Ce matin, ce n'est pas que je n'aie rien à dire, mais quand vient le temps de l'écrire, pouic! - il ne passe plus rien.
Évidemment, il n'y a qu'à numériser les premiers mots pour trouver le sujet, le verbe et le complément.
Voilà, j'ai déjà lancé trois phrases et je les laisse suffisamment respirer parce que je me sens chiche ce matin.
Je regarde dehors: il va faire beau et les feuilles seront encore plus colorées qu'hier.
Finalement, je n'ai plus envie d'écrire. Pas du tout.
Mais je m'en voudrais de ne pas vous laisser un petit quelque chose, juste pour ne pas passer pour quelqu'un qui n'alimente pas son blogue au moins une fois par jour.
Je vais vous écrire une chanson. Ouais. Une chanson que j'ai écrite pour ma blonde. Elle s'appelle Vent d'automne. Patientez un peu. Je vais vous la chanter un de ces quatre, en baladodiffusion. Faut que j'parle à mon ami, un crack en informatique. Je la joue à la guitare tout en m'accompagnant à l'harmonica. Ça sonne un peu Plume, en plus métis.
VENT D'AUTOMNE
Pour ma blonde
Y'a des feuilles qui tombent
Personne n'les ramassent
On n'les met pas en tombe
On n'les brûle pas au gaz
On peut s'y endormir
Et rêver à loisir
Se faire un beaut mat'las
De ces jolies feuilles-là
Refrain:
Chéri-iiiiiiiiiie
Ma chérie d'amour
Ma Cherry Blossom...
Le vent d'automne
Est monotone
Mais j't'aimerai toujours
Y'a ces feuilles qui rougissent
Bien que j'sois daltonien
Faut dire que j'm'en calisse
Pourvu que j'vois tes seins
J'ai pas envie d'chanter
Des tounes trop compliquées
J'ai pas envie d'brailler
En chanteur de métier
Refrain
Solo d'harmonica
Oui les feuilles reviendront
Dret' le printemps prochain
Les lilas r'fleuriront
Dans la cour du voisin
On pourra se prom'ner
Sur des plages méconnues
On pourra même s'aimer
Libres enfin et tout nu
Refrain
Gaétan Bouchard
2004. Tous droits réservés
Et j'ai même compté mes pieds, ben tiens... Pour que ce soit chantable!
mercredi 8 octobre 2008
mardi 7 octobre 2008
N'IMPORTE QUOI SAUF DUPLESSIS À TROIS-RIVIÈRES
J'ai rencontré un facteur hier, dans la bus. Mettons qu'il s'appelle Cédrick. Si je vous dis son nom, il pourrait vouloir m'arracher la tête, sait-on jamais.
Cédrick travaille pour Postes Canada depuis quelques temps. Nous sommes allés au collège ensemble. On se croise de temps à autres et, inévitablement, on se parle de lettres. Non pas parce que Cédrick est facteur, mais parce qu'il en écrit, des lettres. Des tas de lettres qu'il envoie aux journaux pour dire sa façon de penser au maire Yves Lévesque, par exemple, ou bien à d'autres hurluberlus qui se croient investis par une mission divine. C'est qu'il est un peu comme moi, Cédrick, une grande gueule à sa façon, un type qui ne dort pas au gaz quoi. Et je m'excuse à l'avance de le vanter pour me donner le beau rôle par procuration. Je ne dis pas ça pour moi, en fait, mais pour lui. Bon.
Cédrick est un fédéraliste plutôt proche des libéraux, un social-démocrate de centre-gauche, un modéré. Ce qui me ressemble beaucoup. Comme moi, le facteur votera pour le Bloc Québécois le 14 octobre prochain.
-C'est un vote stratégique, qu'il me disait hier dans l'autobus. N'importe qui sauf Harper! Et à Trois-Rivières, n'importe qui c'est Paule Brunelle...
-Oui, moi aussi je vais voter pour Paul Brunelle, que je lui ai répondu, j'aime bien ses chansons Le train qui siffle et Qu'elle est belle ma vallée. Je voterai pour le roi du country le 14 octobre prochain!
-Hahaha! Paul Brunelle! On a pas l'choix Gaétan... J'suis libéral et fédéraliste, mais les libéraux n'ont pas de chance dans le comté et en plus ils divisent le vote contre Harper...
-Je voterais pour n'importe qui ou n'importe quoi sauf Harper, Cédrick. Je voterais pour Gonzo le chien s'il se présentait. As-tu remarqué que la candidate conservatrice s'est fait faire un traitement Photoshop sur son affiche électorale? C'est pratique, Photoshop, pour rajeunir de quarante ans, tu n'trouves pas?
-Ouais, a répondu Cédrick. As-tu lu ma dernière lettre dans Le Nouvelliste Gaétan? Ça s'intitule «Yves Lévesque, un Staline des temps modernes».
-Ah ouais? T'as écrit ça quand?
-Au mois d'août. C'est paru dans le courrier des lecteurs.
Et là, Cédrick me raconta tout le mal qu'il pensait du maire et, franchement, j'étais étonné de constater qu'il était bien mieux renseigné que moi sur les faiblesses de notre premier magistrat.
Évidemment, la conversation s'est interrompue à mon arrêt d'autobus, près du parc Victoria.
Elle s'est cependant poursuivie par le biais du courriel. Cédrick a eu cette bonté de me faire parvenir ses lettres, toutes plus cinglantes les unes que les autres envers le maire et ses idées qui lui viennent souvent par inadvertance, au gré de son humeur, comme ses idoles, Duplessis et Harper.
Je ne vous donnerai pas tout le détail de ses lettres. Mais ça cognait dur. Ça me porte à croire qu'il ne sera pas réélu, Lévesque. Le temps de Harper est fini avec la crise économique qui pointe à l'horizon. Tout ce qui n'est pas un peu teinté en rouge retournera bientôt dans ces limbes d'où cela n'aurait jamais dû ressortir.
Le projet Trois-Rivières sur St-Laurent, projet tant chéri du maire, est un fabuleux projet dans la droite lignée du projet de la Cité de l'Émérillon: trois condos vendus sur trois milles... Un autre foutu éléphant blanc qui s'en vient, les amis, en pleine récession...
Et le terminus d'autobus, hein? Depuis 2004 que je me plains que les utilisateurs du transport en commun ne disposent pas d'un vrai terminus au centre-ville de Trois-Rivières, ce qui fait qu'ils doivent traverser la rue parmi les enragés du volant qui sortent de leurs bureaux aux heures de pointe. J'ai vu des tas de madames zigzaguer avec le carrosse de bébé entre les chauffards impatients sur la rue St-Georges. Le terminus qui devait occuper le site de l'ancien salon de quilles n'a toujours pas été construit. Pourquoi? Parce que le bon maire a laissé le projet en jachère, histoire d'allouer le site à un autre projet tout aussi louche, un auditorium pour un centre des congrès hypothétique, ou bien un autre espace de stationnement.
Les pistes cyclables, à Trois-Rivières, sont à l'abandon.
Il y a plein de beaux projets que le maire balaie du revers de la main, juste parce que ça ne vient pas de Duplessis, Harper ou l'ADQ...
Évidemment, il y a toujours une belle prière avant l'ouverture du conseil municipal de Twois-Wivièwes, comme à Saguenay, une autre capitale du chômage au Canada...
Franchement, le 14 octobre prochain, n'importe quoi sauf Lévesque, Duplessis, Harper et George W. Bush!
Je voterai pour Paul Brunelle, le roi du country, pis c'est tout'!
Cédrick travaille pour Postes Canada depuis quelques temps. Nous sommes allés au collège ensemble. On se croise de temps à autres et, inévitablement, on se parle de lettres. Non pas parce que Cédrick est facteur, mais parce qu'il en écrit, des lettres. Des tas de lettres qu'il envoie aux journaux pour dire sa façon de penser au maire Yves Lévesque, par exemple, ou bien à d'autres hurluberlus qui se croient investis par une mission divine. C'est qu'il est un peu comme moi, Cédrick, une grande gueule à sa façon, un type qui ne dort pas au gaz quoi. Et je m'excuse à l'avance de le vanter pour me donner le beau rôle par procuration. Je ne dis pas ça pour moi, en fait, mais pour lui. Bon.
Cédrick est un fédéraliste plutôt proche des libéraux, un social-démocrate de centre-gauche, un modéré. Ce qui me ressemble beaucoup. Comme moi, le facteur votera pour le Bloc Québécois le 14 octobre prochain.
-C'est un vote stratégique, qu'il me disait hier dans l'autobus. N'importe qui sauf Harper! Et à Trois-Rivières, n'importe qui c'est Paule Brunelle...
-Oui, moi aussi je vais voter pour Paul Brunelle, que je lui ai répondu, j'aime bien ses chansons Le train qui siffle et Qu'elle est belle ma vallée. Je voterai pour le roi du country le 14 octobre prochain!
-Hahaha! Paul Brunelle! On a pas l'choix Gaétan... J'suis libéral et fédéraliste, mais les libéraux n'ont pas de chance dans le comté et en plus ils divisent le vote contre Harper...
-Je voterais pour n'importe qui ou n'importe quoi sauf Harper, Cédrick. Je voterais pour Gonzo le chien s'il se présentait. As-tu remarqué que la candidate conservatrice s'est fait faire un traitement Photoshop sur son affiche électorale? C'est pratique, Photoshop, pour rajeunir de quarante ans, tu n'trouves pas?
-Ouais, a répondu Cédrick. As-tu lu ma dernière lettre dans Le Nouvelliste Gaétan? Ça s'intitule «Yves Lévesque, un Staline des temps modernes».
-Ah ouais? T'as écrit ça quand?
-Au mois d'août. C'est paru dans le courrier des lecteurs.
Et là, Cédrick me raconta tout le mal qu'il pensait du maire et, franchement, j'étais étonné de constater qu'il était bien mieux renseigné que moi sur les faiblesses de notre premier magistrat.
Évidemment, la conversation s'est interrompue à mon arrêt d'autobus, près du parc Victoria.
Elle s'est cependant poursuivie par le biais du courriel. Cédrick a eu cette bonté de me faire parvenir ses lettres, toutes plus cinglantes les unes que les autres envers le maire et ses idées qui lui viennent souvent par inadvertance, au gré de son humeur, comme ses idoles, Duplessis et Harper.
