lundi 15 novembre 2010

Maufette l'hostie d'fucké

Maufette aime ça quand c'est court. Mais c'est tout de même un hostie d'fucké. Pire encore... Vous ne savez pas tout!

-La vie est trop courte pour s'la raccourcir encore plus, baptême! qu'il dit tout le temps en tapant sur la rampe de sa galerie et en vargeant à coups de pieds dans les barreaux pour se rendre encore plus désagréable.

Puis il rentre dans sa maison en criant fuck you à quiconque a le malheur de le croiser.

-Fuck you mes hosties! Fuck you! qu'il dit.

C'est tout ce que l'on peut entendre de lui depuis au moins vingt ans. Aucun de ses voisins ne se souvient de l'avoir entendu dire autre chose. Un type déplaisant qu'on n'a pas envie de mieux connaître, c'est le portrait tout craché de Maufette.

Bon. Ce sont des choses qui arrivent. On n'y peut rien.

Cependant, on pourrait tout de même vous décrire Maufette un petit peu. Maufette, c'est un homme moyen qui ne porte pas de barbe. Il n'est pas rasé de près ni mal rasé. C'est juste que sa barbe pousse vite. Mais ça ne change rien à son métier. Maufette est cordonnier comme son père.

Évidemment, les cordonniers de notre époque en arrachent un peu.

Est-ce une raison d'avoir les pieds pris dans ses lacets de bottines? Pas du tout.

Et c'est pourquoi Maufette est un cordonnier bien chaussé même s'il ne fait pas fortune.

À tous ceux qui viennent à sa cordonnerie pour lui acheter des bottes ou bien pour lui refiler des godasses à réparer, Maufette n'a que ces mots: «La vie est trop courte pour s'la raccourcir, baptême!» Ça ne veut crissement rien dire. Mais Maufette, au fait, ne dit jamais rien. Ce n'est pas un parleux. Ni un homme de paroles, de chansons ou de ricanements. Il n'a qu'une seule expression dans le visage: la neutralité la plus froide.

On ne lui connaissait pas de conjointe jusqu'à la semaine dernière. Il rapportait son épicerie quand on vit sortir une femme du côté du passager. Il paraît qu'elle est Belge. Elle a de grandes dents. Et elle n'est pas plus placoteuse que Maufette avec ses yeux verts et ses boucles d'oreilles ordinaires.

-'jou'... qu'elle dit pour dire «bonjour».

Hostie de fuckée elle aussi. Aussi fuckée que Maufette. On leur parle tout de même, enfin quand on les voit, comme la semaine passée, mais on a découvert qu'ils étaient des extraterrestres, eux et le grand-père de Maufette. Oui des extraterrestres.

Ils se sont envolés dans un véhicule spatial rouge vif, avec tout plein d'autocollants dessus. C'était un beau modèle mais un peu rouillé. Ils ont fait semblant de ne pas nous voir et nous avons remarqué qu'ils avaient les mains palmées.

Ils se permettent de ne pas nous saluer et de nous jaser pas plus qu'il ne le faut. Ce sont des extraterrestres. Ils volent dans un vaisseau spatial rouge vif un peu rouillé... Oui... C'est ça... Et que voulez-vous faire contre les extraterrestres? Rien. Alors on endure la situation. On fait semblant qu'ils sont comme nous. On les salue. On essaie d'être gentils. Mais c'est fuck you par-dessus fuck you avec ces deux calices-là. Comme si tout le monde pouvait voler en soucoupe volante. Franchement! Laissez-moi vous dire que Maufette pis sa femme, extraterrestres ou pas, sont vraiment des hosties d'trous d'cul. Ils se prennent pour d'autres. Ils pensent nous impressionner avec leur char volant? Pff! Nous autres on s'en calisse. En autant qu'on soit biens. Qu'on ait notre p'tite bière pis toutte le kit. C'est rien qu'ça qu'on veut. Pis c'est pas un Maufette volant qui va venir nous dire comment c'qu'on doit vivre. Fuck you Maufette avec ta soucoupe volante! Allez chier toé pis ta blonde, gang de pas parlables!

samedi 13 novembre 2010

De l'acide au visage

Le photographe David Boily de La Presse nous présente ce matin une page frontispice sensationnaliste. C'est le but de la une. Et ce but, pour une fois, n'est pas mesquin. On y voit le visage défiguré de Chrislène, une Haïtienne qui a été victime de violence conjugale. Watson, son ex-conjoint, lui a balancé de l'acide à batterie de char au visage. Elle est maintenant aveugle et «élève» son jeune enfant dans un village crasseux composé de tentes. Comme s'il n'y avait pas assez du tremblement de terre. Ou du choléra.

