samedi 28 janvier 2017

Mémoire et mensonge

J'ai parcouru le livre premier des Essais de Montaigne ce matin. Je suis tombé sur un passage où il parlait des menteurs. Selon Montaigne, il faut de la mémoire pour être un menteur. Il précise, cela dit, qu'il n'a pas de mémoire. Montaigne pouvait donc se targuer de dire toujours la vérité par manque de procédés mnémotechniques.

Je ne suis pas Montaigne, ni La Boétie. J'ai plutôt une mémoire d'éléphant. J'enregistre dans ma tête des trucs que tel autre n'aurait pas retenus ou bien inventés...

Suis-je un menteur? À vous de me le dire...

Je m'écoute parler, bien entendu, et ma mémoire est une arme redoutable pour créer des souvenirs où l'imaginaire se confond parfois avec la réalité. D'où ma propension à produire bien plus de littérature que d'essais. Je ne cherche pas tant à convaincre qu'à émouvoir. Il ne serait même pas outrancier de concevoir que j'aime épater la galerie. J'aime me produire en spectacle. J'aime animer les conversations. Je ne supporte pas longtemps le silence en groupe. Ça pourrait expliquer mon mépris de tous les cultes religieux. S'il faut absolument me taire, je préfère le faire tout seul. Regarder quelqu'un en silence dans le blanc des yeux sans rien dire me fait suffoquer d'ennui. Je suis à surprendre ou à laisser.

Où en étais-je? Ah oui, aux Essais de Montaigne sur les menteurs... Je n'ai lu que trois ou quatre paragraphes. Je ne saurais vous en parler longtemps. Bien qu'il me soit possible de palabrer sur la France de François 1er et autres calembredaines pour donner l'impression que je connais les idées de Montaigne autant que le siècle qui l'a vu naître. Vous finiriez par vous lasser de moi avec raison.

À vrai dire, je voulais surtout vous parler de mémoire en lien avec le mensonge.

La littérature encourage le mensonge ou, à tout le moins, l'arrangement de la vérité.

J'aime écrire pour me permettre de conférer à de petites anecdotes une dimension quasiment mythique.

J'ai une certaine propension à la mythomanie. Je la soigne avec les arts et les lettres.

Voilà où je voulais en venir.

L'un de mes meilleurs amis, Ti-Ben, est le roi des menteurs. Par contre, ces mensonges ne sont jamais émis dans le but de vous rouler dans la farine. Il ment pour le plus grand bonheur de ses auditeurs. Il ment par courtoisie autant que par bonté devrais-je dire. Il lui arrive même de s'attribuer des histoires qui me sont arrivées à moi-même.

-Ce que tu racontes... C'est moi qui te l'ai raconté Ti-Ben...

-C'est vrai? J'pensais que ça m'était arrivé... J'ai dû me mêler dans mes notes, réplique-t-il sans se sentir vexé.

Puis Ti-Ben poursuit sur sa lancée. Il vous raconte ensuite l'histoire d'un type qui s'est collé un gyrophare de police sur la tête qu'il ne pouvait plus enlever ensuite compte tenu de l'énorme succion exercée par la ventouse... Avant d'émettre des doutes, j'entre dans son mensonge pour me délecter de tous les sous-récits qui en découleront. Et, quelques heures plus tard, je lui pique ses idées comme si c'est à moi que c'était arrivé...

Montaigne ne nous aurait pas aimés j'imagine. Enfin, il m'est permis de le croire. Nous n'aurions pas été assez sérieux pour lui, ni suffisamment vrai.

Néanmoins, je maintiens qu'il vaut mieux inventer que de ne rien dire, rien faire, rien chanter, rien danser, rien jouer...

La vie est un jeu.

L'esprit de sérieux tant décrié par le philosophe Nietzsche sape les fondements de l'existence.

Je ne crois pas que Nietzsche appréciait Montaigne.

Il était plus près des moralistes français et de Voltaire.

Peut-être parce qu'il y avait quelque chose de ludique en eux.

Quelque chose comme l'esprit sportif, un truc comme la Gaya Scienza pour reprendre le philosophe moustachu.

Être doté d'une mémoire prodigieuse a tout de même quelques avantages.

Et, franchement, je ne trouve rien d'autre à ajouter pour le moment.




2 commentaires:

monde indien a dit...

Comme dit le dicton , un temps pour rire , un temps pour pleurer -

Gaétan Bouchard a dit...

@Monde indien: Comme le chantait The Byrds: to everything, turn, turn, turn, there is a reason, turn, turn, turn...