dimanche 15 janvier 2017

À propos de la rectitude politique

On nous chauffe souvent les oreilles avec ce que les anglais désignent sous l'expression politically correctness. Tout passe sous cette appellation. Est politiquement correct tout ce qui convient aux us et coutumes de notre époque. Il ne faut pas être raciste, sexiste ou pollueur, par exemple. Ce qui me semble, somme toute, convenable...

J'ai grandi dans les années '70 et j'aurai connu un tant soit peu l'époque ayant précédé la rectitude politique.

L'eau de la rivière Tapiskwan Sipi (anciennement Saint-Maurice) était camouflée sous des billes de bois qui y flottaient de La Tuque jusqu'à Trois-Rivières. Elle contenait plus que sa part de mercure et sentait extrêmement mauvais même après avoir été traitée à l'usine de filtration. Les industries situées en bordure de la rivière balançaient des tas de produits chimiques dans l'eau que nous buvions sans trop nous plaindre. 

Les rues de la ville étaient toujours ensoleillées parce qu'on n'aimait pas particulièrement les arbres. Il n'y avait pas d'arbres, donc pas d'ombres et les étés me semblaient particulièrement pénibles dans le ghetto d'asphalte où je vivais.

De plus, les rues étaient jonchées d'ordures. Les Trifluviens n'étaient pas encore politiquement correct et se permettaient de jeter sur les trottoirs tout ce qui les encombrait. C'était sale à un point que les jeunes générations ne sauraient même pas imaginer. Il m'arrive encore de tomber sur un contenant de Tim Horton's ou un paquet vide de cigarettes en marchant dans les rues de la ville. Mais ce n'est rien lorsque je compare avec ce que je voyais du temps de mon enfance. Rien.

Il était fréquent de voir des scènes de violence conjugale en pleine rue. Personne n'y trouvait rien à redire, ou si peu que ça finissait tous par rentrer dans leurs maisons en attendant que ça passe.

On pouvait aussi battre ses enfants devant les gens sans que personne ne s'en offusque. Les gifles et les coups de pieds au cul étaient monnaie courante. Il s'en trouve même pour regretter cette époque pour une raison qui m'échappe. Comme si l'éducation empreinte de douceur et de compréhension ne pouvait être que mauvaise... Encore là, je ne comprends pas par quel raisonnement on arrive à le croire. D'ailleurs, cela se passe de mots, d'explications et de civilités propres à une discussion digne de ce nom.

J'ai connu un monde et un temps encore plus sale et plus violent que celui d'aujourd'hui. Je n'entretiens aucune nostalgie face à cette époque et suis, à vrai dire, plutôt politiquement correct.

Les propos racistes contre les Noirs, les Autochtones, les homosexuels, les transgenres et autres ne sont plus tolérés comme autrefois. J'y vois, pour ma part, un signe de progrès.

Voilà pourquoi je m'insurge contre ces dinosaures qui souhaiteraient que l'on revienne aux temps durs de la pollution à tous vents, du racisme ambiant et autres saletés dont on a heureusement fini par se débarrasser.

Le monde a changé pour le mieux, même si c'est difficile à croire pour tous ceux qui ont soif de sang et de puanteur.

On ne peut plus insulter et salir le monde comme on le voudrait. 

Si vous n'y voyez pas un signe évident de progrès, c'est que vous ne voulez pas que le monde se porte mieux.

Vous le préférez donc sale, violent, raciste et infâme.

Un monde que l'on gouverne à coups de poing sur la gueule.

Un monde cruel.

Dans toute ma naïveté, je préfère voir les eaux redevenues claires de la rivière Tapiskwan Sipi, les truites et les humains qui peuvent désormais y nager librement.

Je préfère nos rues ombragées et propres.

Je préfère notre communauté multi-ethnique et tolérante à l'excès.

Bref, je préfère la rectitude politique aux aventures politiques fondées sur le ridicule rappel d'un passé qui nous a tous très mal servi.