Les gens ont besoin d'être remués de temps à autres. Et ce genre de sensationnalisme me semble tout à fait nécessaire pour rappeler que l'aide sociale et juridique doivent suivre l'aide alimentaire.

Cet article de Michèle Ouimet rappelle que le combat féministe est bien loin d'être terminé. Ici comme ailleurs.

Il ne faudrait pas croire que nous n'avons pas de ces salopards dans notre coin qui seraient prêts à balancer de l'acide dans le visage de «leur» femme.

Derrière les portes closes des foyers, il s'en passe encore des vertes et des pas mûres.

Des crétins en tous genres testent leur sale autorité et menacent leur douce de passer au cash.

Ils ne se font pas tous arrêter. Et ce n'est pas une campagne de sensibilisation à la télé qui va suffire. Ça prend des lois. Ça prend des flics pour appliquer les lois. Et il faut surtout prendre les victimes au sérieux.

Ici comme en Haïti. Et aussi en Iran.

Le bras armé du pouvoir doit être tenu par des personnes qui croient en la dignité humaine.

L'anneau du pouvoir doit être porté par des personnes qui ne méprisent pas la moitié de l'humanité et peut-être plus.

C'est ce que je me dis en regardant ce visage de femme défiguré par de l'acide à batterie de char.

Ce Watson, crissez-moé lé en d'dans pour un calice de boutte, que je me dis dans mon créole nord-américain. Envoyez-le reconstruire Port-au-Prince avec un boulet aux pieds. Faites-lui subir le châtiment qu'il mérite. Qu'il atteigne sa rédemption en suant tout ce mal qui exhude de lui sous cette forme dégradante qui le ravale au niveau d'excrément de l'humanité.

Mais surtout, que l'on s'occupe de Chrislène bon sang! Vous! Moi! N'importe quoi.

Il doit y avoir une Justice en ce monde. Sans quoi le monde perd tout son sens.

Crétins du monde entier qui battez vos femmes, je vous trouve lâches et méprisables.

Le combat continue pour un monde où les femmes n'ont pas à vivre prostrées dans la peur.

Ce monde est possible. Nous en faisons l'expérience ici, malgré les imperfections de nos méthodes qui sont tout de même mille fois supérieures à celles de Haïti.

jeudi 11 novembre 2010

K-Way

Gascon a de la jarnigoine. Il parle à n'en plus finir. Un vrai moulin à paroles.

Tu lui dis quelque chose et tout de suite il saute du coq à l'âne. Et quand il s'agit de faire l'âne, croyez-moi, Gascon tient bien son rôle.

D'abord, il a des dents d'âne. Deux grosses palettes jaunies par le tabac et le café. Mais c'est tout de même pas de sa faute... Enfin, ce n'est pas une raison de lui chercher des noises.

Et puis il rit en brayant comme un âne, Gascon.

-Hihan! Hihan! comme un vrai âne je vous dis.

Pour le reste, il ressemble à un acteur québécois de l'année mil neuf cent soixante-dix-neuf. Pas vraiment un hippie. Plus un look K-Way-à-capuche avec les cheveux ramenés sur le devant, à la Ti-Pouèle, pour camoufler sa calvitie prononcée. Pour ceux et celles qui se demandent c'est quoi un K-Way-à-capuche, disons simplement que c'est un coupe-vent de vinyle. Il se dissimule dans la pochette d'une ceinture que l'on porte autour de la taille quand il n'est pas indispensable de le vêtir.