Je ne vous donnerai pas tout le détail de ses lettres. Mais ça cognait dur. Ça me porte à croire qu'il ne sera pas réélu, Lévesque. Le temps de Harper est fini avec la crise économique qui pointe à l'horizon. Tout ce qui n'est pas un peu teinté en rouge retournera bientôt dans ces limbes d'où cela n'aurait jamais dû ressortir.
Le projet Trois-Rivières sur St-Laurent, projet tant chéri du maire, est un fabuleux projet dans la droite lignée du projet de la Cité de l'Émérillon: trois condos vendus sur trois milles... Un autre foutu éléphant blanc qui s'en vient, les amis, en pleine récession...
Et le terminus d'autobus, hein? Depuis 2004 que je me plains que les utilisateurs du transport en commun ne disposent pas d'un vrai terminus au centre-ville de Trois-Rivières, ce qui fait qu'ils doivent traverser la rue parmi les enragés du volant qui sortent de leurs bureaux aux heures de pointe. J'ai vu des tas de madames zigzaguer avec le carrosse de bébé entre les chauffards impatients sur la rue St-Georges. Le terminus qui devait occuper le site de l'ancien salon de quilles n'a toujours pas été construit. Pourquoi? Parce que le bon maire a laissé le projet en jachère, histoire d'allouer le site à un autre projet tout aussi louche, un auditorium pour un centre des congrès hypothétique, ou bien un autre espace de stationnement.
Les pistes cyclables, à Trois-Rivières, sont à l'abandon.
Il y a plein de beaux projets que le maire balaie du revers de la main, juste parce que ça ne vient pas de Duplessis, Harper ou l'ADQ...
Évidemment, il y a toujours une belle prière avant l'ouverture du conseil municipal de Twois-Wivièwes, comme à Saguenay, une autre capitale du chômage au Canada...
Franchement, le 14 octobre prochain, n'importe quoi sauf Lévesque, Duplessis, Harper et George W. Bush!
Je voterai pour Paul Brunelle, le roi du country, pis c'est tout'!
lundi 6 octobre 2008
CETTE ANNÉE ENCORE, LA POÉSIE SERA AU CHARLOT!
Cette année encore, c'est au bar Le Charlot qu'il y aura de la poésie, pendant le Festival international de la poésie. Ne cherchez pas du côté des rombières, comme dirait Mistral, cet écrivain et poète aux heures des autres qui pense que le vieux Bouchard est encore dans le coup...
Bravo les jeunes! Ne vous laissez pas ramollir le cerveau par cette sous-littérature présentée à tort comme de la grande par des illettrés fonctionnels.
N'importe quoi, sauf ces ânonnements et ces dentelles en comparaison desquels même le Prions en église a l'air d'avoir été écrit par Rimbaud... ou Beaudelaire (sic!) comme l'écrit une journaliste un peu inculte de la Mauricie.
Bravo! Triple bravo!
Aaaaah! La belle jeunesse... Il y a de l'espoir, sacrement!
Soyons donc plus baveux s'il-vous-plaît! Vous le méritez! Ils le méritent!
Insufflez de la passion, les mecs!
LE OFF-FESTIVAL DE POÉSIE SE MOQUE DU VRAI SUR LE OUÈBE :
http://www.cyberpresse.ca/le-nouvelliste/arts-spectacles/200810/06/01-26972-le-off-festival-se-moque-du-vrai-sur-le-web.php
Les vidéos incriminés :
http://fr.youtube.com/watch?v=F7yNsCU0Axk
http://fr.youtube.com/watch?v=QnZfpLwKjkw&feature=related
http://fr.youtube.com/watch?v=F7yNsCU0Axk&feature=related
Bravo les jeunes! Ne vous laissez pas ramollir le cerveau par cette sous-littérature présentée à tort comme de la grande par des illettrés fonctionnels.
N'importe quoi, sauf ces ânonnements et ces dentelles en comparaison desquels même le Prions en église a l'air d'avoir été écrit par Rimbaud... ou Beaudelaire (sic!) comme l'écrit une journaliste un peu inculte de la Mauricie.
Bravo! Triple bravo!
Aaaaah! La belle jeunesse... Il y a de l'espoir, sacrement!
Soyons donc plus baveux s'il-vous-plaît! Vous le méritez! Ils le méritent!
Insufflez de la passion, les mecs!
LE OFF-FESTIVAL DE POÉSIE SE MOQUE DU VRAI SUR LE OUÈBE :
http://www.cyberpresse.ca/le-nouvelliste/arts-spectacles/200810/06/01-26972-le-off-festival-se-moque-du-vrai-sur-le-web.php
Les vidéos incriminés :
http://fr.youtube.com/watch?v=F7yNsCU0Axk
http://fr.youtube.com/watch?v=QnZfpLwKjkw&feature=related
http://fr.youtube.com/watch?v=F7yNsCU0Axk&feature=related
RENCONTRE AVEC DEUX GARS BARRÉS DANS TOUS LES BARS DE LA VILLE
L'automne, c'est le meilleur moment de l'année pour marcher. Ça, je le savais depuis longtemps. Cependant, j'ai réalisé en fin de semaine que l'automne est aussi le meilleur temps pour rencontrer des gars barrés dans tous les bars et dépanneurs de la ville.
SAMEDI MATIN - STAN MAROTTE, 50 ANS, DROGUÉ, POCHARD, MOPPEUR DE BAR
Samedi matin, alors que je me baladais avec ma bienaimée sur la rue des Forges, à Twois-Wivièwes, je suis tombé sur Stan Marotte, un polytoxicomane spécialisé dans les menus travaux échangés contre de la bière, de la poudre, voire des pilules de toutes les couleurs, du pot, du sirop pour la toux, du gelage pour le mal des dents, de la colle pour modèles réduits, n'importe quoi pourvu que Stan ne soit jamais tout à fait ici.
Stan est tout petit. Il doit faire cinq pieds huit pouces, cent quinze livres. Quand je l'ai croisé, près de la bibliothèque Gatien-Lapointe, il avait une barbe de trois semaines et ses joues étaient plus collées ensemble que de coutume. Évidemment, il m'a salué.
-Comment c'qui va mon Butch de big grizzli de Gaétan Bouchard, hein? Ha! Ha!
-Super. Stan, j'te présente ma blonde.
Ils se saluèrent. Puis j'ai enchaîné.
-Qu'est-ce que tu fais d'bon c'temps-ci Stan?
-Moé? J'su's barré partout. Y'a juste au bar Tayo qui m'tolère... J'su's barré au bar Le Saudit, barré à L'Amicale, barré à la Taverne Pinocchio, barré partout... Au Tayo, ben Tayo est d'mon bord pis j'm'entends ben avec.
-Tu salueras Tayo d'ma part. Le dernier gars en ville qui a encore du respect envers les gentlemen!
-Moé gentleman? T'es-tu malade Butch? Ha! Ha! Ha!
Stan m'a serré la main, puis celle de ma blonde, et nous avons poursuivi notre chemin.
Stan Marotte, vous ne l'auriez pas reconnu si vous l'aviez vu il y a quinze ans, à l'époque où il avait des cheveux et que ses joues n'étaient pas collées ensemble. Il vendait toutes sortes de produits pour planer, Stan, et il roulait dans une belle Trans-Am rouge, modifiée et chromée pour au moins dix milles piastres. C'était le king. Et maintenant, ce roi déchû traîne sa déchéance chez Tayo, le seul qui lui donne encore de grandes claques dans le dos et qui l'encourage à crever comme il a vécu, un doigt dans l'oeil pis l'autre dans l'cul.
Sacré Stan! Irrécupérable! Barré partout! Et du coup, tout un personnage. Un anti-héros de la misère noire qui vit dans une maison de chambres dégueulasse.
-Une chance que t'es pas comme lui, m'a dit ma blonde, en souriant.
-Pourquoi que j'serais comme lui? Chacun son rôle. Et Stan joue bien le sien. Je ne changerais pas de place avec lui!
***
DIMANCHE MATIN - PINOTTE LACERTE, 46 ANS, DROGUÉ, DEUX SEMAINES À VIVRE
Dimanche matin, j'étais au dépanneur avec Massif et j'attendais mon taxi pour me rendre au Wal-Marde. Le temps était à la pluie. J'aurais bien fait le trajet en marchant, autrement. Et comme il n'y a pas de bus le dimanche avant onze heures, parce qu'il n'y a pas d'usagers du transport en commun sur le conseil d'administration de la STTR, eh bien je me suis rabattu sur le taxi. Vous aurez deviné que je n'ai pas d'auto. Jack Layton non plus. Je ne veux rien savoir des automobiles: je m'en sacre comme de l'an quarante. Je préfère remplir mon frigo et me taper des bonnes bouffes. Et marcher ensuite pour maintenir la forme et me permettre de manger encore plus.
Bref, j'attendais le taxi avec Massif, bien engoncé dans nos manteaux, à faire des ronds de buée dans l'humidité du bord du fleuve.
Tout à coup, je le vois, c'est lui: Pinotte Lacerte tabarnak! Pas ce maudit junky de Pinotte Lacerte... Il peut bien s'appeler Pinotte, cinq pieds huit, cent quinze livres, les joues collées ensemble, dans les quarante-six piges, la barbe de trois jours, la calotte de baseball inversée vers l'arrière, les yeux sortis de leurs orbites, trente ans de prison par intermittance à son actif, pour des vols de bouteilles de shampoing et des vols de caisses de bière.
Pinotte est à vélo et il zigzague sur la rue Royale. Puis il s'enligne sur l'entrée du dépanneur et fonce littéralement dans l'escalier. Moi et Massif avons bien sûr fait un pas de côté. Pinotte a fait un pas par-dessus les poignées de son vélo et a frappé le mur du dépanneur avec sa tête. Pouf! Il titube et se tourne vers nous.
-Survaillez mon bicik asti! J'veux pas qu'parsonne vole mon bicik! C'est-tu clair?
Il joue au motard, Pinotte, et il ne suffirait que d'une pichenotte pour qu'il tombe les quatre fers en l'air.
-Occupe-toé z'en pas Massif... Y'est saoul... J'le connais... I' s'appelle Pinotte.
Pinotte rentre dans le dépanneur et en ressort presque tout de suite en sacrant, saoul raide, gelé dur, ou juste en crise de delirium tremens.
