jeudi 25 juin 2015

C'est arrivé un 25 juin: Crazy Horse et la bataille de Little Big Horn

C'est arrivé le 25 juin 1876. Les Sioux, menés par Crazy Horse, ont foutu une raclée à l'armée du Général Custer lors de la bataille de Little Big Horn.

Le Général Custer s'était donné pour mission d'exterminer les Sioux et les Cheyennes qui résistaient à l'idée d'être déportés des Black Hills. Custer y avait découvert des gisements d'or et il n'était pas question qu'une poignée de pouilleux viennent freiner l'essor de la civilisation sous prétexte que les Black Hills leur étaient sacrées.

Custer et 267 de ses hommes périrent dans cette bataille. Le chant de victoire des Sioux Lakotas et des Cheyennes se fit entendre dans tout le Montana. Les gisements d'or demeurèrent sous terre.

***

Je faisais de l'auto-stop en Saskatchewan à l'été de 1993. C'était long et pénible. J'avançais de 20 kilomètres en 20 kilomètres, embarquant dans des tracteurs, des voitures déglinguées et des camions de livraison pour revenir au Québec.

Parmi les gens qui ont eu l'amabilité de m'embarquer, je me souviens qu'il y avait un pasteur protestant, un raëlien, un descendant bien vêtu des Doukhobors tout nus sauvés par Tolstoï, un Tchécoslovaque, une Irlandaise et, bien sûr, un Sioux.

Le Sioux était plutôt saoul et me regardait d'un air suspicieux. Bien que je sois d'ascendance anishnabée mes cheveux sont plutôt clairs. Je passais facilement pour un Allemand ou un Doukhobor  dans l'Ouest, avec mes six pieds deux pouces et mes deux cent quatre-vingts livres. Le Sioux plutôt saoul m'en voulait sans doute un peu d'avoir l'air d'un Viking.

Le Sioux au regard ivre était une bonne pièce d'homme lui aussi et portait ce genre de tatouages qui témoignaient de nombreux séjours en prison: des croix, des toiles d'araignées, des têtes de chevaux morts, des attrapeurs de rêve et tout le reste.

-My name is Crazy Horse, qu'il m'a dit tout de go. D'you know who's Crazy Horse, eh?

-Yes, for sure, que je lui ai répondu du tac au tac. And let me introduce myself. My name is Mickey Mouse...

J'ai senti une lueur de haine passée dans son regard d'ivrogne. Je me sentais doublement moins en sécurité. En plus de conduire tout croche il se pourrait que Crazy Horse se conduise mal avec moi, irréductible farceur qui ne mesure jamais la gravité du danger pour un précaire moment de rigolade.

-I'm a Native myself, ajouté-je. My grandmother was a Native, y'know... I'm a Metis like Louis Riel. D'you know Louis Riel, sir?

Crazy Horse s'en foutait éperdument. Néanmoins il se calma comme si j'avais passé son test. Il crut que je n'étais pas tout à fait un Visage Pâle.

-Could you roll a jig dude?

Il me désigna le coffre à gants que j'ouvris pour tomber sur un sac de marijeanne et du papier à rouler Player's.

-Yes, of course... But my jigs often seem to be pregnant... I ain't so good for rolling jigs...

-I don't care... Roll a joint... And we're gonna smoke it both together...

J'ai roulé le joint. Je l'ai humecté puis nous l'avons fumé.

Crazy Horse, même après avoir fumé le joint, ne m'a presque pas adressé la parole. Il m'a abandonné à une fourche pour reprendre son chemin vers sa Réserve.

Des bisons et des chevaux sauvages semblaient paître et fouler les herbes de la prairie. Peut-être que j'hallucinais. J'ai poursuivi mon chemin en marchant. Il était autour de midi. Aucune voiture ne circulait sur la Highway 16 aussi connue sous le nom de Yellowhead Highway, probablement en raison de la couleur jaune des moutardiers qui fleurissent l'été de chaque côté de la route.

J'accompagnai ma longue marche avec mon baladeur dans lequel j'insérai une cassette de Neil Young.

C'était ma manière de sympathiser avec Crazy Horse.