mardi 30 juin 2015

La vie est si fragile

Au risque de paraître pour un esprit didactique, je me permets de vous rappeler que l'eschatologie est le terme pour désigner le discours sur la fin des temps, tant du point de vue de la religion que de celui de la philosophie.

L'eschatologie semble partie prenante de tous les discours depuis l'explosion de la bombe atomique à Hiroshima. L'humanité a soudainement pris conscience qu'elle pouvait aller encore plus loin qu'une bonne guerre en termes d'horreur et de destruction massive. Dès lors, l'eschatologie n'était plus que de la littérature de curés. C'était désormais une possibilité réelle. Quatre-vingt milles civils pouvaient être balayés de la surface de la Terre grâce à la fission nucléaire.

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Léonard de Vinci était un sacré créateur. On lui doit La Joconde et des tas de dessins qui témoignent de son souci d'inventer des armes dont ses mécènes ne voulaient même pas.

-Ce fusil à répétition que vous appelez la mitrailleuse, lui disait un certain roi de France, n'y pensons même pas! Ce serait un vrai carnage... De quoi aurais-je l'air? De la brute des brutes... Un esprit fin et raffiné ne peut pas utiliser ces mitrailleuses qui faucheraient cent vies à la minute... Quelle barbarie! La guerre doit restée la guerre. C'est un art, la guerre. Déroger à cet art conduirait l'ennemi à utiliser des moyens encore plus vils et cela n'aurait jamais de fin. Pourquoi pas des produits chimiques sur les populations civiles, hein? Et empoisonner les sources d'eau potable... Ce n'est pas humain! Parlez-moi plutôt de vos peintures... Vous voudriez bien me peindre un mouton, hum?

L'époque n'était pas prête pour la mitrailleuse, au grand dam de Léonard de Vinci.

On finirait, bien sûr, par reconnaître son "génie" quelques siècles plus tard.

On finirait par inventer la mitrailleuse, l'avion, l'hélicoptère, le sous-marin et, pourquoi pas, la bombe atomique. Le mystère du sourire de La Joconde, c'est peut-être ce cynisme-là.

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À la bombe atomique se sont ajoutées des tas de raisons de tenir des discours eschatologiques.

La science nous en a fourni des tas.

Nous pourrions, évidemment, disparaître de la carte suite à un conflit nucléaire.

La pollution industrielle qui atteint des sommets pourraient aussi nous mener vers la sixième extinction de masse de l'histoire de la planète. Les conservateurs vous diront que ce ne sont que des billevesées. Il faut bien qu'ils préservent les billes de leurs maîtres et la bile des sables bitumineux.

Il fait 43 Celsius aujourd'hui en France. Pas 43 Celsius avec l'indice humidex. Quarante-trois Celsius à l'ombre.

Il y a cinq ans, je suffoquais sous 36 Celsius à Trois-Rivières. Les moules cuisaient sur les rives du Lac Saint-Pierre. Je craignais le pire. Et je sais qu'il s'en vient. Je sais que l'homme ne changera rien à ses habitudes sans qu'on ne lui oblige à le faire à grands coups de pieds au cul.

Il y a d'autres raisons, moins évidentes, de craindre de vivre la fin des temps de notre vivant.

Un astéroïde pourrait percuter la Terre.

Un super volcan pourrait se réanimer.

Des rayons gamma provenant d'une étoile près de chez-nous pourraient mettre fin à toute vie.

Le trou noir au centre de la Voie Lactée pourrait nous aspirer.

Une galaxie pourrait percuter la nôtre.

Bref, il ne manque pas de raisons d'envisager nos existences sous l'angle de la fragilité et de l'éphémérité.

Pour nous rassurer que la vie est courte, nous pouvons aussi envoyer des soldats canadiens en Pologne ou bien en Ukraine pour agacer les Russes et leurs missiles balistiques. Quand ils le faisaient à Cuba, Kennedy leur lançait des ultimatums pour qu'ils déguerpissent en menaçant d'appuyer sur le bouton rouge.

En titillant Poutine, on pourrait faire mieux que de faire semblant. On pourrait vraiment provoquer un formidable feu d'artifices sans avoir à se soucier des astéroïdes, des volcans et des trous noirs de l'univers.

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Parlons maintenant d'espérance.

En quoi consiste-t-elle?

Oh! Je voudrais vous trouver les mots pour que vous y croyiez mieux que moi et les Grecs.

Je ne trouve pas les mots aujourd'hui.

Ma seule espérance, c'est que les abrutis finissent par crever.

Évidemment, les abrutis ont la couenne dure. Ils survivront à tout. Si le monde éclatait, il resterait encore un ou deux maires de village pour polluer le peu qu'il serait possible aux survivants de soutirer de la nature dévastée.

Les meilleurs ne gagnent pas toujours à la fin.

Autrement, il n'y aurait pas eu Auschwitz.

Ni le génocide des Autochtones.

Ni la mitrailleuse automatique qui fauche trente vies à la minute.

Ni la bombe à neutrons.

Ni rien de tout ça.