Gascon porte son K-Way même l'hiver. Il a trouvé une caisse de cent K-Way en mil neuf cent soixante-dix-neuf. Des K-Way pour la vie. C'était dans les vidanges. Gascon s'est dit qu'il n'aurait plus jamais besoin de s'habiller. Évidemment, il faut toujours qu'il nous raconte ça chaque fois qu'on le croise.

-J'ai trouvé les K-Way en mil neuf cent soixante-dix-neuf. Une grosse caisse toé chose. Aussi grosse que mon bain. Cent K-Way! Tous pareils. J'étais content en salamant! Ça fait que je r'tourne à 'a maison avec ma caisse toé chose pis j'me mets à t'déballer toutte ce beau trésor toé-là... Cent K-Way! J'en use rien qu'un par année pis encore. L'hiver quand i' fait frette j'm'en mets six épaisseurs. En seulement que les K-Way ça fait un peu suer. Mais y'en a qui sont prêts à payer pour suer pis moé ça s'fait toutte en naturellement avec mes K-Way! J'aurai été chanceux dans ma vie. Pis mon année chanceuse ç'aura été l'année mil neuf cent soixante-dix-neuf!

Gascon peut passer des heures à nous parler de ses hosties de K-Way. Ce qui finit par être gossant.

Je vais cesser de vous écoeurer avec ça. Parce qu'il fait juste parler de ça, Gascon, ses hosties de K-Way. C'est la seule chose qui lui soit arrivée dans la vie. Son enfance, sa vie d'adulte et sa carrière de gardien de stationnement désert, il passe vite sur le sujet.

Gascon devient intarissable uniquement pour ses hosties de K-Way. Un moulin à paroles pour cette hostie de caisse qu'il a trouvée en mil neuf cent soixante-dix-neuf-qu'on-s'en-fuckin'-tabarnaque!

Je tenais à vous en parler sérieusement, une fois pour toutes, pour vider le sujet.

Ça m'a fait du bien d'en parler...

mercredi 10 novembre 2010

La démocratie... quelle hostie d'farce!

Je suis d'une naïveté abyssale. Je pense que la Constitution défend mon foyer et mes droits. Et je me rends bien compte que notre démocratie, somme toute, c'est de la dictature maquillée en démocratie.

Une fois tous les quatre ans on a le droit d'aller voter. Et rien ne garantit que le vote se fasse en toute impartialité. Quand on ne peut pas garantir les résultats, comme ce fût le cas lors du scandale du vote électronique des élections municipales de 2005, on a beau se plaindre au Directeur général des élections (DGE), comme je l'ai fait, qu'on se fait répondre que l'organisme n'a qu'un pouvoir consultatif...

Conclusion: le DGE est un organisme impuissant, les gouvernements s'en tapent et surtout voter à nouveau ça coûte trop cher...

La démocratie... Quelle hostie d'farce!

Je me suis aussi plaint lorsque le maire de Trois-Rivières et ses conseillers les mieux payés sont venus freiner la demande de consultation populaire pour le projet Trois-Rivières-sur-Saint-Laurent. Il s'agit d'un projet improvisé qui contribue au surendettement des contribuables en plus d'être ficelé pour servir les plus vils intérêts de ceux qui se partagent l'assiette au beurre, aux dépens de tous. Un jeu de Bozopoly pour générateurs d'enveloppes brunes et autres langues sales. Dont l'un d'entre eux qui écrit des lettres dythirambiques au maire dans le quotidien local et qui demande ensuite aux contribuables de fermer leur gueule pour qu'il puisse vendre la nouvelle pyramide de gypse dont personne ne veut...

Les signataires du registre avaient obtenus le quorum. Et le maire et ses acolytes vinrent nous rappeler que la démocratie municipale, c'est vraiment une farce. Ma pétition, je me suis torché avec. Un obscur fonctionnaire du ministère des Affaires municipales m'a envoyé une lettre dans laquelle il disait qu'il n'y avait pas lieu d'ouvrir une enquête à ce sujet.