-Tabarnak! I' veulent pas m'faire crédit les hosties d'chiens d'calice de sale! M'a leu' z'arranger ça, moé! I' vont sawouère c'est qui Pinotte Lacerte!
Comme il venait de me remarquer, je me suis dit que le mieux c'était encore de le saluer, histoire de dégonfler sa crise et d'éviter qu'il n'y ait plus de dégâts. Je connais bien la psychologie de ce type d'imbécile. Et j'interviens dans la mesure de mes capacités à éteindre les conflits.
-Salut Pinotte. Beau temps pour faire du bécique c'matin, hein?
-S'lut... Ah ben... C'est gros Butch, le frère de gros Butch? C'est ça, t'es l'frère de gros Butch, hein?
Il faut dire que Pinotte a le même âge que mon frère et qu'ils jouaient ensemble au hockey, quand ils étaient adolescents.
-Qu'est-cé qu'i' d'vient ton frère, y'est où?
Évidemment, je ne lui en dis rien. Je n'ai pas envie que cette épave débarque chez mon frérot.
-J'sais pas... À que'que part... Y'est à que'que part.
Pinotte était juste assez frosté pour se foutre de mes réponses. Il n'entendait plus rien dans l'état où il était.
-I' veulent pas m'faire crédit ces hosties d'chiens sales! J'su's barré dans tou' 'es clubs pis tou' 'es dépanneurs de Twois-Wivièwes... Les tabarnaks! LES HOSTIES D'SALES! J'les aura's payé l'premier! GANG DE MANGEUX D'MARDE!
-Qu'est-cé qu'tu veux Pinotte, le monde n'a plus d'respect pour les gentlemen.
Évidemment, ma réplique a fait rigoler Massif un peu.
Et Pinotte aussi la trouva pas trop pire.
-Moé gentleman? Pinotte Lacerte, un gentleman? Ha! Ha!
Comme il me répondait ça, voilà que mon taxi est arrivé. Nous sommes embarqués, moi et Massif et, en démarrant, le chauffeur dut éviter un ivrogne sur son vélo qui lui tendait le majeur bien haut en fonçant vers la voiture.
-Tasse-toé du ch'min mon tabarnak! Tu vas sawouère c'est qui Pinotte Lacerte, toé aussi, mon hostie d'plein d'marde!
Le chauffeur de taxi, crampa le véhicule vers la gauche et Pinotte poursuivit son chemin jusque vers le premier poteau de téléphone devant lui. Il fit un autre pas par-dessus ses poignées et se péta la margoulette.
Nous avons poursuivi notre chemin vers le Wal-Marde. Et j'ai cru bon, au cours du trajet, de lancer une petite leçon de morale à Massif.
-J'le connais un peu c'gars-là... C'que j'sais c'est qu'il a toujours mangé des volées. Il bave tout le monde et tout le monde finit par le cogner. Y'est pas gros, Pinotte... Pis i' s'ramasse en prison... Pis comme y'est pas gros, i' s'est fait tatouer une larme sur le bord de l'oeil... Pis i' s'saoule, i' s'gèle. Pis i' tombe. Dans le fond, personne ne lui crisse de plus grosses volées que celles qu'il se crisse à lui-même... J'vois déjà comment va finir son histoire. Il va s'claquer une jaunisse d'ici quelques jours et il va soit finir mort, soit finir au foyer en couche, avant d'atteindre la cinquantaine... Dans l'fond j'ai un minimum de compassion pour lui...
-Moé, répliqua le chauffeur, plutôt sympa pourtant, moé j'ai pas d'compassion pour ça! C'est un hostie d'trou d'cul qui fait des dépanneurs à la pointe du couteau... J'sais c'est qui c'te calice-là! C'est Pinotte Lacerte!
-Voilà pourquoi j'utilise l'expression «un minimum de compassion» pour Pinotte. J'lui donne seulement le minimum.
Ouais. Et ce minimum, ce sont les quelques lignes que je viens d'écrire ici.
On peut donc être l'avocat du diable et même celui de Pinotte Lacerte.
SAMEDI MATIN - STAN MAROTTE, 50 ANS, DROGUÉ, POCHARD, MOPPEUR DE BAR
Samedi matin, alors que je me baladais avec ma bienaimée sur la rue des Forges, à Twois-Wivièwes, je suis tombé sur Stan Marotte, un polytoxicomane spécialisé dans les menus travaux échangés contre de la bière, de la poudre, voire des pilules de toutes les couleurs, du pot, du sirop pour la toux, du gelage pour le mal des dents, de la colle pour modèles réduits, n'importe quoi pourvu que Stan ne soit jamais tout à fait ici.
Stan est tout petit. Il doit faire cinq pieds huit pouces, cent quinze livres. Quand je l'ai croisé, près de la bibliothèque Gatien-Lapointe, il avait une barbe de trois semaines et ses joues étaient plus collées ensemble que de coutume. Évidemment, il m'a salué.
-Comment c'qui va mon Butch de big grizzli de Gaétan Bouchard, hein? Ha! Ha!
-Super. Stan, j'te présente ma blonde.
Ils se saluèrent. Puis j'ai enchaîné.
-Qu'est-ce que tu fais d'bon c'temps-ci Stan?
-Moé? J'su's barré partout. Y'a juste au bar Tayo qui m'tolère... J'su's barré au bar Le Saudit, barré à L'Amicale, barré à la Taverne Pinocchio, barré partout... Au Tayo, ben Tayo est d'mon bord pis j'm'entends ben avec.
-Tu salueras Tayo d'ma part. Le dernier gars en ville qui a encore du respect envers les gentlemen!
-Moé gentleman? T'es-tu malade Butch? Ha! Ha! Ha!
Stan m'a serré la main, puis celle de ma blonde, et nous avons poursuivi notre chemin.
Stan Marotte, vous ne l'auriez pas reconnu si vous l'aviez vu il y a quinze ans, à l'époque où il avait des cheveux et que ses joues n'étaient pas collées ensemble. Il vendait toutes sortes de produits pour planer, Stan, et il roulait dans une belle Trans-Am rouge, modifiée et chromée pour au moins dix milles piastres. C'était le king. Et maintenant, ce roi déchû traîne sa déchéance chez Tayo, le seul qui lui donne encore de grandes claques dans le dos et qui l'encourage à crever comme il a vécu, un doigt dans l'oeil pis l'autre dans l'cul.
Sacré Stan! Irrécupérable! Barré partout! Et du coup, tout un personnage. Un anti-héros de la misère noire qui vit dans une maison de chambres dégueulasse.
-Une chance que t'es pas comme lui, m'a dit ma blonde, en souriant.
-Pourquoi que j'serais comme lui? Chacun son rôle. Et Stan joue bien le sien. Je ne changerais pas de place avec lui!
***
DIMANCHE MATIN - PINOTTE LACERTE, 46 ANS, DROGUÉ, DEUX SEMAINES À VIVRE
Dimanche matin, j'étais au dépanneur avec Massif et j'attendais mon taxi pour me rendre au Wal-Marde. Le temps était à la pluie. J'aurais bien fait le trajet en marchant, autrement. Et comme il n'y a pas de bus le dimanche avant onze heures, parce qu'il n'y a pas d'usagers du transport en commun sur le conseil d'administration de la STTR, eh bien je me suis rabattu sur le taxi. Vous aurez deviné que je n'ai pas d'auto. Jack Layton non plus. Je ne veux rien savoir des automobiles: je m'en sacre comme de l'an quarante. Je préfère remplir mon frigo et me taper des bonnes bouffes. Et marcher ensuite pour maintenir la forme et me permettre de manger encore plus.
Bref, j'attendais le taxi avec Massif, bien engoncé dans nos manteaux, à faire des ronds de buée dans l'humidité du bord du fleuve.
Tout à coup, je le vois, c'est lui: Pinotte Lacerte tabarnak! Pas ce maudit junky de Pinotte Lacerte... Il peut bien s'appeler Pinotte, cinq pieds huit, cent quinze livres, les joues collées ensemble, dans les quarante-six piges, la barbe de trois jours, la calotte de baseball inversée vers l'arrière, les yeux sortis de leurs orbites, trente ans de prison par intermittance à son actif, pour des vols de bouteilles de shampoing et des vols de caisses de bière.
Pinotte est à vélo et il zigzague sur la rue Royale. Puis il s'enligne sur l'entrée du dépanneur et fonce littéralement dans l'escalier. Moi et Massif avons bien sûr fait un pas de côté. Pinotte a fait un pas par-dessus les poignées de son vélo et a frappé le mur du dépanneur avec sa tête. Pouf! Il titube et se tourne vers nous.
-Survaillez mon bicik asti! J'veux pas qu'parsonne vole mon bicik! C'est-tu clair?
Il joue au motard, Pinotte, et il ne suffirait que d'une pichenotte pour qu'il tombe les quatre fers en l'air.
-Occupe-toé z'en pas Massif... Y'est saoul... J'le connais... I' s'appelle Pinotte.
Pinotte rentre dans le dépanneur et en ressort presque tout de suite en sacrant, saoul raide, gelé dur, ou juste en crise de delirium tremens.
-Tabarnak! I' veulent pas m'faire crédit les hosties d'chiens d'calice de sale! M'a leu' z'arranger ça, moé! I' vont sawouère c'est qui Pinotte Lacerte!
Comme il venait de me remarquer, je me suis dit que le mieux c'était encore de le saluer, histoire de dégonfler sa crise et d'éviter qu'il n'y ait plus de dégâts. Je connais bien la psychologie de ce type d'imbécile. Et j'interviens dans la mesure de mes capacités à éteindre les conflits.
-Salut Pinotte. Beau temps pour faire du bécique c'matin, hein?
-S'lut... Ah ben... C'est gros Butch, le frère de gros Butch? C'est ça, t'es l'frère de gros Butch, hein?
Il faut dire que Pinotte a le même âge que mon frère et qu'ils jouaient ensemble au hockey, quand ils étaient adolescents.
-Qu'est-cé qu'i' d'vient ton frère, y'est où?
Évidemment, je ne lui en dis rien. Je n'ai pas envie que cette épave débarque chez mon frérot.
-J'sais pas... À que'que part... Y'est à que'que part.
Pinotte était juste assez frosté pour se foutre de mes réponses. Il n'entendait plus rien dans l'état où il était.
