Moronus.

MORONUS - Carpe diem! Miam! Miam!

(...)

***
Note: Ce fragment a été retrouvé dans une vieille cruche, à Trois-Rivières. Un père franciscain a rapporté ça d'Italie. Le temps a détruit la majeure partie de cet ouvrage qui devait représenter l'équivalent de 500 000 mots. L'auteur pourrait être Posidonius de Naples et serait en quelque sorte le premier fragment trouvé à ce jour de ce qui a pu constituer son oeuvre. Posidonius s'est rendu célèbre, entre autres, pour sa sauce au poisson. Vendue partout dans l'Univers, c'est-à-dire dans l'Empire romain, on s'en servait pour ajouter de la saveur à tous les plats. Il était petit et chauve selon Ridiculus de Lutèce, un auteur dont une seule phrase nous soit parvenue: «Posidonius de Naples, auteur du célèbre dialogue de Moronus et Craetinus, était petit et chauve.»

Le fragment est entreposé au Centre des études latines et médiévales de Saint-Pain-Bénit-Nord, un village du Québec très attrayant. Le Centre est situé à deux pas du Garage Jos moteurs & tracteurs inc. Le Centre ne dispose malheureusement plus de téléphone et d'électricité. Vous pouvez rejoindre Raymond Belladone, le responsable du Centre, en envoyant une note au Garage Jos moteurs & tracteurs inc.

mardi 4 janvier 2011

L'art de bien se présenter

Nous vivons à une époque où les confidences n'existent plus. Tout est livré au grand jour. Les inhibitions n'existent pratiquement plus. Tout est exhibitions, spectacles, foires d'empoigne. C'est à qui livrera ses secrets en un temps record. Juste ce qu'il faut pour une prestation unique et inlassablement répétée auprès du malheureux ou de la malheureuse qui ne l'a pas encore subie.

Prenons Lucienne. Appelons-la Lucienne pour ne pas lui faire sentir qu'on parle enfin d'elle.

Pour vous la représenter physiquement, même si son physique n'est pas au coeur de mon propos, je vous dirais que c'est une fille assez jolie quand elle se tait. Dès qu'elle parle, tout se gâche. On n'en revient tout simplement pas d'assister à un tel déferlement de broutilles autobiographiques. Cela dit, elle ne parlerait pas qu'elle ressemblerait plutôt à la version cheap d'une poudrée d'Hollywood. Même la version la mieux cotée m'indiffère. Le fait qu'elle soit une version cheap lui donnerait plutôt un point de plus sur la version la mieux cotée. Enfin! Chacun ses goûts. Chaque torchon trouve sa guénille.

Mais de quoi parlait-on déjà? Ah oui! De Lucienne et de cette maudite manie qu'elle a de tout dire sur elle-même au premier inconnu qu'elle rencontre.

Voilà ce que ça donne. Ha-hum... Permettez que je m'éclaircisse un peu la voix... Ha-hum... C'est qu'elle parle sur le ton d'une poulie qui grince. À débit très rapide... Va falloir que j'me serre les testicules pour l'imiter... Ha-hum!!!