Entre temps, notre maire prit de l'enflure. On a vu des policiers en civil et des lévesquiens tordre les bras de citoyens qui ne demandaient qu'à savoir ce qui se passait à l'Hôtel de Ville. On a ouvert les portes une heure à l'avance pour gonfler la salle de lévesquiens, sans que personne ne le sache. Et le maire a dit que seule la réussite comptait, peu importait les moyens, et ça va jusqu'à détourner le sens des mots, comme le faisait Humpty Dumpty dans Alice au pays des merveilles. Le sens des mots, c'est celui qui détient le pouvoir qui l'a. Et Humpty Dumpty peut encore se balancer sur un mur, mais un jour viendra où ni les chevaux du roi, ni la garde royale rapprochée ne pourra recoller les morceaux.

Parce que la farce tire à sa fin.

Ça fait vingt ans qu'il n'y a eu AUCUNE enquête sur la démocratie municipale. Les maires vivent dans l'impunité absolue, sans aucune forme d'imputabilité. Il est quasiment impossible de les destituer au cours de leur mandat. En vingt ans, cela n'est JAMAIS arrivé...

Ça en dit long sur cette merde autocratique maquillée sous un vernis de démocratie, de pouvoir populaire plus que passif, presqu'à l'agonie.

Le vrai pouvoir n'est pas à l'Hôtel de Ville. Il est et sera toujours dans la rue.

Et s'il faut prendre la rue une fois de plus pour rappeler aux élus qu'ils sont imputables, que la démocratie doit être prise au sérieux, eh bien pourquoi pas.

On a le système qu'on mérite.

Un système de merde quand on pense que tout le monde devrait faire les choses à notre place.

La démocratie passive, j'en ai largement soupé.

lundi 8 novembre 2010

Après «Dérèglement municipal», «La pourriture municipale»...

Mon texte sur le reportage Dérèglement municipal, produit par l'équipe d'Enquête, a été publié dans l'édition papier du quotidien Le Nouvelliste en fin de semaine.

Je vous renvoie par ailleurs à un texte de Yves Boisvert, La pourriture municipale. C'est publié aujourd'hui sur Cyberpresse.

Tout se fait au vu et au su de tout le monde. Et tout demeure lamentablement pourri. Évidemment, il y a les arts, les lettres et la musique pour se façonner des ailes. Mais le labyrinthe et son Minotaure n'en continueront pas moins de nous poursuivre, vous et moi. Enfin, je ne sais pas pour vous. Mais pour moi c'est plutôt comme ça.

Donc, il faut remettre de l'ambiance dans le débat. Et continuer doucement le combat en ignorant la peur.

Simplement

Le travail se poursuit pour accoucher d'une flopée de toiles, de chansons et de nouvelles.

Surveillez mon blogue. Je n'ai pas fini de vous surprendre fidèles internautes. Vous n'avez vu de mes niaiseries que la pointe de l'iceberg. La partie qui flotte sous ce qui vous est visible foisonne de vie malgré son apparente froideur.

Je suis encore jeune. Je vous en ferai encore voir de toutes les couleuvres.

Chaque jour je me transforme en marathonien des arts et des lettres pour livrer un peu de mon jus de cerveau.

Je barbouille pour l'honneur, comme si je tenais le fort en l'absence de la garde.

Bien sûr, je ne suis pas seul. D'abord, j'ai ma muse à mes côtés qui fait en sorte que la tristesse n'est pas très présente dans tout ce que je fais. Difficile d'être triste quand on est heureux. Et c'est le bonheur qui transpire de toutes ces farces que je transcris en sons, syllabes et pigments.

Qu'est-ce que l'acte de créer? C'est sans doute une fuite. À moins que ce ne soit une vraie rencontre avec soi-même. Ça dépend.

Quand on se met à définir chacun de nos actes en y mettant un point final, c'est qu'on se prend pour Dieu. Généralement, les autres ont raison de nous prendre pour un con. Il n'y a pas de réponse définitive à quoi que ce soit. La vie sera toujours en suspens, parsemée d'états de grâces et d'états de décomposition.

Donc, je compose avec ça. J'essaie de suivre de grands modèles mais ne ressens pas l'utilité de les copier. Je les ai tous broyés dans ma cornue. Vous les nommer serait inutile. J'aurai l'air du type qui se prend justement pour un autre.