-I' veulent pas m'faire crédit ces hosties d'chiens sales! J'su's barré dans tou' 'es clubs pis tou' 'es dépanneurs de Twois-Wivièwes... Les tabarnaks! LES HOSTIES D'SALES! J'les aura's payé l'premier! GANG DE MANGEUX D'MARDE!
-Qu'est-cé qu'tu veux Pinotte, le monde n'a plus d'respect pour les gentlemen.
Évidemment, ma réplique a fait rigoler Massif un peu.
Et Pinotte aussi la trouva pas trop pire.
-Moé gentleman? Pinotte Lacerte, un gentleman? Ha! Ha!
Comme il me répondait ça, voilà que mon taxi est arrivé. Nous sommes embarqués, moi et Massif et, en démarrant, le chauffeur dut éviter un ivrogne sur son vélo qui lui tendait le majeur bien haut en fonçant vers la voiture.
-Tasse-toé du ch'min mon tabarnak! Tu vas sawouère c'est qui Pinotte Lacerte, toé aussi, mon hostie d'plein d'marde!
Le chauffeur de taxi, crampa le véhicule vers la gauche et Pinotte poursuivit son chemin jusque vers le premier poteau de téléphone devant lui. Il fit un autre pas par-dessus ses poignées et se péta la margoulette.
Nous avons poursuivi notre chemin vers le Wal-Marde. Et j'ai cru bon, au cours du trajet, de lancer une petite leçon de morale à Massif.
-J'le connais un peu c'gars-là... C'que j'sais c'est qu'il a toujours mangé des volées. Il bave tout le monde et tout le monde finit par le cogner. Y'est pas gros, Pinotte... Pis i' s'ramasse en prison... Pis comme y'est pas gros, i' s'est fait tatouer une larme sur le bord de l'oeil... Pis i' s'saoule, i' s'gèle. Pis i' tombe. Dans le fond, personne ne lui crisse de plus grosses volées que celles qu'il se crisse à lui-même... J'vois déjà comment va finir son histoire. Il va s'claquer une jaunisse d'ici quelques jours et il va soit finir mort, soit finir au foyer en couche, avant d'atteindre la cinquantaine... Dans l'fond j'ai un minimum de compassion pour lui...
-Moé, répliqua le chauffeur, plutôt sympa pourtant, moé j'ai pas d'compassion pour ça! C'est un hostie d'trou d'cul qui fait des dépanneurs à la pointe du couteau... J'sais c'est qui c'te calice-là! C'est Pinotte Lacerte!
-Voilà pourquoi j'utilise l'expression «un minimum de compassion» pour Pinotte. J'lui donne seulement le minimum.
Ouais. Et ce minimum, ce sont les quelques lignes que je viens d'écrire ici.
On peut donc être l'avocat du diable et même celui de Pinotte Lacerte.
dimanche 5 octobre 2008
LE FESTIVAL DE LA POÉSIE ET LES HABITS NEUFS DE L'EMPEREUR
C'était la grande soirée du Festival de la poésie, la soirée des soirées, celle où l'artiste ne s'adressait plus aux clients du Roi du Barbecue, pris en otages par les poètes, mais bel et bien à ses pairs, à ceux qui permettaient d'acquérir des espèces sonnantes, des bourses, des prix, des publications, des per diem ici et là. La chance pour l'artiste de devenir un poète prébendé, bandé ou pas.
Jean-Jules était le préféré de tous cette année-là. D'abord, il était toujours habillé en rose, Jean-Jules, et il portait toujours un lys dans sa belle chevelure bouclée aux reflets roux. Imberbe, les doigts toujours maquillés de noir, Jean-Jules était un original, c'est bien certain. Tout petit, avec une gueule d'aspirateur de maison, Jean-Jules s'était démarqué comme étant le poète des poètes tout au long du festival. Il allait réciter, encore une fois, son célèbre poème intitulé Les babines.
Honnêtement, ses poèmes étaient nuls à chier. Ils ne témoignaient d'aucune grandeur d'âme particulière ni d'un quelconque zeste de talent littéraire, même infime. C'était un stunt, Les babines. Rien de plus. Et un stunt minable, même pas d'action quoi. Juste un stunt cérébral. Les babines, c'était Jean-Jules en rose avec les ongles maquillés en noir, rien de plus. Vous auriez fait lire ce poème par un comédien et toute la magie se serait envolée, s'il est possible de parler de magie dans le cas de cet attrape-nigaud.
Oh! Je ne suis pas un grand connaisseur en la matière, bien sûr, mais je me dis qu'il n'y a rien de mieux qu'une bonne syntaxe. C'est un bon début, à tout le moins, pour s'approcher un tant soit peu d'un talent littéraire. Jean-Jules, voyez-vous, ne connaissait rien à la syntaxe. Ça paraissait non seulement dans ses poèmes -où il pouvait toujours camoufler cela sous le coup d'une démarche artistique-mais aussi dans sa correspondance, ses courriels et ses listes d'épicerie. Jean-Jules, ça, un écrivain? Voyons donc! Il détestait autant lire qu'écrire.
Bref, Jean-Jules n'avait pas de talent et il était aussi poète que votre grand-mère était pompier. Pour moi, c'était tout bonnement un escroc, encensé par d'autres escrocs, comme ça se passe partout où il y a des associations nationales d'écrivains. Demandez-le à Mikhaïl Boulgakov, tiens, ou à Henry Miller. Même s'ils sont morts, demandez-leur ce qu'ils pensent des belles institutions littéraires...
Le plus drôle dans tout ça, c'est que le Festival de la galette de L*** a lieu en même temps que le Festival de la poésie de T***. Un festival pour l'agriculture et un pour la culture. Et on se demande encore dans lequel des deux il y a le plus de fumiers...
Je sais que je vais passer pour passéiste et rétrograde, aux yeux des petits copains de Jean-Jules. Je ne souhaite pas qu'ils m'en veuillent d'être aussi cru. Je suis trop simple. Je dis ce que mes yeux voient et ce que mes oreilles entendent. Je suis comme l'enfant dans le conte de Andersen. Et ne me dites pas que vous n'avez jamais lu Les habits neufs de l'Empereur. Cela se trouve facilement et ça se lit en un clin d'oeil. Vous n'avez aucune excuse pour ne pas l'avoir lu, surtout si vous aspirez au titre d'écrivain.
Donc, je suis comme l'enfant dans ce conte. Des escrocs confectionnent de nouveaux habits pour l'Empereur, pour sa prochaine procession, et ils prétendent utiliser des tissus tellement fins que seules les personnes intelligentes peuvent les voir. L'Empereur voit bien qu'il est tout nu mais il ne veut pas passer pour un con. Donc il demande l'avis de ses courtisans. Eux aussi ferment leur gueule et trouvent ses habits bien jolis. Puis l'Empereur affronte finalement la foule. C'est le Festival de la poésie, tiens. Personne n'ose dire que l'Empereur est nu, sauf un enfant qui, d'une seule phrase, allumera le feu qui dispersera toutes les ombres.
-L'Empereur est nu! La syntaxe de Jean-Jules est ridicule!
Et tout le monde se demande ce que l'enfant a dit... Et tout le monde répète les dires de l'enfant. Et tout le monde, finalement, rit de l'Empereur, de Jean-Jules et du Festival de la galette.
Je sais que j'ai gagné contre Jean-Jules, c'est évident.
Je le sais depuis longtemps.
Jean-Jules a reçu des honneurs, comme les escrocs de l'Empereur. Poète à la mode en son temps, il sera un jour perçu comme une erreur du siècle. Il était au-dessus des gens de sa condition. Il sera maintenant en-dessous. Triste histoire.
La nature a horreur du vide et si le Festival de la poésie continue d'encenser les Jean-Jules illettrés, cela finira par être remplacé par autre chose.
Avant qu'il ne nous quitte, Jean-Jules, je m'en voudrais de ne pas révéler une de ses dernières compositions. Cela date de 1988. Il n'écrit que pour être publié, Jean-Jules, peu et beaucoup à la fois. Ses oeuvres complètes mises bout à bout rempliraient au moins dix feuilles de cartable.
Voici donc, juste pour vous, Les babines...
C'est la grande soirée du festival. Jean-Jules est encore tout vêtu de rose, un lys dans les cheveux. Et il monte vers le micro comme on grimpe en chaire. Il est fin prêt pour réciter Les babines, comme s'il avait un cheveu sur la langue. Bravo Jean-Jules! Bravo!
Il y a des babines rouges
Des babines roses
Bleues babines des marins
Marins des babines que je babine beaucoup
Oh! babines de babines
Sucer des cornets
Il y a des babines rouge fuschia
Il y a des babines vertes
Être sont babines ainsi que votre honorée du tant
Rage, rage, rage
Il y a babines et babines
Sucer des phares lus
Il y a des babines rouges
Des babines roses
Bleues babines des marins d'eau douce
Houlala-lala!
Sérieux, ce poème a gagné un premier prix.
Et ce n'est pas de la poésie, hostie.
Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois. C'est ce qu'on dit, n'est-ce pas?
Jean-Jules était le préféré de tous cette année-là. D'abord, il était toujours habillé en rose, Jean-Jules, et il portait toujours un lys dans sa belle chevelure bouclée aux reflets roux. Imberbe, les doigts toujours maquillés de noir, Jean-Jules était un original, c'est bien certain. Tout petit, avec une gueule d'aspirateur de maison, Jean-Jules s'était démarqué comme étant le poète des poètes tout au long du festival. Il allait réciter, encore une fois, son célèbre poème intitulé Les babines.
Honnêtement, ses poèmes étaient nuls à chier. Ils ne témoignaient d'aucune grandeur d'âme particulière ni d'un quelconque zeste de talent littéraire, même infime. C'était un stunt, Les babines. Rien de plus. Et un stunt minable, même pas d'action quoi. Juste un stunt cérébral. Les babines, c'était Jean-Jules en rose avec les ongles maquillés en noir, rien de plus. Vous auriez fait lire ce poème par un comédien et toute la magie se serait envolée, s'il est possible de parler de magie dans le cas de cet attrape-nigaud.
Oh! Je ne suis pas un grand connaisseur en la matière, bien sûr, mais je me dis qu'il n'y a rien de mieux qu'une bonne syntaxe. C'est un bon début, à tout le moins, pour s'approcher un tant soit peu d'un talent littéraire. Jean-Jules, voyez-vous, ne connaissait rien à la syntaxe. Ça paraissait non seulement dans ses poèmes -où il pouvait toujours camoufler cela sous le coup d'une démarche artistique-mais aussi dans sa correspondance, ses courriels et ses listes d'épicerie. Jean-Jules, ça, un écrivain? Voyons donc! Il détestait autant lire qu'écrire.
