mardi 29 décembre 2015

Et si on faisait pitié même pour les réfugiés syriens?

Ahmed avait obtenu le job d'interprète auprès des réfugiés syriens. Ils parlaient à peu près tous l'anglais mais il était tout de même pratique d'avoir un type né en Syrie sous la main pour discuter avec les réfugiés et leur expliquer certains trucs à propos de la vie en notre pays.

Certains rageaient de les voir arriver ici comme s'ils étaient tous des terroristes qui brandissaient un Coran dans une main et un sabre dans l'autre pour tous nous raccourcir d'une tête. Dans les faits, c'était à peu près tous de pauvres gens qui avaient fui la guerre en laissant derrière eux une maison, un travail, une famille, un sens à la vie.

Ahmed avait vainement tenté d'expliquer aux racistes que les réfugiés syriens n'étaient pas fous d'Allah. Il en tenait pour preuve qu'ils étaient refusés en Arabie Saoudite parce que leur conception trop laïque de la vie représentait un danger pour les Saoudiens. Évidemment, les fêlés ne voulaient pas entendre ces arguments. Ils se sentaient envahis... Envahis par de pauvres gens qui avaient mille fois risqués de mourir au cours de leur exode. 

Le plus comique de tout ça, s'il nous est permis de rire de tout, c'est bien le fait que la plupart des réfugiés ne souhaitaient pas s'installer au Québec. Ils voulaient immigrer en Colombie-Britannique, en Alberta ou bien en Ontario, voire aux États-Unis. Le Québec leur apparaissait un peu comme la Croatie ou la Serbie. Ils n'auraient jamais fini de s'y battre et n'y trouveraient jamais ni la paix ni du travail.

Une famille de réfugiés avait été envoyée aux Trois-Rivières, dans un quartier populaire communément appelé Sainte-Cécile. Le père et la mère en avaient long à dire sur Ahmed quant à leurs premières impressions de leur nouvelle vie en terre québécoise.

Vous me permettrez, évidemment, de traduire leurs propos selon les termes employés par Ahmed.

-Ahmed! On nous avait dit que l'Amérique était riche... Et nous sommes tombés en un quartier encore plus pauvre et plus misérable que là où nous vivions avant la guerre! Ils n'ont même pas de grille-pain dans ce quartier-là! Ils se font des rôties avec des cintres de broches qu'ils placent sur le rond de poêle! Leurs fauteuils, leurs divans, leurs tapis et leurs matelas datent de quarante ans! C'est plein de trous, la bourrure sort de tous leurs sofas et on voit des traces de pipi de chats! Ce sont vraiment des pauvres gens et même qu'on a pensé faire une collecte entre réfugiés syriens pour les aider... Comment peuvent-ils vivre ainsi, sans travail, sans éducation ni rien? Ces gens font vraiment pitié... Il aurait fallu nous envoyer en Ontario ou bien en Colombie-Britannique...