Mon blogue s'intitule Simplement. Pour la petite histoire, ce titre provient d'une émission que j'ai produite sur les ondes de Radio Basse-Ville (96,1 FM) à Québec, de 1999 à 2000. Mes billets radiophoniques servirent de prélude à mes billets sur l'Internet.

Je m'ennuie un peu de la radio. J'avais un plaisir fou à péter une coche sur les ondes. Il y avait aussi ce plaisir d'avoir accès à des tas d'enregistrements musicaux. Je pouvais écouter une quarantaine de nouveaux disques par semaine. Sans compter les démos. Et les vieilleries passionnantes.

Si je ne me retenais pas, je me renseignerais sur la ballodiffusion gratuite, gratuite parce que je ne veux pas investir un kopeck pour m'entendre parler. Ensuite, je vous ferais peut-être écouter mes chansons, mon harmonica, mes contes ou bien mon sifflement à la Roger Whitaker...

Je m'écarte de mon sujet. Je veux ouvrir ma boîte de Pandore. Semer à tous vents. Diffuser. Communiquer. Transmettre.

Pourquoi? Je n'ai pas de réponse à cela. Simplement des créations. Tous les jours. Ou presque.

Ainsi soit-il.

vendredi 5 novembre 2010

À propos du «dérèglement municipal»

Je me suis senti plutôt révolté suite au reportage Dérèglement municipal, de l'équipe d'Enquête, diffusé hier sur les ondes de la SRC.
   La démocratie municipale est à l'agonie dans plusieurs villes du Québec et même du Canada.
   Le reportage de l'équipe d'Enquête démontre bien qu'il est possible de trahir l'esprit de nos lois et de nos saines pratiques de gouvernance en toute impunité.
   Le citoyen n'est rien. Le Directeur général des élections est sans pouvoir. On dirait un sexologue. Il vous conseille mais ne peut rien mettre en pratique. Les tribunaux sont inaccessibles. Le Ministère des affaires municipales se moque de vous en vous envoyant une lettre de fonctionnaire qui vous prie de recevoir ses salutations distinguées après vous avoir dit, en termes polis, que vous pouvez aller voir ailleurs. Et le citoyen se sent comme une coquille de noix flottant au large...
   Je pourrais vous raconter des tas d'anecdotes à ce sujet. Je vous renverrai plutôt vers ce reportage d'Enquête qui résume mieux que moi le déficit démocratique de nos gouvernements municipaux.
   Dans plusieurs villes du Québec, n'importe quel casque de bain peut se faire élire et régner comme un roitelet avide de petits avantages qui lui permettent d'arrondir ses fins de mois aux dépens des contribuables.
  J'espère de la Constitution qu'elle nous protège de ces tribuns et peddlers de bas étage qui font honte à nos foyers et à nos droits.
   Aussi, je crois qu'il serait judicieux d'enchâsser dans nos lois un processus clair de destitution pour les élus qui ne respectent pas la démocratie.
   Autrement, on va finir par faire élire des chemises brunes qui s'incrusteront au pouvoir pendant mille ans, en remettant à jour les bonnes vieilles méthodes de Duplessis. Les morts iront voter... Et tout le monde se taira, pour mettre fin à la chicane...


***

Le temps des fleurs se poursuit. À Trois-Rivières. À Laval. À Mascouche. À Lachute. Partout.

mercredi 3 novembre 2010

Saturne pas rond

Saturne est l'étoile la plus brillante dans le ciel par les temps qui courent. Ça tombe bien. Saturne est aussi la version romaine de Cronos, le dieu grec qui fait tourner la roue du temps. Il a pour particularité de dévorer ses propres enfants et on l'associe souvent aux révolutions qui tournent mal. Difficile par ailleurs de ne pas rappeler le célèbre tableau de Goya que vous voyez ici à la gauche de votre écran.

Qui veut faire l'ange fait souvent la bête. Blaise Pascal a écrit un truc du genre dans les premières pages de ses Pensées que je n'ai jamais lues au complet.