-Salut! J'm'appelle Lucienne. Mon chum s'appelle Henri pis y'aime ça qu'on fasse l'amour quand je r'viens d'la job... J'travaille à La maison du ski alpin, sur la rue Coubertin. J'vends des skis alpins. J'reste au 89-A d'la rue des Corneilles, juste en haut du Dépanneur Plamondon. Quand j'fais l'amour j'aime ça l'avoir dans tous 'es trous... Écoute, écoute... Mon voisin s'plaint que e'j'jouis trop fort! Arf! Arf! Mon chum a un drôle de pénis. On dirait qu'i' est double. Y'a comme un pli su' 'a queue, juste su' l'boutte du gland, pis on dirait qu'i' a deux queues... R'garde! C'est pratique deux queues... Écoute, écoute... Pis à part de ça mes parents sont des chiens sales pa'ce qu'i' veulent pas m'prêter mille piasses pour que j'm'achète un char... L'été passé, moé pis mon ancien chum Roland Canard on a fourré dans l'char quasiment tous 'es jours. Arf! Arf! Quand j'suce j'avale pas tout l'temps pa'ce que quand mon chum y'a la grippe j'veux pas l'attraper! Arf! Arf! Moé, écoute, écoute, moé j'aimerais ça être Paris Hilton pis avouère plein d'argent. E'j'fourrerais tous 'es jours avec mon chum dans des chars sports ou ben don' dans des beaux yachts a'ec mon ti bikini. Arf! Arf! Mais là, mon chum ça i' tente p'us de fourrer pa'ce qui a attrapé des pierres su' 'es reins pis y'est p'us capable de pisser ou ben don' de v'nir. Ça i' fait trop mal au boutte d'la queue... Pis v'là-t'y pas que moé j'me mets à faire des champignons dans l'vagin... R'garde, aime autant te l'dire qu'ça sent fort des champignons entre les cuisses! Ça fait que j'me su's acheté d'l'onguent à 'a pharmacie. Odeur de cerises... R'garde, mon cul odeur de cerises! Ça sent e'l'champignon pareil! Pis comme j'arrive à 'a pharmacie, j'me sens comme des gaz... J'me dis ça doit être un ti pet, que'que chose... Pis force, force... Oumf! Ç'tait d'la sauce calice!!! Fa' que envouèye à 'a maison... R'garde! J't'ai graissé mes bobs d'aplomb... A fallu qu'j'enlève mes bobs pis qu'j'en remette d'autres... Fa' que j'me mets un g-string, tant qu'à faire, pis mon chum rentre dans chambre pendant que j'me mets mon g-string. «Calice qu'i' dit! Fa' pas par exprès pour qu'j'aille encore plus mal à 'a queue!» Pis comme i' dit ça, comme défaite, v'là qu'i voué mes bobs toutes graissées à terre... Ayoye! Y'en débande une crisse de shot... Arf! Arf! «As-tu chié dans tes culottes calice?», qu'i' me d'mande. «R'garde! C't'affaire!» que j'lui réponds. «Tu doé ben vouère que c'est d'la marde!» Pis qu'est-ce qu'i' répond? «J'ai pas besoin de l'vouère pour e'l'sentir câlice!» Arf! Arf!

***

Bon. C'était Lucienne. Lucienne qui est sur Facebook. Tapez Lucienne St-Gelaise. Il n'y en a qu'une seule. Elle a 5678 amis. À peu près tous des cornichons et des andouilles qui racontent leur vie dans tout ce qu'elle a de plus rudimentaire, avec le talent en moins. Seraient-ils artistes, poètes ou musiciens que peut-être trouveraient-ils le moyen de magnifier leur je au point d'en faire quelque chose d'à peu près universel. Mais non, ils sont universellement nuls à chier. Et ils ne parlent que de leurs déjections.

Ce n'est pas que je sois vraiment un puritain. Autrement je n'écrirais pas ainsi.

Néanmoins, il me semble que je fais bien de vivre à une distance raisonnable de la goujaterie.

Je me félicite d'accorder le moins d'attention possible à Lucienne St-Gelaise.

Ce texte-ci sera suffisant.

Hop! On passe à un autre sujet. Demain, je vous reviens avec la vie fascinante des abeilles ou bien sur la découverte d'une étoile supernova par une fillette du Nouveau-Brunswick âgée de 10 ans.

N'importe quoi, sauf parler du vide et de ses riens qui vous racontent toute leur vie poche en dix minutes.

dimanche 2 janvier 2011

Bilan & perspectives / Hic et nunc

J'ai su résister tout au long de l'année 2010 à la tentation d'écrire à la première personne du singulier. N'y voyez pas l'idée de partir une école ou bien une secte. Je me mettrais à dos la partie la plus hypersensible de l'intelligentsia littéraire. J'ai résisté au je pour des raisons purement ludiques. Parce que je croyais que c'était emmerdant pour moi et pour le lecteur de constamment parler de moi.