Bref, Jean-Jules n'avait pas de talent et il était aussi poète que votre grand-mère était pompier. Pour moi, c'était tout bonnement un escroc, encensé par d'autres escrocs, comme ça se passe partout où il y a des associations nationales d'écrivains. Demandez-le à Mikhaïl Boulgakov, tiens, ou à Henry Miller. Même s'ils sont morts, demandez-leur ce qu'ils pensent des belles institutions littéraires...
Le plus drôle dans tout ça, c'est que le Festival de la galette de L*** a lieu en même temps que le Festival de la poésie de T***. Un festival pour l'agriculture et un pour la culture. Et on se demande encore dans lequel des deux il y a le plus de fumiers...
Je sais que je vais passer pour passéiste et rétrograde, aux yeux des petits copains de Jean-Jules. Je ne souhaite pas qu'ils m'en veuillent d'être aussi cru. Je suis trop simple. Je dis ce que mes yeux voient et ce que mes oreilles entendent. Je suis comme l'enfant dans le conte de Andersen. Et ne me dites pas que vous n'avez jamais lu Les habits neufs de l'Empereur. Cela se trouve facilement et ça se lit en un clin d'oeil. Vous n'avez aucune excuse pour ne pas l'avoir lu, surtout si vous aspirez au titre d'écrivain.
Donc, je suis comme l'enfant dans ce conte. Des escrocs confectionnent de nouveaux habits pour l'Empereur, pour sa prochaine procession, et ils prétendent utiliser des tissus tellement fins que seules les personnes intelligentes peuvent les voir. L'Empereur voit bien qu'il est tout nu mais il ne veut pas passer pour un con. Donc il demande l'avis de ses courtisans. Eux aussi ferment leur gueule et trouvent ses habits bien jolis. Puis l'Empereur affronte finalement la foule. C'est le Festival de la poésie, tiens. Personne n'ose dire que l'Empereur est nu, sauf un enfant qui, d'une seule phrase, allumera le feu qui dispersera toutes les ombres.
-L'Empereur est nu! La syntaxe de Jean-Jules est ridicule!
Et tout le monde se demande ce que l'enfant a dit... Et tout le monde répète les dires de l'enfant. Et tout le monde, finalement, rit de l'Empereur, de Jean-Jules et du Festival de la galette.
Je sais que j'ai gagné contre Jean-Jules, c'est évident.
Je le sais depuis longtemps.
Jean-Jules a reçu des honneurs, comme les escrocs de l'Empereur. Poète à la mode en son temps, il sera un jour perçu comme une erreur du siècle. Il était au-dessus des gens de sa condition. Il sera maintenant en-dessous. Triste histoire.
La nature a horreur du vide et si le Festival de la poésie continue d'encenser les Jean-Jules illettrés, cela finira par être remplacé par autre chose.
Avant qu'il ne nous quitte, Jean-Jules, je m'en voudrais de ne pas révéler une de ses dernières compositions. Cela date de 1988. Il n'écrit que pour être publié, Jean-Jules, peu et beaucoup à la fois. Ses oeuvres complètes mises bout à bout rempliraient au moins dix feuilles de cartable.
Voici donc, juste pour vous, Les babines...
C'est la grande soirée du festival. Jean-Jules est encore tout vêtu de rose, un lys dans les cheveux. Et il monte vers le micro comme on grimpe en chaire. Il est fin prêt pour réciter Les babines, comme s'il avait un cheveu sur la langue. Bravo Jean-Jules! Bravo!
Il y a des babines rouges
Des babines roses
Bleues babines des marins
Marins des babines que je babine beaucoup
Oh! babines de babines
Sucer des cornets
Il y a des babines rouge fuschia
Il y a des babines vertes
Être sont babines ainsi que votre honorée du tant
Rage, rage, rage
Il y a babines et babines
Sucer des phares lus
Il y a des babines rouges
Des babines roses
Bleues babines des marins d'eau douce
Houlala-lala!
Sérieux, ce poème a gagné un premier prix.
Et ce n'est pas de la poésie, hostie.
Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois. C'est ce qu'on dit, n'est-ce pas?
samedi 4 octobre 2008
À PROPOS DES GROS CRISSES DE CROTTÉS
Vous vous demandez peut-être pourquoi tout le monde a l'air gros dans les quartiers pauvres. Vous vous dites, avec un brin de mépris, que c'est parce qu'ils mangent comme des cochons. Vous faites un pas de plus et voilà que ce sont des gros crisses de crottés sur l'aide sociale, ce qui n'est pas toujours le cas, mais enfin bon, on ne s'arrête pas aux détails quand on généralise.
Et pourquoi ne pas généraliser, quand c'est pour faire du tort aux autres, hein? On n'a rien inventé de plus amusant sur Terre que la manie de faire souffrir. Dommage que l'époque soit si tranquille et qu'il ne soit plus possible de battre les pauvres à coups de cannes à pommeau d'or. On ne les bat que dans la confidence, à murmurer des infâmies ordinaires qui en disent long sur l'état de non-esprit des crétins qui s'adonnent à tirer sur les ambulances à la guerre.
Car nous sommes en guerre, les amis. Et la guerre n'est pas qu'en Afghanistan, en Irak ou bien en Tabarnak.
La guerre, c'est con à dire, elle est partout, même ici. Elle est déjà dans la gorge de celui qui traite les pauvres de gros crisses de crottés. Elle est aussi dans les oreilles des gros crisses de crottés qui les reçoivent, ces mots, comme une invitation à répéter 1789, 1848, 1871, 1917, 1949, etc. Ouais, les mecs. Je sais pas si vous savez compter, mais moi je compte pas mal plus de pauvres sur la planète que je ne compte de pauvres cons qui traitent les pauvres de crisses de crottés, gros ou maigres.
Les crisses de crottés sont nombreux, ouf!, on n'en a pas idée. Et il ne faudrait pas croire qu'ils gobent tout calmement, sans rien dire, sans rien faire. Il vient un temps où les crisses de crottés ont le gros bout du bâton.
Et dans ce temps-là, c'est pas pour vous faire peur, tout le monde passe au cash. Les crottés, c'est triste à dire, ça ne réfléchit pas quand ça se bat.
Et qui a commencé ça, hein? Les crottés? Pas du tout. Ils étaient bien calmes dans leur coin, à manger des pissenlits par la racine, comme d'habitude.
Non, celui qui a commencé, c'est le type qui les a traité de crottés. C'est celui qui veut augmenter les peines de prison pour ceux qui volent un oeuf. Celui qui voudrait pendre la femme qui se fait avorter. Celui qui veut évidemment rétablir la peine de mort. Et qui baise le cul de l'évêque, juste pour bien paraître dans la belle société. Celui-là menace l'ordre et la sécurité sociale. Et il est temps d'appeler le doorman au secours pour le sortir de son bar open.
Bon, vous vous demandez encore pourquoi les pauvres sont si gros dans les bas-quartiers, bas-quartiers parce que les riches vivent en haut, à surplomber leurs eaux usées et les trucs usagés qu'ils refilent aux crottés, pour leur éviter de prendre le chemin du dépotoir.
Pourquoi? Ouin, pourquoi les pauvres sont-ils si gros?
C'est bien simple. Pour survivre, ils doivent manger comme des cochons. Vous le savez, ne faites surtout pas semblant de l'ignorer. Il y a des limites à dévisser sa tête pour la laisser au vestiaire.
J'ai déjà été pauvre, j'ai même déjà reçu de l'aide sociale (hon! quel vice!) et j'étais gros, effectivement.
Je mangeais du bon pain balloune passé date, des pâtes pis des patates: les trois P du régime Tabarnak, quoi, un régime beaucoup plus gras que celui proposé par Montignac.
Et vous savez quoi? J'étais loin d'être le plus gros, même si je suis une puissante armoire à glace.
Je dirais même que j'avais parfois l'air d'un maigrichon.
Je voyais d'autres pauvres autour de moi démesurément obèses. Je veux dire d'une obésité morbide, ce qui n'est pas encore mon cas, manquant sans doute d'expérience.
C'est vrai que les gens sont gros dans les bas-quartiers, à cause des trois P, mais aussi parce qu'ils risquent de s'essoufler si, subitement, ils leur prenaient tous envie de monter des côtes, tous ensemble, tout d'un coup, pour aller voir de quoi a l'air la vie dans les hauts-quartiers.
Des légumes, que je dis aux pauvres, mangez plus de légumes. Pratiquez-vous à monter des escaliers. Marchez un peu tous les matins. Et prenez votre pancarte, quoi. Marchez. Marchez. Marchez. N'est-ce pas la guerre? Essayons de ne pas trop perdre la tête...
Aux urnes citoyens!
PS: Je dédie ces deux magnifiques oeuvres d'art youtubesques (oeuvre d'art 1, oeuvre d'art 2) à mon plus fidèle lecteur, celui qui me traite toujours de gros christ de crotté. Il n'aura rien de plus de ma part. C'est toute la compassion que j'ai pour lui, ce lecteur anonyme qui manque de courage. Dommage pour lui. J'espère qu'il traversera bien ses douze étapes. Qu'il ne se fatigue plus à m'écrire. Je n'ai rien d'autre à lui offrir.
AUTRE PS: Cela dit, je ne voterai pas pour les néo-rhinos. Selon moi, c'est un vote de petit-bourgeois, inconscient du fait que les conservateurs pourraient profiter de la division du vote, à gauche, pour se faufiler au pouvoir. Je salue tout de même leur contribution à élever un peu le niveau intellectuel des débats politiques.
Et pourquoi ne pas généraliser, quand c'est pour faire du tort aux autres, hein? On n'a rien inventé de plus amusant sur Terre que la manie de faire souffrir. Dommage que l'époque soit si tranquille et qu'il ne soit plus possible de battre les pauvres à coups de cannes à pommeau d'or. On ne les bat que dans la confidence, à murmurer des infâmies ordinaires qui en disent long sur l'état de non-esprit des crétins qui s'adonnent à tirer sur les ambulances à la guerre.
Car nous sommes en guerre, les amis. Et la guerre n'est pas qu'en Afghanistan, en Irak ou bien en Tabarnak.
