mardi 24 janvier 2017

Le fion de Maëlie

On dit de l'art qu'il est le miroir de son époque. Il serait exagéré de tenir pour de l'art toutes ces conneries que l'on peut visionner sur YouTube. Par contre, cela n'en demeure pas moins une fenêtre ouverte sur notre temps. Un jour, si l'humanité a quelque chance de s'en sortir, on étudiera ces vidéos stupides en se demandant pourquoi les gens de notre époque n'employaient pas les outils informatiques mis à leur disposition pour accroître le champ de leur savoir. Il se pourrait aussi que l'on ne s'en préoccupe pas trop... L'humanité pourrait aussi sombrer dans la bêtise absolue. Il serait présomptueux de penser que tout ça va s'améliorer.

Quoi qu'il en soit, Maëlie Lacroix était bel et bien de son époque. 

Elle avait vingt-deux ans, toutes ses dents, et aurait été presque jolie si elle n'était pas tombée dans le maquillage comme dans un pot de peinture. Elle avait le teint orange, les lèvres d'un rose parsemé de machins brillants, les cheveux blond platine qui lui descendaient de chaque côté du corps comme de la lasagne. Elle portait des vêtements moulants de couleur fluo. Si l'on avait pu la sentir, on aurait humé une forte odeur de melon et de noix de coco.

Maëlie prenait un soin méticuleux à ressembler un tant soit peu à une actrice de film porno tout en étant prude comme une religieuse au couvent quand il était temps d'entreprendre des actes sexuels dignes de ce nom. C'était comme si ses dix milles amis Facebook suffisaient à la combler, dont des tas de gars qui la trouvaient belle sans jamais sortir de leur bunker.

-Wa! taie toute unne chick! lui écrivait Jimy, son meilleur ami Facebook.

Elle publiait des tas de photos d'elle tous les jours en train de prendre des poses qu'elle croyait suggestives. On la voyait faire des oh! et des ah! devant ceci ou cela en pliant son corps pour que l'on puisse bien voir la cambrure de son corps plus squelettique qu'athlétique.

Coment résité a une tele chick? écrivait-elle sous ses photos. L'orthographe n'était pas sa force, bien entendu. Ses admirateurs n'en demandaient pas tant de toute façon.

Selfie de moi qui manje un gato. C'était son dernier egoportrait. Elle se faisait sécher les dents devant un gâteau, tout simplement. Elle avait obtenu 1463 likes pour cette insignifiance publiée sur Facebook.

Elle avait récidivé aussitôt avec d'autres conneries de son cru. Maëlie qui boit de l'eau. Maëlie qui a l'air pensive devant une fenêtre. Maëlie qui s'est cassé un ongle d'orteil. Maëlie qui lit un magazine à potins. 

Elle sentait que ce n'était pas suffisant. Il lui manquait quelque chose pour devenir aussi célèbre que ces misérables nullités reconnues uniquement pour leur rôle d'objet.

Elle crut bon de photographier son trou du cul.

Ce n'était pas facile. Cela exigeait des tas de contorsion. Maëlie finit tout de même par tirer quelques clichés potables selon elle.

Bien que prude, elle se dit que cela ferait un tabac sur son réseau d'amis.

Elle fit un diaporama avec toutes les photos qu'elle avait prises de son fion.

Il y en avait au moins cinq cents si je ne m'abuse.

Cinq cents photos de son trou du cul rose et bien épilé.

Elle hésita plus longtemps que d'habitude à publier ce message. Qu'en diraient ses parents? Et si l'on se mettait à la traiter de sale bitch?

-Qui risque rien n'a rien, philosopha Maëlie.

Elle exporta son diaporama sur YouTube et l'intitula Maëlie's Little Star. Son diaporama tournait sur des airs à la mode du jour. De ce genre d'airs de filles qui ont de petites voix coquines sur des rythmes à vous donner l'envie d'écouter les violoncelles de Jean-Sébastien Bach.

Cinq minutes après avoir mis sa vidéo en ligne, les messages affluaient sur Facebook.

La vidéo devint virale en moins de vingt-quatre heures. Le monde entier s'intéressait subitement au trou du cul de Maëlie. Il y eut plus de six millions de visionnements. 

Il faut dire qu'elle avait été reprise sous des titres pas très flatteurs du genre Stupid Girl from Quebec Showing Her Butt Hole. On alternait les images de son anus avec les images d'elle-même en train de manger du gâteau ou de boire un verre d'eau. On tenait cette vidéo pour le nec plus ultra du narcissisme contemporain. D'autres vidéos allaient même plus loin. On avait l'impression qu'elle déféquait ou bien on lui mettait une galette à la mélasse sur la tête. On avait aussi ajouté ses vidéos où elle commentait le dernier disque de Miley Cyrus.

-Le dernier CD de Miley Cyrus c'est genre bon... parce que genre j'aime ça... pis que genre ça s'écoute bien en dansant genre...

On avait aussi trafiqué ses vidéos où elle riait comme la dernière des nunuches pour ne conserver que cette portion que l'on accolait à des images de l'Holocauste, des tueries au Rwanda et autres génocides.

Maëlie, pour tout dire, avait l'air de la reine des sottes.

Cependant, elle avait obtenu ce qu'elle souhaitait.

Elle était enfin célèbre. Elle recevait des demandes d'entrevues de stations de télévision en Corée du Sud, au Japon et autres pays dont elle n'avait jamais entendu parler, dont la Belgique.

Le monde entier ne parlait plus que d'elle.

Elle qui n'avait pourtant pas inventer le bouton à quatre trous.

Elle qui n'avait pourtant pas marcher sur la Lune.

C'était genre stupide.

Mais que voulez-vous? Les gens sont stupides. Et je n'invente rien.

1 commentaire:

monde indien a dit...

Une histoire - qui parle du miroir de l ' époque - de la pornographie - des pratiques - des acteurs.actrices pornographes - de la culture du sex - de la solitude - de l ' amour - de la pudeur - de la culture de l ' amour - hmmm ... so many things ...