lundi 25 juillet 2011

Un gars qui le menaçait avec un batte de baseball

On peut résister à la tentation narcissique de parler de soi d'une façon simple et accessible à tous. Il s'agit pour l'auteur de s'oublier un moment, sans pour autant négliger la syntaxe et l'orthographe, ne serait-ce que pour faire semblant d'avoir un talent. Un talent à souffrir des tas de lectures, dont tous les Grevisse, Littré et Petit Robert de ce monde. Ce qui n'est pas une bien grande souffrance. Les cors aux pieds ou bien la syphillis, ça doit faire encore plus mal. Et on n'y voit pas de talent pour autant. Tout ça pour dire que les auteurs, même quand ils écrivent sur les autres, eh bien ils se donnent toujours la partie facile et se prennent volontiers pour des dieux qui font des efforts surhumains à se remonter les lunettes sur le nez.

Aussi, Jean-Louis Pouçette, alias Foggy, passe son temps à ne rien faire et surtout à ne rien écrire.

-Pourquoi c'que j'écrirais? qu'il dit. Mon thérapeute voudrait qu'j'écrive... que ça s'rait bon pour me libérer l'esprit de mes p'tites bébites... Ben bâtard! J'en ai pas de p'tites bébites! Chu ben, j'relaxe calvaire, j'fais pas d'torts à personne tout l'temps... Pis i' faut qu'un smatte se pointe un jour che'-nous pour me menacer avec un batte de baseball, sans que ej'sache pas trop quoi ni comment, ej' l'pogne par la gorge pis la ceinture, pis ej' le garroche au boutte de mes bras parce qu'j'ai peur... Calice! Ça n'fait pas d'moé un fou qui a besoin d'une thérapie! J'me su's défendu saint-chrême d'hostie! Un gars a pas l'droit d'avoir peur pis de s'défendre? Je l'connaissais pas c'gars-là! Pas pantoute! C'était qui c'gars-là? Un frostré qui s'était trompé d'adresse... Pis zoup! Vol plané du troisième parce qu'i' m'a fait peur... Oui! Je l'ai crissé en bas du troisième!!! Qu'est-cé vous auriez faitte hostie? J'AVAIS PEUR!!! PEUR!!! PEUR!!! OUAAAA!

Foggy hurlait. Les préposés vinrent le voir pour le calmer. Et il se calma au bout de quelques calmants. Ça l'avait snappé, cette visite inopportune. Et il était devenu la peur. Hébergé dans une maison pour personnes ayant des troubles mentaux.

Ce qui fait qu'il voulait balancer tout le monde au bout de ses bras, pour un non ou pour un rien.

Et remarquez qu'il n'était pas gros, Foggy Pouçette. C'était un petit maigre, cinq pieds quatre pouces. Cent vingt livres. Mais narfé comme le viârge. Ses nerfs étaient des tresses d'acier. Et la peur lui foutait une adrénaline de fou qui le rendait invincible. Ça prenait huit gros préposés frémés comme des boeufs pour venir à bout de Foggy Pouçette.

Faut pas croire que les petits maigres ne peuvent pas garrocher au bout de leurs bras un gros de deux cent soixante livres, comme le gros Plamme, alias Jos Fesse Barker Plamondon, un polytoxicomane raté qui traîne maintenant en pièces détachées du côté de la taverne et du supermarché, après plusieurs thérapies et quelques emprisonnements. C'était lui, le gros Plamme, l'hostie d'malade qui avait menacé Foggy Pouçette avec un batte de baseball.

Pour ce qui est de Foggy Pouçette, eh bien ça ne s'arrange pas. Il est snappé raide. Il se berce seul dans sa chaise, dehors ou dedans, jamais trop loin de ses calmants.

Et il n'est pas près de s'en sortir. On le nourrit parfois à la cuillère quand il passe dans une phase où il fixe le vide pendant des semaines.

Croyez-moi. Foggy Pouçette n'avait fait que se défendre. Pour en finir comme ça. Si c'est pas triste tout ça...

La morale de l'histoire? Il n'y en a pas. Comme d'habitude. Et pourquoi devrait-il seulement y en avoir une, hein? Faut prendre l'histoire comme elle vient. Et si elle ne vaut rien, eh bien on a qu'à cliquer ailleurs, sur YouTube tiens.