On fait la révolution, on se croit un ange exterminateur, et voilà que tout foire. Le corps inerte de la liberté flotte sur des mares de sang. Plus personne ne se marre. Bientôt les révolutionnaires réaliseront le programme que les conservateurs rêveraient d'appliquer: le chef s'incruste au pouvoir jusqu'à la fin de son temps, les syndicats sont muselés, la liberté de presse est inexistante, les peines de prison passent de deux mois à vingt-cinq ans pour des délits mineurs, puis on pète la gueule de ceux et celles qui portent des lunettes ou bien écrivent des poèmes. Merci pour votre beau programme, saturniens de mes deux, fossoyeurs de révolution, réactionnaires qui s'ignorent, fascistes rouges qui colportent le cannibalisme sous toutes ses formes.

La planète Saturne est l'étoile qui brille le plus fort dans le firmament ces temps-ci. On ne le remarque pas beaucoup en ville. Il y a trop de lumières pour qu'on réalise que le ciel est débordant d'étoiles et de planètes.

Et comme on ne voit pas bien les planètes et les étoiles, on se concentre sur des niaiseries: des articles de journaux, des livres, des textes ridicules écrits sur des blogues.

Ça passe le temps. Cronos fait tourner sa roue. Saturne dévore ses enfants. Et au lieu de s'occuper de la beauté qui sauvera le monde, on se concentre sur la laideur qui le détruira.

Sans doute que je délire. C'est l'influence de Saturne. Les astres, les désastres et tout le reste, ça trouble la digestion.

mardi 2 novembre 2010

Une vraie histoire d'amour

Il est difficile de parler de l'amour. Quand on le vit intensément, on préfère ne pas en parler de crainte que l'amour ne s'envole.

Ceux et celles qui parlent le plus d'amour sont généralement ceux qui vivent une relation malheureuse.

Ne me dites pas que vous n'avez jamais remarqué ça. Les poèmes et les chansons d'amour sont tous écrits par des personnes en peine qui ne savent plus quoi peindre sur les parois de leur caverne pour se donner l'illusion qu'ils possèdent quelque chose.

Jocelyn ne parlait jamais d'amour. Et sa blonde, Josée, n'en parlait pas plus. Pourtant, ils s'aimaient comme rarement l'on s'aime.

Les deux étaient dans la trentaine avancée. Jocelyn était boulanger. Et Josée, infirmière auxiliaire. Tous les deux s'habillaient en blanc pour le travail et en noir pour la maison. Ils avaient deux ou trois enfants, à moins que le troisième était seulement un ami des deux autres.

Difficile de dire quel était leur passe-temps préféré. On n'entendait jamais la télé, ni la radio, ni d'engueulades. Ils vivaient dans un bloc en béton et leur appartement était bien insonorisé.

Ils marchaient toujours main dans la main et s'embrassaient tout le temps comme s'ils en étaient à leurs premiers amours. C'était beau de les voir. Tout le monde semblait envier leur bonheur, surtout le couple d'en face qui passait leur temps à se lancer de la vaisselle par la tête.

C'est ce qui faisait dire à leur entourage qu'ils s'aimaient comme rarement l'on s'aime.

Mais personne n'en savait vraiment plus.

Et c'était très bien ainsi.

dimanche 31 octobre 2010

Conte de Noël (1)

Novembre est le plus triste de tous les mois. Décembre est beaucoup plus gai. Parlons du mois de décembre. D'autant plus que l'événement s'est passé en décembre, le jour que les chrétiens appellent Noël.

Ah! Décembre qui redevient pur et lumineux avec les premières neiges. Puis le froid qui s'installe. Les couleurs païennes des fêtes du solstice. Et puis Noël.

Que dire de cette journée? Oh! C'est la naissance du p'tit Jésus. C'est la carte de crédit overload pour payer les cadeaux. Et ce sont les enfants qui rient, pleurent ou ne font rien parce qu'on ne fête pas Noël dans tous les foyers.