La guerre, c'est con à dire, elle est partout, même ici. Elle est déjà dans la gorge de celui qui traite les pauvres de gros crisses de crottés. Elle est aussi dans les oreilles des gros crisses de crottés qui les reçoivent, ces mots, comme une invitation à répéter 1789, 1848, 1871, 1917, 1949, etc. Ouais, les mecs. Je sais pas si vous savez compter, mais moi je compte pas mal plus de pauvres sur la planète que je ne compte de pauvres cons qui traitent les pauvres de crisses de crottés, gros ou maigres.
Les crisses de crottés sont nombreux, ouf!, on n'en a pas idée. Et il ne faudrait pas croire qu'ils gobent tout calmement, sans rien dire, sans rien faire. Il vient un temps où les crisses de crottés ont le gros bout du bâton.
Et dans ce temps-là, c'est pas pour vous faire peur, tout le monde passe au cash. Les crottés, c'est triste à dire, ça ne réfléchit pas quand ça se bat.
Et qui a commencé ça, hein? Les crottés? Pas du tout. Ils étaient bien calmes dans leur coin, à manger des pissenlits par la racine, comme d'habitude.
Non, celui qui a commencé, c'est le type qui les a traité de crottés. C'est celui qui veut augmenter les peines de prison pour ceux qui volent un oeuf. Celui qui voudrait pendre la femme qui se fait avorter. Celui qui veut évidemment rétablir la peine de mort. Et qui baise le cul de l'évêque, juste pour bien paraître dans la belle société. Celui-là menace l'ordre et la sécurité sociale. Et il est temps d'appeler le doorman au secours pour le sortir de son bar open.
Bon, vous vous demandez encore pourquoi les pauvres sont si gros dans les bas-quartiers, bas-quartiers parce que les riches vivent en haut, à surplomber leurs eaux usées et les trucs usagés qu'ils refilent aux crottés, pour leur éviter de prendre le chemin du dépotoir.
Pourquoi? Ouin, pourquoi les pauvres sont-ils si gros?
C'est bien simple. Pour survivre, ils doivent manger comme des cochons. Vous le savez, ne faites surtout pas semblant de l'ignorer. Il y a des limites à dévisser sa tête pour la laisser au vestiaire.
J'ai déjà été pauvre, j'ai même déjà reçu de l'aide sociale (hon! quel vice!) et j'étais gros, effectivement.
Je mangeais du bon pain balloune passé date, des pâtes pis des patates: les trois P du régime Tabarnak, quoi, un régime beaucoup plus gras que celui proposé par Montignac.
Et vous savez quoi? J'étais loin d'être le plus gros, même si je suis une puissante armoire à glace.
Je dirais même que j'avais parfois l'air d'un maigrichon.
Je voyais d'autres pauvres autour de moi démesurément obèses. Je veux dire d'une obésité morbide, ce qui n'est pas encore mon cas, manquant sans doute d'expérience.
C'est vrai que les gens sont gros dans les bas-quartiers, à cause des trois P, mais aussi parce qu'ils risquent de s'essoufler si, subitement, ils leur prenaient tous envie de monter des côtes, tous ensemble, tout d'un coup, pour aller voir de quoi a l'air la vie dans les hauts-quartiers.
Des légumes, que je dis aux pauvres, mangez plus de légumes. Pratiquez-vous à monter des escaliers. Marchez un peu tous les matins. Et prenez votre pancarte, quoi. Marchez. Marchez. Marchez. N'est-ce pas la guerre? Essayons de ne pas trop perdre la tête...
Aux urnes citoyens!
PS: Je dédie ces deux magnifiques oeuvres d'art youtubesques (oeuvre d'art 1, oeuvre d'art 2) à mon plus fidèle lecteur, celui qui me traite toujours de gros christ de crotté. Il n'aura rien de plus de ma part. C'est toute la compassion que j'ai pour lui, ce lecteur anonyme qui manque de courage. Dommage pour lui. J'espère qu'il traversera bien ses douze étapes. Qu'il ne se fatigue plus à m'écrire. Je n'ai rien d'autre à lui offrir.
AUTRE PS: Cela dit, je ne voterai pas pour les néo-rhinos. Selon moi, c'est un vote de petit-bourgeois, inconscient du fait que les conservateurs pourraient profiter de la division du vote, à gauche, pour se faufiler au pouvoir. Je salue tout de même leur contribution à élever un peu le niveau intellectuel des débats politiques.
vendredi 3 octobre 2008
MES VISITES AU SUPER CALICE
Je vais faire mon épicerie à tous les jeudis au Super Calice.
À tous les jeudis, il y a une voiture de police stationnée dans la zone de livraison, devant la sortie.
Il y a deux semaines, c’était pour attraper un vieux voleur un peu miteux. Pendant qu’ils enfermaient le vieux sur la banquette arrière du véhicule, les menottes aux poignets, un lascar d’une quarantaine de piges, pas très propre lui non plus, s’en allait l’air de rien avec une caisse de 24 sur l’épaule qu’il croyait avoir subtilisée sans que cela ne paraisse.
Il devait avoir chaud, le voleur, parce que tout le monde le pointait du doigt en criant qu’il s’était faufilé aux caisses sans payer sa caisse. Il est même passé devant les policiers qui, sur le coup, ne se rendirent compte de rien.
Jusqu’à ce qu’un commis du supermarché vienne les voir pour leur dire que le gus qui s’en allait avec une caisse de 24 sur l’épaule dans le stationnement était un sacré voleur.
Les flics, déjà pris avec le vieux, ont refermé la portière et sont partis à courir après l’autre malandrin qui marchait en faisant semblant de ne pas entendre ce qui se disait derrière lui.
-Monsieur! Arrêtez-vous monsieur! Police!
Finalement, le pauvre ivrogne n’a pas eu le choix. Il a déposé sa caisse de 24 sur le sol et les flics lui ont passé les menottes. Une autre voiture de police est arrivée en renfort. Deux voleurs pour le prix d’un, en même temps, c’est rare qu’on voit ça. C’est rare partout ailleurs, sauf au Super Calice, sur St-Maurice, à Twois-Wivièwes…
***
La même scène s’est reproduite hier. Une femme de quarante ans s’est fait passer les menottes. Une autre voleuse de moins au Super Calice…
En la voyant, j’ai tout de suite pensé à une chanson de Georges Brassens, La mauvaise réputation.
Je ne fais pourtant de tort à personne
En laissant courir les voleurs de pommes (...)
Je l’aurais laissée courir, elle, et les deux ivrognes. C’est ce que je faisais du temps que j’étais commis à l’épicerie. Je ne l’ai jamais pris personnel, qu’ils volent des pommes, des bonbons, de la bière ou de la viande. Je n’ai pas l’instinct de l’inspecteur Javert et préfère les chansons de Georges Brassens, que voulez-vous.
***
Comme la femme se faisait enfermer dans la voiture de police, mon taxi est arrivé. Le taxi bloquait un peu la sortie du Super Calice parce que son chauffeur voulait s’avancer dans la zone de livraison, où était déjà stationnée la voiture du policier dans laquelle se trouvait la voleuse.
Je lui faisais signe d’avancer un peu plus loin, au chauffeur de taxi, mais il n’en faisait qu’à sa tête. J’étais un peu en tabarnak mais je me contenais.
-Qu’est-cé qu’i’ attend ciboire? Y’a juste à stationner plus loin hostie! que je me suis dit en moi-même, sans le laisser voir.
Le policier n’était pas pressé de s’enlever de là. Et il était armé. Tout le monde sait qu’on ne doit pas perturber un homme armé. Donc, le chauffeur attendait, j’attendais, et la femme menottée aussi.
Le policier a finalement refermé con calepin de notes puis il a bougé son véhicule pour aller porter sa cargaison derrière d’autres barreaux.
Le taxi a pris la place laissée vacante, bloquant un tant soit peu la sortie, obligeant les clients à zigzaguer autour.
Un type s’est mis à gueuler après le chauffeur de taxi, un Français.
-Ôte ton char du ch’min tabarnak! Y’a pas d’place pour passer avec les carrosses d’épicerie hostie d’mongol!
Le Français est venu pour dire quelque chose, mais un autre Français est sorti du supermarché au même moment pour le saluer.
-Bonjour! Bonjour! Celui-là même que je voulais voir! Hého! J’suis bien content d’te voir Didier! Merci d’m’avoir parlé de la pension que j’pouvais toucher en France… Je l’ai enfin reçue et, franchement, Didier, je t’en dois une!
J’ai placé mes sacs d’épicerie dans le coffre arrière de la voiture tandis qu’ils discutaient ensemble.
Puis le chauffeur a salué le mec et il est revenu au volant avec le sourire aux lèvres.
-Voyez comme la vie est bizarre… Y’a c’te gars-là qui se plaint de ne pas pouvoir passer alors qu’il avait de l’espace en masse pour circuler… Et, au même moment, ce gars que je n’ai pas vu depuis un an qui me remercie de lui avoir appris qu’il pouvait toucher une pension de la France… Nous avons fait la guerre ensemble en Algérie… Alors… Bizarre. La vie est vraiment bizarre! Héhé!
Oui, c’est bizarre.
Voilà pourquoi je vous en parle, pour être certain que je n’ai pas rêvé.
À tous les jeudis, il y a une voiture de police stationnée dans la zone de livraison, devant la sortie.
Il y a deux semaines, c’était pour attraper un vieux voleur un peu miteux. Pendant qu’ils enfermaient le vieux sur la banquette arrière du véhicule, les menottes aux poignets, un lascar d’une quarantaine de piges, pas très propre lui non plus, s’en allait l’air de rien avec une caisse de 24 sur l’épaule qu’il croyait avoir subtilisée sans que cela ne paraisse.
Il devait avoir chaud, le voleur, parce que tout le monde le pointait du doigt en criant qu’il s’était faufilé aux caisses sans payer sa caisse. Il est même passé devant les policiers qui, sur le coup, ne se rendirent compte de rien.
Jusqu’à ce qu’un commis du supermarché vienne les voir pour leur dire que le gus qui s’en allait avec une caisse de 24 sur l’épaule dans le stationnement était un sacré voleur.
Les flics, déjà pris avec le vieux, ont refermé la portière et sont partis à courir après l’autre malandrin qui marchait en faisant semblant de ne pas entendre ce qui se disait derrière lui.
