samedi 21 septembre 2013

La manie de Archibald Streetview

La passion est tout ce qui sauve un homme de la puissante désintégration par l'habitude.

Il arrive néanmoins que cette passion devienne une coutume, voire même une habitude.

En pareil cas, il nous est loisible de dire que cet homme est possédé par une manie.

Il y a en de toutes sortes. Des grosses. Des petites. 

Archibald Streetview avait la manie de dire oui, certes, en effet.

-Oui, certes, en effet, qu'il disait tout le temps en prenant un air plus bête que méchant.

C'était un homme de haute stature avec des épaules plutôt frêles. Il portait la moustache de Staline à moins que ce ne fût celle d'un Gallois vaguement Saxon. Il ne parlait pas un traître mot d'anglais parce que son père, George Streetview, avait grandi dans un orphelinat catholique francophone. Ce qui fait que même son père savait à peine dire yes or no.

Les oreilles de Archibald Streetview étaient décollées de sa tête et épousaient la forme d'un éventail. Archibald avait une bonne ouïe mais n'en avait pas besoin à son travail. Il portait des bouchons dans les oreilles toute la journée. Il fabriquait des palettes de bois avec deux cents autres collègues. La Brendon's Pallet Supply and Co. en faisait du vacarme et sans ses bouchons Archibald Streetview serait devenu sourd.

-Oui, certes, en effet, qu'il disait à ses collègues qui ne l'entendaient pas plus compte tenu qu'ils portaient eux aussi des bouchons dans les oreilles.

Tout ça pour dire qu'il y a des manies bien pires qui dérangent plus de gens encore.

Comme celle d'écrire des tas de connerie sur un blogue.

Ou bien sur Twitter.

Ou bien sur du vieux papier.