Ismaël Atik ne fêtait pas Noël. Enfin, pas au sens où les chrétiens l'entendent. Il n'était pas musulman mais ses parents l'étaient. Essayez d'expliquer ça au juge. Ou bien au clan. Bref, Ismaël terminait son post-doctorat en physique à l'université et vivait pour le moment dans une chambre miteuse du boulevard Saint-Joseph. Ismaël ressemblait un peu à Bob Marley mais avec les cheveux coupés ras. Il se rasait de près, du menton aux cheveux. Et portait de petites lunettes rondes d'intellectuel.

Ismaël vivait dans une maison de chambres. Il partageait une douche et une chiotte avec trois autres ahuris qu'il n'avait jamais vus. Leurs heures d'entrée et de sortie ne concordaient pas.

Sauf ce jour de Noël. Ils se sont enfin vus.

Cet après-midi de Noël, Ismaël avait une forte envie de pisser et chaque fois qu'il venait pour aller aux chiottes il fallait que ce soit toujours occupé.

Aux grands maux les grands remèdes. Ismaël se décida à faire son pipi dehors, du côté de la sortie de secours.

Comme il pissait, Nelson Bonenfant sortit la tête de la fenêtre de sa chambre miteuse, située tout près du jet de pipi. Nelson était un freluquet de soixante ans qui portait une calotte de baseball.

-Tu pisses en tabarnak mon homme! La vessie va t'exploser! lui dit Nestor tout en se présentant et en lui tendant la main.

-J'm'appelle Nelson Bonenfant, pis toé?

Ismaël fût tout de suite saisi. D'abord il pissait à deux ou trois pieds de cette main qui se voulait fraternelle. Et puis c'est un peu mal aisé que de tendre sa dextre à la dextre d'un autre quand on tient sa queue avec. Ce qui fait qu'Ismaël le salua avec sa senestre - sa main gauche au risque de tomber dans un récit didactique.

-J'm'appelle Ismaël. Bonjour monsieur. Désolé de ne pas vous serrer la main!

-Désole-toé pas mon homme! Moé c'est rare que j'me lave les mains après avoir pissé...

Ismaël comprit qu'il avait affaire à un ivrogne. Et puisqu'il ne pratiquait plus la religion de ses parents, il crut qu'il serait poli de ne pas refuser une bonne lampée d'alcool pour célébrer la mémoire du prophète Ioussif alias Jésus.

Il rentra sa bastringue dans son pantalon, rezippa le tout, et prit dans sa senestre la bouteille de gin De Keeper que lui tendait Nelson.

Dix minutes plus tard, il rencontrait son deuxième voisin, Lambert Lafortune, un électricien qui vivait des primes de la CSST depuis qu'il s'était électrocuté sur une ligne à haute tension dans les années '80. Ses amis l'appelaient «Séquelles». Nelson et Ismaël l'appelaient simplement Lambert.

Au bout d'une heure, tout le monde était saoul et les trois allaient pisser dehors, du côté de la sortie de secours, en se passant la bouteille par la fenêtre de la chambre de Nelson. Les chiottes étaient encore occupées. Pas moyen de faire autrement.

-Cou' don' saint-chrême d'hostie! cria Séquelles. Ça fait combien d'heures qui chie l'gros Freaks?

Campbell Freaks était le gus qui s'était enfermé dans les chiottes. C'était un labradorien originaire de Goose Bay, membre du Labrador Party, un parti réclamant que le Labrador se sépare de Terre-Neuve pour devenir une province canadienne, sinon un pays,

Évidemment, il était mort.

Ce qui fait que les trois ivrognes pissaient pour rien dehors.

C'est Nelson qui se décida à défoncer la porte en foutant un coup de pied qui arracha la serrure.

Campbell Freaks était mort étouffé dans ses vomissures. Il avait probablement trop bu. Un exemplaire du Journal de Monrial était déplié sur ses genoux. Campbell Freaks était mort en regardant les images de la section des sports. Son français n'était pas suffisant pour lire le Journal.

-C'est des choses qui arrivent! philosopha Nelson.

-I drink to that! renchérit Lambert.

Quant à Ismaël, il ne dit rien.

Quelqu'un dut appeler la police ou l'ambulance.

Les chiottes étaient enfin libérées.

Plus besoin d'aller pisser dehors sur cette fine neige qui rappelait à toute la chrétienté qu'un Sauveur était né.