-Monsieur! Arrêtez-vous monsieur! Police!
Finalement, le pauvre ivrogne n’a pas eu le choix. Il a déposé sa caisse de 24 sur le sol et les flics lui ont passé les menottes. Une autre voiture de police est arrivée en renfort. Deux voleurs pour le prix d’un, en même temps, c’est rare qu’on voit ça. C’est rare partout ailleurs, sauf au Super Calice, sur St-Maurice, à Twois-Wivièwes…
***
La même scène s’est reproduite hier. Une femme de quarante ans s’est fait passer les menottes. Une autre voleuse de moins au Super Calice…
En la voyant, j’ai tout de suite pensé à une chanson de Georges Brassens, La mauvaise réputation.
Je ne fais pourtant de tort à personne
En laissant courir les voleurs de pommes (...)
Je l’aurais laissée courir, elle, et les deux ivrognes. C’est ce que je faisais du temps que j’étais commis à l’épicerie. Je ne l’ai jamais pris personnel, qu’ils volent des pommes, des bonbons, de la bière ou de la viande. Je n’ai pas l’instinct de l’inspecteur Javert et préfère les chansons de Georges Brassens, que voulez-vous.
***
Comme la femme se faisait enfermer dans la voiture de police, mon taxi est arrivé. Le taxi bloquait un peu la sortie du Super Calice parce que son chauffeur voulait s’avancer dans la zone de livraison, où était déjà stationnée la voiture du policier dans laquelle se trouvait la voleuse.
Je lui faisais signe d’avancer un peu plus loin, au chauffeur de taxi, mais il n’en faisait qu’à sa tête. J’étais un peu en tabarnak mais je me contenais.
-Qu’est-cé qu’i’ attend ciboire? Y’a juste à stationner plus loin hostie! que je me suis dit en moi-même, sans le laisser voir.
Le policier n’était pas pressé de s’enlever de là. Et il était armé. Tout le monde sait qu’on ne doit pas perturber un homme armé. Donc, le chauffeur attendait, j’attendais, et la femme menottée aussi.
Le policier a finalement refermé con calepin de notes puis il a bougé son véhicule pour aller porter sa cargaison derrière d’autres barreaux.
Le taxi a pris la place laissée vacante, bloquant un tant soit peu la sortie, obligeant les clients à zigzaguer autour.
Un type s’est mis à gueuler après le chauffeur de taxi, un Français.
-Ôte ton char du ch’min tabarnak! Y’a pas d’place pour passer avec les carrosses d’épicerie hostie d’mongol!
Le Français est venu pour dire quelque chose, mais un autre Français est sorti du supermarché au même moment pour le saluer.
-Bonjour! Bonjour! Celui-là même que je voulais voir! Hého! J’suis bien content d’te voir Didier! Merci d’m’avoir parlé de la pension que j’pouvais toucher en France… Je l’ai enfin reçue et, franchement, Didier, je t’en dois une!
J’ai placé mes sacs d’épicerie dans le coffre arrière de la voiture tandis qu’ils discutaient ensemble.
Puis le chauffeur a salué le mec et il est revenu au volant avec le sourire aux lèvres.
-Voyez comme la vie est bizarre… Y’a c’te gars-là qui se plaint de ne pas pouvoir passer alors qu’il avait de l’espace en masse pour circuler… Et, au même moment, ce gars que je n’ai pas vu depuis un an qui me remercie de lui avoir appris qu’il pouvait toucher une pension de la France… Nous avons fait la guerre ensemble en Algérie… Alors… Bizarre. La vie est vraiment bizarre! Héhé!
Oui, c’est bizarre.
Voilà pourquoi je vous en parle, pour être certain que je n’ai pas rêvé.
jeudi 2 octobre 2008
UNE ANALYSE TRÈS FINE DU DÉBAT DES CHEFS
Je vais encore vous emmerder avec mes fonds de chaudron de philosophie autochtone. Bon, bon, c'est encore le retour de Bill l'Indien et de ses plumes ce matin! Pourtant, c'est ce qui me vient spontanément en tête, un fonds de philosophie autochtone, alors que je tiens à vous livrer une analyse très fine du débat des chefs, hier soir. Je l'ai subi sur le réseau RDI, ce débat des chefs, croyant que j'aurais affaire à une nouvelle émission de cuisine confrontant la vision des chefs sur l'art de cuisiner une belle sauce béharnaise. Mais non, c'était de la maudite politique!
Allons-y avec donc l'analyse, sans plus attendre.
Le plus drôle des cinq chefs, hier, c'était Jack Layton.
-Les assets des Canadiens ont byocoup diminuey yau cours de le année et le criticism du politique est queue faire toé-là voyons don'!
Il est trop drôle, lui. Si Layton n'avait pas été là, avec sa gueule de bon vivant et son franglais appris à Monrial, un franglais sincère et coloré, je crois que je me serais endormi à vingt heure cinq plutôt qu'à vingt heures trente.
Eh oui! Je n'ai pas été capable de supporter le débat des chefs plus de trente minutes sans m'endormir, malgré tout le comique de Jack Layton, le vrai gagnant du débat d'hier soir, le gars qui aurait gagné même s'il n'avait pas parlé, juste parce qu'il a l'air sympathique, que voulez-vous que je vous dise.
Layton, c'est mon étoile du match, je l'ai su après trente minutes de débat et dès que je l'ai su je me suis mis à planter des clous et à ronfler sur le plancher, le filet de salive aux commissures des lèvres.
Eh oui! L'avenir du pays était en jeu hier soir et je me suis assoupi, comme une bête repue, en les écoutant dérouler leur cassette.
Leur rhétorique n'arrivait pas à la cheville de celle de Capitanal, Louis Riel ou Sitting Bull. C'était drabe. Layton avait beau intervenir de temps à autres pour me tenir éveillé que cela ne suffisait pas.
D'abord, je n'ai pas compris que le débat se tienne dans le cadre des Grandes entrevues Juste pour rire avec l'animateur Stéphan(e) Bureau. Cela pourrait expliquer le manque de sérieux de l'émission.
Stéphan(e) Dion découpait bien ses phrases et avait l'air posé. Il perdra moins la face le 14 octobre prochain.
Stephen(e) Harper était peigné avec une raie sur le côté. C'est un mystère, cette raie. Ça doit prendre des tonnes de spraynet pour faire tenir tout ça ensemble. Qu'ils sont choux les conservateurs. Regardez Maxime Bernier, selon ce qu'en dit mam'zelle Couillard dans son autobiographie qui vient de sortir. Lui aussi ne se soucie que de son apparence et il se gausse de son chef, selon elle, son chef qui a une bedaine de Pepsi. Pas étonnant que l'électorat se détourne de ces métrosexuels qui jouent aux grands méchants loups. Ils se cherchent une faire-valoir, comme McCain l'a fait avec Palin, pour faire oublier qu'ils ne sont pas grand' chose, somme toute. Les femmes, chez les conservateurs, n'ont qu'un seul rôle à jouer: celui de potiche. C'est pas nouveau. Tout le monde sait ça, sauf les cons et les connes.
Gilles Duceppe ne souriait pas souvent, mais bon, on s'est habitué à l'homme qui aurait même pu mettre les deux pieds sur la table et porter une veste à carreaux sans que cela n'offusque personne. Il avait l'assurance du bûcheron qui se rend bien compte que le Québec ne sera jamais l'Alberta. C'est comme si le cash lui pleuvait dessus, en ce moment, sans qu'il n'ait à faire d'efforts. Gilles Duceppe va prendre de la bedaine si ça continue. Il pourrait même rentré plus fort, à cause de Harper, qui fait que des fédéralistes stupides comme moi votent pour le Bloc - n'importe quoi sauf les conservateurs!
Elizabeth May était plate et je ne comprenais rien à son charabia. À part de dire que Harper était un mauvais gestionnaire. Elle n'a pas un franglais aussi comique que celui de Jack Layton. Son franglais est académique. Celui de Layton est sincère.
À vingt heures trente, j'ai éteint la télévision et je suis allé me coucher avec ma blonde.
Nous étions tous les deux fatigués.
On travaille comme des fous ces temps-ci.
On est brûlés.
Comme la plupart des travailleurs autour de nous.
À moins que ce soit ma génétique qui me prépare naturellement vers l'hibernation en ce temps-ci de l'année. L'ours gagne sa tanière, se roule en boule et fuck les discours. Mon choix est fait. Je vote pour celle qui peut battre les conservateurs dans mon comté. Je vote pour Paule Brunelle, candidate du Bloc québécois.
C'est un choix qui n'est pas vraiment un choix. N'importe quoi sauf ces idéologues déconnectés de la réalité qui vouent un culte à George W. Bush et violent les traités internationaux sur les droits humains et l'environnement. Je suis plus social-démocrate que fédéraliste pur et dur.
Fuck les républicains!
Fuck les conservateurs!
Allons-y avec donc l'analyse, sans plus attendre.
Le plus drôle des cinq chefs, hier, c'était Jack Layton.
-Les assets des Canadiens ont byocoup diminuey yau cours de le année et le criticism du politique est queue faire toé-là voyons don'!
Il est trop drôle, lui. Si Layton n'avait pas été là, avec sa gueule de bon vivant et son franglais appris à Monrial, un franglais sincère et coloré, je crois que je me serais endormi à vingt heure cinq plutôt qu'à vingt heures trente.
Eh oui! Je n'ai pas été capable de supporter le débat des chefs plus de trente minutes sans m'endormir, malgré tout le comique de Jack Layton, le vrai gagnant du débat d'hier soir, le gars qui aurait gagné même s'il n'avait pas parlé, juste parce qu'il a l'air sympathique, que voulez-vous que je vous dise.
Layton, c'est mon étoile du match, je l'ai su après trente minutes de débat et dès que je l'ai su je me suis mis à planter des clous et à ronfler sur le plancher, le filet de salive aux commissures des lèvres.
Eh oui! L'avenir du pays était en jeu hier soir et je me suis assoupi, comme une bête repue, en les écoutant dérouler leur cassette.
Leur rhétorique n'arrivait pas à la cheville de celle de Capitanal, Louis Riel ou Sitting Bull. C'était drabe. Layton avait beau intervenir de temps à autres pour me tenir éveillé que cela ne suffisait pas.
D'abord, je n'ai pas compris que le débat se tienne dans le cadre des Grandes entrevues Juste pour rire avec l'animateur Stéphan(e) Bureau. Cela pourrait expliquer le manque de sérieux de l'émission.