Évidemment, j'ai commis quelques fabuleux accrocs à cette démarche. Je me suis même laissé prendre au piège de faire les actualités pour empêcher quelques despotes de garde paroissiale d'en faire baver aux miens autant qu'à moi et mes biens. Je suis monté au front avec des caricatures, des textes dans les journaux et même avec un porte-voix en main devant l'Hôtel de Ville de Trois-Rivières.

J'ai crié le mot «démocratie» une bon millier de fois cette année. Et, pour dire vrai, j'entends bien continuer à crier ce mot encore plus souvent en 2011. La souveraineté, ça s'exerce tous les jours. Cela devient une réalité quand on pense par soi-même. Et penser par soi-même, pour paraphraser le philosophe Alain, c'est dire non. L'unanimité est impossible mais le consensus est au coeur de l'art de gouverner, ne serait-ce que chez mes ancêtres sauvages, pas assez civilisés pour jouer aux frappe-à-bord avec les intérêts de leur communauté.

Donc, j'ai écrit des tas de fables, contes, paraboles et fariboles en 2010. Après les Contes de Noël pas racontables, j'envisage de publier un recueil de nouvelles assez volumineux intitulé Le gorille & autres nouvelles pas racontables. Je prépare aussi un recueil de nouvelles autobiographiques, pour bien démontrer que je n'en suis pas à une contradiction près. Et puis je me lancerai peut-être sur un recueil de textes philosophiques et, mieux encore, un recueil de critiques littéraires. Vous verrez tout ça en 2011. Sur papier ou bien en format PDF pour votre iPad. Je ne bretterai pas longtemps avec le monde de l'édition, promis juré, comme toujours. J'emmerderai Gallimard une fois de plus s'il le faut. Je veux publier dans La Pléïade ou rien.

Bon, pour ce qui est de la musique et de la peinture, ça se passe de mots. Deux expositions cette année, une dans ma cour et une autre au Terrasse Café Bistro, ici-même à Trois-Rivières. C'est bien suffisant. Je peinds mieux qu'en 2009. Je peindrai mieux encore en 2011. Le feu sacré des arts bouille toujours dans mes veines. Rien ne se perd et tout se crée en se récréant. Quand le plaisir n'y sera plus, je deviendrai mort et silencieux.

L'amour est au rendez-vous dans ma vie. La santé aussi. Je me sens riche et privilégié auprès de ma blonde. Gâté pourri par la vie alors que tant de gens souffrent, seuls tout seul ou bien seuls en couple. Je n'ai pas de réponses aux souffrances de tout un chacun, sinon cette chance de ne pas les ressentir dans ma vie de tous les jours.

J'aime presque tout le monde malgré tout. Rien n'est jamais tout noir et tout blanc. On a chacun nos parts d'ombres et de lumières. Cela dit, je ne perds pas mon temps avec ceux qui se complaisent des ombres et salivent de faire souffrir autruis. Je tiens près de moi ceux qui sont sensibles aux arts, à la musique et à la poésie. Tout le reste n'est pas suffisant. Et me fait royalement bayer aux corneilles.

Je serai encore plus Sauvage en 2011. Plus je vieillis plus je me sens un être humain dont les racines sont profondément enfouies dans le roc de l'Île de la Tortue. Les drapeaux m'indiffèrent. Les frontières me font peur. Je souhaite vivre dans un monde ouvert, comme une plaine sans soldats, avec des tas de bisons et d'êtres humains doux et pacifiques qui circulent et broutent librement. Dans mon monde, qui existe vraiment, on a pris la décision de vivre libres hic et nunc, ici et maintenant.

***

Imagine there's no country...  C'est pas si difficile...

samedi 1 janvier 2011

Bonne année! Paix et amour sacrament!

Moi et mon amour étions à Québec pour célébrer le jour un de l'année 2011.

Bonne année! Paix et amour sacrament!