mercredi 21 septembre 2011

Ronny avait bien raison de se déguiser en Big Bopper, hein?

Ronny avait hérité de quelques millions à la suite du décès d'une grande-tante éloignée, morte veuve, sans enfants et sans testament. Selon la loi, tout lui revenait même s'il ne l'avait jamais vue et n'avait jamais entendue parler d'elle. Qui était cette Miralda Langevin? Pas moyen de le dire. C'était la tante de sa mère. Et elle en avait beaucoup de collé parce que c'est comme ça quand on vit aux États-Unis. Enfin, pour certains...

Vous allez me dire que tout ça n'est que de l'American Dream bon marché, comme on voit à en vomir de dégoût dans tous les films, chansons et cure-dents de nos voisins du Sud.

Eh bien, oui, c'est un peu ça. Parce que Ronny était raide pauvre avant que de devenir riche. Il vivait sur le piton comme on dit par chez-nous. Sur l'aide sociale. Ou sur le BS si vous préférez.

Ce n'est pas qu'il ne voulait pas travailler, Ronny, mais tout le monde se crissait de lui. Comme au temps de la petite école où il était toujours choisi le dernier quand on formait les équipes de ballon-chasseur.

Ce qui fait que Ronny en arrachait «mal sale» comme il disait.

-J'en arrache mal sale, comme on dit... En plusse, j'ai pas d'job... Ni d'blonde... Rien... Hostie qu'ej'su's tanné!

Évidemment, c'était avant que Ronny n'hérite de sa fortune. Ses propos ont changé depuis qu'il est presque milliardaire.

Ronny avait toujours été mis de côté, ostracisé, rejeté comme une fiente par tout un chacun.

L'argent allait faire le contraire... Tout le monde s'est mis à le reconnaître dans la rue, à le saluer, à le solliciter.

Mais lui s'en crissait. Et d'ailleurs il s'est mis à se déguiser pour que personne ne le reconnaisse. Avec son bel argent il s'est acheté un masque de latex presque parfait du Big Bopper, celui qui chantait Chantilly Lace. Et tout le monde pensait qu'il n'était qu'un gros BS comme tout le monde, méconnaissable, anonyme...

Ronny ne donnait son argent qu'aux pauvres et aux malheureux, en faisant semblant de rien.

Il pouvait glisser jusqu'à dix mille dollars dans les poches des gens, sans se faire voir. Il se plaçait derrière la personne et, zoup, il déposait son enveloppe bourrée de fric.

Puis il laissait la nature suivre son cours.

Les malheureux qui recevaient des gros chèques étaient bien sûr fous de joie.

Certains s'achetaient toutes sortes de cochonneries.

D'autres se sortaient de la marde.

Ce qui compte, c'est que ce bel argent faisait bien des heureux.

Ronny avait bien raison de se déguiser en Big Bopper, hein?