Stéphan(e) Dion découpait bien ses phrases et avait l'air posé. Il perdra moins la face le 14 octobre prochain.
Stephen(e) Harper était peigné avec une raie sur le côté. C'est un mystère, cette raie. Ça doit prendre des tonnes de spraynet pour faire tenir tout ça ensemble. Qu'ils sont choux les conservateurs. Regardez Maxime Bernier, selon ce qu'en dit mam'zelle Couillard dans son autobiographie qui vient de sortir. Lui aussi ne se soucie que de son apparence et il se gausse de son chef, selon elle, son chef qui a une bedaine de Pepsi. Pas étonnant que l'électorat se détourne de ces métrosexuels qui jouent aux grands méchants loups. Ils se cherchent une faire-valoir, comme McCain l'a fait avec Palin, pour faire oublier qu'ils ne sont pas grand' chose, somme toute. Les femmes, chez les conservateurs, n'ont qu'un seul rôle à jouer: celui de potiche. C'est pas nouveau. Tout le monde sait ça, sauf les cons et les connes.
Gilles Duceppe ne souriait pas souvent, mais bon, on s'est habitué à l'homme qui aurait même pu mettre les deux pieds sur la table et porter une veste à carreaux sans que cela n'offusque personne. Il avait l'assurance du bûcheron qui se rend bien compte que le Québec ne sera jamais l'Alberta. C'est comme si le cash lui pleuvait dessus, en ce moment, sans qu'il n'ait à faire d'efforts. Gilles Duceppe va prendre de la bedaine si ça continue. Il pourrait même rentré plus fort, à cause de Harper, qui fait que des fédéralistes stupides comme moi votent pour le Bloc - n'importe quoi sauf les conservateurs!
Elizabeth May était plate et je ne comprenais rien à son charabia. À part de dire que Harper était un mauvais gestionnaire. Elle n'a pas un franglais aussi comique que celui de Jack Layton. Son franglais est académique. Celui de Layton est sincère.
À vingt heures trente, j'ai éteint la télévision et je suis allé me coucher avec ma blonde.
Nous étions tous les deux fatigués.
On travaille comme des fous ces temps-ci.
On est brûlés.
Comme la plupart des travailleurs autour de nous.
À moins que ce soit ma génétique qui me prépare naturellement vers l'hibernation en ce temps-ci de l'année. L'ours gagne sa tanière, se roule en boule et fuck les discours. Mon choix est fait. Je vote pour celle qui peut battre les conservateurs dans mon comté. Je vote pour Paule Brunelle, candidate du Bloc québécois.
C'est un choix qui n'est pas vraiment un choix. N'importe quoi sauf ces idéologues déconnectés de la réalité qui vouent un culte à George W. Bush et violent les traités internationaux sur les droits humains et l'environnement. Je suis plus social-démocrate que fédéraliste pur et dur.
Fuck les républicains!
Fuck les conservateurs!
mercredi 1 octobre 2008
NOUVELLE ÉMISSION CULINAIRE À LA TÉLÉ CE SOIR!
Il y a une toute nouvelle émission culinaire à la télé ce soir. Cela s'appelle Le débat des chefs.
JE VAIS VOUS CONTER DES PIPES
Rien ne me pue au nez autant que ces abrutis qui passent leur temps à regarder le monde avec un livre entre les mains, que ce soit Mein Kampf, Das Kapital ou les règles du jeu de Monopoly.
Je ne renie pas les livres, loin de là, mais je doute qu'il soit possible d'expliquer le monde globalement en ne se référant qu'aux auteurs, petits ou grands.
Je vais me citer en mauvais exemple, tiens, juste pour qu'on ne dise pas que je ne fais que m'en prendre aux autres.
Dans les premiers temps de ma puberté, j'expliquais tout par les livres. J'étais jeune, con et sûr que tout avait été dit et placé dans les rayons des bibliothèques. Un jour je tombais sur Léon Trotski et Trotski avait raison sur tout. Le lendemain je tombais sur Léon Bloy et Bloy avait encore plus raison que l'autre Léon. Et ainsi de suite, jusqu'à ce que j'allume -vraiment.
Pour séduire les filles, j'étais nul à chier. Je leur écrivais de longs poèmes où il n'y avait que le ronronnement de mon cerveau, singeant les expressions qui peuvent ressembler à des états d'âme. «Tu es belle comme le soleil qui nimbe d'un halo de lumière les marécages de la vie...» Vous voyez le truc. C'était classique, bien ficelé, avec des rimes impeccables, et les filles s'en foutaient toutes, avec raison.
Je me morfondais en me disant que ces femmes étaient ignorantes, incultes et ingrates.
Jusqu'à ce qu'une femme me fasse comprendre que j'étais plus intéressant, moi-même, sans mes foutus poèmes et mes réflexions ronflantes sur la vie et l'amour.
Elle a tout simplement dédaigné mes poèmes, la tentatrice, les rejetant du revers de la main, préférant me sucer la queue tout en frottant son sexe contre ma bouche. Les cloches se sont mis à sonner dans ma tête et, croyez-moi, j'ai allumé.
Depuis lors, je n'ai plus jamais vu la poésie de la même manière, idem pour les arts, les lettres et la politique.
L'ignorant et l'inculte, c'était moi en quelque sorte, avec mes livres qui disaient tout mais n'expliquaient rien, avec mes poèmes sirupeux qui ne valaient pas quelques bonnes giclées de plaisir, condition nécessaire à un éclaircissement des idées.
Bref, je suis devenu un homme.
Quand des ploucs viennent m'expliquer que le monde se résume à une formule de tel ou tel auteur, marxiste ou conservateur, j'ai la même réaction que les filles avaient envers moi quand je leur récitais mes litanies.
Elles voulaient de la vie, du réel, du concret. Et je ne leur offrais que des mots, des citations et des rimes. «Tu es belle comme...» Assez! Déshabille-toi, mets-toi à nu et montre ce que tu es capable de faire avec tes mains, ta bouche, ta langue et ton sexe. Reviens vers tes livres quand tu seras repus d'amour et lis-les pour le plaisir, simplement, sans chercher à trouver ce qui ne s'y trouve pas. La vraie vie est ailleurs.
***
Mon frère a publié hier une lettre dans Le Devoir, en réponse à un conservateur qui avait écrit une longue épître au même quotidien la semaine dernière.
Le type s'appelle Carl Bergeron et il tient un blogue qui s'intitule, sans rire, L'intelligence conséquente. Évidemment, il s'amuse à traiter mon frère d'imbécile suite à la parution de sa lettre, hier, où il se fait varloper un brin.
Les commentaires sont évidemment fermés sur son site. On comprend pourquoi, le bougre doit se sentir bien seul avec son ressentiment déguisé en points de vue.
Je pense qu'il aurait besoin d'une bonne pipe. Mais ce n'est pas moi qui vais la lui proposer.
Je ne renie pas les livres, loin de là, mais je doute qu'il soit possible d'expliquer le monde globalement en ne se référant qu'aux auteurs, petits ou grands.
Je vais me citer en mauvais exemple, tiens, juste pour qu'on ne dise pas que je ne fais que m'en prendre aux autres.
Dans les premiers temps de ma puberté, j'expliquais tout par les livres. J'étais jeune, con et sûr que tout avait été dit et placé dans les rayons des bibliothèques. Un jour je tombais sur Léon Trotski et Trotski avait raison sur tout. Le lendemain je tombais sur Léon Bloy et Bloy avait encore plus raison que l'autre Léon. Et ainsi de suite, jusqu'à ce que j'allume -vraiment.
Pour séduire les filles, j'étais nul à chier. Je leur écrivais de longs poèmes où il n'y avait que le ronronnement de mon cerveau, singeant les expressions qui peuvent ressembler à des états d'âme. «Tu es belle comme le soleil qui nimbe d'un halo de lumière les marécages de la vie...» Vous voyez le truc. C'était classique, bien ficelé, avec des rimes impeccables, et les filles s'en foutaient toutes, avec raison.
Je me morfondais en me disant que ces femmes étaient ignorantes, incultes et ingrates.
Jusqu'à ce qu'une femme me fasse comprendre que j'étais plus intéressant, moi-même, sans mes foutus poèmes et mes réflexions ronflantes sur la vie et l'amour.
Elle a tout simplement dédaigné mes poèmes, la tentatrice, les rejetant du revers de la main, préférant me sucer la queue tout en frottant son sexe contre ma bouche. Les cloches se sont mis à sonner dans ma tête et, croyez-moi, j'ai allumé.
Depuis lors, je n'ai plus jamais vu la poésie de la même manière, idem pour les arts, les lettres et la politique.
L'ignorant et l'inculte, c'était moi en quelque sorte, avec mes livres qui disaient tout mais n'expliquaient rien, avec mes poèmes sirupeux qui ne valaient pas quelques bonnes giclées de plaisir, condition nécessaire à un éclaircissement des idées.
Bref, je suis devenu un homme.
Quand des ploucs viennent m'expliquer que le monde se résume à une formule de tel ou tel auteur, marxiste ou conservateur, j'ai la même réaction que les filles avaient envers moi quand je leur récitais mes litanies.
Elles voulaient de la vie, du réel, du concret. Et je ne leur offrais que des mots, des citations et des rimes. «Tu es belle comme...» Assez! Déshabille-toi, mets-toi à nu et montre ce que tu es capable de faire avec tes mains, ta bouche, ta langue et ton sexe. Reviens vers tes livres quand tu seras repus d'amour et lis-les pour le plaisir, simplement, sans chercher à trouver ce qui ne s'y trouve pas. La vraie vie est ailleurs.
***
Mon frère a publié hier une lettre dans Le Devoir, en réponse à un conservateur qui avait écrit une longue épître au même quotidien la semaine dernière.
Le type s'appelle Carl Bergeron et il tient un blogue qui s'intitule, sans rire, L'intelligence conséquente. Évidemment, il s'amuse à traiter mon frère d'imbécile suite à la parution de sa lettre, hier, où il se fait varloper un brin.
Les commentaires sont évidemment fermés sur son site. On comprend pourquoi, le bougre doit se sentir bien seul avec son ressentiment déguisé en points de vue.
Je pense qu'il aurait besoin d'une bonne pipe. Mais ce n'est pas moi qui vais la lui proposer.
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